CHAPITRE II
Départ de Z’Alcestë pour le nord du golfe
de Pe-tche-li. — Grande muraille . «
Habitàns de la Tartarie chinoise. .
Marche des Chinoises. — Découverte
des îles de sir James Hall.- — Corée. .
Entrevue avec un chef. - — L’ équipage débarque. — Consternation du chef. — »
Découverte d! autres îles. — Entrevue avec les naturels. — L’île de soufre. — * V ue du, grand Liou-tchioil.
Nous levâmes l’ancre le 1 r, et nous nous dirigeâmes vers le nord-est, accompagnés de la Découverte , tandis que la Lyre et V Investigateur marchoient vers le sud. Le i3, nous vîmes les îles de Ghalou-pou-tien , à une distance d’environ cinq lieues. Nous côtoyâmes la rive occidentale du golfe de Lea-tong , qu’aucun vaisseau européen n’avoit encore reconnue. A mesure que nous
avancions , le pays devenoit de plus en plus montagneux. Le i4? vers midi, étant par 3q° 29 7 de latitude nord, sur 120°. 6’ de longitude est , nous découvrîmes la grande muraille de la Chine, portant nord-ouest par ouest. Son point le plus voisin et le moins élevé , étoit alors à six ou sept lieues , mais nous nous en approchâmes davantage dans Faprès-midi.
On voyoit cette immense barrière sortir, pour ainsi dire , de la mer; passer sur la première montagne , qui étoit la moins haute , «’étendre sur notre droite, en gagnant, par une ligne oblique , le sommet de la seconde , parvenir à la troisième, qui étoit plus élevée, en se détournant vers la gauche, et en faisant un angle avec la précédente; enfin , gravir la quatrième , qui étoit la plus élevée et la plus éloignée , et qui formoit le dernier point où elle étoit visible pour nous (1). La
(1) Cette muraille s’étend sur environ i5oo milles, sans être interrompue par les montagnes ni par les riviè-
vue de cet ouvrage étonnant qui , pendant plus de vingt siècles a passé pour lune des plus grandes merveilles du monde , produisit en nous une sensation d’autant plus vive , qu’il paroissoit plus extraordinaire d’en jouir en se trouvant sur le tillac d’une frégate angloise. Soit que l’on considère cette muraille comme un effort étonnant de l’industrie des hommes , soit qu’on la regarde comme un monument élevé par une folie laborieuse, ce n’est pas moins un obj*et étonnant, nonseulement par son étendue immense, mais encore par sa grande antiquité , et elle a été si rarement visible à des yeux européens , que la curiosité se trouvoit satisfaite de l’a«
res. On dit qu’elle n’a que ving t-cinq pieds de hauteur ; qu elle est flanquée de tours a des intervalles peu considérables’, et qu’elle est assez large pour que plusieurs cavaliers puissent aisément j marcher de front. La tradition dit qu’un tiers des hommes en état de travailler, existant alors dans la Chine, furent occupés à sa construction , et qu elle fut achevée dans l’espace de cinq ans.
percevoir même à cette distance. Au delà de la muraille , est un promontoire remarquable , qui ressemble beaucoup au cap Sicie * endroit bien connu , près de Toulon. Le vent nous soufflant en poupe , nous approchâmes* vers le coucher du soleil* de la côte de la Tartarie chinoise, et le 1 5, soir, nous jetâmes l’ancre dans une baie, que nous nommâmes la baie de Ross , à l’abri des vents du nord-ouest au sud, mais qui y est ouverte du sud à Fouest. Elle est située par 89° 33’ de latitude nord , sur 1210 19’ de longitude est. Nous y trouvâmes une cascade d’excellente eau qui tomboit du haut d’un rocher.
Les naturels, qui très-probablement n’avoient jamais vu un vaisseau semblable au nôtre, s’attroupèrent le lendemain matin sur le rivage , mais ils ne montrèrent aucune envie de venir à bord. Ils sembloient moins amphibies que ne le sont ordinairement les habitans des côtes : on ne voyoit qu’un très-
petit nombre de bateaux pêcheurs , ou d’autres barques , quoique une belle et large baie , qui pourroit recevoir des bâtimens , tirant douze à quinze pieds d’eau , s’étendît dans l’intérieur.
Le premier officier qui s’écarta de l’aiguade , et qui s’avança du côté des villages , à environ deux milles , fut presque dévoré par la curiosité des habitans.
