TOTAGI KR SICllI
tirées sur l'eau et dans les barques en augmentaient re|Fèt. Ce genre de fêtes est inconnu en France; Je n'ai jamais rien tu de semblable h Paris , et on magnifique feu d'artifice tiré à Moscou il y a douze ans, a l'occasion du couronnement de l'empereur , est seul dans mes souvenirs snpâ*ieur à celui-là*
Toute la bonne compagnie de Palerme, tous les étrangers étaient réunis chez le préteur, et la princesse de Scordia, très-jeune femme , charmante de figure et de manières , faisait les honneurs du palais avec une grâce enchanteresse.
Le lendemain IS, la fête recommença , suifant l'habitude, à six heures. Des courses de cheyaux en liberté, appelés Cardan', qui sont en usage dans toute l'Italie, en firent l'ouyerture. Une grande population remplissait le Corso , mais des mesures de police bien prises prévinrent tout accident. Ce spectacle serait beaucoup trop payé s'il devait faire quelques victimes : rien n'est moins curieux , excepté peut-être l'instant du départ , où des chevaux impatients et fougueux s*élancent impétueusement dans l'arène au signal donné et souvent renversent les conducteurs qui les retiennent et franchissent la corde qui leur barre encore le passage.
La nuit venue , le char de sainte Rosalie reparut sur la scène , mais cette fois éclairé par un nombre
FAum. 141
prodigieux de flambeaux; sa marche triomphale était accompagnée par la musique de soixante instruments placés aux divers gradins de ce paradis olympien et saluée par les acckimations d*une population immense qui lui servait de cortège. Arrifé au point du départ de la veille et les lumières éteintes, le char, la sainte et ses acolytes dit^parurent comme tant de grandeurs éphémères sur la terre.
* Le 15 il y eut repos , mais encore des illuminations et un feu d'artifice peut-être plus beau que le premier.
Le 14 les courses de chevaux recommencèrent , et la nuit venue, un spectacle d'un autre genre nous fût offert: la cathédrale, éclairée par les feux de sept mille bougies, réunit toutes les autorités ecclésiastiques, civiles et militaires; les prières d'usage furent faites solennellement et la bénédiction donnée par le cardinal-archevêque.
Le 15 nous vîmes ie lieutenant du roi en fonction ecclésiastique. Une messe solennelle fut dite à la cathédrale. Le prince de Gampo-Franco occupait près de Vitïiéi la première place. Les rois de Sicile, investis par le pape Urbain II , et depuis Roger I, des honneurs de légat à kUere du sainttiége , les transmettent ii ceux qui les représentent , et une hiérarchie unique dans toute la chrétienté est observée d'une manière éclatante.
14*1 TOTA&i m nciii.
lié soir du 1 5 ^ait te dernM jour de eelt^ fète^ Ja plus longue sans douté qui existe. BUe se tèiv mine par la procession de la châsse de la sainte ^ accompagnée de tout ^e qui peUt lui faire toHégê et rembelUrw
A huit heures la procession ooÉunença. La . garde du préteur, corps munieik>al i chcTid soldé ^ ouyraitfe marche arec tambours ^ trompettes «t musique. Venaient ensuite tous les corps de taiétiers , bannières déployées « portant Tirange ûa saint qu'ils recomiaîssent pottr leur patron i et dont chaque membre tenait un cieitjfe è k nlaink Une heure fut employée à leur fMMsage. Aux artisans succédèrent tes moines. Chaque congrégation marchait è son Iradg, les mendiants en tète, d'abord les capucins. Un tart, éehafaudage porté à bras et repîrésentant un objet de piété , seton te goût de chaque ordre , lui sert comme d'étendard. Le bar des captfeins , construction gigantetqno de plus de trente pieds renfermait un grand nombre de saints Assis» Soixante-quatre hommes élatent eai^oyési tesoutenir^ des atations fréquMiles se succédaient soit pour àHumer tes cierges éteints par te Tcnt, soit pour accorder un peu de repos aux porteurs à qui l'on j^^portait à profusion des maisons voishieSy des rafratohtsaaments de tmit genre.
