NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS CHRIST A JÉRUSALEM LE VENDREDI-SAINT
Jt'sus-Christ devant Pilate — La Flacrellalion — Le portement de la Croix— -Le Calvaire— La tombe de Joseph— L'église du Saint Sépulcre.
Le Seigneur, laissé enchaîné à nne muraille, dans une partie obscure de la demeure du grand prêtre, éprouva, durant cette nuit terrible, les mêmes douleurs intérieures qu'il avait éprouvées au jardin des Olives. Son " âme fut triste, triste jusqu'à la mort ; " les péchés du genre humain pesaient sur lui comme une masse énorme. Non content cependant de se résigner à la volonté de son Père, l'IIomme-Dieu soupirait après l'heure où il donnerait sa vie pour le salut du monde. Il vit par la pensée tous les péchés commis par Adam et ses descendants
durant les 4000 ans qui précédèrent le déluio^e; les péchés commis par les habitanta de Sodomo et les péchés commis par le peuple choisi de Dieu. Il vit par la pensée durant cette même nuit toutes les nations de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe tournant l'une après l'autre le dos à Dieu Créateur, pour courber le genou devant des idoles, ouvrage de la main des hommes, ou devant des objets créés par Dieu lui-même. Les crimes que les générations à venir devaient commettre étaient également présents à sa mémoire.
Nul que lui-même n'était capable de satisfaire pour les péchés du monde : aussi avait-il dit : " Ecce venio, me voici ! "
Cependant, du haut de la montagne de Sion, on aurait pu jouir d'un bien beau spectacle le matin du jour dont nous parlons. Des milliers de Juifs de toutes les parties du monde se trouvaient dans la ville sainte ; ils étaient venus adorer leur Créateur dans le Temple, ce Temple de Salomon, qu'Hérode avait encore décoré et agrandi. Les prêtres et les lévites se rendaient à la maison de Dieu, où chaque matin et chaque jsoir on offrait pendant toute Tannée un agneau en holocauste à Dieu, mais aujourd'hui on allait immoler bien des milliers de ces animaux, car c'était la Pâque, ou l'anniversaire du jour où les Hébreux sur la terre d'Egypte avaient été sauvés du glaive de l'ange exterminateur, en marquant du sang de l'agneau les jwrtes de
leurs demeures. Dans cette partie du temple qu'on appelait " le Saint " on voyait, toujours présentes devant Dieu, des offrandes qu'on devait y apporter. Douze pains, représentant les douze tribus, y étaient déposés chaque matin ; les lumières ne cessaient jamais de brûler sur le chandelier à sept branches, et sur l'autel des parfums on brûlait chaque jour de l'encens et les parfums les plus rares. Les prêtres et les lévites, dont le nombre s'élevait à plusieurs milliers, étaient occupés à offrir les sacrifices, et le peuple priait dans le temple et mêlait sa voix aux chants de ces nombreux lévites, qui chantaient les louanges de Dieu dans les psaumes inspirés des prophètes.
Tous les prêtres cependant ne s'étaient pas rendus ce jour-là au temple ; plusieurs d'entre eux, les grands prêtres à leur tête, cherchaient une autre victime, un agneau d'un autre genre, dont le sang, à leur insu, devait purifier l'univers. Quels seraient les heureux effets de la mort du Sauveur, ils ne le savaient pas ; c'était la haine seule qu'ils portaient à Jésus-Christ, qui leur fit prendre la résolution de le mettre à mort. Pendant qu'il était encore dans sa prison sur le mont Sion,les anciens du peuple, les princes des prêtres et les scribes s'étaient réunis dans une chambre située à la partie nord-ouest du temple, et cette salle, dit-on, sert encore aujourd'hui aux Turcs de tribunal civil.
Ce fut dans cette salle qu'ils l'amenèrent, afiu
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de chercher un prtHexte pour le faire condamner à raort par le gouverneur romain. Jje con-^ seil des Juifs avait bien le pouvoir de juger en matière religieuse, mais il n'avait aucunement pouvoir de condamner à la peine capitale ; ce privilège lui avait été enlevé.