Etant assis sous un arbre , il vit chaque partie de son costume subir tour à tour l’exa^ men le plus détaillé , depuis le jabot de sa chemise, jusqu’à ses souliers. Ses boutons , portant une ancre, attiroient surtout l’attention. On refusoit nos dollars , mais pour un bouton nous obtenions tout ce que nous désirions. Les femmes avoient universellement de petits pieds : toutes celles que nous vîmes les avoient estropiés, et nous vîmes, dès le premier matin de notre débarquement, toutes celles du village. Nous ne nous attendions
pas à trouver cette difformité si loiu au delà de la grande muraille.
Ce peuple, au surplus, paroît complètement Chinois , et l’on y retrouve le langage, le costume et la religion de la Chine. Il nous parut avoir une grande ressemblance avec les Chinois que nous vîmes ensuite dans la province de Chan-tong, si ce n’est qu’il est moins incivil et moins grossier. Nous ne vîmes paroître aucun officier public, aucun homme élevé en dignité, pour nous demander les motifs de notre arrivée. Il régnoit une propreté remarquable dans leurs maisons et dans leurs jardins , et leurs villages offroient un air d’aisance , qu’on ne trouve pas toujours dans les contrées les plus civilisées de l’Europe. Le pays est montagneux , et entièrement dénué de bois 5 on n’y voit pas un arbre , si ce n’est dans le voisinage immédiat de leurs habitations. Les collines ressembloient aux pâtures destinées aux troupeaux en Angleterre. Le sol , aussi loin que nous
pûmes pénétrer, étoit excellent, et cultivé en grande partie. Le Holcus Sorghum paroissoit un des principaux objets de culture.
On voyoit sur les côtés des montagnes beaucoup de profondes crevasses ou gouttières , creusées par les torrens que forme la fonte des neiges en été : car , quoique ce pays soit situé sous la même latitude que le nord de l’Italie , ou le midi de la France , et qu’il fît alors très-chaud (août), cependant l’hiver doit y être excessivement froid , d’après la situation générale du pays , et par suite des vents qui soufflent du" nord à travers des déserts incultes. Les rochers y sont formés d’une pierre fort pesante, qui contient évidemment une grande quantité de fer. Nous y remarquâmes aussi de l’ardoise. Il doit y avoir quelque ville de commerce à la tête du golfe, à en juger parla quantité de jonques que nous vîmes remonter et descendre. Nous vîmes quelques fusils entre les mains d’un petit nombre de naturels ; mais ils n etoient
destines que pour la chasse, car nous n a^ perçûmes rien qui eût une apparence mili^ taire. Il nous fut impossible de nous procurer des bœufs , non qu’ils manquassent de bes-^ tiaux , mais parce qu’il nous fut impossible de leur faire comprendre la valeur du dollar d’Espagne , cette monnoie, d’un cours si gé* nëral , tombant dans le creuset dès quelle passe entre les mains d’un Chinois de Can-* ton.
Ayant fait notre provision d’eau, nous le-* vâmes l’ancre le 19, et nous longeâmes la côte vers le sud. A quatre heures après-midi , nous vîmes une ville considérable , située dans un enfoncement , entre deux rochers de couleur rouge. Les environs en étoient beaux et assez bien boisés. Elle sembloit une place commerçante , et un grand nombre de jonques étoient à l’ancre dans la rade. Le promontoire étroit qui s’avance en cet en^ droit dans la mer Jaune , et qui borne , du côté de l’est , le golfe de Lea-tong , fut nom*.
me par nous le Sabre du Régent , à cause de sa ressemblance avec un sabre. Sa pointe au sud , forme l’extrémité de la Tartane , et nous la nommâmes le Cap Charlotte , en honneur de S. A. R. la Princesse Charlotte de Galles.
L’île Léopold est située un peu au nordouest de ce cap.