Deux saints nés è Palerme, ofcjîets d'une dévo-
fàUIHI. 149
tlon particulière 9 saint Gosme et saiot Damien^ parurent ensuite : tous les deux frères et tous les dem médeeins ^ ils viTaient à l'époque de la peste et coiMrvèrest la Yte à beaucoup de malades. On suppose que les guérisous qu'ils opâ^rent étaient UB tBkt de leur sainteté et un don de la grâce* Afin d'étendre davantage leurs bienfaits^ c'était £n courant qu'ils allaient voir leurs malades. En commémoration de cette eiréonstonce, è chaque lieu de repos on fiait faînt à lenrs statues , qui sont d'argent massif et réunies en8eml>]e à la procession, une vingtaine détours sur elles-mêmes 1 et l'on eonyertit ainsi en une^Unse profane leur marche religieuse et solennelle. .
Après les moines venait le clergé séculier z d'abord les paroisses , ensuite le chapitre ea avant de k châsse de la sainte. Celle-ci , édairée avec proftisioii ei portée par cent hommes, marchait légèrement en se balançant avec un mouvement gracieux et cadencé. Dernière et la suivant immédiatement^ <m voyait le cardinal-archevêque, puis une foule immense faisant retentir l'air des cris incessants de mve smnie RostUie l
La procession, ^près avoir circulé pendant tonte la nuit dans les rues de Palerme , rentra au jour à la cathédrale, et ainsi finit celte suite de fêtes, objet d*une véritable passion pour les habitants de Palerme et qui rappelle tout ce que le pa-
144 TOTÀfil IH SICIU.
ganisme et ensuite le moyen âge aTaient de phii bizarre.
Ces rqouissances méritent leur réputation â eause de ce qu'elles ont d'extraordinaire , et elles éveillent la curiosité des étrangers par les contrastes qu'elles leur présentent ayec leurs mœurs. Pendant le temps qu'elles durent, le peuple vaque dans la Journée à ses affaires ordinaires, et le soir tout est consacré au plaisir et à la joie sans qu'il en résulte jamais aucun désordre et une seulerixe: sur toutes les figures on pouvait remarquer les signes d'une satisfaction pieuse et calme.
Maintenant je rendrai compte du résultat de nos courses dans la ville de Calerme.
L'université , établissement nouveau où cependant toutes les branches des sciences physiques et morales sont enseignées avec succès. Un comité nommé par le roi a la direction de l'enseignement et nomme les professeurs. Un musée renfermant principalement des objets tirés des ruines de Sélinonte s'augmente chaque jour ; rien de plus précieux pour l'histoire des arts que les objets qu'il renferme. H. le duc Serra di Falco, antiquaire profond , homme d'un esprit supérieur , l'a fondé et le dirige. La conversation de ce savant aimable offre le plus vif intérêt ; le choix éclairé qu'il a fait de divers débris indique les progrès successif des Grecs dans les beaux-arts et instruit en un mo*
vAiun. 145
ment par des exemples qui ne permettent ni contestation ni discussion. Un admirable oufrage sur les antiquités de la Sicile, en partie publié, |4ace M. le duc de Serra di Falco au nombre des arr chéologues les plus distingués.
Le musée contient aussi un petit nombre de tableaux d*une beauté médiocre attribués , je crois , à tort à de grands maîtres ; mais il en est an qu'on ne saurait oublier , il représente le crucifiement de Notre^etgneur , assisté de deux capucins dont l'un tient un saint sacrement.
La cathédrale a été bâtie dans le treizième siècle ; son style est de la plus rare élégance et d'accord ayec celui de l'archeTèché, situé dans son voisinage. Cette extrémité du Corso est sans contredit la partie de Païenne qui frappe le plus un étranger. L'intérieur de l'église avait autrefois de la légèreté et de l'élégance : une suite de colonnes de granit, formant faisceaux , soutient la Toute et sert d'appui aux soubassements; mais une crainte peut-être peu motivée sur l'insuffisance de leur force a déterminé à les englober dans un massif de maçonnerie , et leur ensemble forme ainsi d'informes et grossiers piliers. Une chapelle très-riche, qui renferme la châsse de sainte Rosalie, est un de ses principaux ornements; mais les tombeaux des rois normands, placés dans une partie retirée de l'église , offrent des ouvrages bien plus curieux
1411 TOTAOS ni SKILI.
tous le rapport àc Tort. Tons de graoîl rovge^ il» sont du trarail et do goût le plus eiqiiis. Gelaî do prniee le plos fllostre) de Roger ^ est le ftieiiis beaotf On trouTe aussi lé le tombera de Constance, la dernière des princesses normandes ^ éponse de Henri , fils de Frédéric Barberoosse H*.
