CHAPITRE VI
Notions générales sur les Chinois . — Infanticide. — Musique. — 1 Religion. — Mariages. — Lois et gouvernement. — Opinions diverses sur les Chinois. — Retour de V ambassadeur. — Cérémonie de son entrevue avec le vice-roi. — Remise d’une lettre de l’empereur pour le prince régent.
On peut regarder Canton comme la ville la plus intéressante de la Chine. Il en est peu, en effet, qui soient aussi grandes, et il n'en est peut-être point d’aussi opulente. En même temps que le voyageur peut y observer les mœurs et les usages chinois dans toute leur pureté , aussi parfaitement que partout ailleurs, il a aussi l’avantage de les voir comme à côté des Européens, et de pouvoir suivre les brillans efforts de leur gé-
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nie imitateur pour les égaler, et rivaliser dignement avec eux dans le commerce.
Les nombreuses jonques et barques de tous genres qui sont sans cesse en mouvement sur le Tigris, présentent encore un spectacle plus mouvant et plus animé que la Tamise 5 car, sur ce fleuve de la Chine , les barques sont l’unique habitation de plusieurs milliers de familles, qui demeurent continuellement sur l’eau, et qui cherchent à gagner leur vie, les uns, en passant des voyageurs sur l’autre rive 5 les autres, en péchant ou en ramassant tout ce qu’ils voient flotter sur l’onde 5 la plupart en exerçan t leurs lalens de la même manière que nos écumeurs de mer et nos pirates de rivière. — Le fleuve, entièrement illuminé par les lampes et les lanternes de tous les bateaux , présente un brillant spectacle d’un effet neuf et piquant.
On dit que l’infanticide n’est pas aussi commun en Chine qu’on l’a cru pendant
long-temps; mais il existe encore, et les Chinois eux-mêmes ne cherchent pas à s'en défendre. L’un d’eux, interrogé sérieusement sur ce sujet , convint aussitôt, sans paroi tre regarder cette action comme un crime, qu’il étoit vrai qu’ils noyassent leurs enfans lorsqu’ils étoient par trop nombreux et leur causoient trop d’embarras; mais que le plus souvent on exposoit les garçons dans les rues, et que si on les enlevoit, ils devenoient coulis ou esclaves. Il paroîtroit par là que les filles seroient plus souvent victimes de cet usage, étant moins utiles à leurs parens lorsqu’elles sont grandes; car la loi patriarchale de la Chine considère les fils comme les esclaves de leur père ; et il est en droit de les vendre s’il le juge à propos.
Les fêtes données à Canton par les marchands de Hong, à leurs amis européens, sont toujours magnifiques. Il est rare qu’il y ait moins de cent personnes assises dans la grande salle du festin, La table est ordi-
nairement servie à l’angloise (quoiqu’ils donnent aussi quelquefois des banquets a la chinoise ) , et couverte des meilleures viandes, des vins et des fruits les plus délicats* La soupe aux nids d’oiseaux en fait toujours partie , et c’est un grand régal auquel les Chinois attribuent des vertus très-extraordinaires , telles que celle de fortifier le corps et de lui donner une nouvelle vigueur. Nous ne nous sommes cependant pas aperçus que cette soupe ait produit aucun effet sur nous, et nous sommes obligés d’en croire là-dessus Jes habitans sur parole. Ces nids d’oiseaux qui se trouvent dans l’ archipel de la Sonde reviennent fort cher, et il faut en donner un poids équivalent en argent. Leur composition n’est pas connue, mais c’est quelque substance gélatineuse, sans doute du règne végétal , que ramassent les oiseaux qui les construisent.
Pendant tout le temps du festin, on représente une pièce sur un théâtre érigé au
bout de la salle ; il seroit difficile à un Europëen d’en comprendre le sujet, quand même le bruit assourdissant de la musique ne l’empêcheroit pas d’en suivre la marche. Rassemblez dans un petit espace une douzaine de taureaux et autant d’ânes , une troupe de forgerons autour d’un chaudron de cuivre, et de bûcherons avec leurs coignées ; ajoutez -y une trentaine de chats; laissez tout cela meugler, braire, frapper, et miauler tous ensemble, et vous pourrez vous former quelque idée de la mélodie d’un concert chinois (i). Leurs jongleurs sont extrêmement adroits, et les sauteurs exécutent des tours surprenans d’agilité.
