‹ Voyage de m. le maréchal duc de Raguse, en Hongrie, en Transylvanie, dans la Russie méridionale (volume 2)Chapitre 3 sur 26 · JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

JÉRUSALEM

lui-même est pauvre et aride, et c^est à un redoit* blement de soins et d'efforts de ceux qui rbabifent , qu'il doit ses avantages.

Bientôt la scène change : en approchant de Jérusalem , on croit entrer dans le domaine de la mort. La stérilité se voit partout et la culture nulle part. Mais l'attention et l'intérêt sont excités d'une autre manière , le passé vient faire oublier le présent. Remarquant un édifice sur une montagne, à quelque distance de la route , je demandai à mon guide ce que c'était , il me répondit simplement : <( C'est le tombeau de Samuel. » Ailleurs il me dit : « Ce puits fut creusé par Jacob. » Sans cesse je me trouvais inopinément en contact avec les patriarches et les prophètes. Le spectacle de misère et de désolation que j*avais sous les yeux m'avertissait , en même temps, que j'étais sur une terre de réprobation , où un grand crime a été commis; crime que, depuis dix-huit cents ans, poursuit la colère céleste : enfin que cette terre , promise et accordée au peuple de Dieu , si féconde et si riche autrefois , est devenue une terre maudite.

Mais si l'approche de Jérusalem fait éprouver ces profondes sensations, qu'elles sont plus grandes encore celles qui naissent à l'aspect de la ville même ! Toutes les misères humaines semblent y être accumulées. Une morne tristesse s'empare de Tcsprit du voyageur, il ne peut sortir de la médi* S 3

tatJon el de la rè?erie , dans lesqtiailes il tombe in- .Tolontairement et qui Fabsorbent. Il croit TOir encore la main de Dieu s'appesantir sur cette malheureuse Tille et la forcer de subir l'arrêt qui la condamna à vivre dans une agonie éternelle; il s'imagine être associé à son funeste sort, car il lui semble que l'air qu'il respire ne renferme plus l'élément de la vie. Oh ! qu'ils aillent dans la Terre- Sainte , qu'ils entrent à Jérusalem , même avec une foi douteuse , ceux -lé qui sont avides de nouvelles imotîpns ; pour peu que leur imagination soit vive, et leur cœur droit et sincère , elles arriveront en foule à leur âme.

Cette ville fut belle et puissante. Les ouvrages de Salomon , l'influence qu'il exerça sur son siècle , les relations étendues qu'il établit avec les peuples lointains , le prouvent suffisamment. Aujourd'hui elle n'est plus qu'un tombeau placé dans un désert. Ses habitants formaient un peuple, et le souffle divin les a dispersés ; depuis près de dix-huit siècles ils sont épars, et, malgré leurs richesses, ils ne peuvent échapper à une sorte d'abjection , qui semble s'être identifiée à leur nature et résulter d'une force supérieure à la puissance humaine.

Après avoir contemplé ces murs , qui furent arrosés de tant de sang ; que les croisés , tout à la fois si grands, si magnanimes et si barbares, attaquèrent et défendirent successivement , je fran-

cbis la porte dite de Damas, et, au milieu des mines dont Pence inte est semée , je m'acheminai vers le couvent catholique des pères de la Terre» Sainte. J'y fus reçu avec cette charité évangélique qui les distingue, et je les trouvai encore sous l'impression des maux sans nombre qui venaient de peser sur eux.

La révolte récente, réprimée avec peine par Ibrahim^Pacha , avait fait courir de grands risques aux chrétiens par les désordres qui en avaient été la suite : ils s'étaient réfugiés dans le montstère pour y trouver un asile et quelque sûreté ; mais , en s'y retirant , ils avaient enfermé la peste avec eux , et cette horrible contagion avait fait les plus grands ravages. Sur quarante moines, dix-neuf avaient succombé. Deux mois auparavant , le courent de Bethléem, ébranlé et endommagé par un tremblement de terre , avait failli être renversé. Â peine les mesures de purification et de santé ve-* naient-elles d'être exécutées dans celui de Jérusalem , quand j'y pris mon logement.