Le pays des Juifs avait été réduit en province romaine, et comme tel était gouverné par un officier romain qui résidait habituellement en Césarée, mais qui était venu en ces jours de la Pàque à Jérusalem avec une escorte de soldats, afin de maintenir la paix et de réprimer les troubles en cas où il en éclaterait parmi la foule. Le nom du gouverneur, à l'époque dont nous parlons, était Ponce Pilate. Lui seul pouvait condamner Jésus à mort, quoique cependant le conseil des Juifs eût le pouvoir de le juger. Quand le grand prêtre lui posa la question " Etes-vous le Christ ? " Il répondit comme la veille: "Vous verrez un jour le Fils de l'homme assis à la droite de Dieu. " Tous ajoutèrent : " Vous êtes donc le Fils de Dieu ? " Il répondit : " Vous l'avez dit. " Quoique les miracles qu'il avait opérés fussent une preuve bien évidente de sa mission divine, ses ennemis en. ce moment firent semblant d'être indignés de cette réponse, et ils commencèrent tous à s'écrier qu'il avait blasphémé. (Voir St. Luc, XXII.)
Le Sauveur était enchaîné quand il entra dans la salle du Sanhédrin, en revenant de chez Caïphe. On peut croire que ses bras furent
déliés pendant l'interrogatoire, mais dès que celui-ci fut terminé on l'enchaîna de nouveau, et on l'emmena au palais de Pilate. Il est très probable qu'au moment dont nous parlons, une grande Ibule s'était déjà portée vers cette partie de la ville, curieuse de savoir comment tout cela finirait. Oh ! quel afireux spectacle que de voir " le Fils de Dieu, Tout- Puissant comme son Fère, " accusé par cette assemblée de criminels hypocrites, exposé à leurs insultes et à celles de la foule ! Ils le font paraître comme criminel en présence d'un juge idolâtre et osent demander sa mort à grands cris. La distance du mont Sion à la salle du Sanhédrin était à peu près d'un demi-mille, mais du Sanhédrin à la demeure de Pilate la distance était plus courte.
Quand le gouverneur romain venait de Césarée à Jérusalem, il occupait ce lieu que les évangélistes nomment " pretorium, le prétoire." C'était une grande et splendide forteresse, destinée à servir de caserne aux soldats romains. Cette forteresse formait la partie nord-ouest du mur de l'esplanade ou plateforme du temple. Au centre se trouvait une cour, dans la partie nord il y avait un balcon ou galerie, et en face un large carré.
De ce balcon on pouvait adresser la parole au peuple assemblé dans le carré. Pilate, le gouverneur romain, était non - seulement un païen, mais encore un homme ambitieux, capable de tous les crimes pour conserver son pouvoir.
Il ne tarda pas à découvrir que Jésus était innocent, qu'il n'avait eu nulh'raent le désir de devenir le roi temporel des Juifs, et surtout qu'il n'avait rien fait pour soulever le peuple, autant de mensonges que ses ennemis avaient inventés •contre lui. Pilate aurait bien volontiers renvoyé Jésus libre de toute accusation, mais il craignait de perdre l'estime de ceux qui l'accusaient, et, aussitôt qu'il sut que le Sauveur était de Galilée, il l'envoya à Hérode, tétrarque de cette province, espérant que l'action du prince lui épargnerait le trouble de se prononcer dans un cas aussi difficile. Hérodo, tétrarque de G-alilée, n'avait pas juridiction à Jérusalem. Ce n'était pas le lieu de sa demeure, il n'y était venu qu'à l'occasion de la Pâque, parce qu'il était luimême Juif. Figurez-vous, maintenant, le Sauveur traîné comme un criminel encore une fois du tribunal de Pilate au palais d'Hérode. Cet Hérode dont il est question est le misérable qui vivait dans l'adultère avec la femme de son frère, et qui fit trancher la tête à saint Jean- Eaptiste.
Au palais d'Hérode, la scène qui s'était passée chez Pilate se renouvela encore. Les ennemis du Seigneur continuent de l'accuser et, lui, garde le même silence solennel. Il n'ouvre pas la bouche pour se défendre, parce qu'il a résolu de mourir. Hérode et sa cour le comparent à un fou ; car, voyant qu'ils ne peuvent obtenir de lui ni miracle ni réponse, ils se mettent à se moquer de lui et lui jettent sur les épaules un manteau
blanc, emblème de la folie. Il est toutefois évident qu'Hérode ne l'avait trouvé coupable d'au- ■cun crime, et pensait qu'il n'y avait pas le moindre danger à le laisser aller en liberté. Hérode le renvoie à Pilate. Mais les ennemis de Jésus, qui avaient juré de répandre son sang, l'accompagnent jusqu'au palais de Pilate, lui prodiguant des insultes et des outrages, ils cherchent à communiquer leur rage à la foule toujours croissante. Comme la première fois, le Sauveur est introduit dans le prétoire, et ses «nnemis restent en dehors, vis-à-vis de la galerie dont nous avons parlé. En ce moment la foule vient trouver le gouverneur pour demander la grâce d'un prisonnier ; c'était un ancien usage, renouvelé chaque année à l'occasion des solennités de la Pàque.
