‹ Voyage de Moscou à VienneChapitre 11 sur 24 · DU BOSPHORE. :22I · texte numérisé non relu

DU BOSPHORE. :22I

comparatif de l'Angleterre et de la France^ parla si profondément de la législation ^ si plaisamment des élections parlementaires , et si délicatement des mœurs de son pays^ <iue je crus ^ à la fin du déjeuner, être de retour des trois royaumes. Lorsque je le revis, il y a quatre ans, à Vienne, où il était ambassadeur, il voulut bien , avec la même bonté , ajouter encore à ces détails, aussi intéressans qu'instructifs, et il m'était doux de penser qu'en le retrouvant à Constantinople , j'aurais terminé, par un troisième entretien, mon cours complet de politique et de statistique anglaises.

Du BosFHORV, Noyembre.

Je t'écris, voguant sur le Bosphore , que les anciens croyaient fils de Neptune, et qui, tel qu'un fleuve majestueux, roule ses flots entre les montagnes cultivées de l'Europe et de l'Asie. Ce que l'art peut ajouter à la plus riante nature est réuni sous mes yeux : voilà le beau idéal; voici les lieux où les conteurs orientaux viennent puiser leurs ingénieuses fictions : tout inspire le sentiment, enflamme le génie : on s'étonne de ce que Ion éprouve, et l'on croit sentir pour la première fois.

Accompagné par Gordon, qui veut bien me servir de cicérone^ nous parcourons ce Bosphore

de Thrace> si célèbre autant de titres, depuis son entrée par la mer Noire, qui ne peut être comparée à celle de la Propontide , mais qui , au défaut de Tensemble merveilleux qu'offre spontanément la vue de Constantinople , multiplié les jouissances en les augmentant progressivement.

Montés sur un léger deurtchifté j nous traversons d'abord l'ancieh port des Ephésiens, entre les deux nouveaux forts d'Europe et d'Asie ; puis Gordon arrête mes regards sur les ruines d'un château d'Asie, construit sur l'emplacement de riéron , qui dominait le temple de Jupiter Urius, et l'autel des douze Dieux; suivant toujours la même direction , j'aperçois la montagne du Géant, dont, la crête, ornée d'un bouquet d'arbres, recèle un tombeau que jadis on appelait le lit d'Hercule , mais que les musulmans cpoyent devoir renfermer les ossemens d'un être prodigieux. Le chevalier prétend que c'est le tombeau d'Amycus, vaincu par PoUux, que Valerius Flaccus appelle le géant , et qui , suivant Denys de Byzance , avait établi sa cour dans un des golfes voisins. A drpite voici Boyoukdéré, que je reconnais à son superbe quai, présentant une ligne de maisons élégantes entremêlées de quelques palais , habités par les membres 4u corps diplomatique : suit immédiate-

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ment le vallon de son nom , orné encore d'une multitude de tentes de toutes les dimensions y surmontées d'étendards de d&fférentes couleurs y dressées^ comme je te Fai dit, pour le campement de la suite du prince de Valachie : au milieu de cette prairie s'élève un bouquet de huit platanes, d'une hauteur prodigieuse, et rangés en cercle. Si, comme on le prétend, ce sont huit tiges adhérentes à une seule racine , ce phénomène végétal doit faire ajouter foi à ce que l'on rapporte de l'arbre des cent chevaux sur l'Etna ; dans le tronc creusé d'une des tiges de celui-ci, j'ai vu trois chevaux à l'abri, (i)

En quittant ce vallon , et voguant vers Thérapia, on passe devant une pointe de rocher, anciennement appelée la Pierrede Justice, Denys de Byzance rapporte que deux navigateurs déposèrent leur argent sous une large pierre , dans le creux de ce rocher, en se jurant de n'y point toucher l'un sans l'autre ; qu'un des deux, in-

(ï) L'auteur des Annales des Voyages dit que le plus grand arbre du monde est sans doute le cubbihrburr , nommé par les Hindous le bananier de Cubbihr , en rbonneur du saint brahraan de ce nom ; cet arbre gigantesque a deux mille pieds de circonférence , mesuré autour des principales branches. Il a logé , ajoutet-il , jusqu'à sept mille hommes sous les voûtes de son branchage , à la fête donnée sous cet arbre sacré.

fidèle à son serment , vint seul pour enlever le trésor, mais que la pierre qu'il voulut soulever, Fécrasa. De cette fable, racontée ainsi par les pêcheurs , lui est venu son nom de Justice. Puis on arrive à un village considérable , que la pureté de Tair fit appeler Thérapia par lés Grecs ; ce qui signifie salut, ou guérison. C'est dans ce bel endroit que l'ambassadeur de France et les princes grecs ont leur résidence d'été. Le quai est surmonté par une montagae, nommée jadis les clefs du Pont. Suivant toujours cette côte , on découvre Kalender dans l'ancien Pithécus , puis un joli vallon, tapissé de verdure et de fleurs, dominé par quelques collines où croissent l'épais arbousier et le ciste odorant : à l' opposite de Kalender, au fond d'un golfe assez étendu, qui portait autrefois le nom d'Amycus, se présente un vallon parsemé de platanes : ce lieu charmant, appelé en turc Khounkia-Iskéléni ^ est un tableau majestueux, composé de mille tableaux particuliers. Sous ces immenses dômes de verdure, on aperçoit des êtres mystérieux enveloppés d'amples manteaux cachant leurs figures sous les replis d'un long voile blanc. Ce sont des dames turques et arméniennes, qui viennent respirer un air plus libre , et oublier pendant quelques heures la vie contrainte et monotone de leur dôture accoutumée. Suivant

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