‹ Voyage du capitaine MaxwellChapitre 2 sur 17 · ÉL · texte numérisé non relu

ÉL

droit lui-même «à bord pour inspecter les étrangers qui entroient dans ses domaines. Le fils de Neptune parut alors se retirer dans le sein des eaux. Le lendemain le dieu, suivant sa promesse, parut assis sur son char (l’affût d’un canon) , armé de son trident, portant les autres attributs de son pouvoir, et accompagné d’Amphitrite et des divinités inférieures qui composent son cortège ordinaire. Il fut reçu par ses gardes accoutrés d’une manière étrange, au son des instrumens qui jouoient l’air Rule Britannia. Après avoir salué l’ambassadeur, le capitaine et l’équipage, il ordonna que , suivant un usage immémorial , ceux qui n’avoient pas encore passé sous l’équateur, et dont le nombre étoit assez considérable , fussent rasés avec un rasoir rouillé et ébréché. On leur lava la figure dirigeant sur eux l’eau d’une pompe, et on les essuya avec un torchon sale. Tout se passa fort gaiement, et la cérémonie fi*?

nit parla distribution d’une double portion de grog (i).

Nous neprouvâmes pas ces calmes si fréquens près de la ligne, et rien de remarquable n’arriva jusqu au 1 6 mars. Nous nous trouvions alors sous 24° 4 tude nord , par 3i° 52 ” de longitude ouest. On donna ordre à La Lyre et au Général Hewitt, de se diriger sur le cap de Bonne -Espérance, et nous voguâmes vers la capitale du Brésil , où nous arrivâmes le 2 1 du même mois.

La nature a réuni ses traits les plus beaux et les plus imposans pour enrichir les environs de Rio-Janeiro. Les descriptions fleuries qu’en ont faites d’autres voyageurs, ne sont nullement exagérées , et il seroit difficile d’aller au delà de la vérité en peignant

(i) Liqueur composée île rum ou de genièvre mélangé * avec de l’eau.

Note du traducteur .

la grandeur et la sublimité de la scène qui s’offre aux yeux en entrant dans le port. Des îles nombreuses, qui semblent sortir du sein des eaux; des rives couvertes de bois superbes , et qui semblent former des deux côtés un riche amphithéâtre peuplé de villages et de maisons de éampagne; dans le lointain un rideau de hautes mon^ tagnes d’une forme pittoresque, tout présente un tableau aussi noble que peu or-** dinaire.

La mort de la reine , arrivée la veille de notre entrée dans le port, à 1 âge passablement avancé , de quatre -vingt- deux ans, avoit jeté du sombre sur la ville de Saint- Sébastien; les batteries et les vaisseaux, tirèrent, toutes les cinq minutes, pendant tout le jour et toute la nuit. L 'Alceste } Y Infatigable } et une frégate espagnole suivirent cet exemple. On donna aussi toutes les autres marques extérieures de chagrin , en carguant les voiles et en abaissant lespa-

villons , et les officiers prirent le crêpe. On avoit publié un ordre positif à tous les habilans de prendre le deuil , et ils étoient forcés d’y obéir , à peine d’une amende considérable , ce qui opéra une hausse énorme et subite dans le prix de toutes les étoffes noires.

Le Gouvernement du Brésil paroît toutà-fait despotique, et il est pénible de voir que, sous une telle domination, les Anglois même perdent cette franche liberté qui les caractérise. Si l’on faisoit quelque question relative aux affaires publiques , à des Anglois à qui une longue résidence au Brésil avoit fait prendre des habitudes portugaises, ils regardoient autour d’eux avefc précaution pour voir ceux qui s’y trouvoient, et ne répondoient ensuite qu’à voix basse.

Tandis que le corps de la reine étoit exposé sur son lit de parade, le prince (alors le roi ) étoit enfermé dans ses appartenions,

suivant l’usage , et ne pouvoit être vu que de son chambellan.

Des essaims de prêtres remplissoient toutes lesavenues du palais, et formoient des groupes sur tous les escaliers. Saint-Sebastien paroît un sol sur lequel ces faiseurs d’ auto-da-fé prospèrent encore. Le Brésil a été récemment élevé de l’état de simple colonie, à la dignité de royatime, et la résidence de la cour lui a procuré un avantage encore plus solide, en y attirant la principale noblesse de Portugal, qui y a transporté toutes ses richesses.

