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CHAPITRE SIXIÈME

La montagne des Olives.— Le Sanctuaire du Pater Noster.^ Le Sanctuaire dit du Symbole des Apôtres. — Le Symbole des Apôtres. — Adieu à la Terre;Sainte.

C'est du sommet de la montagne des Olives que nous ferons nos adieux à la Terre-Sainte. Cette montagne est à juste titre l'objet de la vénération de tous les bons chrétiens. Elle est située à Test de la ville de Jérusalem. Le jardin de Gethsémanie, tant de fois visité par Notre- Seigneur, et le théâtre de l'agonie et de la sueur de sang,5e trouve au pied de la même montagne. Le tombeau de la sainte Vierge, tombeau d'où les anges l'enlevèrent et l'emportèrent au ciel, se voit près de l'endroit où son divin Fils avait dit de lui-même : " Mon âme est triste jusqu'à la mort."

Le lieu où le Sauveur versa des larmes sur

Jérusalom, le jour de son entrée triomphale, est aussi situé sur la même montagne, à un tiers de la route qui conduit à son sommet. Un petit village musulman s'élève maintenant avec son haut minaret au sommet de la Montagne, et l'endroit d'où le Sauveur s'éleva dans le ciel est couvert par une mosquée destinée au culte du faux prophète. Le lieu de l'Ascension appartient de nos jours aux musulmans. (1)

Ces derniers ont entouré cet emplacement d'un mur en pierre, et le chrétien n'y a d'accès qu'en payant une certaine somme d'argent. Trois ou peut-être un plus grand nombre d'églises furent érigées dans la suite des siècles par les chrétiens sur le lieu de l'ascension, mais ces églises ont été depuis longtemps détruites, ou sont tombées en ruines. La forme de la dernière est encore visible, dans l'enclos dont nous avons parlé ; mais aujoiird'hui, hélas ! une petite mosquée couvre le roc sacré où l'on peut voir encore l'empreinte d'un des pieds de Notre-Seigneur.

Sur la montagne des Olives, non loin de là il existe deux sanctuaires que les pèlerins de la Terre-Sainte ne visitent jamais sans émotion. L'un des deux, dit du Pater Noster, s'élève à l'endroit où le Seigneur enseigna la prière qui

( 1 ) On appelle mosquée chez les Musulmans les appartements ou édifices destinés à la prière. Le minaret est une tour souvent élevée et d'une jolie architecture, du haut de laquelle les Muezzins (employés du culte) annoncent le temps de la. prière.

commence par ces mots. (1) (St. Luc, XI.) Ce monument est dû à la générosité de madame Latour D'Auvergne, qui le fit ériger en 1869 à la place d'une église qui a disparu depuis longtemps. Dans ce sanctuaire, qui ressemble à un cloître, le Pater Noster est écrit sur les murs en trente-deux langues différentes.

L'autre monument, à peine visible au-dessus du sol, consiste en une cave artificielle, où Ton ne voit aujourd'hui que douze piliers en pierre et un autel. C'est le sanctuaire du Credo, du également H la charitable munificence de Mme Latour D'Auvergne. Autrefois il y avait une église construite au-dessus de la chapelle actuelle du Credo. Est-il besoin d'ajouter que c'est là, d'après la légende, que les apôtres composèrent la formule que l'on appelle le Symbole des apôtres, ou simplement le Credo ?

Après l'ascension du Sauveur et la descente du Saint-Esprit, les apôtres ne se séparèrent pas immédiatement, car Dieu voulait que la doctrine du salut fût prêchée d'abord à son peuple choisi,, aux Juifs et aux Israélites vivant dans la Judée, la Samarie et la Galilée. Ils prêchèrent donc pendant quelques années dans la Terre-Sainte avant leur dispersion.

Mais quand l'heure fut venue de se disperser à tous les coins du globe, où pouvaient-ils mieux

(l) Noire-Seigneur enseigna aussi le Paler sur le mont des Béatitudes en Galilée.

66 réunir une domière fois, qu'à l'endroit même de rascensioii, là où ils avaient reçu la dernièro bénédiction du Sauveur triomphant ?

Ils avaient été choisis par le Bon Maître pour réunir tous les hommes en un seul corps ou société dont ils devaient être les guides et les

docteurs.

On ne saurait douter qu'alors déjà les premiers chrétiens eussent adopté le si^e de la croix comme un moyen auquel ils se reconnaîtraient les uns les autres. Mais, maintenant que les disciples sont devenus nombreux et qu'on les trouvera bientôt dans toutes les régions du globe, comme aussi un grand nombre vont être par là même éloignés de la tête visible de l'Eglise et du centre de l'unité, les apôtres pensent qu'il est important de donner à tous un autre moyen pour se reconnaître, une règle de foi, un abrégé de ce qu'ils doivent croire et espérer.

Figurons-nous maintenant voir sur ce lieu élevé saint Pierre entouré de ses onze compagnons ; il élève la voix et dit : " Credo in Deum... je crois en Dieu le Père Tout-Puissant, créateur du ciel et de la terre." Ces paroles furent prononcées en face du temple et de la ville de Jérusalem. Aux temps passés cette ville avait été souillée par des actes d'idolâtrie ; il est vrai que depuis la captivité de Babylone, les Juifs s'étaient abstenus de c^ crime, mais l'évangile devait être annoncé à des peuples qui adoraient les ouvrasres de leurs mains. Il était

donc nécessaire de mettre sur les lèvres des chrétiens une déclaration de foi à l'existence d'un Dieu, un en trois personnes ; aussi le symbole des apôtres commence-t-il par ces paroles : Je crois en Dieu le Père Tout- Puissant ...etc. Pierre, Jacques et Jean, sur le mont Thabor avaient entendu Dieu lui-même proclamer Notre-Seigneur Jésus-Christ, son '' Fils bien-aimé." (St. Math. XVII, 6.) Plus tard encore, les apôtres avaient été les témoins de son pouvoir, quand ils virent le soleil s'obscurcir, la terre trembler à sa mort. Un ange aussi en face des murs de Jérusalem qu'ils avaient sous les yeux, un ange de Dieu n'avait-il pas, aux temps de Sennachérib, frappé de mort cent quatre-vingt-cinq mille Assyriens à cause des blasphèmes proférés par le peuple contre le Seigneur et le Dieu d'Israël? (Rois, IV, 19.)

