NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST EN JUDÉE
A lepoque où Notre-Seigneur Jésus-Christ vivait sur la terre, la Terre-Sainte était divisée en trois provinces. La plus remarquable de ces provinces était la Judée, dont les bornes étaient à peu près celles du royaume de Judée après le schisme des dix tribus. Au nord de la Judée était la province de Samarie, et au nord de la Samarie se trouvait la province de Galilée. Toutes ces provinces s'étendaient de la mer Méditerranée à la vallée du Jourdain.
C'est un fait bien connu de tous les chrétiens que le Sauveur demeura principalement à Nazareth, ou à quelque autre endroit de la Galilée avant et durant sa vie publique. Une chose digne de remarque, c'est que les plus importants événements de sa vie se sont passés en Judée.
CY'tait il Ain Knrim, on Judée, que dcraeu* raient Zacharie et Elizabi'th, le père et la mèro de saint Jean-Baptiste. C'est là qu'il fut sanctifié dans le sein de sa mère, c'est là qu'il vint au inonde, celui qui devait être le précurseur destiné à préparer la voie du Seigneur. C'est en Judée, à Bethléem, que naquit le Sauveur, qu'un ange annonça aux bergers la naissance du Fils de Dieu, qu'une multitude d'esprits célestes descendirent du ciel pour l'adorer, et qu'enfin les mages vinrent de l'Orient pour lui ofirir des présents.
A Jérusalem, capitale de la Judée, Il fut présenté dans le temple si célèbre, quarante jours après sa naissance. A l'âge de douze ans, nous le trouvons encore dans le temple au milieu des docteurs, les surprenant par la sagesse de se» réponses, et leur faisant remarquer que, d'après les prophètes, le Messie, le Désiré des Nations, était à la veille de paraître.
Ces événements antérieurs à la vie publique de Notre-Seigneur Jésus-Christ étaient, on peut le croire, bien connus d'un grand nombre, surtout de ceux que l'on désigne sous le nom de justes. Comment les habitants de la Judée auraient-ils pu oublier le massacre des milliers d'enfants à Bethléem et dans les environs, cruelle boncherie commandée par Hérode ? Ils ne devaient pas davantage ignorer que ce massacre avait été ordonné par ce prince barbare afin de se défaire du Sauveur, le Messie tant désiré par le peuple d'Israël.
Nous sommes arrivés maintenant à la vie publique de Notre-Seigneur. Son apparition dans le monde avait été annoncée par saint Jean- Baptiste, et le premier théâtre des premiers labeurs de ce grand saint avait été ce désert situé à douze milles à l'ouest de Jérusalem, et que l'on appelle aujourd'hui " le Désert de saint Jean."
Dans le désert, on montre encore aujourd'liui une roche élevée, du sommet de laquelle il parla pour la première fois à ses auditeurs, et on l'appelle, de nos jours comme au temps passé, *' la chaire de saint Jean. " Du désert, le Précurseur se rendit sur les bords du Jourdain ; il passa un temps considérable aux environs de Béthanie, à cause du grand nombre de voyageurs qui passaient le Jourdain ; ce fut là qu'il rendit témoignage à la lumière. Saint Jean était lui-môme une " lampe ardente et brillante." Sa présence et sa vue firent une impression telle sur les spectateurs, qu'un jour on députa vers lui des personnes chargées de lui demander s'il n'était pas lui-même le Messie que l'on attendait. Mais il déclara qu'il était simplement envoyé pour préparer la voie du Seigneur. Ce fut saint Jean-Baptiste qui montra un jour Jésus- Christ à la foule en disant : " Voici l'agneau de Dieu, qui efiace les péchés du monde." 11 déclara aussi qu'il était le Fils même de Dieu.
Ce fut dans le cours du Jourdain que le même saint Jean conféra le baptême à Notre- Seigneur Jésus-Christ. On vit descendre sur
la irl" (lu Fils do Difu lu ^'^îaiiit-K.siiiu sous la roriiK* d'une colombe, et la voix du Pcre fut cutciulue qui le proclamait " son Fils bien-aimé, l'objet de ses éternelles complaisances."
Le jeûne de quarante jours fut accompli on Judée, à peu de distance du Jourdain, à cet endroit célèbre que l'on connaît encore sous le nom de la grotte de la Quarantaine. C'est en effet une grotte ou un enfoncement sur le coteau d'une montagne très élevée. Il est difficile, souvent même dangereux, de se rendre à cet endroit, élevé de cinq cents pieds au-dessus de la plaine. De la grotte dite de la Quarantaine on peut compter encore cinq cents pieds jusqu'au sommet de la montagne. C'est de ce i)oint que le démon montra, dit-on, au Sauveur tous les royaumes de la terre. La prédication de saint Jean, le jeûne du Seigneur, durent produire sur les esprits une impression bien profonde et bien générale, puisqu'il y a encore aujourd'hui des moines schismatiques qui mènent une vie très austère à la grotte même de la Quarantaine. On en voit un grand nombre d'autres qui rivent dans des grottes dispersées en différents lieux de la Judée. Un temps fut où 14000 moines catholiques avaient leurs demeures dans les grottes semées le long du cours du Cédron.