J'eus immédiatement le triste spectacle des divisions des chrétiens dans celte ville, berceau du christianisme. Je venais d'entrer dans la cellule du père, vicaire général, que déjà on m'avait mis dans la confidence des disputes des latins avec les grecs. Les latins accusaient ceux-ci de torts graves, d'u** surpation de leurs droits; ils me les dénoncèrent

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eomme capables de commettre les plus grands crimes, et imploraient mon appui et ma protection contre eux , auprès du pacha. Peut-être que , de leur côté, les grecs ne croyaient pas manquer de griefs à faire valoir contre les latins. Ah ! quelle déconsidération doivent jeter sur nous , sur notre religion , des dissensions si opiniâtres et si amères! Pour qu*il existe un ordre de choses supportable pour tout le monde, il faut que chacune des secteschrétiennes vire immédiatement sous la protection de l'autorité musulmane ; que cette autorité maintienne Tordre et la règle parmi elles, et, à cet effet, qu'elle soit dépositaire des clefs mêmes de Téglise qui renferme le tombeau de Jésus-Christ. Grande humiliation et grand scandale pour la chrétienté !

Dès le lendemain , 16 septembre, je me mis en chemin pour parcourir Jérusalem et visiter cette ville où chaque pas offre un pieux souvenir. J'étais conduit par le père Camille, franciscain, Napolitain de naissance*, et qui dessert la paroisse catholique.

Je commençai mes courses par l'église du Saint- Sépulcre, dont l'autorité musulmane avait fait ouvrir fa porte. L'édifice , bâti dans le style byzantin, est beau sans être très-vaste ; il se compose d'une simple rotonde, augmentée d'un prolongement qui forme le chœur. Son développement est cependant assez grand pour renfermer tous les lieux qui

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ont été le théâtre des scènes de la passion , et il s*y ajoute l'espace nécessaire pour qu*un couvent, qui contient dix moines latins , soit compris dans son enceinte. Les moines grecs et arméniens sont logés dans la partie supérieure de Téglise. Les grecs comme les plus favorisés , sont en possession du chœur, qui forme leur église particulière. Les latins en ont une dans leur couvent ; elle est en même temps leur sacristie. Ils dressent , dans les fêtes solennelles , un autel à la porte du chœur, et y célèbrent Toffice divin. Une autre partie de Té* gh'se est réservée aux Arméniens.

Des chapelles nombreuses sontélevées dans tous les endroits que la mort de Notre*Seigneur a sanctifiés, et le tombeau du Christ est au milieu de la ro^ tonde, recouvert par un monument cubique, surmonté d'un dôme, qui fait, de cette partie de Téglise, comme un édifice à part. Une table de marbre est placée sur la pierre qui recouvrit la tombe où le corps de Notre-Seigneur fut déposé. Des fleurs , sans cesse renouvelées , Tornent constamment, et c'est là que les lidèies viennent se prosterner et élever leur âme vers Dieu. Tous ceux qui remplissent ce devoir sont aspergés avec de Feau de roses. Un autel est au-dessus du tombeau , et chaque communion y vient célébrer les mystères divins à son tour. C'est le bâtiment que l'on appelle proprement le Saint-Sépnlcre.

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 pçu de distance de la porte d'entrée , en faiee de la partie latérale du chœur , est une élévation , revêtue de maçonnerie. C'est un rocher de quatorze pieds de hauteur ; une plate-forme occupe sa partie supérieure. Ce rocher , c'est le calvaire; c'est là que le sang du Juste coula ; c'est là que le mystère de la rédemption s^accomplit. On montre le lieu où s'éleva la croix , celui d'où elle fut retirée sur une vision miraculeuse de sainte Hélène. On montre également les lieux où étaient placées les croix qui furent dressées en même temps que celle de Jésus-Christ. .

. Il est impossible de visiter froidement ce sanctuaire du Christianisme. C'est de ce point que jail-* lit cette éclatante lumière qui devait éclairer le monde ; c'est de là que s'est propagée une religion fondée sur une morale sublime , et sur un esprit de paix et de charité inconnu auparavant; religion qui rendit à l'homme la place que Dieu lui avait assurée dans la création, et dont la pensée et le but furent tout au profit de la faiblesse et du malheur : nouvelle époque , nouvelle ère , nouveau monde moral que créa le sang de Jésus-Christ.

On me montra successivement, dans cette même enceinte 9 le lieu où Jésus-Christ fut détenu avant son crucifiement, la place où il fut insulté, celle où furent partagés ses vêtements , celle où il appa* rut à Marie-Madelaine, sous la forme d'un jardî-

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Bîer, Tendroit où était la Vierge pendant le topplice de son fils; la pierre sur laquelle fut embaumé le corps de Jésus-Christ , pierre recouverte aujour^ d'hui pour sa conserration, mais qui est l'objet d'une dévotion particulière ; le tombeau de saint Nico*^ dème , qui détacha Jésus-Christ de la croix ; le roeber qui se fendit au moment de la mort de Notre-» Seigneur.

