‹ Voyage de la Jeannette [microforme]Chapitre 90 sur 148 · BE TRE · texte numérisé non relu

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Jusqu'à présent, chez nous, la gaieté est à l'ordre du jour; nos gens ont sans cesse des chansons sur les lèvres. Puissé-je longtemps les voir ainsi! Souper, sept heures quarante; coucher, neuf heures. Le palin du traineau du deuxième cotre commençant à se fausser, il a fallu descendre l’embarcation ; les matelots de garde, chacun à leur tour, s'occupent à le remettre en état.

A neuf heures, le thermomètre marque — 1°,1 à l'ombre. Tous se plaignent de la chaleur. Pour fumer agréablement leur pipe, nos hommes vont s'asseoir à l'abri du soleil. A souper, l'atmosphère de la tente nous oppressait; le repas fini, je veux constater quelle peut bien être une température si étouffante et je trouve :

+. 20,8 à 30 centimètres au-dessus de la glace. + 49,5 à hauteur de poitrine.

La malinée est assez belle. Lever à six heures du soir; déjeuner à sept ; départ à huit. Mais nos travaux de pontonniers nous relardent tellement que le 28, à minuit, nous n'avons encore que 900 mètres; à une heure et quart, l'allée est enfin franchie; on dine; immédiatement après, il faut pousser, dans une autre fissure, un vaste glaçon qui nous sert de passerelle volante, Une route un peu moins mauvaise permet de faire près d’un demi-kilomètre avant de s’arrêter.

Hier soir, nous élions partis par un ciel tout à fait découvert, un soleil à nous soulever la peau en ampoules, une légère brise de l’est et le thermomètre à —2°,2; mais, pendant la halte du diner, les nuages se lèvent dans l’ouest et, voyageant vers le nord et le sud avec une égale vitesse, envahissent bien- (ôt Loute la voûte céleste; la pluie tombe en larges gouttes ; le thermomètre monte à —1°; le vent tourne au sud-est.

Au premier plan s'étaient de superbes cirro-cumulus qui, au moment d'atteindre l'horizon de l’est, ressemblent singulièrement à des glaces élevées par la réfraction; on croirait distinguer l’arête, nettement définie, de chaque morne, de chaque pointe de débris. Puis viennent des stratus, des cumulo-stratus, des nimbus, ces derniers versant des torrents de pluie. Impossible de continuer la route sans nous tremper jusqu'aux os. Nos pieds et nos jambes sont déjà tout mouillés, mais nous

avons la bonne habitude de changer de chaussures à toutes les étapes. Je décide de camper sur le champ. A cinq heures, on dresse les tentes; à six, on soupe; puis l’équipe n° 2 finit de ravauder son traîneau dont les bordages bâbord n'avaient pas encore été replacés.

Au sud-ouest, grande apparence d’eau.

Chipp va mieux, et dans quelques jours, je l’espère, le docteur n’aura plus à le garder comme la prunelle de son œil.

Coucher à huit heures du matin; lever à six heures du soir; déjeuner à sept; départ à huit; pendant 250 mètres, quelques coups de pic suffisent pour nous faire une route pralicable: puis une ouverture de 6 mètres de large se présente, tout encombrée de blocaille et de fragments énormes que le vent pousse sans cesse contre la paroi du pont que nous cherchons à improviser. Pourtant, nous passons, et à la halte du diner — minuit et demi — nous avons fait 925 mètres,

29. — Après force coups de pelle et de hache, nous arrivons à de très ancienne glace épaisse, décolorée, couverte de vase; çà et là une écaille de moule; j’y ramasse un débris de roche, semblable à celle de l’île Henriette. Dunbar et moi marchons en avant avec une narta; soudain nous nous trouvons sur la lisière de l’eau; il nous semble, à travers la brume, distinguer une longue passe; je retourne à grand’hâle chercher le youyou; ce n’est, hélas ! qu’une clairière de 25 mètres de large sur laquelle il faudra jeter un pont. Par bonheur, un vaste glaçon se trouve là, juste à point. Avec l’aide de Dunbar et de Sharvell, ie réussis à le placer en lieu favorable : la crevasse a l’extrême obligeance de se rétrécir quelque peu et de nous livrer ainsi un passage solide; mais des fissures se produisent à chaque minute entre les diverses escouades de la caravane, et nous revenons sur nos pas pour leur porter secours.