Après son baptême et le jeûne de quarante jours, le Sauveur demeura plusieurs mois dans la Judée proprement dite, ou dans le pays aux -environs de Jérusalem ; ses disciples y admi-
nistrèrent le baptême, et devinrent bientôt plus nombreux que ceux de Jean. (Jean III. et IV.) Il est vrai qu'après son baptême, Jêsus-Christ se rendit en Galilée, et que la plus grande partie de sa vie publique se passa sur les bords du lac de Tibériade. Il venait cependant souvent à la capitale de la Judée, et je vais vous faire voir que c'est à Jérusalem ou aux environs de cette ville qu'il manifesta surtout la divinité de sa mission par les nombreux miracles qu'il y opéra.
Quand le pèlerin, fatigué de son long voyage, arrive en face de la ville de Jérusalem, il tombe à genoux, et alors commence en chœur le psaume cxxi : Lœtatus sum, " Je me suis réjoui de ce qui m'a été dit : nous irons à la maison du Seigneur. Nos pieds ont touché ton enceinte, ô Jérusalem ! " et au retour, quand on s'éloigne de la ville, à mesure que les édifices disparaissent aux regards, on chante encore : " Si je t'oublie, ô Jérusalem, que ma main droite m'oublie, que ma langue s'attache à mon palais, si tu n'es pas toujours le principe de ma joie, ô Jérusalem ! " (psaume cxxxvi.) Au temps du Sauveur, Jérusalem était une ville de 150,000 habitants ; elle s'étendait plus au nord et au sud que la ville actuelle. C'était la capitale de la Judée, l'objet de l'amour et de la vénération de tous les vrais fils d'Abraham. La montagne de Sion qui se trouvait dans son enceinte fut l'emplacement de la ville de David. Pendant quatre ans l'arche d'alliance y fut déposée ;
c'est là aussi que furent composés un grand nombre dos psaumes du j^rand Koi, psaumes chantés par la synago^e dans le temple, et chantés encore de nos jours dans l'Eglise universelle.
Sur le mont Moriah, à IVst de la ville, Mcl» chisedech avait offert en sacrifice du pain et du vin ; ce fut là aussi qu'Abraham se montra disposé à sacrifier son fils. Sur cette montage célèbre Salomon avait construit son temple si fameux dans le monde ; là on sacrifiait à Dieu, selon le rite prescrit par Dieu lui-même, et les sacrificateurs n'étaient autres que les successeurs de ceux que lui-même avait choisis et désignés. C'est pourquoi le Sauveur lui-même appelait la ville de Jérusalem " la ville du Grand Roi."
A l'époque où vivait le Sauveur, la Judée était une province romaine, et elle était gouvernée par un procureur qui résidait à Césarée, sur le bord de la mer. Le nom du gouverneur était Ponce Pilate. Tel était le gouvernement civil. Sous le rapport religieux, les Juifs étaient gouvernés par le Sanhédrin, composé de 72 membres présidés par le grand prêtre. Les membres de ce tribunal étaient : lo Le grand prêtre et ceux qui avaient joui de cette dignité ; 2o Les chefs des vingt-quatre familles sacerdotales ; 3o les anciens ou chefs des tribus et des premières familles ; 4o enfin les Scribes et les Docteurs de la Loi, dont l'occupation était dd
franscrire, conserrer et étudier les livres saints. Le plus grand nombre de ceux-ci étaient des lévites et recevaient leur entretien du peuple.
Si le Seigneur parut si rarement à Jérusalem et s'il y resta si peu de temps lorsqu'il y vint, c'est à cause des mauvaises dispositions du peuple et spécialement des magistrats à son égard, et parce que sa présence aurait pu donner lieu à des troubles sans fin. Mais il avait réser\'é pour Jérusalem les marques les plus sensibles de sa mission divine.
C'est après son baptême, et quand il arriva pour la solennité de la Pâque, que le Christ fit sa première visite à Jérusalem. En cette occasion, il se rendit au temple et se montra, pour parler ainsi, le *' Maître du Temple " comme l'avait prédit le prophète Malachie.
Quand nous parlons du temple de Jérusalem, nous ne voulons pas qu'on se représente une immense et magnifique basilique, non ; par le temple de Jérusalem nous voulons bien dire le " Saint " et le " Saint des Saints " qui étaient sous le même toit, mais nous voulons dire aussi le terrain qui entourait ce sanctuaire. Jadis ces terrains étaient entourés de murs élevés et tracés de manière à former plusieurs cours parfaitement distinctes. Les dimensions du terrain autour du temple étaient d'environ 1600 pieds sur 1000, et on y voyait la cour des gentils, la cour des juifs, la cour des femmes, et enfin celles des prêtres. Toutes les i)arties de
78 VOTAOE EX TERRE-SAINTB.
ce vaste endos étaient "saintes." Dieu luimême ayant accepté l'offrande qui lui en avait été faite, c'était le lieu de la i>rière, le lieu du çacrilice.
