‹ Voyage de m. le maréchal duc de Raguse, en Hongrie, en Transylvanie, dans la Russie méridionaleChapitre 4 sur 42 · SUR LA SICILE · texte numérisé non relu

SUR LA SICILE

portées dans le nouveau monde, elles devinrent dans ce dernier pays Félément de grandes richesses.

Les deux Roger eurent pour successeurs quatre autres souverains de la même dynastie, qui après avoir occupé le trdne pendant cent vingt-deux ans, fait place à la maison de Souabe, dont les droits Tinrent d'une princesse normande , Constance , épouse de l'empereur Henri I^'. Soixante-douze ans plus tard, Charles d'Anjou reçoit l'investiture du pape Clément IV et conquiert la Sicile, que quinze années ensuite (1281) lui fait perdre la révolte des habitants connue sous le nom de vêpres stci- Hennés.

La Sicile passe alors à la maison d'Aragon, qui succède à la maison de Souabe qui s'éteint. Après diverses révolutions et un intervalle de trois cent vingt-cinq ans, elle tomba enl516dans le domaine de la maison d'Autriche, qui recueille les droits de la maison d'Aragon. Enfin en 1735 un traité en fait Fapanage d'une branche cadette de la maison de Bourbon.

J'avais rencontré à Naples un de mes compatriotes, M. le comte de Biancourt, homme d*im esprit distingué et d*un commerce agréable. Nous nous réunîmes pour faire ensemble le voyage de la Sicile, et le 27 juin au matin nous nous embarquâmes sur le bateau à vapeur le Ferdinand pour nous rendre à Messine.

A peine sortis du golfe de Naples, nous passâmes près d'un groupe de rochers situés au milieu de la mer et connus sous le nom des Sy rênes; dans ces derniers temps, ils ont acquis une triste célébrité: rinfortuné Murât y séjourna trois jours lorsque par une entreprise insensée, il courait à la mort. Nous long<fâmes la terre ferme

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ayec un beau temps, mais nous trouYâmes une mer assez grosse quand nous fûmes en me d*Amalfi, que peu de jours auparavant nous ayions ▼isité.

Rien de plus accidenté, de plus pittoresque que la chaîne de monUgnes que Ton a sous les yeux: composée de rocs entassées les uns sur les autres, dominée par le majestueux mont Saint-Ângelo Pancien Garganus) , dont la cime va se perdredans les nues, elle ferme comme un immense rempart couvert par intervalles d'une vive et brillante végétation; une population agglomérée y cultive des champs intercalés dans les rochers; deux ou trois petites plages lui donnent le moyen de communiquer avec la mer, et les habitants qu'un mur I naturel sépare de l'intérieur de la province ne

peuvent y pénétrer, comme où ne peut venir à eux qu'en escaladant des sentiers aussi étroits que difficiles.

Cette population, réunie au nioyen âge pour se livrer à la piraterie, avait bien choisi son poste: à portée de la navigation commerciale entre l'Italie et la Sicile, la Grèce et Gonstanttnople, elle put facilement exercer ses rapines et se mettre en sûreté avec leur produit au milieu de ses âpres rochers. Les désordres de l'Italie et l'anarchie qui la désolait , la faiblesse de l'empire grec , étaient un premier gage d'impunité ; plus Urd, des tours bâties

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sur des sommités inaccessibles, dont le nombre s'augmenta 8ucess{?ement et embrassa de grands espaces, assurèrent son indépendance. Une plage de tiy)is cents toises environ, servant à recevoir â terre les bâtiments alors en usage , lui tenait lieu de port. Les succès du brigandage, augmentés de celui des spéculations commerciales, créèrent bientôt de grandes richesses. Une population considérable accourut au bruit d'une telle prospérité; deux petits cours d*eau, d'une pente rapide et qui ne tarissent jamais, pourvurent non-seulement à ses besoins, mais donnèrent le moyen d'établir une foule d'usines et de développer une féconde industrie, et la république d'Amalfi fut fondée. Plusieurs Tilles se réunirent à elle ; il en résulta une confédé< ration qui eut quelque puissance et Joua un rôle supérieur à celui que semblaient lui réserver ses éléments naturels.

Diverses circonstances lui valurent une gloire qui sera durable. En 1520, Gioja, citoyen d'Amalfi , faisant le premier l'application de la propriété de l'aimant à la navigation , inventa la boussole et rendit l'homme le maître des mers. Lés Pandectes de Justinien , ce monument de sagesse , perdus alors , y furent retrouvés.

La prospérité commerciale d'Amalfi eut un si grand essor que sa monnaie, connue sous le nom de tari^ se répandit partout et qu'encore aujour-

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d^hiii elle fig^ure dans le royaume de Naples connue monnaie de compte. Sa réputation de sagesse fut si brillante que les lois d*Amalli sur le trafic maritime ont servi de commentaire au droit des gens et de fondement à la jurisprudence du commerce des mers , et ces lois acquirent dans la Méditerra-^ née la même autorité que celles de Rhodes 7 avaient eue dans Fantiquité.