A peine le premier détachement a-t-il franchi une lézarde, que de nouvelles se forment en queue; il faut précipitamment y courir pour aider le second. Le second opère sa traversée : crac! d’autres fentes s'ouvrent en avant. Ces déchirures se produisent toujours dans le sens de l’est à l’ouest; jamais nous n'avons la chance d’en trouver, du nord au sud, une seule dont nous puissions profiter; ces allées méandrent çà et là, pour devenir de minces fissures où nul bateau ne saurait voguer, el

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se perdre entre les labyrinthes de débris où nul traineau ne saurait passer. Parfois nous avons eu à bâcler quatre ponts sur un espace de 900 mètres, et comme Melville et ses gens ont toujours à faire six ou sept voyages, la somme totale de ces périlleuses traversées est vraiment effrayante. Les chiens et leurs véhicules vont et viennent sans cesse; il faut choisir un moment favorable pour faire passer les malades... on ne s'élonnera pas que la vue d’une de ces ouvertures nous soit en abominalion!

Celle glace, très dure et très vicille, est sans contredit celle que sir George Nares nomme glace paléocrystique. J'en ai mesuré une nappe épaisse de 10 mètres; partout où elle n’est pas tachée de boue, sa surface s’arrondit en dômes ressemblant à de l’albâtre et par-dessus lesquels il n’est pas trop difficile de tirer et de traîner, quoique nos gens les comparent « à l’Arabie Pélrée ». J'en ai vu un morceau de 5 mètres d'épaisseur qui peut bien provenir de la croissance directe d’une année, car je n’y ai trouvé aucune ligne de soudure horizontale.

A sept heures trente j'arrive au campement avec l’arrièregarde, aprèe avoir sondé sur 27 brasses. Impossible de prendre des observations : le brouillard est plus fort que moi. Le patin du second cotre est sur le point de céder; il faut y remédier tout de suite ainsi qu’à celui de bàäbord du transport n° 4; les hommes de garde s’en occuperont pendant notre sommeil.

Chipp paraît reprendre des forces.

Le thermomètre se maintient à —1°; mais le temps nous semble très froid; nos chaussures font eau presque dès le départ, et nous n’en changeons pas avant d'arriver au campement, La brume nous transperce les os. Vent du sud-ouest, chose très rare chez nous; mon baromètre marque 667 millimètres; après tout, il va peut-être bien.

Souper, huit heures trente malin; coucher neuf heures trente. Lever, sept heures soir; déjeuner, huit; en roule à neuf. Vent sud-ouest.

Le 30, à minuit quarante, nous avions fait 900 mètres, sans autres difficultés qu’une ou deux fentes étroites.

Vers minuit, un large banc de nuages bas, orienté du sudouest au nord-ouest, paraît nous prédire le brouillard; bien- Lôt, en effet, celui-ci s'étend, au nord et au sud comme lou-

n51 VOYAGE DE LA JEANNETTE.

jours ; à une heure et demie le ciel est couvert, une bruine fine nous cache les glaces environnantes. Le retour quotidien de ce phénomène me donne à croire que nous approchons de la mer libre : un tel volume de brume ne pourrait s'élever d'ouvertures occasionnelles. Vers minuit, le soleil perd toute sa force; l’eau émet lentement sa vapeur, condensée par la brise à mesure qu'elle est portée sur la glace, puis elle se dépose ou monte dans les airs sous forme de brouillard. Depuis plusieurs soirs, au départ de six heures, le soleil est superbe; à neuf heures du matin il est redevenu magnifique, mais, à la dernière partie de l'élape, l’atmosphère serait à couper au couteau.