En cette occasion " Jésus trouva dans le temple les vendeurs de bœufs, de brebis, do colombes, et aussi les changeurs d'argent assis à leurs comptoirs : alors, ayant fabriqué un faisceau de petites cordes, il chassa du temple ceux qui vendaient les brebis et les bœufs, il renversa les tables des changeurs et dit à ceux qui vendaient les colombes : "Emportez tout cela et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce."
Il est évident qu'un homme ordinaire, sans le secours d'en haut n'aurait jamais pu tout seul et en un clin d'œil, chasser du temple une foule d'hommes et d'animaux. La foule était si grande que l'on devait entrer par une porte et sortir par une autre. N'oublions pas non plus que cette multitude d'hommes et d'animaux couvrait une grande surface de terrain ; mais le Seigneur dans cette circonstance fit appel à sa Divinité, et tous sortirent du lieu de la prière,, effrayés et saisis de terreur à la vue de la majesté divine qui se reflétait dans sa personne. Ce miracle et plusieurs autres du même genre, mais sur lesquels l'Evangile ne dit mot, expliquent peut-être ces exclamations spontanées de la part des Juifs qui en furent les témoins : " Nul ne saurait faire de telles choses s'il n'avait Dieu
en lui." Nous lisons encore que " pendant son séjour à Jérusalem un grand nombre de personnes crurent en lui, à la vue des prodiges qu'il avait opérés." (Saint Jean, il, 23.)
En une autre occasion, nous voyons encore Jésus-Christ à Jérusalem : c'était encore un jour de fête. Le Sauveur voulait que ses miracles fussent connus dans la ville de Jérusalem, afin que les pèlerins qui y venaient en portassent témoignage dans le monde entier. Le miracle qu'il opéra cette fois fut la guérison d'un malheureux qui avait été infirme durant èrente-huit ans de sa vie. (St. Jean, v.)
** Après cela, la fête des Juifs étant arrivée^ Jésus s'en alla à Jérusalem. Or il y avait à Jérusalem la piscine des brebis, qui s'appelait en hébreu Bethsaïda, qui avait cinq galeries, dans lesquelles étaient couchés un grand nombre de malades : des aveugles, des boiteux, des personnes aux membres desséchés, et tous attendaient que l'eau fût remuée. L'ange du Seigneur, à un temps donné, descendait dans cette piscine et en remuait l'eau, et celui qui y entrait le premier après que l'eau avait été ainsi remuée était guéri, quelle que fût sa maladie. Or il y avait là un homme qui avait été malade depuis trente-huit ans. Jésus, le voyant couché et sachant qii'il était là depuis longtemps, lui dit : '* Voulez-vous être guéri ? " Le malade lui répondit : " Seigneur, je n'ai personne pour me jeter dans la piscine aprèa
que Teau a été remuée, et, pendant le temps que je mets à m'y rendre, un autre y descend avant moi." Jésus lui dit : *' Levez-vous, emportez votre lit et marchez." A l'instant même cet homme fut guéri, et prenant son lit, il commença de marcher : or, c'était le jour du sabbat."
Ce malheureux, bien connu des habitants de Jérusalem, avait perdu tout espoir de guérison de la i^art des hommes. Il était couché près de îa piscine de Bethsaida, avec un grand nombre de malades, d'aveugles, de boiteux et de paralytiques : tous attendaient avec impatience que l'eau fût remuée. C'est à cet homme que le Sauveur dit en présence de la foule : " voulezvous être guéri ?... levez-vous, prenez votre lit et marchez." Et l'homme obéit aussitôt ; il est guéri, il emporte son lit et se met à marcher. (Saint Jean, y.)
On verra plus tard que ce fut ce miracle de la piscine qui excita surtout la fureur des Juifs contre Notre-Seigneur. Le prodige était si clair, si évident, qu'ils ne cherchèrent même pas à le nier. Ils se contentèrent de lui reprocher de l'avoir accompli le jour du Sabbat.
Après ce miracle, le Seigneur retourna en Galilée ; mais, quoiqu'il fût absent de Jérusalem, toutes ses actions n'en étaient pas moins portées à la connaissance des habitants de cette ville. En effet, la distance de Jérusalem au lac de Tibériade n'était pas très grande, la route à cette époque devait être en bon ordre et le pays
était bien habité. Jérusalem était toujours remplie de pèlerins venus de Galilée, soit pour le négoce, soit pour adorer Dieu dans le temple ; et, comme l'opinion prévalait déjà parmi le peuple qu'il était peut-être le " Messie " et qu'il avait déjà un grand nombre de disciples, il s'ensuit que toutes ses actions étaient naturellement portées à la connaissance du public.
De plus, les chefs du pouvoir, qui refusaient de le recevoir à cause de la corruption de leurs cœurs, avaient donné commission à certaines personnes de le suivre, de l'épier et de leur rapporter toutes ses actions. On savait donc très bien à Jérusalem que Jésus de Nazareth avait calmé la tempête, guéri toutes sortes de malades, chassé les démons et rendu à la vie deux personnes décédées en Galilée.