Parmi les prisonniers il y avait un criminel bien connu par sa scélératesse, c'était Barabbas le meurtrier, le séditieux. Il vint à l'idée de Pilate qu'en offrant à la foule la liberté de Jésus-Christ, il parviendrait à l'arracher à la mort. Mais le peuple, soulevé par les calomnies des Pharisiens, s'écria comme un seul homme : *' Nous ne voulons pas de Jésus ; non, mais laissez aller Barabbas ; crucifiez Jésus de Nazareth."
En rapportant ces faits, qui ne sont, hélas ! que trop vrais, nous nous arrêtons, saisis d'étonnement, et nous nous demandons : " Comment le Roi Immortel et Tout-Puissant a-t-il pu se résigner à endurer tant d'ignominies ? Est-il
possible de le croire ? " " Ah ! Dieu a placé sur son Fils toutes nos iniquités, il l'a frappé à cause des crimes du genre humain. " La foule en face du prétoire ne savait ni ce qu'elle faisait ni ce qu'elle disait. Nos péchés étaient les accusateurs qui criaient à haute voix : " Crucifiezle, faitos-le disparaître ! " I^s cris de la populace devenaient pourtant de plus en plus séditieux. On fit comprendre au gouverneur qu'à moins d'exaucer les désirs du peuple, il serait considéré comme ennemi de l'empereur romain.
Pilate n'eut pas le courage de faire tête à l'orage ; il succomba à la tentation. Le peuple avait demandé que Jésus fût crucifié, il lui accorda ce qu'il demandait, puis le lâche se lava les mains en disant : " Je suis innocent du sang de ce juste. "
Des cris d'une joie sauvage durent acclamer la condamnation du Sauveur ; ses amis durent verser en ce moment des larmes amères, mais ils n'osèrent ouvrir la bouche, car les deu^ pouvoirs, civil et spirituel, et la multitude insensée, demandaient tous à la fois la mort de l'Homme-Dieu. C'est dans le prétoire que Jésus avait été condamné par Pilate à être crucifié ; et la coutume voulait que les criminels fussent flagellés avant d'être mis à mort. Le but de la flagellation était d'augmenter les souffrances du coupable ou de lui faire avouer son crime. Aussitôt les soldats firent un cercle autour du Sauveur, et les exécuteurs s'emparèrent de sa personne.
De la cour, on le traîne dans le can'é qui fait face au prétoire, et on l'approche d'une colonne peu élevée, on lui arrache ses vêtements, on lui attache les mains avec des cordes que Ton passe dans un anneau au sommet de la colonne, et la flagellation commence.
Pour ce supplice barbare on se servait de petites baguettes d'orme, ou de lanières de cuir garnies de petites boules de fer. Combien de temps dura le supplice, nous ne le savons pas ; mais il est permis de croire qu'il ne cessa que lorsque le patient fut sur le point d'expirer. Et alors un soldat coupa la corde qui le retenait à la colonne, et le Sauveur épuisé tomba sur le sol, nageant dans son sang.
Cette flagellation qui mit à nu les os du divin Sauveur avait été prédite bien auparavant par le prophète en ces termes : *' Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os.'*
Ce supplice avait eu lieu en présence d'une foule immense, devant laquelle le Christ fut contraint de replacer ses vêtements sur les plaies béantes qui couvraient tout son corps. L'herbe resta-t-elle empreinte de son sang, n'y eut-il là personne pour recueillir les morceaux de sa chair sacrée, et les touffes de cheveux arrachés de sa tête sous les coups de la flagellation ; ou bien la foule cruelle vint-elle fouler aux pieds tous ces précieux lambeaux qui dénonçaient le plus grand des crimes ? Nous ne le saurons jamais. Mais si vous allez un jour en Terre-
Sainte, ne manquez pa* de visiter l'église de la flagellation. L'édifice n'est ni grand, ni richement décoré, mais sous l'autel vous lirez cette inscription : " Alors Pilate s'empara de Jésus, et, ici, il le fit flageller. "
De la colonne de la flagellation, le Sauveur fut conduit à travers la foule ignoble, une fois encore et maintenant pour la dernière fois, dans la salle du prétoire du gouverneur. Il était abandonné désormais à la fureur des soldats romains.