Enfin ce furent des marchands d*Amalfi qui , attirés en Orient par les affaires de leur commerce et à Jérusalem par leur zèle religieux , obtinrent, en 1048 du calife d'Egypte la permission de bâtir et de doter, près du saint sépulcre , sous Tinvocation de saint Jean , un hospice destiné h recevoir les voyageurs de leur nation et en même temps une église dédiée à sainte Marie des Latins.

Lorsque Godefroy de Bouillon fit le siège de Jérusalem , les pieux hospitaliers de Saint- Jean armèrent de l'épce leurs mains qui jusqu'alors n'avaient porté que la croix, ils contribuèrent puissamment à la conquête de Jérusalem , et cette guerre sacrée changeant leurs mœurs , ils ne cessèrent depuis ce moment de combattre pour la défense de leur nouvelle patrie. C'est ainsi que les chevaliers de Malte sont devenus les successeurs des bourgeois d'Amalfi.

Un jour vint où la puissance et Tindépendance d*Amalfi disparurent; mais cette ville conserva

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constamment et possède encore une sorte de prospérité. Sa population , autrefois de cinquante mille âmes, aujourd'hui de dix mille, resserrée dans un petit espace, vivant dans des maisons dont beaucoup sont pour ainsi dire accrochées aux rochers , et son mouvement extraordinaire en Font toujours un des points les plus curieux du royaume de Naples : c*est une ruche d*abeilles dans Tactivité de ses travaux.

Peu après avoir dépassé Amalfi, nous entrâmes dans le magnifique golfe de Salerne et nous découyrtmes la ville de ce nom. Sa cathédrale renferme les restes du célèbre Grégoire Vil , Hildebraod, un des hommes les plus extraordinaires que le monde ait produits et qui fut peut-être Texpression des besoins de son siècle.

Nous aperçûmes ensuite les belles mines de Paestum , développant dans toute leur majesté la grandeur et le génie de l'antiquité : les ruines sont curieuses et par leur conservation et par ce qui subsiste de la ville qui les contient et dont l'enceinte est tellement intacte qu'on pourrait s'y défendre encore aujourd'hui ; c'était cependant une colonie de Sybaris, plus portée aux plaisirs et à la volupté qu'à l'amour de la guerre et de la liberté.

Les recherches sur l'antiquité sont si nouvelles.

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le goût s'en est dé?eloppé si récemment qu*il y a soixante-dix ans, malgré le voisinage et la facilité des communications , on ne connaissait pas à Naples les temples de Pa^stum. La curiosité publique fut éveillée par le rapport des pécheurs qui redirent ce qu'ils avaient découvert les premiers.

Nous ne perdîmes pas de vue la côte , et la terre des Galabres déploya devant nous toute sa magnificence. Ceux qui l'ont visitée en parlent avec admiration et prétendent que mille genres de richesses y sont renfermés; je puis dire au moins que l'aspect ne cesse pas d'en être riant et de séduire les regards. Le pays, inhabitable autrefois, est devenu, par les soins du roi et au moyen d'une bonne police , aussi sûr pour les voyageurs que tous les autres points du royaume, service immense rendu â la société , car bientôt les grandes routes qui s'ouvrent partout apporteront la civilisation à ces peuples encore en arrière de leurs voisins.

Nous avions reconnu , en doublant les rochers des Syrènes, le point de station de Murât; celui de son débarquement et de son supplice s'offrit alors à nos yeiix, et la vue del Piszo , raniotant le souvenir de la perfidie dont il fut la victime, éveilla dans nos eosurt cette compassion que Ton doit à une grande infortune (1).

(1) Voir à la fin du volume une note, sur la fia malheurcBie de M prince.

Nous passâmes ensuite à portée des lies Éoliennes, dont l'antiquité avait fait le séjour du dieu des ?ents. La première, le Stromboli, volcan constamment en éruption , semble le phare de cet archipel : des feux qui se succèdent toujours le signalent la nuit au voyageur; pendant le jour, une immense fumée obscurcit l'atmosphère. Le Stromboli, cône élevé, presque sans plaine à sa base , miné par des feux souterrains, environné par la mer, exposé à une pluie de feu incessante , est pourtant habité par des êtres timides que les foudres des hommes eifi'ayeraient sans doute, mais qui vivent là sans crainte, tant est grande la puissance des souvenirs et la f6rce de l'habitude.

Les lies Éoliennes rappellent une action gêné-

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ttme de Tantiquité : lliistoire l'a consacrée , le temps en amena la récompense. Après la prise de Yeles par les Romains , ceux-ci avaient fait fabriquer, avec les richesses qu'ils 7 trouvèrent , un magnifique vase d'or qu'ils envoyèrent au temple de Delphes. Le bâtiment qui le portait ayant été pris par les corsaires de Lipari et conduit dans le port, Timosithée, qui gouvernait ce pays, nonseulement sauva la vie aux députés captifs , mais encore les fit conduire en Grèce en leur rendant le dçpôt qui leur était confié afin qu'ils pussent remplir leur pieuse mission. Les Romains, reconnaissants, accordèrent à Timosithée le droit d'hospitalité publique, et cent trente ans après, ayant enlevé les Iles àe Lipari aux Carthaginois, ils exemptèrent ses descendants de tout tribut.

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