En automne, à cette époque de l'année qui correspond à peu près à notre mois d'octobre, avait lieu à Jérusalem la grande solennité connue sous le nom de " Fête des Tabernacles." A cette occasion, de grandes multitudes de pèlerins se réunissaient chaque année dans la ville. Cette fête avait été établie en souvenir des bienfaits reçus de Dieu par les Hébreux dans le désert lorsqu'ils quittèrent l'Egypte pour se rendre à la terre de Chanaan. Pendant tout le temps que durait la fête, c'est-à-dire durant huit jours, le peuple demeurait sous des tentes improvisées, faites de branches d'arbres et destinées à rappeler les tentes du désert. On allait
pnisor de l'eau à la piscine de Siloé, avec de» vases d'argent, en mémoire de l'eau miraculeuse qui jaillit du rocher pour étancher la soif des Hébreux dans le désert.
Comme la foule était déjà nombreuse dan» l'enceinte de la ville, le bruit se répandit que Jésus venait de Galilée pour assister à la fête des " Tabernacles." Il avait lui-même permis que ce bruit se répandît. Il avait choisi ses soixante-douze disciples, et, après leur avoir donné le pouvoir de guérir les malades (St. Luc X.), il leur avait ordonné d'aller deux à deux, en avant de lui, dans les villes où il devait se rendre lui-même. Ils partirent en effet du fond de la Gralilée pour se rendre en Judée, annonçant partout sur leur passage qu'il fallait faire pénitence, parce que le royaume de Dieu était proche. C'est pourquoi en cette circonstance la foule était dans l'attente de quelque grand événement. Mais les ennemis du Sauveur, les prêtres, les Scribes et les Pharisiens avaient résolu de se défaire de lui et de le mettre à mort.
Le Seigneur ne se montra à la fête que le troisième ou le quatrième jour, et nous le voyons prêchant dans le temple et exposant la loi avec une force telle que ses ennemis euxmêmes ne peuvent s'empêcher de laisser éclater leur admiration, car ils s'écrient : " Jamais homme n'a parlé comme cet homme. " Notre- Seigneur avait choisi cette circonstance pour
accomplir encore un grand miracle dans la ville de Jérusalem.
La piscine du Siloé où l'on puisait Teau pour la fête des Tabernacles, est située au sud du mont Sion, non loin du lit du torrent appelé Cédron. Quelle était la condition de cette piscine à l'époque du Seigneur, on ne saurait le dire aujourd'hui. Quand nous vîmes ce lieu célèbre, le bassin en était presque desséché. Ses dimensions sont d'environ soixante pieds sur vingt, avec une profondeur de quinze pieds environ. Tout autour on voit les ruines éparses d'un édifice considérable qui s'élevait là à une certaine époque de l'histoire ; la tradition dit même que c'était une ancienne église érigée sous le vocable de Jésus-Christ 1' " Illuminateur". Nous allons voir tout à l'heure que le nom donné à ce lieu était on ne peut mieux choisi.
Représentez-vous Notre-Seigneur Jésus-Christ entouré de ses disciples et d'une grande foule, et dans la foule un certain nombre de ses ennemis qui ne cessaient de l'épier partout et toujours. Comme il sort du temple, ses regards s'arrêtent sur un pauvre malheureux, aveugle de naissance, assis près de l'une des portes.
" Lorsque Jésus passait, il vit un homme qui était aveugle de naissance, et ses disciples lui firent cette demande : " Maitre, est-ce le péché de cet homme ou le péché de ceux qui l'ont mis
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au monde qui est cause qu'il est né aveugle ? ** Jésus leur répondit : " Ce n'est point qu'il a péché, ni ceux qui l'ont mis au monde ; mais c'est afin que les œuvres de la puissance de Dieu éclatent en lui. Il faut que je fasse les œuvres de Celui qui m'a envoyé, pendant qu'il fait jour ; la nuit vient, dans laquelle on ne peut plus agir : tant que jo suis dans le monde, je suis la lumière du monde." Après avoir dit cela, il cracha à terre, et ayant fait de la boue avec sa salive, il oit^nit de cette boue les yeux de l'aveugle et lui dit : " Allez vous laver dans la piscine du Siloé (qui signifie envoyé)." Il y alla donc, il s'y lava et à son retour il voyait clair. Ses voisins et ceux qui l'avaient vu auparavant demander l'aumône disaient :
*' N'est-ce pas là celui qui était assis et qui demandait l'aumône ? " Les uns répondaient : C'est lui", les autres disaient : " Non, mais il lui ressemble." Mais lui leur disait : " C'est moimême." Ils lui dirent donc : " Comment vos yeux se sont-ils ouverts ?" Il leur répondit : " Cet homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, il en a oint mes yeux et il m'a dit : " Allez à la fontaine du Siloé et vous y lavez." J'y suis allé, je me suis lavé et je vois." Ils lui dirent : " Où est-il ? " Il leur répondit : " Je n'en sais rien." Alors ils amenèrent aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle. Or, c'était le jour du Sabbat que Jésus avait fait cette boue et lui avait ouvert les yeux. Les pharisiens l'interrogèrent donc eux-même^ pour savoir comment il avait recou-
