CHAPITRE VIII
Fâcheuse position du capitaine Maxwell et de son équipage. — - On creuse un puits.- — Arrivée de pirates malais.— Dispositions de défense. — Les pirates pillent et brûlent le vaisseau. — Affaire avec les pirates. — Arrivée de quatorze barques. — Entrevue avec le chef. — Le nombre des pirates augmente. — Leurs démonstrations hostiles. — Arrivée du Ternate, bâtiment venant de Batavia. — Départ de ïûe . — Observations.
Après le départ de l’ambassade, la première mesure du capitaine Maxwell fut de nommer des travailleurs pour creuser un puits dans un endroit que diverses circonstances firent regarder comme celui où l’on pouvoit le plus espérer de trouver de l’eau. Il changea ensuite la position de notre bi-
Vouac, et le plaça au sommet de la hauteur* On y jouissoit d’un air plus pur et plus frais, et cet endroit, non -seulement ëtoit plus convenable pour la conservation de notre santé, mais il offroit aussi plus de facilités pour nous défendre, en cas d’attaque On traça un sentier pour y conduire, et le feu fut employé pour en nettoyer le sommet. Cette dernière opération servit encore à nous débarrasser de milliers de fourmis , de couleuvres , de scorpions , de mille-pieds , et d’autres reptiles dont ce climat est abondamment pourvu. D’autres étoient occupés à réunir notre petite provision de vivres, qui furent déposés sous bonne garde, dans une sorte de magasin formé par la nature sous quelques quartiers de rochers, tout au plus haut de cette éminence. Un autre détachement s’étoit rendu à bord du vaisseau pour essayer d’ajouter encore quelque chose à nos provisions, et enfin de sauver tout ce qu’il seroit possible de sauver. Il y avoit à
cet effet communication de file au vaisseau , toutes les fois que la marée le permettoit. Depuis deux jours chacun étoit horriblement tourmenté parla soif. Un petit tonneau d’eau étoit tout ce qu’on avoit pu en retirer du vaisseau, et la distribution, pendant cet espace de temps , fut à peine d’une pinte pour chacun de nous. Jamais peutêtre question ne fut réitérée si souvent, et avec tant d’inquiétude , que celle-ci : « Le puits donne-t-il quelque espérance?» Vers onze heures du soir , les travailleurs qui avoient été obligés de suivre une direction oblique à cause de pierres énormes qu’ils avoient rencontrées , étoient arrives a une profondeur de vingt pieds. Ils trouvèrent alors une terre rougeâtre , à laquelle succéda une espèce de marne ou d’argile un peu humide , et qui n’offroit au goût aucune particule saline. Un peu après minuit, on apporta au capitaine une bouteille d’eau bourbeuse pour échantillon , et du moment qu on
apprit qu’elle étoit douce, chacun s’empressa tellement de se précipiter vers le puits, qu’il n’étoit plus possible que les ouvriers travaillassent. On fut obligé d’y placer des sentinelles, d’abord pour qu’ils pussent terminer leur besogne , et ensuite pour donner à l’eau le temps de s’éclaircir un peu. Heureusement il tomba en ce moment une forte pluie , et l’on se procura quelque soulagement en étendant des draps, des nappes, etc., qu’on tordoit ensuite avec grand soin. Il y a peu de situations où des hommes exposés à un torrent de pluie, et n’ayant aucun abri, béniroient cet événement comme un bonheur inespéré : c’est pourtant ce qui arriva alors. Plusieurs avoient imaginé de se baigner dans la mer, afin de boire par absorption, et ils prétendoient s’en trouver soulagés.
Dans la matinée du jeudi 20, le capitaine fit assembler tout l’équipage. 11 annonça en peu de mots que, d’après les réglemens de
la marine , chacun, clans la circonstance présente, n’étoit pas moins responsable de sa conduite qu’auparavant ; que tant qu’il vivroit il feroit observer la même discipline, et même, s’il étoit necessaire, avec plus de rigueur qu’à bord du vaisseau; que cette discipline ëtoit nécessaire au salut général, et qu’il espéroit que chacun sentiroit la nécessité de s’y soumettre. Il assura en même temps qu’il auroit grand plaisir à recommander ceux qui se di§tingueroient par la sagesse et la régularité de leur conduite; enfin, que les provisions qu’on avoit pu sauver s croient distribuées , nécessairement avec économie, mais avec la plus stricte égalité, sans distinction de rangs, jusqu à l’arrivée des secours qu’il espéroit que lord Amherst ne tarderoit pas à nous envoyer de Java.
Pendant cette journée , le puits fournit une pinte d’eau pour chacun. Elle avoit un goût comme d’eau et de lait, ressemblant un
peu au jus de la noix de coco. Au surplus personne n’y trouva à redire (i). Au contraire , elle répandit cette espèce de bonheur qui ne peut être apprécié que par ceux qui ont éprouvé le tourment d’une soif dévorante, souslesrayons dusoleil tombant directement sur la tête, tandis qu’on est obligé de remplir en même temps des devoirs fatigant et pénibles. Ce jour fut employé à monter sur la hauteur tout ce qu’on avoit sauvé. Les barques retournèrent au vaisseau, mais presque sans utilité, tout ce qui pouvoit nous être d’une véritable valeur dans la circonstance où nous nous trouvions, étant sous beau. Nous espérions pourtant que , le beau temps continuant, comme tout sembloit l’annoncer , nous pourrions y faire
(1) En mélangeant cette eau avec un peu de ruai , quelqu’un dit assez heureusement qu’elle ressembloit adu punch au lait, et nous tachâmes de nous persuader qu’il ne se trompoit point.
quelques visites plus fructueuses à la marée basse, ou qu’en brûlant la partie supérieure du navire , nous recueillerions encore quelques objets utiles.