Son commerce s’est considérablement augmenté depuis quelques années, ce qui est dû en partie aux maisons de commerce angloises. On croit que le retour de la cour dans la mère patrie seroit le signal d’une révolte, car il n’est pas probable que le Brésil voudroit porter long-temps les fers dont il est chargé , tandis que toules les colonies qui l’entourent, secouent le joug de 1 op-

pression. On peut attribuer aux circonstan^ ces où se trouvoit la cour à notre arrivée, l’oubli du salut qui doit être accordé au pa^ villon dune puissance étrangère; mais il paroît bien singulier, surtout si l’on fait attention à nos relations avec le Portugal, qu’on ait refusé d’accorder à l’ambassadeur et à sa suite , pendant le court séjour qu'ils dévoient faire en cette place } la jouissance d’une maison qu’avoit obtenue la première ambassade à la Chine. L’hospitalité de M. Chamberlayne , ministre britannique, répara ce manque d’égards.

On doit bien croire que tous les lieux d’amusement public furent fermés, et le seul spectacle que nous vîmes pendant notre séjour fut la cérémonie des obsèques de la reine qui eurent lieu à la lueur des flambeaux. Tous les corps militaires, à pied ou à cheval, qu’on avoit pu rassembler, bordoient les rues, qui étoient illuminées depuis le palais jusqu’au couvent d’Ajuda. Le corbillard

et les voitures de parade étoient réunies près de la grande entrée, toutes couvertes de drap noir. Près d'elles étoienthuit seigneurs à cheval qui conduisaient le deuil. Ils étoient revêtus de l’ancien costume de deuil portugais. Ils avoient un grand chapeau dont les larges bords leur tomboient presque sur les épaules;, et une longue mante ou robe noire, sur laquelle étoit attachée la décoration de quelque ordre , faisoit naître dans l’esprit des spectateurs anglois une réunion bizarre d’idées qui présentoit à leur imagination un porteur de sac à charbon , un prêtre et un chevalier. Le roi, suivi par les deux princes les plus âgés , accompagna le corps jusqu’à la grande porte, et le vit déposer sur le corbillard. La cavalcade se mit alors en marche pour le couvent, où l’enterrement se fit avec les cérémonies ordinaires. La famille royale , se montra le lendemain aux balcons du palais. En cette occasion , ceux qui se trouvent sur la place qui est en face, doivent avoir la

tête decouverte, et lorsqu’un homme à che^ val rencontre sur la route une des voitures du roi , il doit mettre pied à terre et même s’agenouiller.

Leurs majestés portugaises ne peuvent passer pour des beautés régulières, mais les princesses sont bien faites et sont au total d’assez belles femmes. Don Pédro , bis aîné du roi, promet de ne pas être sans esprit. Il paroît exister beaucoup d’indolence parmi les babitans, et l’on dit qu’ils possèdent encore ce mépris pour la lecture qui est leur caractère distinctif; de manière qu’un libraire qui publieroit des livres au Brésil y feroit probablement maigre chère. On y trouve tous les fruits des pays chauds, comme ana~ nas, orangers, limons, melons, bananes, etc. Le thé continue à y être cultivé par les soins de quelques Chinois accoutumés à cette culture, et l’on peut espérer qu’ils réussiront à l’étendre et à la propager. Le commerce des esclaves y est toujours en pleine activité, et si

cette classe de la société lui est de quelque utilité,bien certainement elle ne lui sert pas d?or nement; car on y voit la race de nègres la la plus laide qui puisse se trouver sur la côte d’Afrique , sur les rives du Gabon , du Congo et à Angola. Nos îles des ïndes occidentales, au contraire, ayant été approvisionnées d esclaves tirés de la Côte-d’Or, ou pris chez les Fautes , les Eyens et les Asbantes où l’espèce humaine est beaucoup plus belle, cette circonstance, jointe peut-être à l’amélioration de leur sort, à de meilleurs vêtemens et au traitement général qu’ils éprouvent , donne aux esclaves de la Jamaïque un air moins dégradé qu’à ceux du Brésil. Mais quoique la situation des premiers soit fort améliorée et indubitablement meilleure que celle dont ils jouissoient en Afrique, il n’en est pas moins fâcheux que 1& premiers Européens qui ont établi des colonies, au lieu d’opprimer et d’exterminer les naturels du pays, ne leur ayent pas inspiré des habitudes d’industrie.

auquel cas on n’aurait jamais eu besoin de connaître le mot esclavage , mot si révoltant pour l’humanité , même dans les circonstances les plus favorables. Nos possessions des Indes orientales, et le système suivi à Java pendant le temps que cette île nous a appartenu, démontrent suffisamment que cette théorie pouvoit être réduite en pratique.