vré la vue. Et il leur dit : " Il m'a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé et je vois clair." Sur ce, quelques-uns des pharisiens dirent : *' Cet homme n'est point envoyé do Dieu, puisqu'il ne garde point le Sabbat." Mais d'autres disaient : ** Comment un méchant homme pourrait-il faire de tels prodiges ? " Et il y avait sur ce point division entre eux. Ils dirent donc de nouveau à l'aveugle : '* Et toi, que dis-tu de cet homme qui t'a ouvert les yeux ? " Et il leur répondit : " C'est un prophète." Mais les Juifs ne crurent point que cet homme avait été aveugle, et qu'il eut recouvré la vue, jusqu'à ce qu'ils eussent fait venir les parents qu'ils interrogèrent en disant : " Est-ce là votre iils que vous dites être né aveugle ? Comment donc voit-il maintenant ? " Les parents répondirent : " Nous savons que c'est là notre fils et qu'il est né aveugle, mais nous ne savons comment il voit maintenant, et nous ne savons pas davantage qui lui a ouvert les yeux. Interrogez-le lui-même. Il est à un âge où il peut répondre pour lui-môme.'* Les parents parlaient de la sorte, parce qu'ils craignaient les Juifs ; car ceux-ci avaient déjà résolu que quiconque reconnaîtrait Jésus pour être le Christ, serait chassé de la synagogue. C'est ce qui leur fit dire : '* Il est en âge de parler pour lui-même." Ils appelèrent donc une seconde fois cet homme qui avait été aveugle, et lui dirent : " Rends gloire à Dieu ; nous savons que cet homme est un pécheur." Mai»
lui répoiulit : " 8i <;'est un péchcîur, je n'en sais rien ; mais tout ce que sais, c'est que j'étais aveugle et que maint«niant je vois clair." Ils lui diront encore : " Que t'a-t-il fait, et comment t'a-t-il ouvert l«'s yeux ? " Il leur répondit : "Je vous l'ai déjà dit, et vous l'avez entendu : pourc[uoi voulez-vous l'entendre encore une fois ? est-ce que vous voulez devenir ses disciples ? *' Sur ce, ils le chargèrent d'injures et lui dirent : **' Sois son disciple ; pour nous, nous sommes disciples de Moïse. Nous savons que Dieu a parlé à Moïse, mais pour celui-ci, nous ne savons d'où il est." Cet homme leur répondit : "*' Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que vous ne sachiez d'où il est, et pourtant il m'a ouvert les yeux. Or nous savons que Dieu n'exauce point les pécheurs ; mais si quelqu'un l'honore et fait sa volonté, Dieu l'exauce. Depuis que le inonde existe, on n'a jamais entendu dire que personne ait ouvert les yeux à un aveugle-né. Si cet homme n'était point envoyé de Dieu, il ne pourrait rien faire de tout ce qu'il a fait." Ils lui répondirent : " Tu n'es que péché dès le sein de ta mère, et tu viens nous prêcher ? " Et ils le mirent dehors." (St. Jean, ix.)
C'était un miracle évident. Il est certain que cet homme était né aveugle. Il le déclarait luimême à plusieurs reprises, ses parents et ses amis rendaient eux-mêmes témoisniai^e du fait devant un tribunal compétent. Il était évident aussi qu'il voyait clair. La ville entière
savait bien que celui qui l'avait guéri était Jésus, le prophète de Nazareth, et l'un des résultats de la guérison avait été cette confession arrachée à un grand nombre : " qu'un méchant ne pouvait faire de tels prodiges."
C'était un miracle évident : les ennemis du Sauveur, ne pouvant le nier, se contentèrent de dire qu'en l'accomplissant le jour du Sabbat Jésus avait violé la loi. Nous allons voir que le Sauveur, avec le dessein de convertir même ses ennemis, opéra un miracle plus grand encore. Mais, hélas ! Jérusalem était endurcie et ne voulait pas recevoir le Rédempteur.
Après avoir guéri à Jérusalem l'aveugle-né, le Sauveur passa le Jourdain et se rendit à un certain endroit appelé la Pérée. Ce fut là qu'un message vint lui apprendre, de la part de Marthe et Marie, que leur frère Lazare était malade. Lazare avec ses deux sœurs demeurait à Béthanie, à deux milles de Jérusalem. Cette famille était entièrement dévouée au Sauveur, et il honora plus d'une fois leur demeure par son auguste présence.
Plusieurs passages du saint Evangile prou vent que cette famille était dans l'aisance, bien connue à Jérusalem où elle possédait l'estime des citoyens les plus notables. Nous allons maintenant rapporter la résurrection de Lazare, en vous recommandant de ne pas oublier que cet événement se passa quelques mois seule-
ment avant les fêtes de la Pâqne, durant laqnolle fête eut lieu la passion do Notre-Sei^jneuj Jéfius-Christ et sa mort sur la croix.