Le vendredi 21 , un détachement qui avoit passé la nuit surle vaisseau, se trouva, au lever du soleil, entouré par un assezgrand nombre de pirates malais, qui paroissoient bien armés et bien équipés. N’ayant pas un sabre, pas un fusil pour se défendre, nos gens n’eurent que le temps de se jeter dans la barque, et de chercher à gagner le rivage. Plusieurs pirates leur donnèrent chasse, mais voyant deux autres barques partir du rivage pour porter du secours à celle qu’ils poursuivoient, ils retournèrent au vaisseau et s’en mirent en possession. Peu après, l’on nous avertit que du haut du rocher où l’on faisoit la garde , on avoit vu ces sauvages débarquer dans l’île à environ deux milles. Au milieu de tous les maux qui suivent un naufrage, de la faim, de la soif et de la fa-
ligue ; à rinstant ou nous nous trouvions menacés par un ennemi sans pitié , il étoit glorieux de voir l'esprit anglois ferme et inébranlable. L’ordrequi fut donnéàchacun de s’armer le mieux qu’il le pourroit, fut exécuté avec promptitude et gaieté. On fit des bois dépiqués en coupant de jeunes arbres , on attacha solidement à l’un des bouts de petites lames d’épées et de couteaux , toutes sortes d’instrumens pointus , et jusqu’à de gros clous aiguisés. Ceux qui n’en avoient point, endurcissoient au feu le bout d’un bâton, le tailloient en pointe, et en faisoient encore une arme passable. Nous avions une douzaine de sabres \ les soldats de marine avoient trente fusils et autant de baïonnettes , mais ils n’avoient en totalité que soixante-quinze cartouches Nous avions heureusement sauvé un peu de poudre qu’on avoit retirée, après le naufrage , des canons qui étoient chargés sur le tillac , car la sainte-barbe avoit été sous l’eau avant l’es-
pace de cinq minutes, elles marins, en martelant leurs boutons d’uniforme, et en formant des cartouches de morceaux de bouteilles brisées, se procurèrent une sorte de mitraille qui pouvoit produire quelque effet en tirant de près , et on leur donna ordre de ne pas tirer un seul coup , sans être sûr qu’il portât. Le charpentier, M. Cheffy, avec ses aides, s’occupa à abattre des arbres, et forma autour de notre camp , sous la direction du capitaine , une espèce d’enceinte. Des pieux furent fixés en terre, de distance en distanqe, et les arbres abattus étant serrés et entrelacés par le moyen de leurs branches , formoient une sorte de palissade qui nous metloit un peu à couvert, et qui pouvoit arrêter la marche d’un ennemi dépourvu d’artillerie. La partie de 1 île où nous avions débarqué , consistoit en une chaîne étroite de montagnes de la largueur d’une portée de fusil, bordées d’un côté par la mer, et de l’autre par une crique qui s’étendoit à
plus d’un mille dans les terres , et qui communiquent presque avec la mer à son extrémité. Notre montagne étoit le point extérieur de cette langue de terre , et l’on peut s en représenter la forme par celle d’un bol à punch renversé j le bas formeroit nos fortifications , et le haut seroit notre citadelle.
Peu de temps après le premier rapport qui nous avoit été fait du débarquement des Malais, les gens que nous avions envoyés à la découverte vinrent nous apprendre qu’ils ne l’avoient pas effectué, mais qu’ils s’étoient établis sur quelques rochers voisins , où ils déposoient tout ce qu’ils pouvoient piller sur V Alceste. Ils s’occupèrent ainsi toute la journée.
Dans la soirée, le capitaine passa une revue générale , et jamais on ne vit un rassemblement plus grotesque d’hommes armés.
Mais quelque grossiers que fussent leurs instrumens de défense, il étoit satisfaisant
de voir que îe courage pour s’en servir ne leur manquerait pas (i) si l’occasion s’en présentoit. On forma les officiers et les hommes en compagnies et en divisions régulières; on leur assigna leurs postes, enfin on fit toutes les dispositions convenables. Un officier à la tête d’un peloton fut charge' de veiller aux barques pendant la nuit, et on les remorqua près du rivage. Une alarme qui eut lieu pendant la nuit montra la sagesse de ces dispositions; elle fut donnée par
(i) Les mousses même avoient attaché au bout d’un bâton une fourchette de table, ou quelque autre chose semblable, afin de s’en servir pour se défendre. Un des deux hommes qui avoient été dangereusement blessés par la chute des mâts, étoit dans son hamac suspendu entre deux arbres. On remarqua qu’il atlachoit avec soin la lame d’un vieux rasoir au bout d’un bâton. On lui demanda ce qu’il vouloit faire. « Je ne puis pas me tenir sur mes jambes , » répondit-il, « mais si quelqu’un de ces misérables vient à portée de mon hamac , je veux qu’il porte de mes marques. »
une sentinelle qui avoit entendu du bruit dans des buissons, et en un clin d’ceil chacun fut à son poste, sans la moindre confusion.
Le samedi matin, 22 février, quelques barques de Malais approchèrent du lieu où les nôtres étoient amarrées. Voulant nous assurer s’ils étoient portés à avoir avec nous quelques relations amicales, un officier et quatre hommes partirent dans une barque, et s’avancèrent vers eux, portant à la main une branche d’arbre chargée de feuilles, symbole de paix universellement reconnu.
Ils leur firent des signes d’amitié , témoignèrent le désir de leur parler; mais tout fut inutile , les Malais ne vouloient que reconnoître notre position, et ils retournèrent aussitôt à leur rocher.
Le lieutenant en second, M. Huy , reçut ordre alors de partir avec nos trois barques, qui furent armées le mieux possible, de se rendre au vaisseau , et d’en reprendre pos-
session de gré ou de force, les pirates ne paroissant pas alors y avoir plus de quatrevingts hommes. Dès que ceux qui étoient sur le rocher virent nos barques en mer, ils chargèrent leur pillage sur les leurs , et prirent le large.
Beux de leurs plus grandes barques é loien t alors à l’œuvre sur la frégate , mais en voyant les nôtres s’avancer, et leurs compagnons abandonner le rocher, elles mirent pareillement en mer, après avoir mis le feu au vaisseau, opération qui fut suivie d’un tel succès, qu’au bout de quelques minutes il n’offroit plus qu’une masse de flamme et de fumée. Nos barques ne purent y aborder et revinrent dans l’île.
Là s’éteignit tout espoir de pouvoir s’entendre avec eux , si jamais nous avions pu raisonnablement croire à un tel espoir. Les Malais , et surtout ces pirates errans qui fourmillent dans les environs de Bornéo, de Billiton, et sur les côtes les plus désertes de
Sumatra, sont une race de sauvages les plus cruels et les plus féroces peut-être qü oh puisse trouver dans tout lïmivers. LesBattas sont à la lettre cannibales. En incendiant le vaisseau, ils nous donnèrent une preuve non équivoque de leurs dispositions à notre égard : mais en dépit de leurs mauvaises intentions , ils ne firent pourtant que ce que nous avions intention de faire nous-mêmes, car en brûlant les ponts et toute la partie supérieure , les objets qui se trouvoient au fond pouvoient surnager, et il devenoit plus facile de s’en emparer.