De la montagne des Olives, les apôtres i>ouvaient apercevoir la mer Morte et la vallée du Jourdain. Ils étaient près de Jéricho, et non loin de ces lieux où Dieu avait manifesté son pouvoir sans limites en faveur des Israélites Ils pouvaient voir en ce moment même la fumée des sacrifices, s'élevant du temple où le vrai Dieu était adoré dans l'humilité de la prière et des sacrifices d'expiation. Oh ! avec quelle joie les apôtres souscrivirent au premier article énoncé par saint Pierre : *' Je crois en Dieu, le Père Tout-Puissant, créateur du ciel et de la terre."

Saint Pierre, en une circonstance solennelle,

(SI. Luc, XVI.) avait confessé la divinité du Tkm Maître en disant : " Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant." C'est toutefois une chose surprenante de voir les autres apôtres si lents à croire à cette doctrine. Mais au jour de la dernière entrevue, tous dirent avec un seul cœur : ** Je crois en Jésus-Christ, son Fils unifjue, Notre-Seigneury Trois ans durant, ils avaient été les heureux témoins des miracles de leur Maître. En entendant ces paroles prononcées par l'un d'eux, et en jetant les yeux sur le Calvaire, ou sur le lieu de l'ascension d'où Jésus s'éleva dans les nues en les bénissant, ils durent être émus au point de ne pouvoir retenir leurs larmes.

Le désir des apôtres désormais était d'instruire le monde touchant la dignité du Rédempteur. Ils désiraient surtout faire connaître à tous que le Fils de Dieu, en se faisant homme, en prenant la nature humaine, n'avait pas été conçu comme les autres hommes, mais bien par l'opération du Saint-Esprit : " Conceptus de Spiritu Sancto, conçu du Saint' Esprit y

Lors de sa naissance, les lois de la nature furent changées à son égard ; car il naquit de : ** la Vierge Mariée La sainte Vierge était encore au monde quand les apôtres composèrent le symbole. Les apôtres étaient de Gralilée, et Marie ayant passé bien des années dans le même pays était connue d'eux, ou au moins de quelquesuns d'entre eux lors de son séjour à Nazareth, avant le baptême de Jésus-Christ par saint

Jean. La Mère de Dieu vécut de longues années sur la terre après l'ascension de son Fils, nonseulement afin d'édifier l'Eglise naissante par la sainteté de sa vie, mais encore et surtout afin de faire part aux apôtres et aux évangélistes de ces événements qu'elle seule et son divin Fils connaissaient. C'est donc de la Vierge Mère, qu'ils apprirent l'histoire touchante de l'Incarnation et de la naissance de Jésus-Christ. Bethléem et sa grotte sainte n'étaient qu'à six milles de Jérusalem. Dans leurs voyages en compagnie du divin Maitre, ils avaient bien des fois visité ce lieu céleste, ainsi que le champ des bergers, où un ange avait annoncé la nouvelle de la naissance du Fils de Dieu. Ils avaient sans le moindre doute conversé avec quelques-uns de ces heureux bergers ; car nous savons que les disciples du Sauveur administrèrent le baptême dans cette partie de la Judée, avant d'aller demeurer à Capharnaiim. Nous pouvons donc nous faire une idée du respect qu'ils portaient tous à cette Yierge annoncée par les prophètes, saluée par l'ange, et enfin devenue mère du Fils de Dieu, Dieu lui-même et égal à son Père.

Nous pouvons aussi nous faire une idée de l'amour qu'ils lui portaient. Car elle aussi avait été bien tendre à leur égard. Tout, autour d'eux, le leur rappelait. De la montagne des Olives ils voyaient la maison où elle était née, la partie du temple où elle avait vécu, et surtout le Calvaire où ils l'avaient vue debout aux pieds de la

Croix, sur laquelle mourait son divin Fils ; ils se rappelaient aussi les paroles du Dieu expirant ai léguant sa Mère à l'amour de l'humanité toute entière : " Femme, voilà votre Fils ; voilà votre Mère."

Bien que quelques années se fussent déjà écoulées depuis la mort du Maître, les apôtres ne pouvaient perdre de vue que leur mission était de prêcher Jésus crucifié. Nous les voyons sur le Mont des Olives le jour, ou peut-être la veille du jour, où ils allaient dire adieu à la Judée pour aller prêcher la bonne nouvelle jusqu'aux extrémités du globe. Il est plus que probable que quelques-uns de cette troupe choisie, avaient fait le chemin de la croix, (la même remarque a été faite de la sainte Vierge), méditant en ce faisant sur les souffrances et les tortures endurées par le Sauveur dans ces mêmes lieux quelques années auparavant. De la montagne des Olives ils pouvaient voir sans peine le prétoire de Pilate, et le chemin qui mène au Calvaire ; plus à l'Ouest, en dehors des portes de la ville, ils pouvaient apercevoir le Calvaire luimême, lieu où le Maître et Sauveur était mort sur l'arbre de la Croix. Aussi se hâtèrent-ils d'inscrire au symbole ces paroles : " a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et enseveli." Le nom de Pilate, le misérable gouverneur qui avait condamné Jésus à mort, fut inséré dans le Credo, afin que tout le monde sût et pût prouver par l'histoire, qu'à une époque certaine, sous le gouverneur de ce nom, le Verbe

incarné avait réellement souffert la mort. La mort et la sépulture du Sauveur, St. Jean eu avait été témoin, car il accompagnait Marie et était à ses côtés sur le Calvaire. Cet apôtre avait lui-môme aidé à Joseph d'Arimathie et à Nicedème à embaumer le corps et à l'enterrer. Les autres apôtres avaient senti le tremblement de terre, ils avaient vu les épaisses ténèbres qui couvrirent la terre, peut-être aussi avaient-ils causé avec les morts qui ressuscitèrent au moment où venait d'expirer l'auteur de la vie. La mort du Christ était un fait si connu, que les disciples d'Emmaiis restèrent surpris de trouver une seule personne qui n'était pas au courant de ce qui s'était passé. (St. Luc, XXIV.)