•* Il y avait un homme malade, nommé I^zare, qui était du bourg de Béthanie où demeuraient Marie et Marthe sa sœur (cetto Marie était celle qui répandit sur le Seigneur une huile de parfum, et qui lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et Lazare, qui était malade, était son frère). Ses sœurs envoyèrent donc dire à Jésus : " Seigneur, celui que vous aimez est malade.'* Ce que Jésus ayant entendu, il dit : " Cette maladie n'est point mortelle ; mais elle est pour la gloire de Dieu, et afin que le Fils de Dieu en soit glorifié." Or Jésus aimait Marthe, et Marie sa sœur, et Lazare. Ayant donc entendu dire qu'il était malade, il demeura encore deux jours au lieu où il était ; et il dit ensuite à ses disciples : " Retournons en Judée." Ses disciples lui dirent : " Maître, il n'y a qu'un moment, les Juifs voulaient vous lapider, et vous parlez de retourner parmi eux ? " Jésus leur répondit : *' N'y a-t-il pas douze heures en un jour ? Celui qui marche durant le jour ne se heurte point, parce qu'il voit la lumière du jour ; mais celui qui marche la nuit se heurte, parce qu'il n'a point la lumière." Il leur parla de la sorte, et ensuite il leur dit : " Notre ami Lazare dort, mais je m'en vais le réveiller.'* Les disciples lui répondirent : " Seigneur, s'il dort, il sera guéri." Mais Jésus voulait parler de sa
mort, au lieu qu'ils crurent qu'il parlait du sommeil ordinaire. Jésus leur dit donc alors clairement : " Lazare est mort, et je me réjouis pour vous de ce que je n'étais pas là, afin que TOUS croyiez. Mais allons à lui. '* Alors Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples : " Allons aussi et mourons avec lui. '* Jésus, étant arrivé, trouva qu'il y avait déjà quatre jours que Lazare était dans le tombeau. Et, comme Béthanie n'était éloignée de Jérusalem que d'environ quinze stades, il y avait quantité de Juifs qui étaient venus voir Marthe et Marie, pour les consoler de la mort de leur frère. Marthe, ayant donc appris que Jésus venait, alla au devant de lui, et Marie demeura dans la maison. Alors Marthe dit à Jésus : " Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort ; mais je sais que, présentement même, Dieu vous accordera tout ce que vous lui demanderez." Jésus lui répondit : " Votre frère ressuscitera." Marthe répondit : " Je sais qu'il ressuscitera lors de la résurrection, au dernier jour." Jésus ajouta : " Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, quand même il serait mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra point à jamais. Croyez-vous cela ? " Elle lui répondit : " Oui, Seigneur, je crois que Vous êtes le Christ, le Fils de Dieu, qui êtes venu dans le monde.'* Lorsqu'elle eut ainsi parlé, elle s'en alla, et appela secrètement Marie sa sœur en lui disant : *' Le Maître est venu, et il vous demande." Ce qu'elle n'eut paj^
XJ. o.
plutôt (lit, que Marie s»' l'va et alla le trouver. Car Jésus n'était pas encore entré dans le bourg; mais il était au lieu même où Marthe l'avait r«'ii('ontré. Cependant les Juifs qui étaient avec Marie dans la maison et qui la consolaient, ayant vu qu'elle s'était levée si promptement et qu'elle était sortie, la suivirent en disant : *' Elle va au sépulcre pour y pleurer." Lorsque Marie fut venue au lieu où était Jésus, l'ayant vu, elle se jeta à ses pieds et lui dit : " Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort.'* Jésus, voyant qu'elle pleurait, et que les Juifs qui étaient venus avec elle pleuraient aussi, frémit en son esprit, et se troubla lui-même. Et il leur dit : " Où l'avez-vous déposé ? " Ils Ini répondirent : " Seigneur, venez et voyez." Et Jésus pleura. Et les Juifs dirent entre eux : ''* Voyez comme il l'aimait." Mais il y avait quelques-uns qui dirent : " Ne pouvait-il pas empêcher qu'il ne mourût, lui qui a ouvert les yeux à l'aveugle-né ? " Jésus, frémissant donc de nouveau en lui-même, vint au sépulcre {c'était une grotte et on avait mis une pierre par-dessus). Jésus leur dit : " Otez la pierre." Marthe, qui était la sœur du mort, lui dit : ^' Seigneur, il sent déjà mauvais ; car il y a déjà quatre jours qu'il est là." Jésus lui répondit : ^' Ne vous ai-je pas dit que si vous croyez vous verrez la gloire de Dieu ? " Ils ôtèrent donc la pierre, et Jésus, levant les yeux, dit ces paroles : ^' Mon Père, je vous rends grâce de ce que vous m'avez exaucé. Je savais bien que vous m'ex-
tanciez toujours, mais je dis ceci pour le peuple qui m'environne, afin que tous croient que c'est vous qui m'avez envoyé." Ayant dit ces mots, il cria d'une voix forte : " Lazare, sortez du tombeau." Et à l'heure même le mort sortit, ayant les pieds et les mains liés, et le visage couvert d'un lange. Alors Jésus leur dit ; '' Déliez-le et laissez-le aller." Plusieurs donc d'entre les Juifs qui étaient venus voir Marie et Marthe, et qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. Mais quelques-uns d'entre eux s'en allèrent trouver les pharisiens, et leur rapportèrent ce que Jésus avait fait. Les princes des prêtres et les pharisiens tinrent conseil et dirent : " Que faisons-nous ? Cet homme fait plusieurs miracles. Si nous le laissons faire, tous croiront en lui, et les Romains viendront et ruineront notre ville et notre nation."