On fait au Brésil assez d’honneur à Buonaparte pour le craindre, et l’on a toujours l’œil au guet de peur qu’il ne s’échappe de Sainte-Hélène et qu’il ne devance le vent pour tomber sur ce pays. La foiblesse de défendre de prononcer son nom tient beaucoup de cette crainte, et rien ne contribue davantage à lui conserver quelque importance.

Cette partie du Brésil est sujette à de grandes chaleurs pendant les mois de décembre, de janvier et de février; mais elle jouit pendant notre été de ce qu’on peut appeler l’hiver des tropiques ; cela est surtout vrai pour

les provinces du sud, où le froid est comparativement plus grand que dans les latitudes correspondantes du nord. Le climat n’en passe pas pour mal-sain.

Il n’existe pas dans la ville de Saint-Sébastien un seul édifice public qui mérite attention ; mais elle est construite régulièrement, les nouveaux babitans qui y sont arrivés depuis peu de temps font que ses limites s’étendent tous les jours. Quoiqu’on trouve beaucoup de bœufs en ce pays, le défaut de soins et l’ignorance des moyens de les engraisser, en rendent la chair si mauvaise, quelle passeroit en Angleterre pour de la charogne. Peu de contrées de l’univers offrent au voyageur des logemens moins commodes ; on ft’y trouve que quelques ca * sas , ou auberges , de l’espèce la plus misérable.

Le Brésil offre un champ inépuisable aux recherches du naturaliste : nulle part il ne peut trouver pour ses travaux des objets plus

Varies et plus multipliés. L état de la société y est extrêmement démoralisé. C’est au moins le j ugemen t qu’en p orten t ceux qu’une longue résidence et le commerce habituel du monde mettent en état d’en juger. L’extérieur des hommes annonce une race mal propre, hjs térique et de mauvaise mine; mais les femmes, quoique en général petites et basanées, ne manquent ni de beauté ni d’expression. Elles n’ont pourtant pas cette démarche élégante et gracieuse, particulière aux Espagnoles. On dit qu’elles sont plus scrupuleuses sur les formes extérieures du décorum , que sur les règles essentielles de la décence; mais, si cela est vrai, il est possible, comme l’a écrit 1 auteur élégant de la première ambassade en Chine, qu’il faille en accuser l’exemple des hommes; car il seroit à peine raisonnable d’attendre la perfection de la morale chez les femmes, dans un pays où l’on chercheroit en vain une*des vertus qui appartiennent aux hommes. Les trois quarts du

monde au moins sont plongés dans un état de barbarie qui ne permet pas au caractère des femmes de se développer, se trouvant renfermées dans des sérails, ou n’étant que les esclaves et les jouets de leurs maîtres sauvages. Mais dans cette portion du globe qui a des prétentions à la civilisatien , où on leur permet de penser et de prendre le rang qui leur est dû , le moindre coup d’œil convaincra que parmi les nations où l’honneur, la vertu, la probité obtiennent l’estime d’un sexe, on est récompensé en trouvant dans l’autre des qualités qui y sont assorties.

Le vaisseau ayant renouvelé sa provision d’eau qui se trouva excellente (i), et ayant réglé toutes ses autres affaires, nous prîmes

(1) Le capitaine Cook se plaignit de ce que l’eau éloit très-mauvaise en cet endroit. L’aqueduc n’étoit peut-être pas encore entièrement couvert à cette epoque, et a l’abri par là, comme il l’est aujourdPïiui , de tout ce qui peut en* gâter les eaux.

coiigé du rivage américain le 3i mars, et nous gouvernâmes vers le sud-est depuis le 36° jusqu’au 39°, où nous trouvâmes les vents d’ouest ordinaires. Suivant la route que tiennent ordinairement les vaisseaux qui traversent l’Océan atlantique du sud, nous passâmes à environ 5o milles au nord des îles de Tristan d’Acunha. Le vent continuant à nous être favorable, nous aperçuines la montagne de la Table le 18 avril, et nous jetâmes l’ancre dans la baie le même jour. Nous y arrivâmes dans un moment de plaisir, au milieu des bals et des courses de chevaux. Une flotte retournant des Indes en Angleterre venoit d’y toucher, ayant à bord la comtesse de Loudon et sa famille. La ville du Cap est devenue une ville presque angloise , et elle est trop connue pour que nous en fassions ici aucune description.