Le gouvernement chinois, sous le rapport de la religion est tolérant. Ce n’est que dans les affaires civiles qu’il est tyrannique.
(î) Leur musique, hors du spectacle , soit dans les noces ou dans d’autres occasions , est plus douce et moins désagréable à l’oreille.
et ilparoît indifférent sur la doctrine qu’un homme professe, pourvu qu’il ne s’ingère point dans les affaires de l’Etat. Peu de de temps avant notre arrivée, un homme qui se disoit évêque catholique, étant soupçonné de se mêler des affaires temporelles , et d’avoir excité les dernières séditions, fut étranglé dans une des provinces. On nous dit qu’un autre, accusé du même crime , venoit d’être condamné à mort.
Les Chinois ne se bornent pas à adorer leurs divinités tutélaires, mais ils font aussi des offrandes aux génies malfaisans; ou, suivant l’expression vulgaire du pays, « ils brûlent une chandelle au diable, » pour détourner les maux qui pourroient les menacer. Ils n’ont pas de jour particulièrement consacré au culte religieux et à l’adoration publique , et ils ne se rendent pas en congrégation dans leurs temples. Leurs prêtres ou bonzes ne sont pas traités avec ces égards et ce respect que la raison et la justice eom-
mandent à tous les peuples pour les mi° nistres de la religion. Leurs mœurs sont du reste pures et régulières ; ils n’ont point parmi eux de farouches fanatiques, comme il en existe dans lés Indes ils ne sont point tourmentes, comme certains pays de 1 Eu» rope, pâr des inquisiteurs spirituels tout puissants} et il n’y a point comme en Angleterre , de Ces charlatans impies , de ces prédicateurs déliantes qui , montés sur des bancs , doii ils lancent et propagent le venin de leur doctrine, abusent de la tolérance, èt déshonorent la religion.
Les Chinois sont étrangers à 1 amour:
d’après l’esprit de leurs institutions qui violent toutes les lois de la nature , en défendant toute relation entre les deux sexes * ils ne peuvent jamais connoitre cette passion } et le mariage n’est qu’un trafic où le cœur n’est pour rien , et qui se négocie par l’intermédiaire de quelque agent femelle, lorsque l’homme juge à propos d’avoir une
c'pouse. Comme il ne voit jamais la demoiselle avant d’ouvrir la portière de la chaise à porteur, dans laquelle on la lui amène , portière dont la clef lui a été envoyée quelques instans auparavant, il est très facile de le tromper , et de lui jouer des tours d’autant plus piquans qu’ils sont sans remède. — La polygamie , par exemple , étant permise , un homme peut avoir une femme assez jeune , pour quelle puisse passer pour sa fille } ce cas peut se rencontrer tous les jours. Désirent-ils, lui de l’argent , et la dame , un autre époux ( quoi de plus naturel ! ) , ou bien ont-ils quelque autre raison pour vouloir se séparer , il la vend comme sa fille à un autre , et la pauvre dupe ne trouve que de tristes restes , au lieu des prémices qu’il attendoit. La rigueur de la loi contre ce nouveau genre de friponnerie, et la sévère bastonnade qu’elle prononce contre les auteurs et les complices de semblables délits , prouvent que ces sortes
de fraude se renouvellent assez souvent.
Comment avec un peuple qui croit encore que la terre est une plaine, dont la Chine est le centre avec tous ses royaumes tributaires autour d’elle ; qui n’est pas mieux instruit dans l’astronomie; qui en défendant l’étude du corps humain , coupe la racine même de l’arbre de la science médicale, et empêche d’en recueillir les heureux fruits ; qui en un mot , dans toutes les branches de la philosophie naturelle , montre la même ignorance , s’en fait gloire, et y persiste volontairement ; comment avec un tel peuple allier le mot de science , sous quelque forme , de quelque manière qu’on veuillel’envisager? Je ne parlerai ni des productions naturelles du pays, ni des connoissances de ses habitans dans l’agriculture et dans les arts , connoissances qui sont précisément au même point où elles étoient avant la publication de ce fameux édit qui les déclara parfaits , et leur défendit de passer les bornes de cette
perfection ; elles ont déjà été décrites, et le seront sans douté encore avec de nouveaux détails, par ceux que leur talent et leurs observations réitérées mettent à même d’en parler avec autant de justesse que de précision.