On me fit voir aussi le lieu où ont été déposés les restes de Godefroi de Bouillon et de Baudoin , son frère, premiers rois de Jérusalem. Des inscrip» lions rindiquaient autrefois; mais après l'incendie, qui a eu lieu il y a trente ans , les grecs , ayant fait reconstruire ce que le feu avait détruit, et cédant à leur haine contre les latins, ont masqué, par de nou« Telles constructions, ce qui rappelait la gloire et la puissance de nos ancêtres. J'ai vu, j'ai manié avec respect l'épée de Godefroi , de ce héros chrétien , qui montra pendant sa vie autant de courage et de vertu, que de talent. Cette épée est une bonne arme de bataille , un peu courte et un peu lourde , mais que Ton peut cependant remuer sans peine, et dont on pourrait encore faire usage.

Je venais de voir tous ces objets avec une pieuse émotion; je vivais dans les siècles passés, et une profonde rêverie s'était emparée de moi , lorsque le père Camille m'en tira en me disant : « Adesso * vi farô vedere la tomba d'Adamo. — Qu'est-ce ?

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» m'ëcriai-je; qui Adam? — Si, Âdamo, il primo n uomo. — Ahî mon père, que me dites-vous? »

Il se hâta de me répondre pour me calmer : « Noa » e di fede ; et solaraente di tradizione e d'istoria.» L'effet était produit et la sensation ilurable. Quel tortx)ut fait, et font chaque jour ces moines, en se livrant à une sotte superstition, qu'alimente l'ignorance, et dont la moindre réflexion démontre l'absurdité !

Après midi nous continuâmes nos courses. Nous sortîmes par la porte dite de Jaffa, et nous nous mimes en marche pour faire une partie du tour extérieur de la ville* Nous dépassâmes la montagne de Sion , qui n'est que la partie supérieure du plateau sur lequel Jérusalem est bâtie, et nous arri* vâmes à la fontaine de Siloé , placée dans la vallée de Josaphat, que nous remontâmes. C'est un ravin très-resserré, très-étroit, qui sépare Sion et le plateau de Jérusalem , de la montagne de l'Âscension et du jardin des Oliviers. Le lit du Cédron est constamment à sec dans la belle saison ; à peine en hiver y coule-t-il accidentellement quelque peu d'eau , qui se rend dans la mer Morte. Tout le pays est desséché et d'une aridité extrême.

Le silence qui règne dans la ville, où Ton n'entend aucun bruit , d'où l'on ne voit s'élever aucune fumée , la désolation et la stérilité de la campagne, où tout semble privé de vie, ont dû faire naître à

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Fesprit la pensée que la vallée île Josaphat était un séjour dévolu à la mort. Trois tombeaux y sont placés , ce sont ceux d'Absalon , (ils de David ; de Josaphat , roi de Juda , et de Zacharie. Ces monuments , d'une construction singulière , sont taillés dans le roc avec tous leurs ornements, colonnes, pilastres et architraves. Le style en est grave et digne de leur destination. Ils décorent convenablement cette triste vallée, et reçoivent des lieux environnants un encadrement qui les embellit.

Nous passâmes le lit du Cédron et nous montâmes sur le flanc de la montagne de FÂscension. Nous tournâmes cette montagne et nous nous rendîmes â Béthanie , village célèbre par un miracle de Jésus-Christ. C'est la qu'il fit appeler Madelaine, qu'il la conduisit dans la grotte où son frère était déposé, et qu'il rendit Lazare à la vie. Je descendis .dans cette grotte pour la visiter; elle est à vingt pieds environ sous terre , et un autel y est placé; on y célèbre la messe plusieurs fois chaque année.

De là nous nous rendîmes sur le sommet du mont de l'Ascension. Ce fut de ce lieu que Jésus-Christ quitta la terre pour remonter au ciel , après sa résurrection. Une église y fut bâtie par sainte Hélène, et cette église est devenue jine mosquée; mais une chapelle y a été conservée, et chaque année les moines lalins y disent la messe le jour de l'Ascen-

s» JAISIFT DIS OLIVIiaS.

sion. Un trémblenient de terre récent l'ataU ruinée en partie ; on était occupé à la réparer.

