AIRE
Parcillement pour la blessure d’Alexey. La cure a été promple; la main est tout aussi agissante que devant. Le cas de M. Danenhower est encore plus remarquable. Depuis neuf mois il subit un traitement sévère, comportant opérations fréquentes, claustralion dans une cabire, privalion d’exercice, diète quelquelois. Il est faible et amaigri, mais indemne de scorbut comme s'il fût resté en Amérique. Au milieu de nos épreuves, il nous reste encore des grâces à rendre à Dieu.
Vendredi 1% octobre. — À la suite des pages que m'a prises la journée d'hier, j'ai presque vergogne à noter si succinctement celle-ci. Mais, chez nous, les incidents sont rares comme les oasis dans un vaste désert dont on voudrait franchir à grands pas les solitudes désolées.
On à emmagasiné pour l'hiver le faud du gaillard d’arrière. Après-midi, en compagnie de M. Dunbar, d’Alexey el de Sharvell, j'ai élé placer une trappe à 4 kilomètres; on l’apple de débris de phoque; lPespoir de capturer un ours donnera quelque intérêt à nos heures.
2. — Rien encore; le piège reste dans son isolement au milieu de ce morne paysage, non moins morose que celui qui altriste nos yeux autour du navire. Où trouver ailleurs que dans les régions polaires ces vastes et lugubres étendues, demeure de l'éternel silence! Pas un oiseau ne traverse les airs; sans la voix de nos compagnons, sans leur présence, — et certes, il y a beau jour qu'elles n’ont plus Pattrait de la nouveauté, — nous pourrions croire que l'univers s’est arrèlé dans sa marche. Il nous semble maintenant que cette situalion a duré et durera toujours; je me persuaderais bien vile que jamais je n’en ai connu d'autre! L'aube se lève; le crépuscule s’éleint; le décor ne varie jamais; nous mangeons, nous buvons, nous dormons au milieu d'une mécanique, uniformilé qui linil par nous bercer l'esprit dans une vague somnolence ; à peine si nous essayons de nous remémorer un passé meilleur ou de rêver un avenir différent. Nous n’en sommes pas encore à douter que, par delà l'horizon, des hommes se déballent au milieu du tumulte d’une vie affairée — il y a quinze mois tout au plus, nous y étions mêlés nous-mêmes ; — mais je suis persuadé qu'après cinq ans de séjour dans la banquise, nous
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LE RETOUR DU FROID ET DE L'OBSCURITE. 313 aurions perdu tout souvenir d’un autre monde, Est-ce la cone séquence fatale de cette extrème stagnation? Pourtant, je sens bien encore que, si la glace venait à s'ouvrir, nous saulerions sur nos pieds pour déployer au vent les voiles du navire!
5, — À six heures du matin Chipp entend les rumeurs des ulaces en mouvement vers l'est. Nos anxiélés de Phiver reviennent, où nous nous En sans cesse à voir recommencer la ronde infernale; sans plus tarder on se met en demeure de rassembler sur . pont tout ce dont nous aurions besoin, ou, pour dire plus juste, ce qu'il nous serait possible de charrier : pemmican, pain, thé, sucre, atlirail de cuisine, alcool, sacs de nuit, havresacs ; nos papiers, les boites à médicaments, instruments, armes el munilions; el certes, nous n'aurons pas à nous plaindre si, avec ce poids à trainer, nous franchissons les deux cent cinquante milles et plus qui nous séparent de la Sibérie.
6. — Le pauvre Kaack n'aura pas longtemps joui de sa liberté. Il à glissé en traversant le spardeck et est tombé sur le coude droit, fracturant de nouveau l’olécrane, Cette fois ce sera plus long; six semaines au moins.
Nos gens ont commencé à élever un rempart de neige sur le pourtour du navire. S'il nous faut passer un second hiver, lächons de conserver à l’intérieur toute la chaleur possible, au lieu de la laisser rayonner en pure perle. Pour garantir du gel les pompes de lavant, on allume tous les soirs le poële de la vieille cuisine, et la pile de charbon bäisse terriblement ! Les difficultés de notre position, l'idée poignante que nous n'avons rien fait, que nous ne ferons rien, sinon battre en retraite si la glace ne s'ouvre (et elle ne semble guère s’y préparer), lout inaccable à la fois; par moments je m ‘arracherais les cheveux de rage impuissante!
— On continue le revêtement, Nos visiles quotidiennes au piège ne nous ont rien donné; sur la neige, pas une piste. Deux fois par jour, les divers détachements de chasseurs battent les glaces dans un rayon de 7 à 8 kilomètres : on n’a pas vu une plume. Sans eau, pas de phoques, sans phoques, pas d'ours; et sans ours, pas de renards; sans renards, pas d'oiseaux. Nous sommes perdus dans cet océan de glace, les seuls êlres vivants sur notre radeau polaire. Nos journées se ressemblent