‹ Voyage de m. le maréchal duc de Raguse, en Hongrie, en Transylvanie, dans la Russie méridionaleChapitre 40 sur 42 · S6S - ROTE · texte numérisé non relu

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mes bourreaux. Vous ne parlerez pas pour ma défense; je ne le veux pas. »

* Le défenseur se retira tristement eit laissa entrer le juge chargé de rinstruction du procès. Celui-ci demanda, comme c'est Pusage, le nom du prisonnier et allait ajouter quelque chose; mais Joachim lui coupa brusquement la parole, en disant: « Je suis Joachim Murât, roi des Deux-Siciles et le vôtre. Sortez, délivrez-moi de votre présence. » Resté seul, la tète inclinée vers la terre et les bras croisés sur la poitrine, il avait les yeux fixés sur les portraits de sa famîlîe et ne pouvait les en détacher. A ses Mquents soupirs, à sa profonde tristesse, on sentait qu'une pensée affireuse pesait sur son cœur. Le capitaine Stratti, son bienveillant gardien, le trouva dans cette attitude et n'osait lui adresser la parole ; mais Joachim lui dit: « A Pizzo, ou se réjouit de mes malheurs (il le savait ou le supposait) ; et qu'ai-je donc fait aux Napolitains pour avoir en eux des ennemis ? J'ai sacrifié dans leur intérêt tout le fruit de mes travaux et de mes longues années de guerre, et je laisse une famille pauvre. Tout ce qu'il y a de liberté dans leurs codes, ils me le doivent. S'il y aune armée napolitaine connue dans le monde, si la nation a pris rang parmi les plus puissantes de l'Europe j c'est mon ouvrage. C'est pour les Napolitains que j'ai renoncé à toute autre affection et que j'ai été ingrat envers la France qui m'avait élevé sur le trône d'où je descends aujourd'hui sans crainte et sans remords. Je n'ai pas pris part à la tragédie du duc d'Engbien, que le roi Ferdinand venge maintenant par une autre tragédie ; je n'y ai pas pris part : je le jure

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devant le Bleu en présence duquel je vais bientôt comparaître. » Ces mots furent suivis de quelques instants de silence. « Capitaine Stratti, reprit-il ensuite, j'ai besoin d^étre seul. Je vous remercie de TafiFection que vous me montrez dans mon malheur, et je ne puis vous en témoigner autrement ma reconnaissance. Soyez heureux. » Joachim se tut, et le capitaine Stratti s'éloigna les larmes aux yeux pour le laisser seul.

Murât ne connaissait pas encore son arrêt, quand le prêtre Masdea entra peu après dans sa chambre : a Sire, lui dit cet ecclésiastique, c'est la second» fois que je parle à Votre Majesté. Lorsqu'elle est venue à Pizzo, il y a cinq ans, je lui demandai un secours pour terminer les constructions de notre église, et Votre Majesté m'a donné plus que je n'avais osé l'espérer. Ma voix n'est donc pas malheureuse auprès d'elle, etaujourd'hui j'ai l'assurance qu'elle écoutera mes prières, qui n'ont d'autre but que le repos éternel de son âme. » Joachim accomplit avec une résignation philosophique tous les devoirs du chrétien mourant, et, sur la demande de Masdea, écrivit en français : « Je déclare mourir en bon chrétien. »

Tandis que ces scènes touchantes se passaient dans une pièce du château, dans une autre salle le tribunal militaire accomplissait sa cruelle n^^ssion, en déclarant : « Que Joachim Murât, replacé par la fortune des armes dans la condition de simple particulier où il était né, avait formé, avec vingt-huit complices, une entre- 6 35

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