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l'Evangile nous dit " qu'elles pleuraient et se lamentaient sur son sort. " Se tournant de leur côté, le Sauveur leur dit : ** Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vousmêmes et sur vos enfants. Car voici venir le jour où l'on dira: " Heureuses les femmes stériles, heureuses celles qui n'ont point enfanté et dont les mamelles n'ont jamais allaité- Alors ils commenceront à s'écrier: montagnes, tombez sur nous, collines, couvrez-nous, car si l'on traite ainsi le bois vert, qu'en sera-t-il du bois sec ? " (St. Luc, XXIII, 2Y, etc. etc.) Ces paroles de consolation qu'il adressa aux filles de Jérusalem, et la terrible prophétie qui les accompagna furent prononcées au pied du Calvaire, pendant qu'il portait sur ses épaules l'instrument de son supplice. Un homme ordinaire aurait pensé à luimême à cette heure terrible, mais Celui qui parle est à la fois vrai Dieu et vrai Homme et il veut donner à l'homme une autre preuve de l'amour immense qu'il lui porte.
Cependant le Sauveur commence à gravir la route qui mène au rocher même du Calvaire : " Et il y avait aussi deux malfaiteurs qui marchaient à ses côtés et que l'on devait aussi crucifier avec lui." (St. Luc. XXII, 32.) — Le Sauveur n'était pas un malfaiteur, mais il voulut être traité comme l'un d'eux, le prophète Isaïe l'avait prédit. (Isaïe, LUI.)
La tradition rapporte que le Sauveur tomba alors pour la troisième fois, écrasé sous le poids de sa croix.
VOYAGE EN TEKRE-S.AINTE. 133
Parlons maintenant du rocher du Calvaire, sur lequel Notre-Seigneur fut crucifié, et qui, depuis ce jour, est devenu le lieu le plus célèbre et le plus attrayant de l'univers.
Le mot Calvaire, ou Golgotha, veut dire crâne. Une ancienne tradition rapporte que le crâne d'Adam avait été enterré en ce lieu, que Noé l'avait conservé dans l'arche à l'époque du déluge et que plus tard Sem, son fils, l'avait enseveli dans cette partie de la montagne dont nous parlons. Une ancre tradition nous dit qu'Isaac avait porté le bois de son sacrifice jusqu'au sommet de ce rocher, et de nos jours encore les moines du rite grec ont un couvent et une cha- ;pelle attenant au lieu du crucifiement, et leur autel s'élève, dit-on, à l'endroit même où Abraham se disposa à immoler son fils.
La colline ou le rocher du Calvaire était situé à l'ouest de Jérusalem, et en deçà il y avait un jardin et probablement une villa appartenant à Joseph d'Arimathie. Entre ce jardin et le Calvaire, il y avait autrefois une vallée étroite ou un terrain bas où Joseph s'était creusé pour lui-même un tombeau dans le roc situé à l'est du jardin et faisant face au Calvaire.
Le tombeau de Joseph consistait en deux appartements taillés dans le roc. Dans la seconde de ces chambres se trouvait la tombe proprement dite, également creusée dans le roc ; l'entrée du premier appartement au second était très basse
ot fermée par une grande pierre de forme ovale que Ton y avait roulée.
Une pieuse légende nous dit que, lorsque le Sauveur arriva au Calvaire, comme tout n'était pas entièrement disposé pour l'exécution, on le jeta avec les deux criminels dans une citerne desséchée ou une grotte, et que les pieds de Notre-Seigneur furent placés dans des trous séparés, d'une même pierre, puis réunis et liés par dessous. C'est ce qu'on nomme aujourd'hui la prison de Notre-Seigneur.