Le vaisseau continua de brûler pendant toute la nuit , et les flammes que nous apercevions à travers les arbres répandoient une lueur mélancolique, et faisoient naître les plus tristes idées. Une alarme soudaine fit encore courir aux armes cette nuit. Un marin vit dans fé bois quelqu’un qui s’avançoit vers son poste. 11 cria qui vive, ne reçut aucune réponse, et concevant des soupçons, il
tira un coup de fusil. On reconnut, à des indices certains, que ce visiteur nocturne appartenoit à une race de grands babouins que nous avions trouvés établis dans l’île, et qui nous en disputoient la possession. Auprès du puits on allumoit un grand feu toutes les nuits pour en écarter les mosquites j et les sentinelles y avoient eu plus d une alarme, occasionnée par ces messieurs à figure noire. Ils tourmentoient surtout quelques canards que nous avions sauvés du naufrage, les emportant sur les arbres, et les laissant tomber quand on les poursuivoit. Aussi dès que les canards apercevoient leurs persécuteurs, ils accouroient vers nous, sentant que la compagnie des hommes étoit pour eux une protection.
Le dimanche matin , on envoya les barques au vaisseau qui fumoit encore. On en rapporta quelques caisses de vin et de farine, et un tonneau de bière qui flottoient. Ce dernier présent du ciel fut annoncé comme le
service divin finissent ; on en fit distribuer â l’instant une pinte à chacun 7 ce qui fut suivi de trois acclamations d’alégresse (i). Ce n’est que de cette manière quun marin anglois sait témoigner les sentimens de son cœur. C’est ainsi qu’il rend grâces pour un bienfait qu’il reçoit , qu’il honore son ami, qu’il défie l’ennemi > et qu’il célèbre sa victoire.
Pendant cette journée nous continuâmes à travailler à nos retranchemens , nous coupâmes le bois tout autour à quelque distance , afin de voir ces barbares s’ils approchoient , et de pouvoir bien les recevoir. Ils
(1) Un de ces hommes, religieux jusqu’au ridicule, dit au chapelain que jamais il n’avoit vu une pareille scène en Angleterre ; des hommes pousser des acclamations en sortant du service divin! « c’est que peut-être , » lui répondit le chapelain avec esprit et gaieté, « vous n’y avez jamais vu une congrégation mourant de soif, qu’on renvoyoit avec la promesse d’une pinte de bière. »
s’étoient retires derrière une petite île nommée Pulo-chalacca , ou l’île du malheur, à environ deux milles de nous , et ils sembloient y attendre des renforts , car plusieurs de leurs barques avoient fait voile vers Billiton.
Le lendemain les barques retournèrent encore au navire , et en rapportèrent quelques tonneaux de farine qui n’étoit gâtée qu’en partie *, quelques caisses de vins, une quarantaine de piques et dix- huit mousquets. Le canonnier /M. Holman , s’occupa à faire des cartouches à fusil avec la poudre qu’on avoit retirée des canons avant de sortir du vaisseau ; et avec une petite quantité de plomb qu’on en avoit aussi rapporté, et quelques ustensiles d’étain qu’on ht fondre , on jeta des balles de mousquet dans des moules de terre. Tout cela n’ajoutoit pas peu à notre coiifiance et à notre sûreté. Le puits n’avoit pu nous fournir qu’une pinte d’eau par jour, à chacun pendant tout ce temps,
?nais on finit ce jour-là d’en creuser un autre au pied de la montagne , et il nous fournit une eau plus claire et plus abondante. Nous pûmes donc alors jouir sans restriction du luxe de boire à longs traits, et nous ne craignions plus d’exciter la soif, étant certains que nous n'en goûterions que mieux le plab sir de la satisfaire.
Le 25 , les barques firent leur expédition ordinaire au vaisseau. On trouva encore quelques caisses de vin , et un petit nombre de piques. Cés deux nouveaux présens de la Providence avoient chacun leur utilité entre les mains de gens également portés à bien recevoir leurs amis et leurs ennemis. On s'occupa à terre à terminer les sentiers conduisant aux puits , et à abattre les arbres qui nous cachoient la vue de la mer.
Le mercredi 26 , à la pointe du jour , on découvrit deux barques de pirates, traînant chacune un canot à la remorque , près de la petite baie où les nôtres étoient amarrées.
( iGo )
Le lieutenant ïïay , gaillard aussi brave que vigoureux, y avoit été de garde cette nuit, et par conséquent y avoit couché. II leur donna chasse à l’instant avec nos trois barques ; mais les pirates coupant le cable de leurs canots qu’ils abandonnèrent , s’éloignèrent à toutes voiles. Une des barques sur laquelle étoit M. Hay , les atteignit pourtant. Les Malais prirent alors une attitude menaçante, se montrèrent disposés au combat, et tirèrent sur la barque. M. Hay y répondit en faisant feu du seul fusil quil eût à bord. Dès qu’ils furent plus près , les Malais lancèrent des dards et des javelines. Plusieurs tombèrent dans la barque , mais sans blesser personne. M. Hay fit jeter le grappin dès qu’il le put, et étant monté à l’abordage, leur tua quatre hommes : cinq se précipitèrent dans les flots , aimant mieux mourir que demander quartier , et l’on fit deux prisonniers, dont l’un étoit dangereusement blessé.
ïls avoient pris des mesures pour que leur barque ne nous restât point, car elle coula à fond presque a 1 instant meme. Rien ne peut excéder la férocité farouche de ces pirates. L'un d’eux , qui avoit reçu une balle à travers le corps , ayant été porté dans notre barque , au moment où la sienne s’enfonçoit, dans le dessein de lui sauver la vie, saisit avec fureur un sabre qui se trouva à sa portée , et ce ne fut pas sans peine qu on parvint à le lui arracher des mains. Il mourut au bout de quelques minutes. La seconde barque, après nous avoir envoyé une décharge de mousqueterie , prit le large et s’échappa ’en tournant l’extrémité nord de lile. Nous nous emparâmes des deux canots ou nous trouvâmes divers objets provenant du pillage du vaisseau. Nous jugeâmes que c’étoient les deux barques qui l’avoient incendié. Lorsque les deux prisonniers, dont l’un étoit d un certain âge et l’autre encore jeune , furent amenés sur le rivage , ils parurent se regar-
cîer comme dévoués à la mort , et ils attendoient leur sort d'un air sombre et morne. Mais quand ils virent qu’on pansoit les blessures du plus jeune , qu’on délioit les mains de son compagnon, qu’on leur offrait des vivres, et quon les traitoit avec bonté, ils piirent un air plus serein , et ils parurent sui tout charmes de voir enterrer avec décence le corps de leur camarade qui étoit mort pendant la traversée.