La majorité des Juifs croyaient à l'immortalité de l'àme et à la résurrection. Au moment dont nous parlons, les âmes des justes et des patriarches de l'ancienne loi étaient dans un lieu de repos, attendant la venue du Rédempteur, et sur la terre leurs noms étaient tenus en grande vénération par leurs descendants : '' Jésus- Christ est descendu aux enfers.'' C'est-à-dire, il alla visiter ces pauvres âmes dans le lieu de leur détention, et leur annonça qu'il allait bientôt les emmener avec lui dans la gloire éternelle.

" Le troisième Jour, il ressuscita d'entre les morts. Ou montre aujourd'hui dans la vallée de Cédron le lieu où les apôtres se tenaient cachés par crainte des Juifs après la mort de leur Maître.

Durant sa vie mortelle, ils l'avaient souvent

ontcndu parler de sa mort et de sa rôsurrection. Ils l'avaient vu rappeler à la vie trois personnes sûrement mortes ; Lazare, le dernier de ces privilégiés, ils le connaissaient très bien, car sa demeure à Béthanie n'était qu'à un mille environ du lieu où ils se trouvaient maintenant. Cependant, et malgré tout cela, les apôtres se refusaient à croire à la résurrection de leur Maître ; et cela lorsque lui-môme la leur annonçait, lui dont le pouvoir ne devait soulever aucun •doute dans leurs esprits, et après qu'elle eut eu lieu, ils refusèrent également de croire à ceux qui l'avaient vue. Pour les convaincre de la Téalité du fait, il fallut que le Sauveur leur apparût, leur parlât, mangeât avec eux, et leur montrât dans ses mains et ses pieds les marques des clous, aussi bien que l'ouverture pratiquée dans son côté par la lance du soldat. Mais aujourd'hui ils proclament à la face de l'univers, et ils imposent à leurs disciples l'obligation de croire fermement que " Jésus est ressuscité le troisième jour. ''^

A mesure que le moment approchait, où Pierre donnerait le signal de la séparation, un sentiment de tristesse remplissait toutes les âmes. Pendant trois ans ils avaient ensemble suivi le divin Maître qui les avait choisis pour être ses apôtres. Ils avaient travaillé ensemble dans le même voisinage depuis l'Ascension ; mais voici qu'il leur faut se dire adieu les uns aux autres ; ils vont se disperser et peut-être ne se reverrontils jamais. Il leur faut s'éloigner de Pierre, leur

chef, le vicaire du Christ qu'ils aimaient tous ■d'une affection si profonde et si sincère. Mais où sont-ils dans ce triste moment ? Sur la montagne des Olives. Ils s'y étaient réunis une fois encore pour prier ensemble et s'exciter mutuellement à travailler et à souffrir, à l'endroit même où le Maitre avait levé les mains pour les bénir. Le temps, le lieu étaient on ne peut mieux choisis pour insérer dans le symbole ces mots : " est monté au ciel'^ (Actes 1.) Ils se rappelaient bien son ascension glorieuse, le nuage qui l'enleva à leur vue et les anges qui leur étaient apparus, leur annonçant qu'ils le verraient encore reparaître un jour de la même manière. Oh ! le jour de l'ascension, ils quittèrent la montagne et descendirent à la ville avec une joie immense. Aujourd'hui, au moment de la séparation, leur douleur est de beaucoup allégée par la certitude que le Maitre *' est assis à la droite du Père," qu'il ne les a laissés que pour aller leur préparer une place dans son royaume, et qu'ils seront eux aussi un jour admis à la gloire céleste.

"Z)e là il viendra juger les vivants et les morts. "

L'endroit où se trouvaient les apôtres quand ils composèrent le symbole, leur rappelait un autre événement important de la vie de leur Maître. Nous lisons dans saint Mathieu (XXIV) que le Sauveur étant sorti du temple, ses disciples vinrent lui en montrer les constructions. Ces constructions élevées par Hérode étaient eu effet de toute beauté. (Voir l'historien Josèphe.)

Mais Lui, leur répondant, ajouta : " En vérité^ je vous le dis, il n'en restera pas pierre sur pierre, tout sera détruit." lorsqu'il était aasis sur la montagne des Olives (peut-être à l'endroit même où se trouvent maintenant ses apôtres), il parla à ses disciples des signes qui précéderaient la catastrophe, et de l'incertitude du temps où le monde finirait. Il leur prédit qu'on verrait dans les nues le signe annonçant la venue du Fils de rilorame, entouré de puissance et de majesté, la résurrection générale et l'apparition de tous les peuples de l'univers au pied de son tribunal, le jugement et la sentence finale : les méchants seraient punis éternellement, et les justes admis à la vie éternelle. Il y a une opinion communément admise parmi les chrétiens, qu'après la destruction de l'univers par le feu^ Jésus-Christ viendra juger le monde sur cette même montagne des Olives. L'Eglise n'a rien défini à ce sujet. Mais il est certain que c'est sur cette montagne qu'il fit la déclaration qu'il viendrait un jour juger l'univers. N'y a-t-il pas quelque chose de sublime, de consolant et de terrible à la fois dans cette pensée, que la trompette du jugement dernier éveillera les morts, sur cette même montagne où le Sauveur daigna pleurer sur les iniquités des pécheurs endurcis !

Oh ! que les nations trembleront, et avec raison, quand apparaîtra le signe du Fils de l'homme, en face du Calvaire où le Sauveur donna son sang et sa vie, les bras étendus vers

les pécheurs qui rofusaient d'accourir à lui ! Mais aussi, comme les élus se réjouiront, quand ils verront paraître sur la montagne de l'ascension, la gloire de celui à qui ils auront obéi et qui viendra leur donner la grande récompense.

Dans les articles que nous avons cités, les apôtres ont proclamé ce que les hommes doivent croire touchant le Père Tout-Puissant et Jésus- Christ son Fils unique. Ils déclarent maintenant leur foi en une troisième personne, et leur confiance en sa bonté et en sa puissance. " Je crois au Saint-Esprit.^^ Le Saint-Esprit était descendu sur notre Sauveur, au bord du Jourdain, sous la forme d'une colombe. D'après la promesse de Jésus, PEsprit-Saint, qui devait être leur consolateur et aussi leur instructeur, était en effet descendu sur eux le jour de la Pentecôte. De la montagne des Olives, ils pouvaient apercevoir sur le mont Sion, le Cénacle où le grand mystère s'était réalisé. Le saint Esprit leur avait eu ce jour et en ce lieu donné le don des langues, leur avait enseigné toute vérité, et pendant qu'ils prêchaient l'Evangile dans la Judée, la Saraarie et la G-alilée, il leur était venu en aide à l'heure de la persécution. Et maintenant qu'ils ne pourront plus s'appuyer l'un sur l'autre, une idée les encourage et les fortifie, c'est que le même Esprit-Saint ne les quittera jamais, et sera toujours avec eux.