La côte , depuis ce rivage jusqu’à notre ancrage , a quelque ressemblance avec celle qui régne de Plymouth-Sound au Start. Le lendemain matin, gouvernant vers le sud, nous traversâmes un groupe d’îles , presque en face et peu éloignées de celles Mee-a-tau , et nous les nommâmes le Groupe delà Com * pagnie. Nous donnâmes le nom de Canal Saint^George au bras de mer qui les sépare du cap Charlotte , et celui de Passage de Leaden hall au détroit que nous venions de traverser. Le rocher de Riede tl’île de Grant , sont encore des noms que nous donnâmes eu cette occasion. Bientôt après ? nous vîmes
les üesMee-a-tau, et dans l’après-midi , nous passâmes en vue delà ville de Ten-cheu-fou, où lord M acar tney toucha lors de la première ambassade. Elle paroît belle , vue de la mer j, mais les murs en semblent d’une trop grande étendue pour la ville. Continuant à marcher vers l’est, nous entrâmes le soir dans la baie ou havre de Kin-san-seu ou Zew-a-tau. La description claire et exacte qu’en a faite sir Erasme Gower, mit V Alceste e n état dy entrer sans hésitation et sans difficulté. Nous y trouvâmes le Général Hewitt. Il y a deux villes sur la péninsule qpi forme le coté du havre situé au nord-oue&tyet üne sur le rivage opposé. Elles n’ont aucune fortification , du moins on n’y voit aucun ouvrage qui mérite ce nom. Le peuple en paroissoit rustre et grossier. Nous eûmes le bonheur d’avoir à bord une foule de naturels, depuis le lever du soleil jusqu’à la nuit} ils se retirèrent alors , sans la moindre expression de remerciaient pour les civilités qu ils avoient reçues. Tou-
tes les femmes , de quelque condition qu’elles fussent , avoient les pieds petits, ce qui n’est pas, à beaucoup près, aussi general dans les provinces du sud, et surtout, dans les environs de Canton , où les femmes des classes mitoyenne et inferieure, conservent leurs pieds dans leur forme naturelle , à moins qu’une jeune fille n’annonce de la beauté , auquel cas on lui estropie les pieds, pour donner à ses charmes le dernier trait de perfection. On la dispose ainsi à pouvoir plaire a quelque mandarin , pour qui de petits pieds sont d’un grand prix, et par ce moyen, elle obtient quelquefois des grâces et des faveurs pour ses pareris.
Elles marchent, ou plutôt elles chancellent comme en trébuchant , en appuyant seulement sur les talons, sans toucher la terre du bout du pied , et lorsqu’elles veulent aller vite, il arrive souvent qu’elles se laissent tomber. Il faut alors qu elles se relèvent comme elles le peuvent, la galanterie
chinoise n’allant jamais assez loin pour venir à leur secours en pareille occasion. Nous en vîmes quelques-unes qui prenoient, en marchant , la précaution de se soutenir contre les murs des maisons. On porte les hiles dans les bras jusqu’à l’âge de huit ou neuf ans, leurs pieds, pendant les premières années de cette opération aussi cruelle qu’absurde, étant trop foibles pour soutenir le poids de leur corps. Les quatre doigts sont retroussés sous la plante du pied , et le pied tout entier, jusqu’à la cheville, est entouré de bandages très-serrés , qui en empêchent la croissance , et enfermé dans un petit soulier qui est généralement recouvert d’un plus grand. La douleur et l’irritation qu excite cet horrible procédé , de même que le défaut d’exercice , sont presque toujours funestes à la santé, et presque toutes les jeunes hiles ont un air pâle et languissant. 11 seroit aussi difficile d’assigner l’origine de cet usage barbare , que celui qu’avoient les
dames angloises de se comprimer la taille dans des corps bien serrés, et qu’elles n’ont Commencé à quitter que depuis peu, ou de celui qui fait subir aux hommes, en Italie, une opération pour en faire des instrumens de musique.
A terre , les naturels étoient insolens et grossiers , et encourageoient même les enfans à nous insulter et à nous jeter des pierres. Un mandarin saisit un panier de végétaux entre les mains de l’intendant du navire , lui ordonna de retourner au vaisseau avec l’interprète , battit ce dernier, et vomit des injures contre eux, les traitant de « diables d’étrangers, d’espions, etc. ». Nos relations avec l’ambassade nous lioient les mains à cette époque. Voyant qu’on ne pouvoit obtenir de rafraîchissemens en cet endroit , et ayant appris d’uu homme en autorité , qu’il nous seroit probablement plus facile de nous procurer des bestiaux dans un autre port, à quarante milles plus loin, vers
Test, nous nous préparâmes à nous y ren*3 dre.
La Lyre nous avoit rejoint pendant ce temps. Le capitaine Hall avoit reconnu les côtes à l’ouest et au sud du golfe de Petche-li : elles ne consistoient , pour la plupart, qu’en basses terres. Un endroit remarquable par une hauteur qui dominoit sur tous les environs , avoit reçu le nom de mont Ellis. Là nous nous séparâmes pour quelque temps de nos dignes amis, montant le Général Hewitt , qui avoient été nos compagnons de voyage depuis l’Angleterre , ce bâtiment se rendant à Canton pour y faire sa cargaison. Le 26 nous levâmes l’ancre de Zew-a-tau, et nous arrivâmes le lendemain matin à Oie-aie-oie , bon et grand port dont Fentrée fut sondée par la Lyre. À notre arrivée, plusieurs mandarins vinrent à bord pour nous saluer, et une vieille tour* située en face d’une hauteur, tira, en notre honneur, trois coups d’un petit caqon, tan-
dis qu'une douzaine et demie de soldats faisoient la parade comme ceux qu’on voit sur nos théâtres dans une pantomime. Ce salut fut rendu par un même nombre de coups que tirèrent les vaisseaux.