En notre qualité d’étrangers , nous fûmes vivement frappés, en débarquant, de la différence remarquable qui existe entre le teint

des femmes du Cap , et celui des Brunet tes , que nous venions de quitter à Rio-Janeiro. Un Angiois ëst probablement d’autant plus porte à admirer la beauté des premières, que leurs traits rappellent davantage ceux des femmes de son pays. On dit pourtant tout bas que cette ressemblance n’existe que pendant leur jeunesse, et que dans leur maturité, le défaut d’exercice et leurs habitudes sédentaires, donnent aux femmes du Cap un embonpoint un peu hottentot; mais ces propos doivent peutêtre s’attribuer à la malignité.

Le navire étant entré dans la baie de Simon, et ayant été radoubé , l’ambassadeur se rembarqua en cet endroit avec les marques d’attention ordinaires, et nous nous remîmes en route le 6 mai. Du 38° au 4o° nous trouvâmes les vents sur lesquels nous comptions; mais l’hiver étant alors avancé dans cet hémisphère ( fin de mai et commencement de juin ) , le temps étoit

froid et orageux,, et la mer houleuse. Le 24 niai nous passâmes près des îles de St.- Paul et d’Amsterdam. En nous approchant de cette dernière, nous vîmes de la fumée sortir de quelques crevasses. 11 existe dans cette île des sources d’eau chaude si voisines de la mer, qu’un pêcheur peut prendre des poissons à la ligne dans l’Océan , et les faire cuire dans la source, sans les détacher du hameçon , et sans changer de place. La mer agitée , et la nuit qui arrivoit ; ne nous permirent pas d’en faire l’expérience ; mais on ne peut douter de la réalité de ce fait. On voit, à la partie orientale de cette île, un immense cratère qui , ayant été rempli par la mer, forme à présent une espèce de havre.

Nous étant suffisamment avancés vers l’est pour gagner Java à l’aide des vents qui régnent ordinairement sous les tropiques, nous commençâmes à gouverner vers le nord et vers l’est , éprouvant tous les jours

une augmentation de chaleur. Le 8 juin nous aperçûmes Java , et nous jetâmes l’ancre le lendemain , dans la rade d’Anjéri, où la Lyre ëtoit déjà amarrëe. Nous vîmes le Général Hewitt à la hauteur du cap Nicolas, se rendant à Batavia. Ils n’étoient arrivés que deux jours avant nous (i). Nous fîmes ce voyage avec une célérité peu ordinaire , car en quatre-vingt-douze jours de navigation , notre vaisseau avoit fait environ i4,ooo milles , et visité toutes les parties du globe.

Après avoir passé un jour ou deux au village d’Anjéri, où nous eûmes le plaisir de voir la cérémonie d’un mariage java-

(i) La frégate étant meilleure voilière que les deux autres bâtimens , nous pûmes toucher à Rio - Janeiro sans prolonger le voyage, puisque, rq.algré ce retard , elle arriva presque en meme temps qu’eux au Cap. Il en fut de même ici, quoique nous fussions partis deux jours après eux. Nous pouvions donc leur donner, dans une pareille course, une avance de iqoo à i5op milles.

Bois, le colonel Yule, résident d’Angleterre dans le district de Rantam , accompagné de M. Mac Grégor, vint rendre ses devoirs à l’ambassadeur; qui partit avec toute sa suite pour Batavia, toutes les mesures ayant été prises pour les y conduire par terre. Pendant le peu de temps que nous restâmes à Anjéri , le roi ou sultan de Bantam mourut, et son oncle, héritier présomptif de sa souveraineté, refusa d’accepter ce titre , et aima mieux vivre dans une retraite paisible (1). U Alceste , après avoir fini sa provision d’eau, fit voile aussi pour Batavia. Nous avions apporté des dépêches par duplicata pour l’évacuation de l’île de Java,

(2) M.MacLeocl 11’est pasd’accord ici avec M. Ellis. Dans la relation de l’ambassade, publiée par ce dernier, il est dit que le Sultan eut pour successeur son fils encore fort jeune , et que l’oncle de son père fut nommé régent; que cet oncle, préférant la tranquillité de la retraite où il vivoit, à l’autorité dont on vouloil le revêtir, et à l’éclat de la, cour , résista long-temps aux instances qui lui furent

La Lyre étoit déjà partie pour la Chine, avec une lettre de lord Amherst pour sir George Staunton.

