‹ Voyage de Théodose à l'île de l'UtopieChapitre 25 sur 28 · SS6 VOYAGE DE THÉODOSE · texte numérisé non relu

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culier au père et à la mère. Dans le tèle-àtète, il parla de Thumaaité; dit qu'il ne comprenait pas que ceux qui avaient de la fortune n'en fissent pas profiter les déshérités, et conclut en demandant la main de Laure, la fille -aSnée de la maison. Les parents, qui travaillaient depuis trente ans pour arriver bien mesquinement à vivre, crurent devoir lui témoigner de la reconnaissance, et on parla de consulter l'enfant.

— Ne pourrais-je savoir de suite sinon ce qu'elle décide, du moins ce que je puis espérer? demanda Théodose.

La mère, un peu interdite, n'osa cependant refuser, et dix minutes après elle reparaissait accompagné d'une admirable créature, blonde, grande, bien taillée, superbe d'existence.

On s'apercevait que cette jeune fille devait avoir habituellement une expression aisée et ouverte, mais, en ce moment, elle

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était on oe peut plus gèoée; sa belle fraîcheur était devenue du cramoisi. Théodose, avec Taisance que donne la fortune, s'approcha d'elle et, lui prenant la main :

« Mademoiselle, dit-il, pardonnez-moi mon empressement , mais je serais si heureux d'emporter un mot d'espoir. » Sans doute, l'enfant avait été stylée par la mère, car elle répondit de suite : « Monsieur, je n'ai pas de motifs.....; » mais eu parlant sa voix tremblait et, les larmes arrivant à flot, elle ne put continuer. Théodose prit cela pour une émotion naturelle, et, baisant la main qu'il tenait toujours : a Je suis un brutal , fit-il avec une doucew infinie, pardonnez-moi, chère enfant, je vous laisse, soyez bonne 1 »

11 prit congé et s'entendit avec les parents pour revenir bientôt. Quand il fut parti, on ne parla plus que de ce mariage. Laure avait un frère et une sœur

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presque ea bas âge; le père et la mère parlaient souvent de ces petits tout en travaillant avec les ouvrières; Us disaient que si Laure acceptait ils n'auraient plus d'inquiétude; car, ajoutaient-ils, nous pouvons mourir ou Tun des deux seulement, et que deviendront alors ces pauvres malheureux?

Nous nous faisons vieux, et ils sont loin d'être élevés. Ces propos et ceux semblables que tenaient les ouvrières pour faire plaisir à leurs patrons, sans cesse répétés devant Laure, lui faisaient comprendre que si elle refusait, ses parents l'accuseraient de sacrifier l'avenir de sa famille à un caprice. De plus, dans sa position, elle ne voyait pas possibilité à une union qui lui convint, et, déplaisir pour déplaisir, elle se disait que, au moins , il valait mieux y gagner la richesse que d'y ajouter la misère; d'ailleurs, elle était belle, intelligente, elle avait le désir de vivre, et la misère, comme on le

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sait, n'est qu un état végétatif. Aussi la cruelle certitude d'un avenir sans espoir la décida à choisir ce qui lui seuiblait le moins pire, et elle accepta.

Théodose, au comble de la joie, envoya sur-le-champ des présents magniCques. La pauvre enfant, étourdie de ces splendeurs, iiésitait chaque jour entre les posséder ou se dédire, et pas encore certaine le malin si elle dirait oui, elle se laissa habiller, puis conduire, croyant toujours pouvoir échap- Iper ; mais comme nul miracle ne se ût, que a mairie ne croula pas, que le tonnerre ne vint foudroyer personne, elle n'osa reculer d' cilIe-même et signa .

Théodose emmena aussitôt sa femme à la campagne. 11 possédait lom de Paris une grande propriété, il s'y établit pour y vivre définitivement.

Pendant deux années la nouveauté de la position tint Laure en suspens, elle ne sa-

vait si elle était heureuse ou non, mais avec l'habilude elle commença à tomber dans le marasme. Pour se dislraire elle apprit à monter à cheval, et au hasard elle allait faire des excursions ; cela la fatiguait et l'enipè* chaitde penser. Théodose, usé par une jeunesse désordonnée, ne pouvait pas toujours raccompagner et se dépilait qu'elle le laissai seul. Des observations d'abord douces, il en arriva insensiblement aux reproches ; rbumeur aidant, il devint plus malade et, par conséquent, plus acariâtre.

Le caractère ferme et posé de Laure contribuait aussi à exaspérer le vieux mari.

Quand Théodose récriminait, Laure expliquait sa manière d'agir, et démontrant que cette manière était en tout loyale et juste, elle continuait tranquillement.

Sur ces entreraites, il vint s'établir à côté d'eux une jeune veuve et sa mère. Les deux dames eurent bientôt fait connaissance avec

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Laure, qui les charma de suite; du reste, la jeune veuve, gaie, aimable , spirituelle , enchantait non moins la pauvre ennuyée.

Elles firent visite à Théodose, qui les reçut trop froidement pour qu'elles pussentdécemment revenir ; mais Marianne , la jeune veuve, engagea vivement Laure à venir se récréer ensemble. Laure se le promit bien et fréquenta très-assidûment ses voisines ; il y avait souvent compagnie, et Laure y était fort remarquée à cause de sa beauté, mais elle avait une dignité si vraie, que même les fenunes l'honoraient.

Pour le coup^ Théodose n'hésita pas à se décerner le martyre ; il se dit qu'il était victime de sa générosité, que sa femme n'était qu'une ingrate, qu'il fallaitsévir, se montrer, et il médita un grand effet.

Un soir que Laure rentrait d'une soirée chez Marianne, qu'elle avait quittée à dk

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heures y le domeslique la prévint que monsieur l'aUendait.

Laure avait ce jour-là, comme ^'habitude, une robe de mousseline blanclie et une rose dans ses cheveux. Kien n'était plus joli qu'elle ainsi. Elle entra paisiblement dans la chambre de Théodose. Celui-ci, à la vue de tant de beauté, sentit redoubler sa rage jalouse.

— Bonsoir, mon ami, dit-elle, je craignais que vous ne fussiez malade.

— ^Je suis, en effet, très-malade, fit Théodose mâchonnant ses paroles; je suis révolutionné de votre audace, madame! exdamat-il tout d'un coup avec furie.

— Je vous engage à vous calmer, mon ami, si vous ne voulez devenir sérieusement malade, dit froidement Laure, et elle s'assit.

Théodose s'était à demi soulevé sur son fauteuil; il y retomba, abasourdi devaul le

calme de sa femme. Comme elle vit qu'il allait se récrier de nouveau :

— Laissez-moi parler, dit-elle d'un ton froidement digne, et après vous jugerez :

oc En achetant ma jeunesse avec voire fortune, vous ne vous êtes point dépossédé ; j'enlends que vous n'êtes pas devenu pauvre parce fait, mais que, bien au contraire, vous y avez gagné un élément de distraction par l'acquisition d'un être jeune qui vous plaisait. 11 est bien équitable que ma jeunesse aussi me soit laissée ; c'est mon apport auquel je vous ai associé, comme vous vous m'avez associée au vôtre; et ma jeunesse enfouie, claquemurée, ne serait pas plus, ma jeunesse que votre trésor dérobé ne serait votre trésor. Aussi, jeune et épousée pour cette jeunesse, je prétends continuer à vivre eu jeune, puisque vous, riche et épousé pour cette richesse, vous continuez à vivre en riche. Vous comprenez , maintenant ,

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