Lorsqu'il fut arrivé au sommet du Calvaire, on lui arracha violemment ses habits. Ce tourment et surtout cette humiliation, il l'endura €n présence d'une foule immense. On donnait généralement aux criminels un certain breuvage composé de vin et de myrrhe : par un reste d'humanité, on voulait par ce breuvage troubler les sens et diminuer les souffrances du criminel. Le breuvage offert à notre Dieu était si amer qu'un évangéliste l'appelle du '' fiel. " Après l'avoir goûté il refusa d'en boire. Il voulut en goûter l'amertume, mais il ne consentit pas à ce que ses peines fussent par là diminuées. Il fut alors attaché à la croix à l'aide de quatre clous.
Quatre ruisseaux de sang s'échappèrent alors de ses membres percés, pour sanctifier les âmes, comme les fleuves du paradis terrestre avaient jadis fécondé le lieu de délices où Dieu avait placé l'homme innocent. Un moment après, on
fit tomber la croix dans le trou creusé dans le roc pour la recevoir, et la foule déicide put alors contempler le Fils de Dieu pendu à l'arbre de la croix entre deux brigands. Selon la coutume des Romains, on devait inscrire sur un écriteau le nom du criminel et le crime pour lequel il soufirait. Pour Jésus, voici l'inscription qu'on plaça au-dessus de sa tête : ** Jésus de Nazareth, Roi des Juifs." Cette inscription était en hébreu, en grec et en latin, c'est-à-dire dans les langues parlées alors par les habitants de Jérusalem et les nombreux étrangers qui s'y trouvaient à l'occasion des solennités de la Pâque. Le Sauveur fut crucifié à midi environ.
Sur la croix, les premières paroles qu'il fit entendre furent celles-ci : " Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font."
La seconde parole fut encore une parole de miséricorde : " Aujourd'hui même, tu seras avec moi dans le paradis." (St. Luc XXIII, 43.) Pendant qu'on attachait le Sauveur sur la croix, sa mère se tenait à une petite distance avec Marie- Madeleine et saint Jean. Quand la croix fut plantée dans le roc, elle put s'en approcher avec le disciple bien-aimé, et elle y resta debout jusqu'à la fin. Du haut de sa croix Jésus dit à sa mère : " Femme, voilà votre fils," et à saint Jean: *' Mon fils, voilà ta mère." Oh ! quel affreux spectacle que celui de Jésus sur la croix ! Des clous percent ses pieds et ses mains ; le poids de son corps, le contact de ce même corps
tout cl(Vhir6 avec le bois de la croix augmen"tent à chaque instant ses tourments ; les épines ne cessent de pénétrer i)lu8 avant dans son auguste front. Il était terrible aussi d'entendre les blasphèmes de la populace aussi bien que des prêtres et des pharisiens. Ces derniers pourtant curent bientôt raison de trembler pour eux-mêmes. C'était bientôt la sixième heure, et les ténèbres couvrirent toute la terre jusqu'à la neuvième, et le soleil cacha sa lumière, (St. Luc, XXIII, 44, 45) et la victime était encore pendue à la croix. La mort allait maintenant arriver, Jésus en sentait l'approche. Le sang qu'il a perdu, la douleur qui déchire son cœur, tout cela excite chez lui une soif terrible et il s'écrie tout à coup : *' Sitio, j'ai soif." Il y avait là un vase rempli de vinaigre ; un de ceux qui étaient là présents prit une éponge, l'imbiba de vinaigre, la plaça au bout d'un roseau et l'approcha des lèvres du Dieu mourant. (Math, XXVII, 48) Quand Jésus eut goûté le vinaigre il s'écria : *' Tout est consommé." (St. Jean, XIX, 30.) Si Dieu du moins venait consoler son âme chargée du poids des iniquités de l'univers. Mais non ! Le Tout-Puissant lui-même le traite comme un ennemi. Se vovant abandonné même de son Père, Jésus s'écrie: "Mon Père, mon Père, pourquoi m'avez-vous abandonné ? " Il s'écrie alors d'une voix forte : " Mon Père, je remets mon âme entre vos mains." (St. Luc, XXIII.) Ce fut sa dernière parole, puis il baissa la tête et rendit l'àme. (St. Jean, XLX.)