Après diner (une heure cinquante), on se remet en marche. Aidé de M. Dunbar, je parviens à tracer une route de 3 kilomètres à vol d'oiseau, et se terminant sur un vaste champ bien plan, mais, avec les tours et détours, elle arrive à trois fois autant; il faut creuser la voie sur plusieurs points, organiser des bacs, construire des passerelles. La caravane avance sans autre accident que quelques avaries à un traineau Saint- Michel et à celui du premier cotre. Ce malin, en passant en bac. M. Dunbar et moi avons vu un poisson, long d’une dizaine de centimètres, s’élancer d’un trou de la glace et y rentrer presque aussitôt. Pendant notre deuxième été, nous en avions souvent remarqué de semblables, nous demandant si c’élaient des jeunes de morue ou de saumon. Jamais nous ne pûmes en capturer. J’ai entendu aujourd'hui les cris d'appel des oies sauvages, et, pour la seconde fois depuis la perte du navire, on a aperçu une mouette de Ross. Serait-ce leur lieu d'habitation ?

Sur la très vieille glace dont j'ai parlé, nous trouvons de petites mares d’eau qui me semblent analogues à celles où le capitaine Nares prenait la boisson de l’Alerte, Les voyant se geler à 0°, je m’imagine que nous avons enfin de l'eau douce, mais le docteur arrive avec son nitrate d'argent : encore beaucoup trop de sel! Souper à neuf heures, coucher à dix; longue journée de labeur, mais aussi, 3700 mètres en ligne droite!

Les malades sont assez bien pour se passer des soins conlinuels de M. Ambler. Newcomb et Lee vont former sa pelile escouade de sapeurs et mineurs. Alexey aidera Aneguin aux

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LES MARCHES SUR LA MER GLACÉE. 455 traineaux volants. Déjeuner à neuf heures; départ à dix heures trente; il a fallu ravauder les véhicules.

l'endredi 1‘ juillet. — Au diner, nous avions déjà près d’un kilomètre. Départ à deux heures trente; on campe cinq heures après : huit heures et demie de travail nous ont donné 2,150 d'avance vers le sud-ouest. Route assez bonne parfois, très mauvaise souvent; mais comme nous avions sous les yeux la glace lisse et plane où se dressent maintenant nos tentes ct qui se continue sur 14 ou 1500 mètres, personne ne songeait à se plaindre. Quelques bacs ou passerelles, nombre de coups de pioche, pas d’autre accident que celui du docteur, jeté à l’eau par le Morse et mouillé de part en part. Pendant la première partie äe l'étape, Sweetman avait réparé la narta détraquée, et, ce matin, les deux traineaux volants rivalisaient de zèle.

Lever à six heures; déjeuner à sept. La pluie tombe à torrents depuis des heures; au réveil, on lentendait battre sur la tente. Ericksen, Boyd et Kaack, qui se sont couchés leurs chaussures bien sèches, les trouvent mouillées jusqu'aux genoux : nos sacs sont tout à fait humides; le mien est trempé comme une soupe à l'endroit où s'étendent les pieds. Je parviens à me blottir en chien de fusil dans un coin plus sec; mais je ne puis glaner que quelques heures de sommeil, tant les os me font mal, sur celte atroce couche de glace. La neige serait plus molle, mais elle fondrait bientôt sous la chaleur de nos corps et nous nous trouverions dans l’eau. Il ÿ en a déjà bien assez! Impossible de découvrir un endroit où notre tapis de caoutchouc soit une protection suffisante.

À huit heures du soir il pleuvait encore un peu; le ciel était menaçant; une légère brise soufflait du nord-ouest, et, quoique la brume ne fût pas trop épaisse, la marche aurait offert beaucoup de difficulté. Je ne veux point noyer mon monde : on partira plus lard.