Les Malais sont un peuple d’un aspect peu prévenant 5 leurs corps d’une couleur de brou» ze fonce, leurs dents noircies et leurs lèvres rougies à force de mâcher le bétel et le siri , leurs narines ouvertes , et leurs cheveux pendans en longues mèches droites sur leur front et sur leurs épaules , leur donnent un air d’assassins et d’anges de ténèbres. Ils sont ennemis de la joie , et on ne les voit jamais sourire.
L’état d’une des blessures qu’un des Malais avoit reçues ( le genou percé d une
balle , et les os matériellement injuriés ) * auroit justifié l’amputation , surtout en suivant la pratique des camps; mais nous pensâmes quil seroit impossible de faire concevoir au patient qu’on ne faisoit cette opération que pour son bien; qu’il pourroit la prendre pour un supplice qu’on lui faisoit subir ; et que si quelqu’un des nôtres tomboit entre les mains des Malais , cela pouvoit leur donner l’idée de leur faire aussi quelque amputation : nous résolûmes donc de voir ce que pourroient faire des soins 'joints à une bonne constitution. On bâtit une petite cabane pour le malade, on lui donna une couverture et tout ce dont il avoit besoin , et son camarade fut chargé de lè veiller. Ils refusèrent d’abord les vivres qu’on leur présenta , mais en leur donnant du riz pour le préparer à leur manière , ils parurent satisfaits. Comme ces pirates n’attendent aucun quartier quand ils sont faits prisonniers dans leurs expéditions, et qu’on leur
fait souvent perdre la vie dans de cruelles souffrances , ce motif pouvoit avoir déterminé leurs compagnons à se noyer.
Dans 1 après-midi, immédiatement après cette rencontre , nous vîmes quatorze grandes barques et plusieurs plus petites , venir du côté de Banca, et peu après elles jetèrent l’ancre derrière Pulo-chalacca. Plusieurs hommes de leur équipage débarquèrent , portèrent sur leurs épaules des fardeaux dans le bois, et en allèrent chercher d’autres. D’après la direction d’où ils venoient, et voyant qu’ils avoient jeté l’ancre à l’endroit qui avoit été pris pour rendezvous lors du départ de lord Amherst, nous conçûmes l’espérance que c’étoit un secours qui nous arrivent de Batavia.
Le petit drapeau qui appartenoit à l’ambassade fut arboré sur le haut de la montagne où nous étions campés, et les étrangers en firent flotter un au meme instant au haut de leurs mâts. Désirant savoir au juste
qui ils étoient, nous chargeâmes M. Syker et quelques jeunes gens d’avancer vers eux le long du rivage. Un détachement des nouveaux arrivés vint à leur rencontre , avec un drapeau. Lorsqu’ils furent près de se joindre , les Malais s’arrêtèrent, et le porteétendard continua seul à marcher. On en fit autant de notre côté. Les deux députés s’approchèrent avec précaution; force salamalecs d’un côté, beaucoup de salutations de l’autre; on se prit la main; enfin les deux partis se joignirent, et se rendirent en bonne intelligence dans le lieuoùétoient le capitaine et plusieurs officiers. Convaincus alors que c’étoient des amis envoyés à notre secours , nos marins poussèrent des acclamations, et la joie brilloit sur tous les visages ; mais cette joie ne fut pas de longue durée. Quoiqu’ils eussent déposé leur drapeau aux pieds du capitaine, en signe de soumission, et que leur conduite fût civile, nous reconnûmes que ce n’étoit qu’une
tribu errante qui s’occupoit à recueillir une herbe marine qui croît sur les côtes de ces îles , etplus abondamment encore sur celles des îles Pelew. Cette herbe est , dit-on , un objet de commerce avec les épicuriens chinois qui en font des soupes ainsi que de leurs nids d’oiseaux. Nous apprîmes tout cela par signes et à l’aide de quelques mots malais que quelques-uns de nous connoissoient.
M. Hay à la tête de son détachement
armé, auquel plusieurs officiers se joignirent,
se rendit à bord de la barque de leur chef
ou Rajah , comme iis le nommoient. Il
avoit témoigné un grand désir de voir le
capitaine, et lui avoit envoyé en présent dü
poisson et du lait de coco. Pendant la nuit -jïop ,9a ollié.v 3up; ofasaoiû
on s’entretint des moyens d’entrer en négociation avec ces Indiens. Quelques-uns pensèrent que l’espoir d’une récompense pourroit les déterminer à nous conduire à Java , et que leurs barques jointes aux nôtres suf-
Croient pour nous y transporter. D’autres * réfléchissant sur le caractère perfide des Malais , craignirent quils ne fussent tentés de nous assassiner quand nous serions en leur pouvoir, afin de s’emparer du peu d’objets qui nous restaient, et qui poureuxétoient d’une grande valeur. Ils pensèrent donc que le meilleur parti étoit de les désarmer , de les forcer de nous conduire à Batavia , et alors de les récompenser du temps que nous leur aurions fait perdre et des peines que nous leur aurions données.
La matinée du 27 nous dispensa de discuter davantage ce sujet. Le Rajah et sa suite ayant découvert le vaisseau naufragé, nous vîmes toutes les barques occupées à le piller. 11 est probable que la veille ils ne connoissoient pas notre véritable situation, et qu’ils s’étoient imaginé que quelque établissement avoit été formé en cet endroit comme à Minto. Tel étoit peut-être le motif de la civilité qu’ils nous avoient montrée
d’abord, car du moment que îa vue du navire échoué leur eut ouvert les yeux sur notre position , nous n’entendîmes plus parler de présens de poisson ou de lait de coco.
On jugea qu’il seroit impolitique d’envoyer nos barques les attaquer ouvertement : cette mesure n’auroit servi qu’à les écarter momentanément du vaisseau, et à les mettre en garde contre une surprise nocturne, si nous la jugions nécessaire dans un jour ou deux. Leur pillage sur le navire ne pouvoit nous faire que peu de tort, car le cuivre et le fer qu’ils ehlevoient alors 11e pouvoient pas nous être d’une grande utilité.
