LI NIL
soins que l'armée avait de muDilious de guerre, et la yille d'Alexandrie de blé, me donnèrent ridée de faire transporter à bras , dans le canal, des petites barques, tirant trois pieds d'eau, qui se trouvaient sur le lac Madiéh ; j'établis ainsi une navigation qui remplit le double objet que j'avais en vue.
Cette navigation durait depuis asses longtemps quand tout à coup les eaux baissèrent et les barques restèrent prises dans les boues. C'était le lt( sep« tembre : je crus que les eaux ne s'élèveraient plus et fis chercher des chameaux pour transporter le» approvisionnements dont les barques étaient rem« plies. Le vent venait de passer à l'est et au sud ; quatre jours plus tard, il revint au norci-ouçst, lea eaux se tendirent de nouveau et la navigation, à laquelle j'avais cru devoir renoncer, fut rétablie et dura encore pendant dix jours. La plus ou moins grande hauteur de la mer influe donc sur celle du Nil.
Indépendamment de la supposition que j'ai faite de l'élévation des eaux de la mer , et qui explique comment les eaux du Nil , ayant diminué en quantité , prennent cependant au moment de la crue un autre niveau , et tel que l'exigent les besoins de l'agriculture , je ferai remarquer que la formation des lacs Bourlos et Menzaiéh en apporte une nouvelle preuve. Le sol entier des lacs a le même ca-
270 Ls mr.,
ractère que les terres du Delta ; il ne se compose que d'aliuvions, et des ruines de villes et de villages, qui, autrefois situées dans des plaines cultivées, forment maintenant des lies au milieu des eaux. On y voit les montagnes de Tannes, de Tbora, et de Samnah , qui sont composées des débris des villes dont elles ont conservé le nom.
Enfin j'ajouterai que j'ai reconnu anciennement dans la partie inférieure des murs du fort du phare, ii Alexandrie , qui est bâti sur les fondements de l'ancien phare si célèbre de cette ville , des ornements d'architecture qui certainement ont été destinés à être exposés à la vue, et qui aujourd'hui sont couverts de plusieurs pieds par les eaux de la mer.
ÂraDt de quitter le Caire j*ai â parler d'une réunion de Français qui Thabite dans ce moment.
Si Ton m'avait dit , lorsque j'ai commencé mon voyage, que je rencontrerais des Saint-Simoniens, peut-être ma curiosité aurait-elle été piquée; mais si l'on eût ajouté que je vivrais dans une sorte de familiarité avec plusieurs d'entre eux , qu'ils m'inspireraient de l'intérêt et que je me plairais dans leur société, je l'aurais nié d'une manière absolue, et c'est cependant ce qui est arrivé.
Je trouvai , établis dans la maison de Soliman- Pacha , quelques-uns des plus célèbres apôtres de cette secte. Soliman-Pacha les avait recueillis; il avait été pour eux une véritable providence, et ils vivaient avec lui dans l'intimité : c'étaient le père Enfantin , chef suprême ; MM. Barrault , Lambert , Petit et quelques autres.
37S SADIT snionB?».
Tons me parurent aToir des mœurs douées, un caractère tolérant, serriable, bienreillant, et beaucoup de qualités sociales; je tIs parmi eux des houunes d'une instruction étendue et profonde. Plusieurs sortent de Técoie polytechnique. M. Lam« bert a été ingénieur des mines en France et le premier de sa promotion. C'est un sarant distingué et très-fort en analyse. M. Barranlt est doué d'une éloquence naturelle, brillante et pleine de charmes; il a consacré sa fortune aux intérêts de la doctrine qu'il professe. Le père Enfantin a. un sens droit et un jugement sain sur tout autre olyet que le Saint- Simonisme. Il prend au sérieux la mission qu'il croit aroir reçue , et ses adeptes ont l'air de faire une chose toute simple et toute naturelle, quand ils lui montrent soumission et respect*
C'est un spectacle curieux pour un observateur. Ces hommes yivraient dans un ordre régulier, an milieu d'un peuple qui aurait adopté leurs dogmes, qu'ils n'agiraient pas d'une manière plus simple et arec une conviction plus apparente. Au surplus j'éTitai de leur parler de leur prétendue religion. On ne discute pas sérieusement, avec leurs auteurs, de semblables utopies, subversires de toute société, et l'arme de la plaisanterie blesse souvent plus que les autres. J'aurais répugné a oSenser des gens dans lesquels je trouvais beaucoup do prévenance et d'empresem^nt pour moi.
. Une seule fois , J*entrai en matière avec H. Lam-^ bert, dont la conversation, riche de faits et nourrie par une instruction étendue, me plaisait infiniment, et Je pus voir et déplorer à quel point les plus hautes facultés de notre intelligence sont quelquefois obscurcies par les écarts les plus extraordinaires.
Tout ce système Saint-Simonièn est un tissii de conceptions tellement bizarres que l'on ne conçoit pas que IMdée de la possibilité de sa mise en pratique puisse venir à un esprit raisonnable , et cependant M. Lambert me demanda de lire les diiférentes œuvres de ses coreligionnaires , dans les loisirs de la quarantaine que je devais faire en Europe. Il m*apporta plusieurs volumes, je lui promis de remplir ses désirs et je lui ai tenu parole. Cette lecture a ajouté encore â mon étonnement , et j'ai gémi de nouveau sur la faiblesse humaine.
Gomment en effet comprendre que l'on propose de reconstituer la société humaine sans lui donner aucune base. Elle a pour principaux fondements la famille, la propriété, le pouvoir, une croyance religieuse, et les doctrines des Saint-Simoniens les détruisent tous.
Assurément , sans parler de ce qu'elle a d'immoral , la promiscuité fait disparaître la famille et son esprit. Cependant la famille est l'élément de la sociélé , et plus l'organisation de cette dernière se
280 SàlMT-SIHORiERS.
rapproche du type primitif, meilleure elle est. En se développant, les familles sont devenues des tribus, et celles-ci des nations; l'esprit créateur doit donc être conservé avec soin dans le chef et dans chacun des membres du corps social ; lorsqu'il disparaît, les sociétés souffrent et les révolutions arrivent.
La communauté des biens anéantit la propriété : qu'est-ce que des propriétés sans propriétaires? Il faut bien ignorer la nature de Tbomme pour le croire disposé à travailler , à se condamner à des fatigues, constamment pour les autres, jamais à son profit propre , car la part qui doit lui revenir ' en sa qualité de participant à la fortune totale de la communauté est fort peu de chose , et serait, par conséquent, d'une faible importance à ses yeux. La société ne peut se passer du véhicule de Fintérèt personnel.
Un pouvoir conduisant la société est son premier besoin , parce qu'en protégeant la masse des hommes réunis, et chacun en particulier, il est la garantie de tous les intérêts, généraux et privés. Le pouvoir, tel que le font les Saint-Simoniens , est un être de raison. Sans doute , le principe <( â chacun selon sa capacité , à chaque capacité selon ses œuvres , » est beau en lui-même ; il est louable de s*en approcher et tout bon gouvernement cherche à le suivre, autant que possible; mais il ne peut