Quoique l'Evangile ne dise mot de cette dernière rencontre des apôtres sur la montagne:

des Olives, nous pouvons sans crainte affirmer qu'elle eut lieu par ordre et kous la présidence de saint Pierre. L'histoire nous informe que saint Pierre pleura amèrement son péché, nonseulement immédiatement après sa chute, mais tout le reste de ses jours. Ses yeux avaient, diton, pris la couleur du sang, et les larmes avaient creusé comme des sillons sur les joues du grand apôtre.

Voyons maintenant comment furent accomplies les promesses faites à Pierre par Notre- Seigneur. Il était la pierre sur laquelle l'Eglise devait être bâtie, et du mont des Olives il pouvait porter ses regards tout autour de lui et voir déjà un grand nombre de disciples marchant sous sa bannière : à l'ouest était le mont Sion où il avait converti trois mille personnes à son premier discours ; tout à côté était le temple où cinq mille personnes avaient embrassé la foi après avoir été témoins de la guérison du boiteux. *' L'Eglise, jouissant de la paix en Judée, en Galilée et dans la Samarie, prenait chaque jour une plus grande extension." Des congrégations avaient été établies par les autres apôtres, et Pierre les avait visitées toutes. (Actes, IX.) Les villes de Sharon et de Lydda avaient embrassé la foi à la voix de Pierre. A Joppé et dans Césarée un grand nombre avaient reçu le baptême. C'était donc là la maison, le royaume fondé par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

C'était là l'Eglise Catholique dont nous devons

tous admettre l'existence et la mission divine. " Je crois l'Eglise Calholique.'''' L'Eglise visible avait un chef visible, et ce chef visible, le pasteur infaillible, le guide assuré pour qui le Maître avait prié, c'était Pierre, le môme que nous voyons sur la montagne des Olives. Déjà dans les quelques années qui ont suivi l'ascension il a fait usage de son autorité suprême, nul ne s'est levé pour la lui contester. Il est si bien reconnu pour être le vicaire du Christ sur la terre, qu'après le départ de son Maître, il semble avoir perdu son nom de Simon, on ne l'appelle plus désormais que Pierre ou Céphas. (Voir tout le livre des Actes.) Il y avait en ce jour à Jérusalem les fidèles avec leur chef, mais aussi d'autres ministres, d'autres apôtres choisis également par Not're-Seigneur et les diacres ordonnés par ceuxci. L'unité de la foi existait parmi eux, car " tous persévéraient dans la doctrine des apôtres. " (Actes, 11, 42.) Ils se distinguaient des Juifs par le signe de la croix, l'oraison dominicale, et voilà qu'ils vont avoir le Symbole, que l'on compose aujourd'hui sur le mont des Olives, et qui de là doit se répandre dans tout l'univers. Ce symbole devait devenir aussi la règle de leur conduite ; et si jamais des doutes s'élèvent dans leur esprit touchant la foi ou la morale, ils peuvent et doivent recourir à la " sainte Eglise catholique, à laquelle ils font profession de croire."

Les apôtres et les premiers chrétiens de la Palestine étaient aussi unis entre eux par les

liens d'une eainte charité'. Ils n'avaient qu'un cœur, et tous leurs biens étaient communs entre eux. Ils adoraient Dieu ensemble dans une certaine partie du temple et possédaient un autel auquel les infidèles n'avaient point d'accès. Ils se considéraient comme les enfants de l'Eçlise et les membres de ce corps dont Jésus-Christ est le chef, et ils regardaient les saints du ciel comme leurs frères et leurs protecteurs ; le ciel lui-même était leur partage, vous devez donc dire comme eux : " Je crois à la communion des saints.''^ En nous enseignant à dire : *' Je crois l'Eglise catholique," les apôtres voulaient nous donner à entendre que la mission de l'Eglise est d'enseigner les hommes : " Allez et enseignez." Mais à cela ne se borne pas la mission de l'Eglise, elle doit encore sanctifier les hommes. C'est pourquoi ils ajoutaient cet autre article : " Je crois à la rémission des péchés." Il serait facile de prouver qu'avant la composition du Symbole des Apôtres, le baptême avait déjà été administré par eux, car ce sacrement était alors, comme il est encore aujourd'hui, la porte de l'Eglise et le moyen du pardon. Pierre et Jean avaient administré la confirmation en Samarie. (Actes YIII, 14.) Les fidèles recevaient chaque jour la sainte Eucharistie. C'est du Cénacle, de ce lieu célèbre dont nous avons tant de fois parlé et où le Sauveur l'avait instituée la veille de sa mort, qu'il envoya ses apôtres comme son Père l'avait lui-même envoyé, avec pouvoir de pardonner les pécheurs repentants et nous lisons

que dès les premiers jours *' un grand nombre venaient confessant leurs péchés." (St. Jean, XX. Actes XIX.)

Tous les catholiques savent que T Extrême- Onction, l'Ordre et le Mariage ont été institués par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même qui a confié lui-même la dispensation de ces moyens de salut, les mêmes aujourd'hui que dans le commencement de son existence.

Quelle consolation pour le pèlerin de la, Terre- Sainte de remarquer que tous les chrétiens de l'Orient admettent l'existence et reçoivent les sept sacrements de l'Eglise catholique, mais aussi quel triste spectacle que celui de tant de personnes portant le nom de chrétien, et faisant profession de croire au symbole des apôtres, rejetant l'autorité de l'Eglise catholique à laquelle ils sont tenus de croire, et demeurant dans le péché parce qu'ils ne veulent pas recourir aux moyens de sanctification dont la garde a été confiée à l'Eglise catholique. Cependant l'œuvre de Dieu continuera jusqu'à la fin des temps, et l'Eglise par l'administration des sacrements ne cessera de sanctifier ses enfants et de les préparer à la félicité éternelle.