Nous avions conduit nos barques la veille dans une autre petite baie, plus retirée, presque cachée sous les branches des arbres, et où elles étoient plus en sûreté en cas d’attaque, attendu les rochers qui la protégeoient, et où nous placions toutes les nuits un officier et un piquet. O11 traça un sentier tortueux qui communiquoit de cet endroit avec le camp.
Le vendredi 28 , les Malais étoient encore occupés autour du vaisseau. Une de leurs barques s’avança vers File dans l’après-midi, mais une des nôtres ayant été à sa rencontre, elle refusa de s’approcher, et retourna joindre sa flotte. Aucun secours n’étant arrivé de Batavia , et l’époque à laquelle nous croyions devoir en attendre étant passée, nous réparâmes nos barques, et nous tra* vaillâmes à la construction d’un bon radeau, pour nous donner des moyens additionnels de quitter le séjour où nous nous trouvions, avant que nos provisions fussent entièrement épuisées.
Le 1 er mars , les Malais reçurent une grande augmentation de forces, par l’arrivée de quatorze nouvelles barques qui vinrent du côté du nord, et qui étoient probablement celles que nous avions déjà vues. Toutes travaillèrent avec ardeur au dépècement du vaisseau.
Le dimanche 2, à la pointe du jour, les
pirates ayant encore reçu un renfort plus nombreux pendant la nuit , laissèrent les plus petites barques continuer le pillage^ et s’avancèrent avec vingt de leurs plus gros bâtimens vers ie lieu de notre débarquement. Ils firent leu d’une de leurs pièces d’artillerie, battirent leurs tambours, et poussant des burlemens affreux, jetèrent l’ancre en ligne, à la distance d’un cable de notre baie. Nous fûmes tous à l’instant sous les armes; on envoya du renfort sur nos barques, et comme quelques - unes des leurs avoient tourné la baie, en arrière de notre position, on plaça des sentinelles pour surveiller leurs mouvemens , et l’on fit battre le pays par des patrouilles, de crainte qu’on ne nous dressât quelque embuscade par terre.
En ce moment, le vieux prisonnier malais qui étoit sous la garde des sentinelles placées près du puits, qui l’avoient imprudemment chargé de couper du bois pour
le feu , entendant les cris de ses concitoyens , laissa son camarade blessé se tirer d’affaire comme il l’entendroit, s’enfuit dans le bois en emportant sa hache, et parvint à s’échapper.
, Après avoir fait tous ces préparatifs , voyant qu’ils ne faisoient aucune tentative de débarquement, un officier sortit de la baie sur un canot , en leur faisant des signes d’amitié, afin de voir comment ils agiroient. Après quelques instans de délibération, une de leurs barques, montée de plusieurs hommes armés de cris , ou poignards recourbés, s’approcha du canot; mais cette entrevue ne servit qu’à fournir un nouveau trait de leur esprit pillard , quelques-uns d’entre eux s’étant pris d’une belle passion pour la chemise et les pantalons d’un mousse. Cependant, comme il se montra peu disposé à en céder la possession, ils n’eurent pas recours à la violence.
Nous écrivîmes alors une lettre que nous
adressâmes çbef ^‘t’étaWissement de Minto, situe fiàdextrémité nord-ouest de Banca, Npus lui exposions la situation dans laquelle nop§ nous trouvions, avec prière de nous pj^oyer, s’il le pouvoit, un ou deux petits, bâti^iens , un peu de pain, quelques salaisons, et des munitions. Le meme officier sortit ençore de la baie dans un canot, et la même barque vint de nouveau à sa rencontre, ^Lçeuiit ,1a . le$re..- à .ceux qui la montaient^ enfèpétant plusieurs fois le nom Mlptq, qu^ils sen^blèrent bien comprendre , et gg leur désignantje çqte où se trouvoit cet 4!^b|issenipnt. Qn leur fit entendre que s’ils nqqs, apportoient une réponse , on les rëcpmpçnseroit en leur donnant beaucoup de dollar^ et on leur en montra un pour échantillon. C’étoit plutôt pour lés mettre à répreuve, que dans revoir «qu'ils- nous rendroient ce service; et en effet, quoiqu’une de leurs barques partît presquà l’instant dans la direction de Pulo-chalacca, où
il paroît que résidoit leur principal chef, aucune ne prit celle de Banca.
Cependant leurs forces augmentaient rapidement* et ils n’avoient alors pas moins de cinquante bâtimens de diverses grandeurs. Les plus grands portaient seize à vingt hommes, les plus petits sept à huit de sorte qu’en prenant un taux moyen de dix hommes* au plus bas* par chaque barque, ils dévoient se trouver, tout au moins au nombre de cinq cents. Le pillage du vaisseau paroissoit terminé, et 17’être plus pour eux qu’un objet secondaire. Ils pensoient que le butin le plus précieux devoit être en notre possession. Ils établirent donc un blocus rigoureux autour de nous* resserrant notre baie d’une ligne fort étroite, surtout a haute marée, de crainte que nos barques n’en profitassent pour leur échapper.
Bans l’après-midi , quelques-uns des gens du Rajah, que nous avions d’abord consi-
dérés comme nos amis , s’avancèrent comme pour parlementer. On s’approcha d’eux, et ils nous firent entendre,, tant par signes que par quelques mots que nous pûmes comprendre, que tous les Malais , excepté eux, avoientde mauvaises intentions contre nous; qu’ils av^pl dessein de nous attaquer la nuit suivante, et ils nous proposèrent de nous envoyer une partie de four troupe sur notre montagne pour nous défendre. Leur première conduit^,^ fos
autres Malais, démootrofoût si évidemment la perfidie de cette offre, qu’il est à peine nécessaire de dire que nous la refusâmes, en leur faisant entendre que nous saurions nous défoudre nous unièmes. Ils retournèrent aussitôt vers leur flotte , qui prit à l’instant une at.ti tude menaçan te» - ?