À neuf heures, le thermomètre est redescendu à — 1°,5. Le lemps va s'élever. En roule !

2, — À minuit et demi, nous avions déjà charroyé tout notre matériel à plus d’un kilomètre. Pendant qu'on s'arrête pour faire la cuisine, Dunbar et moi prenons les devants; le brouillard nous cache tout à la ronde ; à force de tâtonner, nous découvrons une roule très rude, mais dont les nombreux circuits finiront

par nous amener à ce qui s'appelle ici de « bonne glace » 60 centimètres de pâte visqueuse et d'eau où l’on enfonce jusqu'aux genoux. Nous retournons dîner : des vingt-quatre heures de la journée, celle-ci est bien la plus désagréable. Nos jambes et nos pieds sont mouillés presque dès le début de l'étape : tant que dure la marche, on s’en aperçoit à peine, mais, pendant l’immobilité de la halte, le froid s’en empare de plus en plus; impossible d’y porter remède avant d'arriver au campement, où nous prenons de nouvelles chaussures.

A unc heure et demie, j'expédie un homme de chaque escouade à l’aide de notre vaillant corps des ponts et chaussées. Ils nous taillent si vite une route à travers le terrible fouillis, qu’à trois heures traineaux el embarcations étaient déjà rendus sur la « bonne glace » dont j'ai parlé. Puis vient une plaine mouillée, où nous tirons péniblement nos transports (1400 mètres depuis le diner). Un chaos épouvantable de blocaille et de débris fait suite à ce marécage. Nos ingénieurs reprennent la tête et travaillent tant et si bien, qu’à sept heures moins un quart tout le matériel est en sûreté sur une ile de glace « du bon vieux temps », comme dit Ericksen : on dresse les tentes; souper à sept heures el demie.

Il pleut ou il neige tout le jour : le sommeil dans nos sacs mouillés, l'humidité de la température nous ont quelque peu raidi les articulations, mais le vent frais qui souffle ce soir du nord-nord-ouest sèchera enfin couchettes et chaussures. Lever à six heures; déjeuner à sept; baromètre, 760m",5 (temp., + 3°,3): thermomètre, —1°,4. À huit heures et demie, nous arrivons à un véritable ossuaire de blocs entassés sur près d’un kilomètre, puis à de bonne glace, sans trop d’eau ou de neige, où tout notre altirail est enfin rassemblé à minuit et demi.

Dimanche 3 juillet. — Le soleil fait mine de percer la brume et les nuages; le temps nous parait très froid, mais mon thermomètre est empaqueté sur un traineau quelconque et je ne puis vérifier le bien ou mal fondé de nos sensations, Afin de nous garantir de la bise, on range les embarcations par le travers du vent, et à leur abri nous nous blottissons pêlemêle pour dîner. Un certain nombre de pavillons sont déjà plantés plus loin. Melville se charge d’y transporter les bagages tandis que je continuerai mes fonctions d’éclaireur. A trois

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LES MARCHES SUR LA MER GLACÉE. 457 heures et demie, j'ai choisi un endroit situé à 4 kilomètres sud-ouest de notre campement d'hier matin; ce sera bien assez pour nos tireurs. J'envoic Dunbar chercher ma boite d’instruments, le soleil se montre de temps à autre; la brume fuit et s'enroule devant la brise; le ciel se nettoie; bientôt il y reste à peine quelques cirrus. Un espace de glace unie, de près de 2 kilomètres, nous promet une bonne route pour ce soir. Le baromètre est à 762; le thermomètre à — 2°,8. Cette température plus basse me fait espérer que le soleil brillera assez d'heures pour sécher à fond vêtements et literie. A six heures quarante-cinq, tout mon monde est arrivé; on soupe à sept heures trente; à neuf, je lis les articles de guerre et le service divin. Coucher à neuf heures trente. Mes gens sont gais, d'excellente humeur, en parfaite santé, sauf Chipp et Danenhower. Le sommeil est bon, l’appétit se soutient, les vivres ne manquent pas, et, comme le dit M. Cole, chacun de nous se sent « tous les jours un peu plus de printemps dans les veines ». Latitude 77°31’N., longitude 150°41'E., ou, depuis le 25 juin, 13 milles au S.30°0. La somme de nos étapes donne 12 milles en ligne droite; il semblerait qu’enfin la dérive ne nous est plus contraire. Mais qu’en puis-je savoir au juste ? Ce faible gain provient peut-être des vents du nord qui soufflent depuis trois jours ! Donc, prenons ces chiffres comme élablissant seulement notre position actuelle et poussons de notre mieux vers les rives de la bunquise.