Nous avons dit plus haut que la doctrine de la résurrection était accréditée parmi les Juifs, et que les apôtres avaient, par expérience, la conviction la plus intime de sa possibilité :

" Je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu'au dernier jour je sortirai de la terre." (Job.)

Pendant quarante jours consécntife, les apôtre» purent contempler le Sauveur ressuscité. Ils l'avaient entendu dire : " Je suis la résurrection et la vie ; — je m'en vais pour vous préparer une place,etc., Quelques années plus tard, ils devaient encore se rencontrer à Jérusalem, le jour ou Marie mourut, et dans ce temps et dans ce lieu ils devaient être convaincus de son assomption glorieuse, car nous savons que la Vierge Marie fut enlevée au ciel corps et àme.

Parlons encore du tombeau glorieux de Notre- Seigneur Jésus-Chrst, et racontons le touchant événement rapporté par Quaresmius. (Tom. 11, p. 12.) Mais avant de citer le texte de cet historien, moine très-savant, de l'ordre de Saint- François, nous pensons qu'il serait bon d'informer nos lecteurs de la forme qu'avait la tombe du Sauveur. C'était une cavité creusée dans le TOC, assez vaste pour contenir le corps d'un homme. On pourrait presque dire une auge sans couvercle, n'atteignant pas tout à fait deux pieds d'élévation. Dans ce tombeau Joseph d'Arimathie et Nicodème déposèrent le corps de Jésus (ils le placèrent probablement sur le dos et la tête tournée vers l'Occident). Mais avant de l'y déposer, ils l'avaient enveloppé de linges et embaumé, comme c'était la coutume des Juifs. (St. Jean, XIX.) La tombe n'avait pas de couvercle ; mais elle était située dans une chambre sépulcrale taillée également dans le roc. Sainte Hélène, la mère de Constantin, fit isoler la

chambre sépulcrale en abattant la colline qui l'entourait, dans le but de bâtir une église audessus : de sorte que la tombe proprement dite fut dès lors, comme elle est du reste encore aujourd'hui, entourée de roc naturel. Par respect pour ce lieu sacré, les murs tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ont été couverts de marbre, la tombe elle-même a été munie d'uu couvercle et le fronton décoré d'albâtre.

L'événement que nous allons mentionner maintenant se passe en 1555, alors que le père de Raguse était gardien des lieux saints. Voici ses paroles : " Comme on avait jugé nécessaire d'abattre la vieille construction, afin de donner plus de solidité à la nouvelle destinée à la remplacer, on fit naturellement tomber toutes les décorations : alors le sépulcre de Notre-Seigneur se montra à nos yeux, tel qu'il avait été, c'està-dire taillé dans le roc. Nous vîmes deux figures d'anges dessinées sur le roc qui surmonte la tombe. L'un des anges portait un rouleau sur lequel on lisait ces mots : " Il est ressuscité, il n'est pas ici ! " l'autre, désignant du doigt la tombe avec ces mots : '* Voici l'endroit où ils le déposèrent. (St. Marc, XVI.)

Ces deux tableaux tombèrent en poussière aussitôt qu'ils furent exposés au contact de l'air. Obligés d'enlever la plaque de marbre placée sur le tombeau même par Hélène, nous pûmes contempler grand ouvert ce lieu si digne d'admiration, où le Sauveur avait séjourné trois

IGO VOYAOE EN TERRE-SAINTE.

lours. Tous nous croyions voir le ci**l ouvert 80U8 nos yeux. Nous pûmes aussi distinguer dans le contour do la tombe les taches de sang du Dieu Sauveur, mêlées aux aromates dont on ii'était servi pour Tembaumer."

Oh ! qu'elle dut être chère aux cœurs des apôtres, cette tombe du Calvaire, le gage assuré de notre résurrection ! Nul doute qu'ils allèrent visiter et baiser cette pierre avant de se disperser et de quitter Jérusalem. C'est eux qui ont déclaré et enseigné au monde entier : " Je crois d la résurrection de la chair.'' Et, de plus, y a-t-il rien de plus propre à consoler les apôtres ou les disciples que la foi à la résurrection glorieuse ?

La résurrection de la chair aura lieu au dernier jour. Elle sera générale, tous ressusciteront ; mais les conséquences de cette résurrection seront sans fin ; *' /<? crois à la vie éternelle.'' Les apôtres qui nous ont légué le symbole qui porte leur nom, ont quitté ce monde depuis longtemps €t leurs âmes ont été récompensées dans le ciel. Ils sont tous morts martyrs de la foi qu'ils prêchaient. Nous leur devons de la reconnaissance, car ils nous ont transmis le précieux document qui porte leur nom, et nous ne cesserons de révérer sur la montagne des Olives le sanctuaire dit de la " place du Credo."

Disons adieu au jardin et à la montagne des Olives, au mont Sion et au Calvaire. Nous ne verrons plus les lieux saints, sanctifiés par la présence de l' Homme-Dieu, les lieux où il choi-

•fiit et instruisit ses apôtres, l'endroit où il donna à saint Pierre la charge de son troupeau, ni la montagne où il commanda aux apôtres d'aller enseigner à toutes les nations. Mais c'est une grande consolation pour un chrétien, surtout pour un prêtre d'avoir visité cette terre où le Sauveur jeta les fondements de son Eglise, où il souffrit et mourut pour le salut du genre humain. " Si je t'oublie, ô Jérusalem, que ma main droite soit oubliée ; que ma langue s'attache -à mon palais, si je perds ton souvenir, si tu n'es plus le principe de mes joies ! " (Psaume CXXXVI.)