Dans k« soirée, quand tout le monde fut sous les armes, à l’ordinaire , pour passer la revue, et placer les différens postes, le capitaine prononça , ^011 ton animé, le
discours suivant, presque mot pour mot « Vous devez, mes camarades, avoir tons observé, comme moi , aujourd’hui , le grand accroissement des forces des 'ennemis, car nous devons maintenant lès considérer Cotrime tels. D’après la posture menaéarite qu’ils ont prise, et pour plusieurs autres raisons, j ai tout lieu de croire qu’ils riôus attaqueront cette nuit. Je ne dièrchérâiJpas à dissimuler notre sitUâtiori^pàrce qtré jé CMs qu’il n’existe point’parmi vous un seul homme quiCrai'gne'de Faire faêe à quelque danger-que- Cè soit ; mâts nous sommés riiamtenant fortement retranchés r et notre position est si bonne sous tous les rapports , qu’armés comme nous le sommes, nous pourrions la défendre même contre des trou* pes régulières^Que penseroit-on de nous, si nous nous laissions intimider par une bande de sauvages nus, armés de cris et de javelines? Il est vrai qu’ils ont des canons dans leurs barques, mais ils ne peuvent s’en
servir à terre. Je ne- Jour aï vu ni fusils, ni mousquets.^: e t quand ils eh auroient, nous n’en sommescpaa dépourvus. Je ne veux pas vous abuser sur les moyens de résistance qui se trouvent entre nos mains. Lorsque nous fûmes jetés sur ce rivage > nous étions presque sans défense ; nous n’avions que soixante -quinze cartouches ; aujourd’hui nous en possédons seize cents. Je ne crois pas quais puissent envoyer contre nous plus de cinq cents hommes *, mais avec deux cents comme ceux que je vois autour de moi, je n’en çraindrois ni mille , ni quinze centSi J’ai une entière confiance que nous les battrons. Les hommes armés de piques tenant ferme , nous leur enverrons une volée de mousqueterie à laquelle ils ne s’attendent pas ‘. quand ils seront en confusion , nous les ^chargerons, nous: ies précipiterons dans la mer, et il y a di& contre un que nous nous emparerons de leurshàti mens. Que chacun soit donc sur le qui vive, les armes à la
main, et si ces barbares osent se présenter cette nuit, quils apprennent ce que c’est que d’avoir à faire à des Anglois. «
Jamais , peut - être , trois acclamations bruyantes ne furent données avec plus d’entbousiasmè que celles qui partirent â la bu de cette harangue , aussi courte que bien placée : les échos des bois les répétèrent, et les piquets placés près du puitsoet xlaas la baie , y répondirent comme par un mouvement d’instinct et de sympathie.:
Il régnoit dans ces acclamations une sorte d’accord et d’unité qui les rendaient bien différentes des cris et des hurlemens de ces ^auvages; et en parvenant à leurs oreilles, elles produisirent probablement quelque effet , car on remarqua en ce moment (huit heures du soir ) qu’ils faisoient des signaux avec des lumières à quelques-uns de leurs bâtimens qui étoient derrière l’île. Si jamais marins et matelots éprouvèrent l’ardeur de combattre, ce fut en cette occasion. Tout
coïispiroitMes^nime^Uiîe attaque injuste, cruelle^îterfea^ de la part des Malais, une attaquas qtû ajoOtoi t la edamité à Y ipfor-
tous les cœurs le
désir d/ufiej p ste vengean ce ; e t rappel que le capitaines emé t de au / caractère, na-
tional, ^e pouyoif pas laisser .rekoidir ce sen tunent, Après un repas sotafevmais enjoué, chacun se coucha &vdywfedfnâage^f à cô té de ses armes \ et le capitaine ikqtar- afr e c ceux qui étoient de garde j pour faire /exécuter toutes ses dispositions, ilïne alarme
qpi
oriuift démontra
1 utilité de. préparer les esprits* des soldats : chacundutrià^ou poste ayg^fe rapidité de VéclakhM si l’on, éprouva de i’Jmmeur et
de^S/ regre|§^§eLïfu%]4i> m que, l’alarme se
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Les premiers rayons du jour, le lundi 3, nous hrent yoii’ les pirates exactement dans îa même position* en face de nous; mais
dix nouveaux bâtimens étoient encore ve*
dus les joindre, ce qui portoit leur nombre à six cents hommes au moins. Leurs complots commençoient à mûrir, et notre situation devenoit à chaque instant plus critique. Les forces des ennemis prenoient un accroissement rapide , et nos foibles provisions diminuant tous les jours , rendoient indispensable d’adopter sans délai qtiel que mesure désespérée. • ou 98 nuoedo t9UGj Ce qui nous parôissôit le plus pratiCabl'e , étoit une attaque soudaine pendant la nui t par nos quatre barques bien armées, de nous emparer a l’abordage de quelques* uns de leurs bâtimens , deel m garnir d hommes , de renouveler ensuite notre attaque aVec de plus grandes forces, et de faire sùr eux de nouvelles prises ou de les disperser. La possession de quelques-unes de leurs barques , jointes aux nôtres , de voit d’autant plus aisément nous mettre en état de gagner Java , que notre nombre diminueroit probablement en cette occasion. Tout essai pour tra-
verser «ut un radeau leur flotte armée de canons, étoit évidemment impossible. Notre:sit nation, étoit véritabkment inquiétante^ et le devenoi t davan tage à chaque instant. D’un coté , La famine menaçoit de nous assaillir incessamment ; rie l’autre , nous étions entourés de sauvages féroces , de qui nous n’avions à attendre ni pitié, ni merci- Aucun symptôme de découragement ou de désespoir ne se montrait pourtant parmi nous; tous les esprits étoient exaltés; et si l’on pouvoir juger du sentiment général par la physionomie* les manières et les expr@ssi.onsi de chacun v d parqissoit régner partout une calme détermination de les attaquer , de les vaincre , ou de périr comme il cntokftt tk ?dés Jlèmmes , en travaillant à conquérir leur liberté.
5(ers midi ,e tandis qu’on formoi t force projets, @t iquou faisoit force propositions sur les moyens de les exécuter, M. Johnstone, toujours sur le qui-vive, ayant monté
sur un arbre qui nous servoit d’observatoire, et qui ëtoit le plus ëlevë de ceux qui se trouvoient sur le sommet de la montagne , aperçut à une grande distance vers le sud, un navire qu’il jugea plus considérable qu’un bâtiment malais. Tout autre sujet de conversation cessa aussitôt de nous occuper, et tous les yeux se fixèrent avec intérêt suc l’arbre d’où nous attendions la confirmation de nos espérances. On y fil monter un homme avec un télescope; mais un nuage épais qui couvrit cette partie de l’horizon , déroba cette voile à ses yeux. Elle reparut au boutd’environ vingt minutes, et il nous annonça que cétoit bien décidément un navire européen. « En êtes*vous bien sûr? » lui de* manda-t-on vivement; « Parfaitement sûr, » répondit-il, « c’est un vaisseau marchand ou brick qui S'avance vers file à toutes voiles. » La joie, les transports que fit naître l’espoir de notre délivrance , peuvent se concevoir plus aisément que se décrire. D’au-
déployâmes un drapeau tout au liaut de l’àrbg^0 afin ire r 1 Tat te n tio ndu. navire, dans
le cas où, jqeg ^qrpit un bâtiment etranger se trouvant dans ees parages. .