Lever à sept heures du soir; déjeuner à huit, départ à neuf. Chipp paraît bien mieux, et, par manière d'expérience, le docteur supprimera les doses de whiskey pendant un jour ou deux. A dix heures, brise très légère du sud-est; une longue suite de cirrus noirs et menaçants s’élend du nord-ouest au sud-est. Le thermomètre est à —4° : un été charmant! Après m'être atlardé à calculer mes observations, je me hâte de prendre les devants pour choisir, à 2 kilomètres plus loin, un bon lieu de halte, où nous dinons après y avoir remorqué tous nos transports.

k. — Départ à trois heures précises : un peu d’ennui au début. le Morse s'étant engagé sur une mauvaise route; mais, à six heures du matin,notre moitié d'élape se comptail par 1 kilomètre 3/4, nous donnant, pour la marche totale des huit heures

vingt minutes de celle nuit, près de 4 kilomètres, ce que nous avons fait de mieux jusqu'aujourd'hui, Pour les derniers 400 mètres, la voie élait superbe, presque plane, parallèle à une passe élroile; deux traîncaux ou deux embarcations pouvaient y passer de front, et, celte fois, le grand cotre seul a eu les honneurs du « Tout le monde à tirer! » En conséquence, le nombre des voyages a été réduit de sept à quatre, économie notable, quoique possible seulement pour de très petites dislances : nous serions bien vite creintés!

Hommes et chiens sont en route depuis seize jours déjà : les vivres que transportent nos traineaux volants ont sensiblement diminué; nos bêtes en prennent trop à leur aise, aussi je fais enlever du Morse un certain nombre de sacs el la rangée supérieure de ceux du traîneau à pain; on les passe sur les nartas; nos malelots seront soulagés d'autant et remorqueront peulêtre deux véhicules à la fois. Pendant ces préparatifs, Dunbar et moi jalonnons la route de ce soir. Nous sommes malheureusement au bout de ce bon vieux champ où nous avons fourni nos trois dernières demi-étapes. L’élroite passe dont je viens de parler le sépare de diverses nappes de glace datant de cet hiver, et s'étendant à 2 kilomètres environ; puis les bancs de formalion ancienne semblent recommencer.

Nos 450 grammes de pemmican (la ration quotidienne) suffisent et au delà; nous n’en sommes pas fatigués le moins du monde, et, trois fois par jour, nous le mangeons froid, coupé par tranches comme du gälcau, mais jamais nous n'arrivons au bout, et, chose singulière, les chiens eux-mêmes ne le finis sent pas toujours.

Par exemple, ce qu’on savoure jusqu’à la dernière goulle, c’est le potage à l'extrait de Liebig. Ce bouillon chaud nous remet le cœur, nous réconforte au delà de toute expression. Les autres tentes consomment au diner toute la provision du jour (30 grammes par tête); au n° 1, nous en prenons la moilié au déjeuner et réservons le reste pour le souper, après les fatigues de la marche.

Chaque tente brûle une pinte (0,570) d'alcool par repas pour préparer le café, le bouillon, le chocolat, le thé, ou fondre la glace ou la neige nécessaires pour notre boisson. C’est beaucoup trop, et plus sans doute que n’en dépensaient les autres voya-

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