Il y a bien peu de pèlerins, bien peu en vérité, qui ne se fassent à eux-mêmes l'application de ces paroles du prophète. Toutefois ce n'est pas sans tristesse que l'on se souvient de la Terre- Sainte. En effet ces lieux vénérés ont été tant de fois profanés dans le passé, ils sont encore si ^exposés de nos jours à de nouvelles profanations. Ici des ruines amoncelées, là des autels dont l'abord n'est pas permis au prêtre catholique ! il ne peut y offrir le divin sacrifice ! Jérusalem ne peut pas aujourd'hui comme autrefois être appelée la ville du Grand Dieu. Elle a rejeté le joug de ce Dieu, et sa gloire est à jamais disparue. Le prince dos apôtres, le représentant du *' vrai pasteur de tout le troupeau " n'a pas K?hoisi Jérusalem pour la capitale de son royaume. C'est à Rome qu'ils doivent aujourd'hui se rendre tous ceux qui ne veulent pas marcher dans les ténèbres, ceux qui veulent trouver la

vie de V^ma et qui aKpircnt après la résurrection glorieuse du dernier jour. Cependant c'est de Jérusalem que nous est venue la lumière. C'est là, sur la montaji^ne des Olives, que les apôtres de Jésus-Christ, saint Pierre à leur tête, ont déclaré que le moy<'n d'arriver à la résurreo tion glorieuse, c'est de croire la sainte Eglise catholique. Attachons-nous donc à cette Eglise, aimons-la comme l'épouse et l'oracle de Jésus- Christ. " Seigneur, à qui irions-nous ? Vous avez les j)aroles de la vie éternelle." (St. Jean, YI.)

CHAriTRE SEPTIÈME.

l'église du saint sépulcre a JÉRUSALEM.

Comme le tombeau de Notre- Seignenr et tout ce qui s'y rattache sont des choses d'un intérêt suprême pour les enfants de l'Eglise, nous croyons leur être utile en leur parlant de la Basilique du Saint-Sépulcre, telle qu'elle se voit aujourd'hui à Jérusalem. Cet édifice fut construit de manière à renfermer dans son enceinte le tombeau lui-même et tous les endroits du Calvaire sanctifiés par la présence de Jésus- Christ au jour de la Passion. Construit dans la direction de l'est au couchant, il est fort vaste et doit sa forme irrégulière aux positions respec-

tives du saint tombeau et du lieu où la croix fut élevée, lue tombeau occupe sous la coupole la place attribuée au maître autel dans nos cathédrales. Une bonne partie du rocher du Calvaire contenue dans la Basilique a été laissée intacte, à l'exception de la surface qui a dû être aplanie. Cette partie de la Basilique s'appelle la Chapelle du Calvaire, et on y arrive en montant dix-huit marches. La distance du saint tombeau à l'endroit où la croix fut plantée est d'environ quatre-vinçt-dii pieds. Dans l'enceinte de la Basilique se trouvent plusieurs endroits ou objets qui nous rappellent des souvenirs émouvants.

Immédiatement en entrant dans l'Eglise, vous avez devant vous la pierre de l'onction, c'est-àdire la plaque de marbre qui couvre le rocher à l'endroit même où le corps du Sauveur fut embaumé par Nicodème et Joseph d'Arimathie. Traversant la coupole vers le nord, nous trouvons l'Autel de l'apparition à Marie-Madeleine. Soixante pieds plus loin, nous avons la Prison du Christ, (voyez chapitre V.) Un autre autel rapproché de la Prison, marque l'emplacement où les soldats se partagèrent les vêtements après le crucifiement. — Avant de monter au Calvaire nous nous trouvons en présence de la Colonne

des impropères, de cette colonne brisée sur laquelle on le fit asseoir dans la cour du Prétoire. Sur le Calvaire se trouvent, rapprochés l'un de l'autre, la place du crucifiement, le lieu où la croix fut érigée, et le petit sanctuaire qui rappelle Marie tenant dans ses bras le corps inanimé de son Fils, à l'emplacement même où ceci se passa. N'oublions pas que sur le Calvaire nous voyons^ dans le rocher laissé à nu, la large fissure qui s'y fit à la mort du Sauveur.

Le désir de perpétuer le souvenir des triomphes et des souffrances de Jésus-Christ, ou des circonstances impérieuses ont donné lieu à férection de plusieurs autres constructions que l'on a adossées à la Basilique du Saint-Sépulcre. Ainsi nous avons la chapelle de Sainte-Hélène, et celle de l'Invention de la sainte-Croix, qui sont reliées à la dite basilique. La première chapelle fut construite à l'endroit où se trouvait la grande impératrice, lorsqu'on travaillait à la recherche de la croix du Sauveur ; la seconde contient dans son enceinte la citerne profonde où les trois croix furent trouvées. Adossée à la même basilique se trouve la petite église de V Apparition de Notre- Seigneur à sa sainte Mère. Les moines Grecs, Arméniens et Cophtes schismatiques ont aussi des monastères adossés à la Basilique, de

166 VOYAGE EN TEURE-8AINTE.

mAnio que les pères franciscains, gardiens du Saiiit-Sépulcro. Remarquons que, quels qu'ils soient, ces religieux, soit catholiques ou schismatiques, ne peuvent entrer dans leurs monastères qu'en passant par la porte de la grande Basilique qui est gardée par des soldats turcs. Le gouvernement du Sultan perçoit des «ommes considérables du revenu des taxes qu'il exige pour la permission d'entrer dans l'église •du Saint-Sépulcre.

Ailleurs nous avons mentionné le nombre de pèlerins qui annuellement visitent la Terre- Sainte, et nous avons raconté comment le chemin de la Croix se fait à Jérusalem par ces mêmes pèlerins. Pour la consolation des âmes ferventes, disons un mot de ce qui se fait tous les jours près du saint tombeau en mémoire de ce que le Sauveur a fait pour les hommes.

Nous avons déjà mentionné que la maison des pères franciscains est adossée à la Basilique. La chapelle privée des révérends pères n'est autre que la petite église de V Apparitian de Notre- Seigneur à sa sainte 3Ière, lequel oratoire communique par une porte à la Basilique. La tradition nous a rapporté que l'emplacement de cet oratoire faisait partie du jardin de Joseph d' Arimathie. Ce noble disciple du Sauveur avait

mis à la disposition de Marie sa maison et son jardin après la mise au tombeau du corps de son Fils ; et la mère désolée demeurait constamment aussi près de cette tombe chérie que les gardes le lui voulaient permettre. Le Rédempteur vainqueur de la mort apparut en ce lieu à sa sainte Mère, avant de se montrer à aucune autre personne.