Inutile de donner le moindre commentaire sur cette résurrection. Les ennemis même du Fils de Dieu confessent que ses miracles étaient si nombreux, qu'il aurait entraîné tout le monde après lui, si l'on n'y avait mis des obstacles, et voilà pourquoi ils tinrent conseil et le destinèrent à la mort. (St Jean, xi, 53,).
Mais la résurrection de Lazare ne sortit pas de la mémoire du peuple qui en avait été témoin. Il est vrai que le Seigneur quitta Béthanie après le grand événement, mais Lazare ne laissa pas que d'y demeurer. Tous ceux qui
voulîiirnt pouvaient le voir, et il est plus queprobable, qu'après sa réHurrection, il alla luimôme plus d'une fois à Jérusal<*m qui n'était qu'à peu de distance de Béthanie, comme nous l'avons vu plus haut. Trois mois plus tard, le temps de sa mort approchant, le Sauveur revint sur ses pas à Jérusalem, dans le dessein de s'immoler pour le salut du genre humain. C'était seulement six jours avant la fête de la Pâque. Quand le bruit se fut répandu que le Christ était à Béthanie, un grand nombre de la ville et aussi de Jérusalem y vinrent le voir, ils étaient aussi curieux de voir Lazare. Le matin du même jour, il partit pour Jérusalem, en passant par Bethphagé et la montagne des Oliviers. Une grande foule, venue de Béthanie et de Jérusalem, le suivait dans sa marche ; et la multitude, saisie d'enthousiasme au souvenir des prodiges qu'il avait accomplis, l'acclamait eu disant : " Il est bien le Fils de David. Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel, et gloire au plus haut des cieux." (St. Luc, XIX, 38.)
Quand il fut dans la ville, un grand émoi régna dans la population. '' Qui es^ celui-ci ? disait-on," et la réponse était : " C'est Jésus, le prophète de Nazareth, en Galilée. Jésus se rendit alors au temple et en chassa tous ceux qui y vendaient ou achetaient, aussi bien que les changeurs d'argent dont il renversa les comptoirs en disant : " Il est écrit : Ma maison sera appelée la maison de laprière,maisvous en avez.
fait une caverne de voleurs ; " et les aveugles et les boiteux vinrent le trouver au temple, et il les renvoya guéris. (Matt. xxi, 10, etc.)
Nous en avons assez dit pour prouver que le Seigneur a attesté la divinité de sa mission par les prodiges sans nombre qu'il accomplit en Judée et à Jérusalem. Enfin, par sa mort à Jérusalem, et sa Résurrection, il donna encore de nouvelles preuves de sa divinité.
Mais que reste-t-il maintenant dans ces lieux qui nous rappellent tous ces prodiges d'amour et de miséricorde ? Sur les bords du Jourdain, à l'endroit même où le Saint-Esprit se manifesta visiblement lors du baptême du Sauveur, il y avait jadis un édifice qu'on appelait Théophanie, mais depuis bien, bien longtemps cet édifice a disparu. Dans le cours du fleuve il y avait aussi une croix en bois, marquant la place même du baptême, et des pavés de marbre formaient un chemin pour le pèlerin qui venait visiter l'endroit dont nous parlons, soit pour y recevoir le baptême, soit pour en renouveler les promesses au pied de la croix. Aujourd'hui la croix et les pièces de marbre ont disparu de ce lieu où Notre-Seigneur reçut le baptême.
Au moyen-âge, des moines qu'on appelait " les frères de la Quarantaine " avaient leur demeure dans la grotte où le Seigneur jeûna, et un grand nombre de pèlerins vinrent visiter ce iieu consacré. Une église fut bâtie au sommet
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de la montagne, à l'endroit dit de la 'UentationV^ Aujourd'hui la grotte est occupée par des moines de l'Eglise grecque. Le prêtre catholique nepeut pas y célébrer la messe. Quant à l'ancienne église, dite de la '* Tentation,'' elle a presque disparu, on ne voit plus que quelques pans des murs qui formaient le sanctuaire. En gravissant le sentier presque impraticable qui mène à la grotte de la Quarantaine, on peut voir çà et là quelques marches creusées dans le roc, ce qui donne à conjecturer qu'il y eut jadis un chemin plus commode menant de la plaine au sommet de la montagne.