Le Fils de Dieu est donc mort sur la Croix. Un prix d'une valeur infinie a été offert pour notre salut, et Dieu l'a accepté. Les soufirances et les douleurs sont finies, nous verrons bientôt le triomphe de notre Dieu et Sauveur.
Il nous semble qu'un morne silence, le silence de la mort, dut régner sur le Calvaire quand les ténèbres couvrirent toute la terre. Il est impossible de décrire la confusion qui régna aux alentours du temple, où les personnes se pressaient en masse pour ofî'rir le sacrifice du soir.
Le voile est déchiré du haut en bas, les colonnes qui le soutenaient tombent, la terre tremble, les rochers se fendent, les tombeaux s'ouvrent et plusieurs des saints qui étaient morts ressuscitent.
" Le centurion, qui se trouvait en face de Jésus, l'entendant crier, et l'ayant vu expirer avec son dernier cri, ne put retenir son émotion et dit : " En vérité, cette homme était le Fils de Dieu." (St. Marc XY, 39.) Les autres spectateurs, témoins du tremblement de terre et des autres prodiges qui se sont opérés, sont enfin saisis de frayeur, ils disent aussi : " En vérité, il était bien le Fils de Dieu." (St. Math, XXVII, 34,) puis descendent de la montagne en se frappant la poitrine. (St. Luc, XXIII, 48.)
La nature avait à sa façon rendu témoignage à la divinité de Jésus-Christ. Les hommes vont commencer maintenant à lui rendre hommage. Joseph d'Arimathie, homme noble et membre
du conseil dos Juifs, vint sans crainte aucune trouver Pilate, et lui demanda de lui remettre le corps do Jésus. (St. Marc, XV, 43.) Il acheta un linceul et, après avoir descendu le Christ de la Croix, il l'en enveloppa. Nicodème, un autre homme, noble lui aussi, vint l'aider, et ajjrès avoir enveloppé le corps de linges et d'aromates, ils l'emportèrent et le déposèrent dans le sépulcre nouveau, où personne n'avait encore été déposé. {St. Jean, XIX.) Une grande pierre fut roulée à l'entrée de l'appartement qui contenait le tombeau. Le tombeau, nous l'avons déjà dit, était creusé dans le roc, la pierre fut scellée du sceau du gouverneur ; on plaça des gardes pour tout surveiller avec la plus grande vigilance.
De ce tombeau Notre-Seigneur sortit vivant le troisième jour.
De nos jours, il existe sur le Calvaire une çrande église, appelée Eglise du Saint Sépulcre.
Le pèlerin peut y voir et y vénérer la prison du Seigneur, la place où eut lieu le dépouillement des habits, le lieu du crucifiement, et enfin l'emplacement de la Croix. A quelques pieds du lieu où la croix avait été plantée, on peut voir encore un des rochers qui se brisèrent à la mort du Sauveur ; on montre aussi entre le Calvaire -et le tombeau, dans la même basilique, l'endroit où le corps adorable fut lavé et enveloppé d'un linceul. Le tombeau lui-même se trouve sous la coupole de la basilique.
C'est une grande consolation pour les chré*
tiens de savoir que les fils dévoués de saint François d'Assise ont la charge du Saint Sépulcre et qu'ils y prient nuit et jour avec ferveur.
Visiter les Lieux Saints et la voie douloureuse à Jérusalem est un grand privilège, mais il y en a peu qui soient assez heureux pour jouir do cette grande faveur, quoique le nombre des pèlerins s'élève chaque année à vingt mille personnes. Mais une faveur infiniment plus grande nous est faite à tous, celle d'avoir été rachetés par les souffrances et la mort de Jésus-Christ, avec la promesse d'avoir part un jour à sa Résurrection glorieuse, si nous observons les commandements qu'il nous a donnés, et si nous portons courageusement la croix à sa suite.