Ceux-ci, païens, méprisaient les Juifs, et ils avaient entre les mains un homme accusé d'avoir voulu se faire leur roi, et pour ce, condamné à mort. Les armées romaines usurpaient quelquefois à cette époque le pouvoir d élever quelqu'un de leurs généraux aux dignités d'empereur romain, ou de gouverneur de provinces dans l'empire. Quand le Sauveur fut livré entre les mains des soldats, dans la cour du palais, l'idée leur vint de s'amuser aux dépens de l'Homme- Dieu. Par une infâme moquerie, ils résolurent d'imiter la cérémonie d'un couronnement royal, et toute l'escorte, qui se montait à cinq cent vingt-cinq hommes, se mêla à ce jeu cruel. Un roi doit avoir un trône, ils l'assirent sur une colonne brisée, au milieu de la cour. Un roi doit avoir une couronne, ils en firent une d'épines et la lui placèrent sur la tète, ou, pour mieux dire, ils la lui enfoncèrent dans la tête. Un roi est revêtu de pourpre, ils lui arrachent violemment-
ses habits, et sur son corps sanglant et ses épaules meurtries, ils jettent un vieux manteau de pourpre tout usé. Un roi doit avoir un sceptre, ils lui mettent un roseau à la main ; un roi reçoit les hommages de ses sujets, toute la bande de furieux passe en rond autour de lui, et fléchit le genou en disant : " salut, roi des Juifs ; " on lui crache au visage, et prenant le roseau, ces barbares vont jusqu'à le frapper à \a/ figure et sur la tête. (St. Jean, XXVII, 27.)
Pendant le Carême, la Sainte Eglise célèbre la fête de la Couronne d'épines ; c'est pour expier les ignominies que le Sauveur endura dans cette circonstance, et elle s'adresse à chacun de ses enfants en ces termes : " Venez adorer le Christ Seigneur couronné d'épines. "
Bien des années auparavant, Abraham était venu avec son fils Isaac à la terre de Moria. Il avait étendu son fils sur l'autel, et levé la main pour immoler celui qu'il aimait tant, mais Dieu avait député un ange qui vint arrêter son bras. Le patriarche leva les yeux et vit derrière lui un bélier embarrassé dans les ronces ; il le prit et l'ofl'rit en sacrifice à la place de son fils. Mais Dieu le Père n'épargna pas son propre Fils. Des épines cruelles percent le front de Jésus-Christ, il en est couronné, il va bientôt prendre le chemin du Calvaire, ** comme un agneau qu'on mène à la boucherie, et il n'ouvrira pas labouche pour se plaindre. "
Dix-huit siècles et demi se sont écoulés de-
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puis le " Couronnement d épines " dans la salle du prétoire. Quelqu«»8 années après, la forteresse fut rasée. Ix»8 chrétiens plus tard élevèrent de beaux monuments dans co lieu sanctifié par les soulfrances du îSauveur. Mais de nos jours, par une disposition insondable de la divine Providence, le lieu où se trouvait jadis le prétoire de Pilate est devenu une caserne pour les soldats ; une mosquée s'élève à l'endroit même du Couronnement, et les chrétiens n'ont pas d'accès en ce lieu actuellement occupé par les soldats turcs comme il l'était jadis par le gouverneur romain et sa suite armée.
Après cette horrible flagellation, Jésus-Christ fut chargé de la lourde croix qu'il porta jusqu'au sommet du Calvaire. Des milliers de chrétiens vont chaque année méditer à Jérusalem, et prier à toutes les stations que le Sauveur fit dans ce pénible et douloureux voyage. Mais à la première station, il leur faut rester debout et prier à une certaine distance du lieu où Jésus fut condamné à mort ; de même que le jour où la sentence fut portée, le peuple se trouvait en dehors en face du prétoire, de même aujourd'hui le chrétien ne peut y entrer, car le lieu de la première station n'est pas abordable aux disciples de Jésus-Christ.