Les piratas ne gardèrent pas à foire la m#m£ dgcpnyeçte* un signal leur ayant été fait par leurs Marques stationnées derrière Pulo-clialacca. Cette vue occasionna beaucoup de. mp^yement parmi marée nousfovorisoit , nous pensâmes qu’en dépassant toptfo; jÇpup <4e <$&<&&& tilrunus, seroit possibfo > de mettre quelques-unes de leurs barques sous no tre feno > Pi de nous en emparer ; mai s ils pr^Uf entasoupçonner notre projet; car du moment que nosunarins parurent sous les mangliers , la barque malaise la plus voisine leur, tira un coup de canon , et toutes mirent à la voile au même instant. Nos gens firent feu sur eux3 mais
sans aucun effet; car indépendamment de l’adresse avec laquelle ils savent manœuvrer, le vent les mit en état de tourner Tes rochers. Cette circonstance fut pourtant heureuse pour nous, car s’ils avéieëT conservé leur position , nous étions à lètfr merci tout ausshbi e n qu’uuparavan t , le vent e t les courans ayant obligé le navire de jeter l’ancre à huit milles de l’île, et’ à onze dit douze de l’endroit où nous nous trouvions ; et comme le vent et les courans testèrent les mêmes pendant quelque temps , iis pouvoient aisément , avec leurs forces, couper toute communication entre nous. Il est même fort extraordinaire, et ce fût une faveur de la Providence, que pendant cette mousson , le vaisseau ait pu s’avancer autant qu’il le fit. Le blocus étant levé , une de nos barques fut dépêchée vers le navire avec MM. Syker et Abbot , qui trouvèrent que c’étoit le Ternate, bâtiment de la compagnie des Indes, envoyé à notre secours par
lord Arrrherst. II avoit a bord MM. Elïis et Hoppner, qui s’étoient embarqués le jour même de leur arrivée à Batavia, et qui a voient lait voile sur-le-champ pour notre île! 800 rf 9 mm 03 ç ë9fn97£3 00 r 890,6€lfib 89il
Notre barque put venir nous rejoindre, mais nos amis qui tentèrent de venir à terre dans le cutter du Terncitey furent obligés d’y renoncer , après avoir lu tté neuf heures contre le courant, pendant la nuit du lundi et la matinée du mardi 4- Nous employâmes cette journée à disposer tout ce que nous avions sauvé de l'Alceste pour l’embarquer.
Le mercredi 5 , Mrs Ellis et Hoppner purent se rendre près de nous. Le souvenir de la promesse que le premier nous avoit faite volontairement, lors de son départ , et qu’il remplissoik en paroissant en ce moment comme notre libérateur, ajouta aux circonstances intéressantes de notre réunion, et donna une nouvelle force à tous nos sentimens d’amitié. Ils firent reçus dans le fort
Maxwell aux acclamations de toute la garnison qui s’étoit mise soit s les armes.
Ce fort et ceux qui l’habitoient offroient un aspect aussi singulier que romantique : les cabanes, ou cavernes, comme nous les appelions, de quelques-uns de nous. Formées de branchages et couvertes de feuilles de palmiers , dispersées au pied d’arbres majestueux qui ombrageoient notre camp; les tentes. rustiques des autres; le misérable accoutrement deê( hommes ,? Heur longue barbe, les piques et les coutelas dont ils étoient armés , donuoient à cet endroit , surtout pendant la nùit à la lûefc du feu^uu air sauvage et pittoresque qui excédoit tout ce que rimagiua.tiontpourroitse figurer dune Icèf&otdf jVoipdrsioR ob gioï ? JnornodBJaafo >
Deux des barquesdtt Ternate arrivèren t aussi aveu une carronadc de s i&p des boulets, de la mitraille, de la poudre et des balles , dans le!casob les pirates viendroient à reparoître avant notre départ, dont les
préparatifs exigeoient toute la journée du mercredi , attendu la difficulté des côininu*
nicâtidè's.31 ^ >riii^§rî6f ob puia mt anangs .
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Le jeudi 6, la majeure partie de nous
partirent dans les barques, dont le nombre étoit augmenté, et se rendirent à bord du Terncite. Le radeau mit aussi à la voile avec
quatre officiers , quarante-six hommes, d’équipage et une vache; et après une heureuse traversée , pendant laquelle ils prirent plus d’un bain froid, ils arrivèrent au Vaisseau à la nuit tombante. Tout ce que nous ne pûmes emporter, et qui parut pouvoir être de quelque utilité aux barbares malais , fut arrangé en pile au haut de la montagne, et nous en fîmes un feu de joie,
À minuit, les Turques retournèrent à l'ile pour on ramener’ 4e capitaine Maxwell et ceux qui y éloient restés avec lui. Ils arrivèrent à bord le 7 mars dans la matinée, et nous y reçûmes le meilleur accueil du
capitaine Davidson et de ses officiers (t).
L’île de Pulo-leat a environ six milles de longueur sur cinq de largeur. Elle est situee à environ deux degrés et demi au sud de l'équateur. Elle est voisine de Banca, et fait partie de la ligne des îles qui * së trouvent entre cette dernière et Bornéo. Elle est inhabitée, et autant que nous pûmes nous en assurer, ce qui n’étoit nullement facile, elle ne produit rien qui' puisse être à lusage de l'homme. Nous trouvâmes un grand nombre d'écorces d un fruit, que nous découvrîmes ensuite a Batavia être le fameux et délicieux mangoustan , qui ne réussit que près de la ligne! Mais les babouins, seuls habitées de cette île, avdiènt déjà disposé des fruits. Si nous en ^tissions trouvé dentiers, nous en aurions certainement mangé , quoi-
(i) Le Malais blessé fut aussi conduit à Batavia , et quoi" que l’ articulation de son genou ne soit pas rétablie , il est probablement maintenant employé a bord du Ternate.
que sans en connoître la nature, l’exemple des singes pouvant servir à nous rassurer, surtout dans un moment où la nécessité nous forçoit à économiser nos provisions.