Le gouvernement de la Chine dont je parle ici, moins par ce que j’ai pu observer en aussi peu de temps, que d’après le témoignage réuni de tous ceux qui ont habité ce pays , quoiqu’il puisse être tolérable en théorie, est de tous ceux qui sont connus ? le plus inique , le plus vexatoire en pratique. Les mandarins et même l’empereur, ne peuvent pas il est vrai, dans un moment de caprice faire sauter les têtes comme un pacha turc , ou comme le dey d’Alger ; mais ils ont d’autres passe-temps, peut-être aussi barbares , et peuvent , en distribuant à leur gré les bastonnades, les tortures , enfin tous les genres de tourmens et de vexations, rendre la vie mille fois plus insupportable que la
mort. Leurs lois, à l’exception de quelques absurdités, telles, par exemple, que d’infliger le même châtiment pour l liomicide purement accidentel et involontaire , que pour le meurtre le plus prémédité , sont trèsbelles et très sages a la lecture , et si elles étoient appliquées d'une manière juste et impartiale , elles seroient assez bien adaptées , comme devroient l’être toutes les lois , au génie et au caractère du peuple pour lequel elles ont été faites ; mais la justice dans ce pays, ne mérite pas le beau nom qu’elle porte ; et il est si pende magistrats qui ne se laissent gagner ou corrompre, que la corruption n’excite pas même l’indignation ni le mépris.
Quelques années auparavant , il étoit survenu , comme il en arrive souvent , une rixe entre quelques matelots d’un bâtiment de la compagnie des Indes , qui se trouvoient à Canton , avec permission , et la populace chinoise , rixe dans laquelle un chinois avoit
été malheureusement tué. Les autorités chinoises demandèrent , en expiation , la mort d’un pauvre matelot qu’ils avoient fait arrêter et détenir dans la factorerie. Leur demande, cependant, ne leur fut pas lâchement accordée , comme dans l’affaire de l’innocent canonnier, qui fut sacrifié si inhumainement il y a plusieurs années; maison leur répondit que les Chinois avoient été les agresseurs, et que l’homme avoit été tué par accident et sans qu’il y eût aucune préméditation de la part des matelots. Heureusement le Lyon , de 64 canons , capitaine Polies , se trouvoit alors à Canton , ce qui , sans doute, donna quelque poids aces argumens ; et les mandarins, étant fort disposés a arranger l’affaire pour de l’argent, proposèrent qu’on leur payât une certaine somme, pour les parens du défunt , et qu’alors on achetât un esclave aux Portugais à Macao, pour l’étrangler en place du matelot, afin que la loi fût entièrement satisfaite .
On s’imagine aisément que la proposition ne fut pas acceptée , et à la fin , l’affaire s’arrangea j sans qu’il fût besoin de recourir à cet horrible mode d’expiation, (t)
11 est pénible d’observer que les institutions d’une nation puissent produire l’effet d’anéantir tout sentiment de compassion et de sensibilité , et d’exciter l’inhumanité de l’homme envers son semblable , au lieu d’y mettre des bornes. Ce spectacle affligeant s’offre encore dans la Chine \ et si quelqu’un se blesse , par malheur , dangereusement , s’il tombe dans une rivière, s’il se trouve enfin dans quelque situation alarmante , il est certain de ne recevoir d’assistance d’aucun des spectateurs, chacun fuyant au plus vite, pour se soustraire au danger d’être vu le dernier près de lui.
(1) L’auteur tient ce fait de P. J. Cotton } de la factorerie angloise à Canton.
Dans le mois de novembre 1816 , vers minuit , l Alceste étoit à l’ancre à la seconde barre, quand des cris qui paroissoient venir du milieu de l’eau , se firent tout à coup entendre à quelque distance du vaisseau. L’honorable M. Stopfort, qui étoit de quart, ras? semblant quelques personnes qui se trouvoient sur le tillac , se jeta avec elles dans une chaloupe , la dirigea du coté d’où partaient les cris , et retira, l’un après l’autre , trois Chinois; de la rivière quia, dans cet endroit, plus de sept milles de largeur.
La nuit étoit superbe , et un grand nombre de petites jonques naviguoient à l’entour; plusieurs meme passoient à quelques brasses de ces pauvres gens qui imploroient du secours; et quoique ceux qui les montaient eussent pu les sauver tous sans la moindre difficulté, ils continuoient tranquillement leur course , regardant avec la plus froide indifférence les efforts de ces malheureux se débattant contre la mort.