£n descendant nous nous arrêtâmes au jardin des Oliviers, qui est situé au pied de la montagne, â peu de distance de Torigine du lit du Cédron. Huit oliviers sont debout, probablement les mêmes qui existaient du temps de Notre>Seigneur. Deux de ces arbres ont vingt-cinq pied de tour. On sait comme l'olivier vit longtemps et combien il est lent à croître et à prendre son développement. C'est donc sous l'ombrage de ces mêmes arbres , que Jésus-Christ s'est reposé, qu'il a conversé avec ses disciples , qu'il fut arrêté , et que ses disciples ef* frayés l'abandonnèrent et prirent la fuite; c'est là encore que saint Pierre tira son sabre pour défendre son divin maître et coupa l'oreille à Malchus. Tout auprès on voit la grotte de Gethsémani , où Jésus- Christ se retira pour prier , avant d'être arrêté.

Tout le premier acte de cette sublime catastrophe s'est donc passé sur ce théâtre étroit, que j'avais sous les yeux. Le jardin sacré , qui renferme ces arbres si précieux, appartient au couvent de Saint- Sauveur. Les pères eu ont fait l'acquisition de leurs propres deniers. Dépouiller ces arbres de leurs branches serait un crime, et c'est une chose exprès* sèment interdite; les branches mortes sont seules enlevées, et servent, ainsi que les fruits, à fabriquer divers objets de piété.

XOJIBEAU DB LA VIBR<iï£. S9

Bans le fond du vallon , soit qu'il y eût antérieurement une grotte , ou qu'on Ty ait creusé a main d'homme , on a construit une église souterjraine , dédiée à la sainte Y ierge , et l'on y a mis un tombeau qui porte son nom. Aucune tradition ne fait mourir Marie à Jérusalem. C'est à Ephèse et dans nie de Samos , qu'il semble qu'après la mort de son fils, elle passa le reste de sa vie. Mais que ce tombeau soit réel , ou qu'il soit une simple image, il n'en est pas moins Tobjet d'une piété universelle. Marie est un être sacré pour toutes les religions en Orient , et j'eus le spectacle touchant de femmes turques et de chrétiennes , réunies an pied de ce tombeau, par le même sentiment, et qui priaient ensemble avec une égale ferveur. Les musulmans ont un oratoire, les diverses communions chrétiennes ont des chapelles, et les catholiques sont en possession du tombeau : on y arrive par un large et magnifique escalier de cinquante marches.

L'église souterraine contient également le tombeau de saint Joseph et ceux de saint Joachim et de sainte Anne , père et mère de la vierge. Cette réunion donne trop Tidée d'un caveau de famille. Les souvenirs religieux n'ont pas besoin de cette symétrie pour arriver d'une manière digne et convenable à la postérité , et ce qui a été fait avec maladresse, dans la vue de les embellir, leur 6te une -partie de leur éclat*.

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Le 17 septembre j'allai reToir les mêmes lieui* Je TÎsitai de nouveau la fontaine de Siloé : elle coule avec une grande lenteur et d'une manière ir* régulière, et remplit peu à peu un vaste réservoir, qui la précède extérieurement , et où les femmes de Jérusalem viennent puiser de Feau. C'est à cette piscine que Jésus- Christ rendit la vue à un aveugle. La fontaine de Siloé est l'unique source abondante qui soit dans la ville et à portée. Son eau est d'une qualité très-médiocre ; aussi celle que l'on réserve pour boire est-elle recueillie dans les temps de pluie, et on la conserve avec le plus grand soio dans des citernes fermées à clef.

J*allai voir à peu de distance,. au pied du rempart actuel de la ville , la grande piscine , dite la piscine Probiitique. £lle est vaste; mais elle ne peut plus renferme^* de. l'eau. Jésus-Christ y rendit le mouvement â un paralytique.

Autrefois les divers réservoirs, qui pourvoyaient aux besoins de la population , étaient alimentés par. des retenues faites>au loin et exécutées à grands frais. Les conduits qui amenaient les eaux, et dont on voit encore les resles , sont de magnifiques travaux , dignes de la puissance de Salomon.