L'église de Saint- Joseph « appartenant an cou- ▼eut des Tbéatins , est d'un grande et belle proportion; die n'a point de piliers y nais des colonnes de marbre de Sicile gris d'un seul moMiau*
L'autel , couTert d'agates et de pierres darcs , est d'une extrême ricliessé. Une église souterraine, placée au-dessous et qui est consacrée à la Tierge, renferme les cayeaux des principales ftimilles de la Sicile.
L'église des jésuites , moins vaste que celle de Saint-Joseph , est beaucoup plus riche par les matériaux emploj^és à son édification : entièrement revêtue de marbres de Sicile , sa décoration de mauvais goût rappelle ce qu'il )r a de pire en ce genre et date de cent cinquante ans. On y voit deux beaux tableaux de Montéréalès, le plus grand peintre de la Sicile , né à Montréal.
L'Albergo dei Poveri , magnifique établissement de bienfaisance fondé par Charles III , réclama nos regards et notre attention.
Tout ce qu'il y a de bon et de grand en con8t^^^ tions publiques modernes , tout ce qui est utile on
VAUEMB. 147
ttrt à.«iitJMlir ie pays , en Sieile, à Nspics ou ea fipague , est de .ce souverain , grand roi qui 8a?aU hm ^OMÎr ses mifiâstres ^i les conserTer. Son ad- JDîiMstralioo était sans doute excelleote , car elle lui a damé le aoyen de dépeuser en itravaux pu^ Uies des sonunes iroaftrrifccs sans endetter ses royauflBtt0.
ii'ilbcrgfo 4ei Poveri se 4;oaqpQse de trois xorps ^ U^j ayant ehitciHi une grande cour , arec une colonnade m narbre de Sicile , qui donne le BMyenide comnumiqner partout A 'Couyert. Destiné à senir «PhosinGe à des YieiUards des deu^x sexes , il a été nodifté -dans les dcroiers teinps. Ai|}ourd^lmi il renferme deux cents hoaunes et autant.de femmes hors d'état de travailler, et quatre cents honunes ou fiUesdanslafDfce de l'âge et quelques «itfants.'Gesderniem, onf^oyés dans4es ateliers de é&Yen genres , ne j>ettv«Bt sortir de la maison sans permission. On y lile le cotQn et ^on y fabrique des toiles /de diverses qualités; on travaille également la soie , on dévide les 4x>cons et on £ait des étoffes de soieot des gaaes fort belles. Une fabrication de pâte^et de macarpni y e#i aussi établie ; la consomniaUon de ce comestible , si considéMbledans leppys, la fait prospérer, et la culture du bté dur , ^i conuoyn en Sicile , la favorise beaucoup.
:]^AII^.ciQpie{yé€^4aQs cet éjablisscpent n'en
148 VOTAU tu flICIU.
sortent que pour se marier ou pour oecuper use place qui assure leur existeoce : les précautions les plus louables sont prises pour la oonser?ation de leurs mœurs* Une dotation de cinq mille onces (soixante mille francs) a été assurée à cet hospice par Charles IIL Une somme de deux à trois mille onces lui est donnée en supplément chaque année par le gouvernement , et le terme moyen de l'entretien de ceux qui Thabitent est d^nn franc par Jour, somme considérable pour un semblable établissement. Des personnes recommandables de Païenne se chargent gratuitement de radministralion.
De l'Albergo deiPoveri nous allâmes à la maison des enfiints trouvés, objet d'une charité bien entendue, mais ne s'appliquant qu'aux filles. Aucune dotation n'en garantit la conservation, il n'existe qu'au moyen de secours particuliers et d'allocations annuelles de la ville* D'abord élerés à la campagne , ces enfants sont admis à l'établissement à l'âge de cinq ans : le complet est de quatre cents. Tous les métiers propres aux femmes , et tons les talents leur sont enseignés ; aussi les ouvrages qui sortent de 11 sont-ils fort beaux. Filer, fabriquer de la toile, broder, faire des fleurs , des souliers , telles sont les diverses hranches de leur industrie. On leur apprend encore b musique et à jouer de difiFérents instruments, et il en est qui semblent peu en rapport avec leur aese.