Le 21 juin, nous fîmes voile de Batavia avec le Général Hewitt. Le 23, nous vîmes Tîie de Lucepara, et nous entrâmes dans le détroit de Banca. Notre voyage jusque dans les mers de la Chine n’offrit rien d’extraordinaire. Le 9 juillet, nous rencontrâmes le vaisseau de Sa Majesté, X Orlando, et nous reçûmes des nouvelles des dispositions de nos coadjuteurs à Macao. Nous jetâmes l’ancre ensemble le lendemain , près de la grande Lemma, et nous y trouvâmes avec la Lyre , la Découverte et V Investigateur, bâtimens appartenant à la compagnie des Indes, à bord desquels étaient sir George

faites ; mais qu’ enfin il finit par accepter. M. Ellis étant resté dans l’île de Java , plus long-temps que M. Mac Leod , son récit est celui qui paroît mériter plus de confiance.

Note du traducteur.

Staunton , et quelques autres personnes de la factorerie (i), que la connoissance quils avoient de la langue chinoise, rendoient nécessaires comme interprètes.

Le motif qui avoit fait choisir ce rendez-vous, étoit le désir detre à l’abri de l’impertinence des autorités locales de Canton , qui n’auroient pas manqué de contrarier nos mesures, et d’opposer à l’ambassade tous les obstacles qu’elles auroient pu imaginer. Diverses circonstances nous ayant obligés d’y rester un jour ou deux , les vaisseaux jetèrent l’ancre près des îles de Hong- Kong. L’eau que nous avions prise à Anjéri, n’étant pas jugée bonne, nous en prîmes d’autre qui, tombant des rochers, ne pouvoit certainement être souillée par le mélange d’aucune matière végétale j car nul endroit n’offre un aspect plus nu et plus

(1) MM. Monison, Manning , Toone, Davis et Pear-

stérile que ces îles. On les nomme aussi îles des Larrons, Ladrones , parce qu elles servent de retraite aux pirates, et leur situation convient parfaitement à cet objet. Là on reçut un message annonçant que le bon plaisir de l’empereur étoit que l’ambassade fût reçue comme la précédente, et que les ordres nécessaires à cet effet avoient été, envoyés dans tous les ports de la mer Orientale, et de la mer Jaune.

Le i3 juillet l’escadre, composée de quatre vaisseaux et d’un brick, mit à la voile, et ayant côtoyé les provinces de Quangtong et de Fo-kien , passa le détroit de Formose, et entra dans le Tong-hai, ou la mer Orientale. Le vent varioit de temps en temps, mais sans cesser d’être favorable. Perdant de vue les îles Chusan, nous vîmes à l’est une terre que nous prîmes alors pour l’extrémité sud-ouest de la Corée. Le 24 nous vîmes l’île de Staunton, et les caps Gower et Macartney, dans la partie sud-

ouest du promontoire de la province de Chan-tong, et le lendemain, ayant tourné la pointe nord-est, nous entrâmes dans le golfe de Pe-tche-li. Le pays avoit l’air extrêmement stérile et sauvage. Le 26 nous passâmes près des îles Mi-a-lau, et nous nous dirigeâmes vers l’embouchure du fleuve Blanc, ou fleuve du Nord (1}, nous faisant précéder par la Lyre , pour annoncer 1 arrivée de l’escadre.

Lord Amberst lut alors publiquement une adresse à tous les individus qui dévoient suivre l’ambassade, pour leur établir des règles générales de conduite , et pour leur faire sentir la nécessite absolue d’agir de la maniéré la plus sage et la plus régulière pendant le temps qu ils aboient passer avec les Chinois, de manière à éviter toute possibilité de les offenser, et de s’attirer quelques désagrémens,

(1) Le Pei-ho. On ne sait trop si Pei signifie blanc ou

porcf Le dernier sens paroit le plus vraisemblable.

Nous jetâmes l’ancre le 28, à quelques milles de l’embouchure du fleuve *, mais la terre y est si basse, qu’on voyoit du vaisseau le haut des mâts des jonques qui étaient sur le fleuve , et les toits des maisons du village de Ta-kou. 11 est à croire que mous avions devancé l’attente des Chinois , car ils ne croyoient pas nous voir sitôt Ils ne pensoient guère nous voir arriver avant d’avoir reçu quelques nouvelles de notre passage. Ils n’avoient pu concevoir l’idée d’une telle rapidité, car dans le fait ils apprenoient à peine notre arrivée à lune des extrémités de leur empire, qu’ils nous voyoient déjà à l’autre.