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En transportant ces trois hommes à bord de la frégate, nous apprîmes qu’ils traversoient la rivière dans une petite sajipan , ou barque, qui contenait , en outre, la femme et l’enfant de l’un d’eux , lorsque leur bar-^ que avoit été renversée par une grande jonque, qui avoit continué sa route sans faire la moindre attention à leur détresse , quoique ce fussent eux qui l’eussent occasionnée. Les autres jonqnes suivoient froidement cet exemple, lorsque heureusement leurs cris soient été entendus du vaisseau, et qu’ils avoient été recueillis par la chaloupe. La pauvre femme et son enfant, incapables de pager, n’avoient pas pu se soutenir sur l’eau, et avoient été engloutis.
Ces malheureux quittèrent le vaisseau à la pointe du jour, et retournèrent dans une barque qui passa près de nous. Dans l’aprèsmidi, l’un d’eux revint à bord, avec un çumshaw , ou présent, de trois canards sauvages, qu’il offrit à genoux à la personne
qui i’avoit sauvé, en disant que, par l'inhumanité des autres Chinois , il avoit perdu sa femme et son jeune veau (c’est ainsi qu’il appeloit son enfant), et que sans son assistance, il eût péri lui-même, ainsi que ses deux compagnons. Won moins surpris que charmés de trouver cette apparence de gratitude où nous en attendions si peu, nous lui donnâmes quelque argent pour ses canards , et lui permîmes de venir vendre à bord du poisson et d’autres objets ; et comme il devint le favori de tout l’équipage /il se vit bientôt à même de réparer la perte de sa barque.
Les Chinois, de quelque côté, de quelque manière qu’on les envisage , sont assurément un peuple très-singulier , et nous offrent un triste exemple de la perversité de la nature humaine , en nous montrant une nation qui a depuis des milliers d’années une lueur de civilisation , lueur qui n’a jamais pu se propager ni s’étendre, mais qui, au
contraire, a été presque éteinte et anéantie par les principes les plus vils et les plus erronés. Sans cette folie présomptueuse, de se croire arrivée au comble de la perfection , sans cette tyrannie absurde qut impose au génie des entraves insurmontables, en empêchant toute innovation, toute amélioration, la Chine auroit pu être , et seroit sans doute à présent la plus grande nation du monde. Au lieu de ces prétentions impuissantes, de ces rêves chimériques de suprématie universelle , elle eût pu jouir , par l'avantage de sa position et de son antiquité , de la gloire réelle d’être le siège des arts , de la littérature, du commerce et du pouvoir.
Qu’ont donc gagné les gouvernans et les gouvernés, en se séparant ainsi des autres nations? qu’ont-ils gagné à ce stupide mépris qu’ils professent pour le reste du genre humain ? les rois ont-ils cru par là assurer leur puissance? le changement fréquent des dynasties, les révoltes, les rebellions sans
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éesse renaissantes j prouvent alors combien ils se sont trompés , tandis que Tétât de misère et d’humiliation où se trouvé réduit le peuple, montre suffisamment qu’un plan aussi sordide, aussi ignominieux, ne procure aucun avantage à la masse générale.
Les Chinois , cependant , ne sont pas sans admirateurs, il en est qui attribuent leurs manières soupçonneuses, leur mauvaise foi , leur sot orgueil, enfin tous leurs défauts, à la forme vicieuse du gouvernement, qui rétrécit leurs idées , en les forçant de donner toute leur attention à des formalités puériles , en attachant trop d’importance à l’observation de vaines cérémonies , et en ne permettant pas de s’écarter le moins du monde du sentier battu, même clans les transactions les plus simples, les plus indifférentes. Ils prétendent, en un mot , que, sans ces entraves * et cet esclavage qui finit par abrutir Tame, ce seroit un peuple gai/ éiviT, honnête et industrieux. Peut-être ces’
âfguûiens sont-ils fort justes 5 mais alors il est bien malheureux qu’il ne s’introduise pas quelque changement dans un système dont les résultats sont si désastreux pour l’humanité. Une autre classe, absolument distincte , de panégyristes ( de la véritable école antédiluvienne), affichent pour eux la plus grande estime , uniquement à cause de leurs habitudes invariables, et de leur stricte adhérence à leurs anciens usages, et comme ils sont à présent, sous tous les rapports, précisément ce qu’ils étoient il y a deux ou trois mille ans , ils les vénèrent comme des monumens vivans des anciens temps, et comme des espèces de médailles antiques / très-précieuses. Je ne puis les jugér que par ce qu ils sont aujourd hui } mais je doute qu’à présent il y ait beaucoup de modernes qui les quittent avec des sentimens de considération oïl d’estime } peutêtre meme l’antiquaire le plus invétéré, s’il avoit d’autres relations avec eux que celles
purement spéculatives , perdroit-il quelquesuns de ses vieux préjugés.