FALBEHK. 149
cwDBie la flàte et le violon,. Le local resserré semble insuffisant. Un comité de ]»ienf>aisance, composé de femmes pieuses, dirige cette maison confiée aux soinâ. de femmes à gages , séculières , mais habillées en religieuses , qui s'acquittent ^vec zèle de leurs ÇonctionSi Le produit du travail , mis en réserve , sert à former une petite dot aux. élèves pour le moment de leur sortie : elle se monte or* dini^irement pour chacune a trente onces ou envi* ron l;rois cents fra&cs.
Les enfants trouvés mâles , éhs v^ à là campagne, sont envoyés à sept ans dans une institution mili» taire , d*où ils sortent ensuite pour entrer comme soldats dans l'armée.
L'Observatoire réclamait de nous uiie visite : il est devenu célèbre par l'astronome qui le dirigea le premier après l'avoir fondé , l'abbé Piazzi. C'eu du haut de son observatoire que cet illustre savant découvrit la huitième planète dont Keppler avait soupçonné l'existence, grande découverte qui en açiena d'autres»
Nous vîmes . son digne successeur et son élève M. Gaeciatore , aujourd'hui chargé de la direction de cet établissement. Le matériel n'a rien de remarquable qu'un très-beau cercle de Ramsden qui permet tous les mouvements à la lunette dans les observations; un autre instrument permet de déterminer la force^et la direction des tVemblements 6 13
100 TOTAftl M SIGILl.
de tore au moyen d'un vase rempli de merenre , échancré par des ourerturet sfmétriquet eofrea» pondant i autant de canaux extérieurs phcéa en rayons : malheureusement on n*a que trop aon^ Tent roccasion de constater les efreonstaneea de ess conTulsions de la terre; enfin un autre instniment, de l'inTention de M. Cacciatore , donne le moyen de déterminer à la fois la direction , la force et rindinaîaon des fents soofliantli Thorison.
M. Cacciatore me fit cadeau de direrses pnblfea^ lions de lui sur plusieurs objets scientifiques : un, relatif A la température de Palerme comparée à oeHe d'autres TîUes, m*a paru d*un intérêt particulier , et j'en placerai un extrait à la fin de ce Kfre.
Nous allâmes' Toir les deux palais du prince Trahie, les plus dignes sans doute d^ètre Tisitéa k Palerme. L'un , celui de sa fomille , est fort riche en objets d'art. 0*assez bons tableaux de dlASrenles écoles et quelques*uns de grands maîtres j sont réunis. Dne eoUeetion de pierres gravées et de camées d*une grande beauté , maiapw très^NMiei» dérablCyS'y troufe aussi. Une statue antique de Séoèque est dans le prindpai salon , triste orna^ ment pour un pareil tien : c*est Sénéque mourant, s'éUnt fait oufirîr les veittes ; par les blessures il sort constamment de Teau qui rafraîchit l'air» L'autre palais lui rient de la maiaon Buttera, dont il a épousé l'hériliire* Ce palais , eon^nsé de Irala
VALnWL 151
iDlifonf réutiiet et bitties TuM à la suite de r«tt<4 tre , parallèlement au rivage , eat immense e la ter^^ rasse^ qui démine la mer , a li$ toiaeà de lon«t fueur* Ceat en faoe de eeite terrasse 4u'on place le fm d'artifice lors de la fête de sainte AosidiÇé Les appartements , extrêmement vastes , d'une magnificence royale et d'un style ancien, sont d'un goût exquis. Ce palais donne une idée imposante de la grandeur de l'aristocratie sicilienne , de sa richesse passée et de son ancienne splendeur.
Nous allâme nous promener au jardin botanique : il appartient à la ville et m'a paru fort complet. On a essayé , mais sans succès , d'y cultiver le café en pleine terre. Parmi les diverses choses remarquables que renferme ce jardin , se trouvent des bassins destinés aux plantes aquatiques : divisées en compartiments , elles sont entretenues et classées avec un soin et une méthode que je n'ai vu» nulle part ailleurs.
La Favorite est un pavillon chinois, bizarre mais joli, appartenant au roi; il est situé au milieu d*un vaste jardin cultivé d'une manière utile et traversé par des allées droites et bien entretenues : ce jardin s'étend au-dessous du Monte-Pe« legrino , qui domine Palerme et qui est célèbre pour avoir possédé les restes de sainte Rosalie.
Nous vîmes également quelques villa placées daos les faubourgs et appartenant au prince But-