Pendant notre passage sur la mer Jaune, le temps fut constamment beau et serein, et nous ne trouvâmes aucun de ces brouillards qui régnent fréquemment sur les parties de l’Océan où la mer a peu de profondeur.

Le vice-roi de Pe-tche-li avoit ete destitué

pour quelques fautes , et son successeur étant encore à Pékin , ce ne fut que le 4 août, que deux mandarins d’un rang distingué, et ayant les pouvoirs nécessaires , nommés Chang et Yin , vinrent à bord pour rendre leurs devoirs à l’ambassadeur , et prendre les mesures convenables pour le débarquement desprésens. Ces mandarins avoient un air fort étrange, pour ceux qui voyoient pour la première foisle costume Chinois. En les voyant par derrière , leurs robes courtes , et leurs jupons de crêpe , les auroient fait prendre pour de grosses vieilles femmes ; mais quand on les voyoit en face , leurs bottes mal faites , et leurs longues barbes détrompaient sur-lechamp. Les pêcheurs de ces environs, quoique nous ne fussions qu a environ cent milles de la capitale , étoient littéralement nus , n’ayant pas même la feuille de figuier. Nous ne nous attendions pas à trouver ce genre d’indécence chez un peuple assez fortement attaché au décorum , pour réprou-

Ver la sculpture, parce quelle laisse voir trop distinctement les formes du corps humain.

Chang étoit mandarin de l’ordre civil , et Yin, mandarin militaire. Ils avoient, suivant l’usage , les mois Ta-zhin ougrand homme , ajoutes à leur nom. Chacun d’eux fut salué de sept coups de, canon à son arrivée sur le vaisseau, où une garde étoit préparée pour les recevoir. Kous étions tous en grand costume , et l’on ne peut dire de cette ambassade , comme de la précédente , quelle manquoit de splendeur à cet égard. Après une conférence, cérémonieuse jusqu’à un certain point , et dont le but étoit en partie de Convenir de la marche qu’on alloit suivre , on leur offrit un repas dans la chambre du ca« pitaine , et ils retournèrent ensuite au rivage. Qwang ,chin-chae , ou légat, ou commissaire impérial ( i) , car on lui donnoit ces differens

(1) La personne qui remplit de pareilles fonctions, sous le grand sceau , obtient une espèce de rang temporaire

noms , ayant un rang supérieur aux autres , ëtoit resté à terre pour y recevoir l’ambassadeur. LordAmhert,etsasuite, se séparèrent donc de nous pour quelque temps , et quittèrent le vaisseau le 9 août. L’escadre avoit arboré tous ses pavillons; tous les mâts étoient dressés, et un salut de dix - neuf coups fut tiré de chacun des vaisseaux. L’ambassade entra dans le fleuve , suivie d’un grand nombre de jonques et de toutes nos chaloupes, dans un ordre régulier. Tant que nous restâmes à l’ancre, on envoya aux vaisseaux, suivant l’usage, des présens de bœufs, de végétaux, de riz, de thé et d’autres rafraîchissemens , mais avec une sorte de parcimonie. Plusieurs bœufs étoient morts quand ils nous furent appor-

qui lui donne droit à la préséance , même sur le vice-roi d’une province , quoiqu’il puisse porter au chapeau urf bouton indicatif d’un rang fort inférieur, et n’être qu’urir mandarin du dernier ordre.

tés, ayant été noyés dans le fond des barques, ou ayant péri pour quelque autre cause, pendant la traversée. Ce n’étoit pas un manque d’égards ou de civilité, caries Chinois ne font aucune différence entre la chair d’un animal tué par la main du boucher, ou de celui qui a péri de mort naturelle, et ils mangent ainsi les chiens, les chats, les rats , en un mot toute espèce de viande et de charogne. A cet égard ils ne nous traitèrent pas en étrangers, et agirent avec nous comme si nous n’eussions fait qu’une même famille.

Il fut alors décidé que la Lyre , suivie de V Investigateur , se dirigeroit vers le sud, dans le golfe, tandis que V Alceste et la Découverte s’avanceroient vers le nord. On convint d’un rendez-vous général pour se retrouver, et on le donna aussi au Général Hewitt.

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