La lourde croix fut placée sur les épaules du Sauveur, autant qu'on peut en juger, sous le balcon d'où Pilate s'adressa à la foule réunie •dans le carré. Dans la condition actuelle de la voie
douloureuse^ il existe une longue mais peu rapide descente jusqu'au lieu où le Sauveur tomba la première fois. En général, la température est très élevée en ce lieu. Il était onze heures du matin environ, la croix était pesante, et dans la flagellation le Seigneur avait perdu beaucoup de sang. Il s'affaissa sous le poids de la croix, et, pour augmenter encore en quelque sorte sa confusion, il choisit pour le lieu de la chute un endroit où les deux rues se coupent, et où, par conséquent, la foule était plus nombreuse, cette foule qui ne cessait de l'insulter et de blasphémer. A cent trente-cinq pieds de cet endroit, existait autrefois un monument dédié à " Notre- Dame des Douleurs. " Une pieuse tradition rapporte que ce fut là que Marie rencontra son Fils, qui lui dit : " Ma mère, salut ! " La Vierge Mère, dit-on, s'évanouit et tomba sur le sol, sans pouvoir proférer une parole. La vue de notre Sauveur en ce moment était en effet capable d'arracher des larmes à tout spectateur. C'était après sa chute ; la croix était sur ses épaules, et les épines s'enfonçaient de plus en plus dans son front ; ses vêtements, ses mains, sa face adorable étaient couverts de sueur, de poussière et de sang, et il se trouvait dans une vallée aux pieds du mont Akra, qu'il devait gravir avant d'arriver au lieu de l'exécution.
Alors ses bourreaux, craignant qu'il n'expirât sous le poids de la croix, se saisirent d'un homme appelé Simon, natif de Cyrène, et le contraignirent de porter la croix derrière Notre-
Seigneur, Les ^'trangerw qui viennent à Jéru- 8alem, au cœur de l'hiver, éprouvent de grandes fatigues pour se rendre de la quatrième à la dernière station, et cela môme quand ils ne sont pas à jeun ou chargés de bagages. Qu'on s'imagine donc les souffrances que dut endurer Jésus- Christ montant au Calvaire, portant encore un bout de la croix si lourde pour ses épaules ensanglantées ; cette croix qui, venant en contact avec la couronne d'épines placée sur sa tête, augmente à chaque instant ses douleurs et renouvelle ses plaies.
Le Sauveur fut tant soit peu consolé par l'action héroïque de Véronique, pendant qu'il gravissait la montagne qui conduisait au Calvaire. On dit que cette Véronique était la femme que le Sauveur avait guérie d'une perte de sang. Quand elle vit passer le Sauveur, elle s'élança de sa maison, traversa la foule et essuya le divin visage avec un linge. Pour récompenser son immense charité, le Sauveur laissa l'impression de son visage sur le linge de Véronique. (1)
Après avoir passé la maison de Véronique, le Seigneur continua à porter la croix avec l'aide de Simon, gravissant péniblement la colline d'Acra, jusqu'à ce que, accablé de fatigue, il tombât une seconde fois sous le pesant fardeau.
Cette seconde chute eut lieu dans l'enceinte
(1) Celte relique inestimable a été préservée, et on peut la voir encore aujourd'hui dans l'église de Saint-Pierre, à Rome^
de la ville de Jérusalem, tout auprès de la porte ordinairement connue sous le nom de porte judiciaire. Le Calvaire, lieu des exécutions, n'était qu'à une courte distance de cette porte, et on affichait en ce lieu la condamnation des criminels, afin que tous les passants fussent informés du crime pour lequel ils mouraient. Le pilier que l'on voit aujourd'hui au lieu de la septième station est, dit-on, le même auquel on attacha la sentence qui suit, prononcée contre l'Innocent Jésus : " Conduisez à la place ordinaire des exécutions Jésus de Nazareth, celui qui soulève le peuple et méprise César ; celui qui se dit faussement le Messie, comme l'ont prouvé les témoignages des anciens de la nation ; après l'avoir couvert des insignes dérisoires de la royauté^ crucifiez-le entre deux voleurs. Allez, licteur^ préparez les croix." (Rev. J. J. Begel, Last journey, p. 28.)
Après être sortie de la ville, la procession se troiivait au pied du Calvaire. Il y avait là un grand espace ouvert entre les murs de la ville et la place de l'exécvition ; du sommet des murs, la vue pouvait parfaitement distinguer ce qui se passait sur le roc du Calvaire.
Il n'y a pas de doute qu'à l'heure dont nous parlons, la foule était immense en ce lieu. Les ennemis du Christ ne cessent de lui prodiguer des outrages, une joie féroce les transporte à ridée de la mort ignominieuse qu'il va souffrir. Quelques femmes cex^endant l'avaieû^-iMHTiv'^^^