La petite église de V Apparition a trois autels : l'autel du milieu est l'autel du Saint-Sacrement, et celui à droite l'autel de la Colonne de la Fia' gellation. On voit en effet derrière l'autel de la Colonne de la Flagellation un grillage en fer protégeant un tronçon de colonne, qui serait une partie de la colonne de la Flagellation, de cette colonne à laquelle Notre-Seigneur fut attaché lorsqu'il fut flagellé. Bien que la maison des Franciscains soit fort petite et très malsaine, les religieux sont toujours en nombre suffisant pour réciter le saint office jour et nuit dans leur chapelle, et pour célébrer tous les jours aussi trois messes sur le saint tombeau. L'une de ces messes est une messe solennelle ; tous ceux qui par leurs offrandes contribuent à l'entretien des pèlerins et à la conservation des lieux saints participent aux messes que les Franciscains offrent dans ces sanctuaires. Il va sans dire quft

les bons pères sont à la disposition des pèlerin» pour tout ce qui regarde l'intérêt de leurs ûmes, et que les confessions s'y entendent dans toute»

les langues.

Tous les jours, dans l'après-midi, il se fait dans la Basilique une procession à W^uelle nous eûmes le bonheur d'assister et que nous allons décrire en retranchant quelques-unes des prières contenues dans le manuel de cette procession imprimé pour l'usage des pèlerins. Rappelonsnous que nous sommas dans l'église du Saint- Sépulcre.

Après la récitation des complies, des cierges sont distribués aux assistants ; tout le monde s'agenouille devant l'autel du Saint-Sacrement dans l'église de VApparition. Ici l'on chante^ l'antienne et les prières qui suivent :

*' 0 festin sacré où nous recevons Jésus-Christ, où la mémoire de la Passion est renouvelée, où l'âme est remplie de grâces et où nous est donné le gage de la gloire future."

On se lève, on s'avance vers l'autel de la Flagellation (N'est-ce pas en recevant la sainte Eucharistie qu'on reçoit la force nécessaire pour souffrir avec Jésus ?) La procession s'arrête devant la Colonne de la Flagellation.

Eiitr'aiitres prières et exhortations, les religieux chantent ce qui suit :

" Que notre bouche, notre langue et notre cœur célèbrent ici les mystérieux trophées de la croix, et que notre cœur, en suivant les traces du Christ, les arrose de ses larmes." On rappelle à cette station ce qui se passa à cette colonne :

** Pilate se saisit de Jésus et le fit flageller, et puis il le livra aux Juifs pour être crucifié."

A la prison.

En se rendant à cette station, les religieux chantent, entr'autres choses, les paroles suivantes :

" Le souverain Maître du ciel et de la terre " est renfermé dans un cachot, il est là garrotté " et étendu sous le poids de lourdes chaînes.

*' C'est en consacrant ici les fers dont on l'a " chargé, qu'il devient le modèle des martyrs, ** et les martyrs, soutenus par son exemple, s'em- " pressent de porter joyeux cette noble croix qui " nous mérite la vie éternelle.

" 0 mon peuple, c'est moi qui t'ai tiré de la ** captivité de l'Egypte... et toi, tu m'as livré " aux horreurs de cette obscure prison.'*

170 VOYAGE EN TEURE-.SAIVTK.

Au lieu du Partage des Vêtements,

Ecoutez les paroles que l'on chante ici : " Le voilà maintenant ce Joseph mystique " retiré de la citerne pour être vendu et livré " aux gentils qui le dépouillent de ses habits.

" Sur le Thabor, ses vêtements parurent blancs " comme la neige, voyez-les ici souillés de sang, ^' et les soldats se les partagent sur ce Calvaire 1 "

La procession continue et, après avoir descendu une trentaine de marches, on se trouve

A la chapelle où la sainte Croix fut trouvée.

Qu'il suffise de citer les prières suivantes que Ton chante ici en vue de la citerne où les trois oroix furent trouvées.

" O croix, notre unique espérance, croix retrou- *' vée ici par Hélène, je te salue. Par elle, ô mon *' Dieu, redressez et sauvez par votre miséri- *' corde les cœurs égarés, par elle augmentez la *' foi comme l'espérance dans les âmes pieuses, et " accordez aux coupables indulgence et pardon.

" 0 croix bénie, vous seule avez été jugée "" digne de porter le roi des cieux, Notre-Sei- ^' gneur !

" Ce signe adorable paraîtra dans le ciel, *** quand le Seigneur viendra juger le monde.'*

VOYAGE EN TERRE-?îAINTE. lïl

Dans la chapelle de Sai nie- Hé le ne.

Les paroles suivantes que l'on récite à cette •station n'ont besoin d'aucun commentaire :

" Hélène, mère de Constantin, se rendit à ^* Jérusalem pour chercher la croix de Notre- " Seigneur. Alléluia.

*' Priez pour nous, bienheureuse Hélène, afin *' que nous soyons dignes des promesses de " Jésus-Christ."

Remontons de la chapelle de Sainte-Hélène ; nous voici de nouveau dans la Basilique proprement dite. La procession se dirige vers le Calvaire et s'arrête à

La Colonne des impropères.

Cette colonne, (voyez plus haut) transportée de la cour du prétoire dans l'église du Saint- Sépulcre, occupe actuellement, suivant la légende, l'endroit où Abraham, près d'immoler son fils, aperçut un bélier pris par les cornes au milieu des ronces, image touchante de Jésus- Christ couronné d'épines, assis et outragé sur ce même pilier. Ecoutez les paroles de la liturgie :

** Figuré par Isaac, le roilà près d'être im- ** mole.

** Prions le Christ avec larmes, par la vertu ** du manteau de pourpre, des épines, des fouets ** et du roseau, de nous couronner au jour de ' gloire. Ainsi soit-il !

*' 0 mon peuple, moi, je t'ai donné le sceptre *' royal, et, toi, tu m'as enfoncé dans la tête une " couronne d'épines ! "

La procession étant montée au Calvaire s'arrête

A VEndroit du Crucifiement,

Les yeux fixés sur le cadre en marbre qui couvre l'endroit où la croix fut étendue, le pèlerin écoute avec émotion les paroles de la liturgie, il semble entendre les coups du pesant marteau et voir jaillir des ruisseaux de sang des pieds et des mains de l'Agneau de Dieu, qui va mourir pour nous sauver. Ecoutons !

" Voici l'arbre précieux, resplendissant, décoré *' de la pourpre royale qui, ici, a reçu le corps du *' Seigneur tout livide et meurtri de coups.