Nous n’avions rien appris de positif sur l’ambassade depuis près de cinq mois, si ce n’est quelle n’avoit pas été reçue; et ce ne fut qu à son arrivée a Canton que nous sûmes d’une manière certaine, que le refus de se soumettre à un cérémonial humiliant, qui lui eût imprimé un caractère absolument tributaire, en étoit l’unique cause; et que la réception de l’ambassade, achetée par une lâche adhésion aux conditions ignominieuses imposées par les Chinois , eût été beaucoup plus préjudiciable à l’objét de la mission, que le refus même de l’admettre, attiré par une ferme résistance (i). Mais
(0 D'après les relations de M. Ellis , il paroît que la véritable cause du renvoi de l’ambassade , fut le refus que fit l’ambassadeur, de paroître à l’audience de l’empereur, a l’instant même de son arrivée.
Note du traducteur .
ces affaires importantes sont étrangères a la narration d’un voyage par mer, et seront trop Lien décrites par des témoins officiels, pour que de plus longues observations soient nécessaires»
Quoique le vice^roi de Canton fût en correspondance suivie avec le légat, ou commissaire, nommé pour accompagner Tarnbassade jusqu’à Canton, il gardoit le plus profond silence sur le jour probable de son arrivée, ne nous faisant aucune communication, pour que nous pussions nous préparer à la recevoir. Ce ne fut que le 3i décembre qu’une lettre de lord Amherst, d’une date ancienne, et que l’on avoit sans doute retenue pendant quelque temps , fut remise entre les mains du capitaine Maxwell. Elle lui annonçoit le jour de l’arrivée de l’ambassade; qui eut lieu le lendemain. Une longue procession de barques, composée des chaloupes des deux vaisseaux, portant les capitaines et les officiers , tous en grand uni-
forme; de celles de la factorerie, du consul
américain , et des bâtimens de la compagnie des Indes , qui étoient très-nombreux , remonta le fleuve pendant quelques milles, jusqu’à ce qu’elle rencontrât les barques
partis , après une séparation de près de cinq
dans leur route respective, observé beaucoup de scènes nouvelles, et éprouvé des événemens extraordinaires.
Lord Amherst étant passé sur sa barge (celle de ï Alceste), les barques se rangé* rent en deux lignes de chaque cote, et dans cet ordre, descendirent le fleuve. Lord Amherst aborda à l’entrée du grand temple , du côté d’Honan , d’où il fut conduit à la demeure qui lui étoit destinée, suivi d’un cortège très-nombreux qui s’étoit rassemblé pour le recevoir. Les appartemens avoient été meublés avec beaucoup de goût, sous
chinoises, ayant à bord l’ambassade. Cette réunion fut extrêmement agréable aux deux
mois, pendant laquelle tous deux avoient.
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îa direction de M. Urmston , de la factorerie. Une espèce de kiosque, garni intérieur rement d’écrans jaunes, avec le fauteuil de parade au milieu, ayant aussi des ornemens jaunes, ainsi que les chiffres et les armes de l’empereur, fut érigé en hois dans la cour principale, pour l’entrevue que le vice-roi devoit avoir avec l’ambassadeur, afin de lui Remettre la lettre de [empereur au prince régent. Cette cérémonie eut lieu quelques jours après l’arrivée de lord Amherst. Le vice-roi a. voit reçu l’ordre de sa cour de haranguer l’ambassadeur en lui présentant cette lettre (harangue qui avoit été en répétition pendant plusieurs mois, et dont la substance étoit connue de tout "le monde parle moyen des traductions portugaises); il paroît que la teneur en étoit un peu insultante, contenant des expressions telles que celles-ci : «Votre bonne fortune a été mince; vous soupiriez après le bonheur, et vous ne fûtes pas admis à contempler le soleil, »