Nous parcourûmes la montagne de Sion : c'est comme je l'ai déjà dit, la portion supérieure du plateau » sur lequel la ville est bâtie. Autrefois Jérusalem comprenait toute celte montagne; â pré-

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•eut ime partie est dans Tenceinte des murs, Tàiltrâ est extérieure : cette dernière est la plus éle? ée 9 et c'est là qu'est situé le tombeau de David. C'est aussi dans ce lieu que Jésus^Christ fit la dernière cène avec ses aptoes. Je visitai le puits de Néhémie, dans lequel on cacha le feu sacré, lorsque les Juifs furent emmenés captifs à Babylone.

Je revins sur le Cédron; on me montra le pont d'où Notre-Setgneur fut précipité dans le torrent, et où , dit-on , il laissa l'empreinte de sesmains« J'entrai par la porte qui s'était ouverte devant sa marcbe triomphale, et qui huit jours plus tard le vit se rendre au lieu de son supplice. Je suivis la Yoie douloureuse , et je pasisai devant le palais de Pilate, dont les ruines existent encore. De ce point je pus contempler l'emplacement où s'élevait le temple bâti par Salomon, que l'Écriture représente comme un des plus admirables ouvrages qu'aient jamais exécutés les hommes. Aujourd'hui une belle mosquée l'occupe; son architecture élégante, le vaste parvis qui l'environne et que déeorent des constructions légères , donnent à ce monument un caractère tout particulier. L'imagination l'embellit encore, car elle ne peut séparer ce que Ton voit de ce qui fut autrefois.

L'entrée de cette mosquée, objet d'une vénà'ation particulière des musulmans « est interdite aux chrétiens. Cependant, au moment de mon dépjfft, 5 4

49 StrOLCftl DBS MOU*

Ibf •him-Paeha me fit proposer de la tisiter. Mate 11 y atait des arrangemeiiU préliminaires indispen-» sables A prendre, qui auraient retardé mon voyage, et Je renonçai à profiter de cette fareur. Je Tai re-* gretté depuis , A cause du mystère qui environne ce lieu. Cependant une chose contribua à m'y déterminer, c'est que je safais d'une manière positive que , si cette mosquée est belle et ornée intérieurement, il n'y a aucune vérité dans les récits exagérés dont on nourrit la crédulité des voya« geurs.

Je vis ensuite la place où Jésu»*Ghrist ftit flagellé, l'endroit où il fut chargé de sa croix , et ceux où , succombant sous le poids, il tomba par terre ; enfin edui où saiate Véronique , lui ayant essuyé la figure, emporta l'empreinte de ses traits. Toutes les circonstances sont racontées sur les lieux ; la place, où chaque événement se passa, est montrée avec une foi, qui ne serait pas plus vive chez les narrafettrs, si ces événements s'étaient passés la veille mèmet

Le 18, J*Allai voir la grotte de Jérémie et le aé» pulcre des rois. La grotte de Jérémie est à très-peu de distance de la'viUe , sur le chemin qui conduit au sépulcre. C'est un de ces accidents de terrain , qui se rencontrent fréquemment dans ce pays tour* mente. La tradition veut que ce soit là que le prophète composasses lamentations.

Le sépulcre 4lea rois est aitué à cinquante pas des

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murs de la fille. L'excavation par laquelle «m j entre ressemble â Touferture d'une ancienne ear^ rière abandonnée; des constructions en ont régula^ risé la surface, La porte, d'ordre dorique, est taillée dans le roc. Une frise, d'une exécution très» soignée, et d'une composition bizarre, qui semble* rait représenter un triomphe de Bacchus , l'orne dans sa partie supérieure et dans celles latérales. Un corridor en pente , où l'on ne pénètre plus aujourd'hui qu'en rampant et avec difficulté, conduit à trois grandes salles taillées aussi dans le roc. Trente chambres sépulcrales , disposées symétriquement , ont été l'objet d'un grand travail. Elles étaient toutes fermées par des portes en pierre , roulant sur des pivots également en pierre ; on en Toit encore plusieurs qui sont renversées , mais â peu près intactes, et on reconnaît la manière dont elles étaient placées. Ce genre de monument appartient à l'antiquité la plus reculée. Il rappelle ceux de la Nubie ; mais la nature des ornements démontre que celui-ci est de l'époque romaine ; c'est une imitation d'ouvrages beaucoup plus anciens, quant à l'idée principale, mais qui porte le cachet du temps où elle a été exécutée.

C'est une grande question que de savoir qui a occupé ces tombeaux, et à qui ils ont été destinés. M. de Chateaubriand l'a traitée dans ^on Itinéraire ; il démontre qu'ils furent construits par Hérode-le-

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