" Heureux arbre... qui a porté dans tes bras ' la rançon du monde et a arraché sa proie à " l'enfer !

" Salut, ô croix, notre unique espérance, qui " tiens ici étendus les bras du Christ, rends le

^* juste plus juste encore, et obtiens au pécheur ** le pardon.

" /a, ils ont percé mes mains et mes pieds, et •* ils ont compté tous mes os !"

A quelques pas seulement du lieu du crucifiement, la procession s'arrête

Au Lieu où la croix fut plantée.

C'est ici l'endroit où Notre-Seigneur expira. Ici nous avons trois croix : celle du centre occupe la place de celle du Sauveur ; les deux autres nous rappellent les croix des deux larrons. Impossible de décrire les sentiments du pèlerin qui s'agenouille sur le rocher sanctifié par le sang du Sauveur. Les religieux de Saint-François vont pourtant enflammer sa foi et son amour en chantant ici, avec une gravité solennelle, des hymnes, dont voici quelques extraits :

'* Il languit ici, abreuvé de fiel et de vinaigre, *• couvert de crachats, percé par les clous et la " lance. Le sang et l'eau coulent abondamment " de son côté ! Et c'est dans ce bain salutaire " que seront lavés et la terre et les mers, et le ** monde et les cieux.

*' Et la Vierge sa Mère a sous les yeux ce

*' douloureux spectacle. Par la vertu de ce dou-

174 VOYAGE EN TERiiL-:=AlNTR.

*' ble martyre, ô Père, nous vous prions de nous " accorder une fin heureuse.

'* O Christ, nous vous adorons et nous vous *' bùnissons, parce que vous avez racheté ici le ** monde par votre sainte croix."

La procession descend du Calvaire et va bientôt arrêter à l'endroit où le corps du Sauveur fut embaumé. Les paroles que l'on chante en s'y rendant sont maintenant des chants de joie et de triomphe, car

" Le Christ a, par sa mort, conquis la mort, le *' démon et l'enter ; il descend aux limbes pour *' y consoler les âmes des justes. Que les anges *' s'apprêtent à ouvrir les portes du ciel à Jésus ** le Roi de gloire.'*

Nous nous arrêtons avec la procession

A la Pierre de V Onction.

Contentons-nous de nous rappeler ici le texte suivant de l'Evangile que les moines y répètent :

" Joseph et Nicodème prirent le corps de *' Jésus et l'enveloppèrent ici dans des linges " avec des aromates, selon la coutume d'enseve- " lir chez les Juifs,

*' Yotre nom est comme une huile de senteur

** qu'on a répandue ; voilà pourquoi les âmes " candides vous ont aimé."

Hàtons-nous de nous rendre à la station suivante :

Au glorieux Tombeau de Notre- Seigneur,

Ici les chantres racontent ce qui se passa en ce ]ieu le saint jour de Pùques : le tremblement de terre, la résurrection du Sauveur, sa victoire, la visite des anges. Durant le temps de Pâques, la procession fait trois fois le tour du tombeau. On rappelle aux pèlerins qu'ayant été sauvés de la captivité par le sang de l'Agneau, ils sont unis intimement à Lui par la réception de son corps et de son sang : qui pourrait contempler ce spectacle sans s'écrier avec l'Eglise : " G-loire soit à vous, Seigneur, qui êtes ressuscité d'entre les morts."

Ce fut ici qu'un ange dit aux saintes femmes : " Ne craignez pas. Yous cherchez Jésus de ** Nazareth qui fut crucifié : il est ressuscité, " il n'est point ici. Voilà le lieu où on l'avait '* déposé. Le Seigneur est ressuscité de ce tom- ** beau, alléluia, lui qui, pour nous, fut attaché ** au gibet de la croix. Alléluia."

Un sentiment de profonde émotion remplit le cœur du pèlerin qui, dans ce lieu mille fois

«aint, contemple en quelque sorte de se» propre» yeux le mystère de la glorieuse résurrection du Sauveur. Mais séparons-nous du saint Sépulcre. Suivons la procession qui va s'arrêter au

Lieu où Jésus-Christ apparut à Marie-Madeleine.

L'hymne que Ton chante à cette station est une belle relation de l'apparition. (Voyez St. Jean, XXV, 11, 18.) Les chantres ensuite récitent l'antienne :

" Or, après sa résurrection, le matin du pre- ** mier jour de la semaine, Jésus apparut ici à " Marie-Madeleine, de laquelle il avait chassé *^ sept démons."

Le célébrant recommande lui-même et les assissants à la protection de Marie-Madeleine qui, par sa prière, obtint du Sauveur la résurrection de son frère Lazare, mort depuis quatre jours, et à laquelle il voulut bien se montrer vivant dans cet endroit après sa résurrection.

Cette procession qui se fait tous les jours dans la basilique du Saint-Sépulcre se termina dans la chapelle de V Apparition de Notre- Seigneur à la très Sainte-Vierge, d'où elle était partie.

A la chapelle de l'Apparition de Notre- Seigneur à

sa Mère.

Après le chant d'un hymne en l'honneur de la sainte Vierge, et la récitation de ses litanies, suit l'admirable dialogue, qu'on va lire, entre les chantres et le chœur des religieux :

LES CHANTRES

Kéjouissez-vous, Vierge Mère du Christ, Jésus, que vous avez vu condamné,

LE CHŒUR

Est ressuscité comme il l'avait dit.

LES CHANTRES

Réjouissez-vous, lumière éclatante, celui que vous avez vu cloué à une croix

LE CHŒUR

Est ressuscité comme il l'avait dit.

LES CHANTRES

Réjouissez-vous, océan de larmes, celui que vous avez vu expirer

LE CHŒUR

Est ressuscité comme il l'avait dit.

LES ClIANTREH.

Réjouissez-vous, fleur d'un parfum exquis, celui que vous avez vu ensevelir

LE CHŒUR

Est ressuscité comme il l'avait dit.

LES CHANTRES

E-éjouissez-vous, douce Mère du Christ, celui que vous avez vu tout resplendissant de gloire

LE CHŒUR

Est ressuscité comme il l'avait dit. Alléluia, alléluia, alléluia.

v. Réjouissez-vous et tressaillez d'allégresse, ô Vierge Marie, alléluia.

K. Parce que le Seigneur est véritablement ressuscité, alléluia.

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