Le sol de cette île paroît susceptible de rapportait ton tes les productions ie^azone torride, et si elle étoit défrichée et cultivée, çe serait un endroit fort agréable. On y trouve l’arbre, qin produit le éaehon;
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La petite quantité de provisions sauvées
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du naufrage, et 1 incertitude de la durée du
séjour que nous devions faire dans cette île,
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ïaïsoient une loi d apporter de leconomie
dans la distribution des vivres , et de veiller à ce que rien n en fût perdu. Le mode qu'adopta le capitaine Maxwell à cet effet, étoit de faire couper en petits morceaux tout ce qui devoit fournir âla consommation de la jour-
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nee , volailles , bœuf salé , porc, etc. On faisoit bouillir le tout ensemble, et on en distribuait une mesure à chacun, publiquement.
ouvertement, et sans aucune distinction. (î) Par ce moyen , rien neloit perdu , et la distribution pouvoit se fàire d’une manière plus égalé que par tout autre moyen : enfin , l’économie qui régnoit dans les rations qui en' étoient accordées ne les, faisoit paroître que plus savoureuses. Tout le pain avoit été perdu , à rexception de quelques livres. Les hommes d equip^avqiênt une demi-mesure de rhum qu’on leur distribuoitpar moi» tié au dîner et au souper. On àccordoit un supplément qûand il y avoit des travaux pénibles. Les officiers avoient deux verres de
vin à dîner , et un quart de mesure de rhum
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On trouva un matin un petit sac de gruau
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(i) La vérité exige que je dise ici, et cela n’a rien de Bien étonnant dans un si grand nombre d'hommes., qu’il se -trouvait parmi hdas un ou deuk gloutons qui cherchaient le moyen de se procurer une ratibn un peu plus forte, mais leur manière d’agir n’avoit aucune influence sur le sentiment général.
cV avoine que quelques jeunes sous- officiers écossois jugèrent devoir leur appartenir, (i) Ils s’assirent donc avec une grande joie autour d’un bassin à laver les mains , (2) dans lequel ils avoient fait une espèce de bouillie : mais ils comptaient trop sur l'antipathie de leurs amis Anglois pour ce genre de nourriture ; ceux-ci pensant que ce n’étoit pas le moment d’écouter les préjugés nationaux , en reclamèrent leur part , et la mangèrent de bon appétit, sans faire la grimace.
La garde du poste qui couvroit les barques étoit alternativement sous le commandement de MM. Hay , Casey, Jobnstone , Syker , Abbot , Brownrigg et Hope. La sur-
et * aoJnoloiv eeinlq aob à ioiiifij aèeoqxo I
(1) Sans doule parce que le gruau d’avoine est une nourriture d’un usage général en Ecosse.
Note du traducteur .
(2) Ce ne fut pas le seul plat extraordinaire dont la nécessité nous obligea de nous servir.
veillance dans l’intérieur du fort , pendant la nuit , éioit confiée tour à tour au chapelain , au chirurgien , et à MM. Eden , Râper , Mostyn y Stopford et Gore le fardeau devenoit ainsi plus léger, et nous étions en état d’avoir les yeux ouverts , de faire des rondes avec vigilance , de voir si toutes les sentinelles faisoient leur devoir , et de crier l’heure tous les quarts d’heure. Pendant le jour, les jeunes sous-officiers étoient placés à tour de rôle sur le rocher d’observation pour surveiller les moüvemens des pirates > et examiner s’il ne paroissoit aucun bâtiment , afin d’en donner avis.
Il est assez remarquable que pendant dixneuf jours que nous restâmes dans cette île , exposés tantôt à des pluies violentes, tantôt à un soleil brûlant qui dardoit perpendiculairement ses rayons sur nos têtes , aucun de nous ne fut atteint de la moindre maladie. Ceux même qui y étoient arrivés malades ( et plusieurs i’étoient as-
sez dangereusement), guérirent tous, à l’exception d’un soldat de marine qui étoit au dernier période d’une maladie de foie dont il avoit été attaqué en Chine, où il avoit été comme garde de T'ambassadeur. Un autre homme, d’un fort mauvais caractère , jugea à propos de nous quitter le troisième jour après notre arrivée. Peut-être fut-il mordu par un serpent dans les bois , et y mourut-il. Peut-être aussi tomba-t-il entre les mains des Malais. Quoi qui! en soit, nous n’en entendîmes plus parler.
Nous écrivîmes sur les rochers , en gros caractères* en noir et à l’huile , la date de notre départ, pour servir de renseignemens à ceux qui po-urroient venir nous y chercher, et dans l’après-midi du ^ nous dîmes adieu à Pulo-leat, où il n’est pas étonnant que dans notre position , nous ayons souffert quelques fatigues et quelques privations; mais il est remarquable qu’étant entourés de tant de dangers dont un seul pouvoit nous
être fatal, nous ayons échappe à leur réunion. Nous avons par exemple à remercier la Providence de ce que le vaisseau resta attaché au rocher sur lequel il avoîfééhoué, car s’il fût retombé en pleine eau ^nôoS£ périssions tous; de ce que nous trouvâmes de l’éau; de ce qu’il n’y eut parmi nous ni mutinerie, ni division; de ce qiie nous fûmes en état de disputer léatéï’î?àiûuàüU pirates 5 enfin de Ce que le Terhate têé ssii3a jeter l’ancre en vue de Tîle , ce qu’il ne put faire que grâce à un changement de! vetft qui ne dura qu’une heure. Une seüle 5dè ces circonstances nous manquant , nous ne seroit resté pour raconter notrehist^piodo y euofï untoV lusfo mjoqmp xooo s
C’est une justice à rendre au capitaine Maxwell, et nous la lui rendons tous avec grand plaisir , que de reconrioître que sa conduite judicieuse nous préserva de toutes les horreurs de l’anarchie et de la confusion. Ses mesures inspiroient la cou-
fiance , faispient- naître Fespoir , et son exemple , au moment du danger , encoura^ geoit et ànimoit faut ce qui Fentouroit.
vmA, û tarafctiVi. h\ï& -\\i
A\ s\o’ümVd m u\b\V\ mot: &<m\ ^
Wtoî: 'VroopOL— t- ;‘iîo^î\^\o\\ x\m %\V\
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