A Béthanie il y a trois lieux spécialement chers aux cœurs chrétiens, à savoir : l'emplacement de la maison de Lazare ; celui de la maison de Simon le Lépreux, qui reçut le Sauveur ; enfin la tombe même de Lazare. On sait encore où se trouvaient les maisons que j'ai mentionnées ; mais elles ont disparu depuis des siècles ainsi que les autres édifices qui s'y élevèrent dans les siècles suivants et qui furent l'ouvrage des catholiques. En face de Béthanie, à notre retour de Jéricho à Jérusalem, le guide distingué qui nous conduisait (c'était le frère Livinio) s'arrêta à environ un demi-mille du village, et nous montra du doigt la " Pierre de Ventretien. " Sur cette pierre, Jésus était assis quand Marie et Marthe vinrent le trouver et lui dirent en pleurant : " Seigneur, si vous aviez été ici, notre frère ne serait pas mort. " La tombe de Lazare,.
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comme celle de Notre-Seigneur,fut creusée dans le roc ; elle consistait en une chambre mesurant à peu près dix pieds carrés. La tombe proprement dite était sous cette chambre, dans une cave. L'Evangile ne l'appelle pas autrement. Plus tard les catholiques construisirent une église à l'endroit dont nous parlons ; et, comme les pierres commençaient à se détériorer, ils couvrirent de maçonnerie l'intérieur de la chambre, et au-dessus élevèrent l'église. Un temps fut donc où le sacrifice non sanglant de Celui qui est la " Résurrection et la Yie " s'offrait tous les jours sur la tombe môme de Lazare. Mais de nos jours, les Musulmans ont érigé une mosquée au lieu où était jadis l'église, et ont ainsi fermé l'accès primitif à la grotte sépulcrale. Mais les Pères de la Terre-Sainte ont acheté un terrain par lequel on peut encore se rendre à la cave. Vous descendez vingt-trois marches sous le sol, et vous voyez à vos pieds l'endroit même où Lazare avait reposé quatre jours après sa mort ; vous êtes à la place même où le Sauveur cria d'une voix forte : " Lazare, sortez du tombeau ! "
Je me figure aisément quels devaient être les sentiments des pèlerins des siècles passés, lorsqu'après un long voyage, ils avaient le privilège de laver leurs yeux à la piscine du Siloé, d'offrir la messe ou de communier dans le sanctuaire dédié à Jésus-Christ *' Illuminateur " ; mais, comme je l'ai dit ailleurs, il ne reste plua
rien qui nous rappelle le mirarle de la g-uérison de 1 aveugle-né. — Mais le temple de Jérufialein ? Ah ! le temple ! C'est là que le Sauveur fut présenté à Dieu son Père, et racheté au prix de quelques pièces d'argent quarante jours après sa naissance ; là il enseigna et il écouta les docteurs de la loi à l'âge de douze ans ; au temple il vint feans doute plusieurs fois offrir les sacrifices. Deux fois pendant le cours de sa vie publique, il avait chassé ceux qui en étaient les profanateurs. Dans le temple il avait prononcé le pardon de la femme adultère ; il avait guéri les aveugles et les boiteux, et s'était déclaré le Messie, le fils de David après avoir ressuscité Lazare du tombeau ; là enfin il s'était déclaré la vie du monde, et la source de cette eau merveilleuse qui conduit l'homme à la vie éternelle. Dans cet édifice sacré les prêtres de la loi ancienne avaient glorifié Dieu selon le rite qu'il avait prescrit, ils avaient chanté ses louanges dans les psaumes de David et les écrits inspirés des phophètes, et le Fils de Dieu fait homme y était venu prêcher la doctrine si pure de l'Evangile et annoncer au monde le mystère de l'adorable Trinité.
Mais aujourd'hui, quel contraste, hélas ! Ce n'est plus l'Evangile mais le Coran que l'on y prêche. Le nom de la sainte TTinité, le nom du Verbe fait chair en sont bannis. (1) Les dis-
(l) La mosquée d'Omar est bâtie sur le rocher où étaient autrefois le Saint et le Saint des Saints. Les murs de la ville
•ciples de Mahomet ont établi leur demeure dans ce lieu célèbre et le chrétien ne peut y pénétrer qu'en payant une somme d'argent, et en se faisant escorter par un factionnaire turc. C'est pour nous une consolation de savoir que, si le Christ a été en quelque sorte banni de la région où il avait demeuré et fait tant de miracles, il a trouvé des églises et des autels pour le recevoir, dans toutes les parties du monde Quoique l'âme soit saisie d'une tristesse profonde à la vue de la Judée et de Jérusalem, la Judée et Jérusalem n'en restent pas moins chères au cœur chrétien ; car dans ces lieux, par amour pour nous, le Seigneur fit de grands prodiges et prouva manifestement qu'il était le Maître et le llédempteur du monde.
à l'Est et au Sud protègent les terrains annexés à la mosquée. Au Nord et à l'Ouest ils sont encore protégés par des murs très élevés. A la partie Ouest on peut voir quelques rangées de pierres, qu'on dit avoir fait partie du temple de Salomon, et grand nombre de Juifs y viennent verser des larmes tous les samedis.
CIIAriTllE IT.