Nous perdîmes ici M. Gawthrop, maître du navire. Il mourut des suites d une maladie qui avoit commencé au cap de Bonne- Espérance. Il étoit âgé de quarante - trois ans, dont il avoit passé trente - trois sur mer. Il étoit distingué comme bon marin et navigateur habile. Sa carrière dans la marine avoit aussi été marquée par le talent dont il avoit fait preuve, pour la reconnoissance des côtes et des ports; quoiqu’il eût des manières brusques , son honnêteté étoit sans exemple. Le journal du vaisseau avoit été tenu pendant sa maladie par le chapelain , M. Taylor.
Nous l’ensevelîmes dans la mer, à l’entrée du port, avec les honneurs militaires. Nous ne jugeâmes pas convenable de l’en-
terrer sur le rivage , au milieu de gens qui auroient troublé la paix du tombeau , pour voler le cercueil -qui le renfermoit , ou les linges qui renyeloppoient. Ils nous avoient déjà donné des preuves de leurs dispositions au larcin.
Nous ne perdîmes pas de temps à rester davantage dans un endroit où nous ne trouvions rien qui pût nous être utile , et nous nous remîmes en mer le 29 , nous dirigeant à l est de la province de Cban-tong. La Découverte et Z [Investigateur nous quittèrent pour se rendre à Macao. Le 3i nous aperçûmes la terre du côté de Test ; mais le vent étant foible, nous jetâmes l’ancre sur quarante-trois brasses. Nous remîmesû la voile le lendemain matin , et nous jetâmes encore l’ancre dans la soirée , aû milieu d’un groupe d’îles ? par 3^° 45’ de latitude nord, sur 124° 4°’ 3o” de longitude est, près de la côte de la Corée. Les naturels montrèrent, par leurs signes et leurs gestes , le dé-*
sir d’empêcher le débarquement d’un dé^ lâchement que nous avions envoyé du vais^ seau. Ils se passoient la main sur le cou * comme pour nmis menacer de nous couper la gorge, et repoussoient nos barques du rivage. Us ne se portèrent pourtant à aucune violence. Nous nommâmes ces îles le groupe de sir James Hall. On voyoit à peu de distance le continent, dont les rives s’élevoient à une hauteur considérable. Nous levâmes l’ancre, et le vent soufflant du nord, nous nous dirigeâmes Vers le sud. Le 2 nous perdîmes de vue la terre; le vent tourna vers l’est , et nous continuâmes à voguer vers le sud. Le 3 nous passâmes près d’un grand nombre d’îles : la mer enétoit remplie, aussi loin que la vue pouVoit s’étendre du haut du grand mât. Le 4 nous entrâmes dans une belle baie qui s’avançoit dans le continent, au nord et à l’est, et qui étoit abritée en grande partie sur les autres points par 1 de Hélène et plusieurs autres îles si-
tuées à l’ouest. Nous jetâmes l’ancre sur six forasses en face d’un village. On voyoit une plus grande ville à quelque distance. Dans la soirée , six ou sept grandes barques abordèrent la Lyre , qui étoit plus voisine du rivage que la frégate. Elles amenoient un chef, probablement celui de ce district , accompagné d’une suite nombreuse. Il y vit le capitaine, accepta quelques rafraîchissemens, et se rendit ensuite à bord de l'Alceste, quoique la nuit fût tombée. La Lyre le salua , lors de son départ , de trois coups de canon, qui furent répétés par la frégate. En quittant le brick, un homme de sa suite, qui s’étoit sans doute rendu coupable de quelque faute , fut étendu par son ordre sur le tillac de sa barque , le ventre contre terre , et reçut , d’une manière sommaire , quinze à vingt coups d’un bambou plat sur le siège d honneur. Le patient poussant des cris , un grand nombre de' ses compagnons qui l’entouroient, en faisoient autant, soit
pour Couvrir sa voix , soit pour se moquer cîe lui. Cette ceremonie terminée , le son des trompettes et de plusieurs autres instrumens, annonça son arrivée à la frégate. C etoit un homme d'environ soixante - dix ans, ayant un air vénérable et majestueux* et dont la barbe et les cheveux étoient d une blancheur remarquable. 11 étoit vêtu dune robe bleu-clair, à larges manches* attachée autour de sôn corps par une ceinture de peau de buffle. Il avoit sur la tête un grand chapeau qui n avoit pas moins de cinq à six pieds de circonférence* et qui étoit fait de quelque substance ressemblant à du crin Vernissé. La Cavité, pour recevoir la tête, descendoit au-dessous des bords, et celle qui s élevoit au dessus , comme dans les chapeaux d'Europe* n etoit pas plus large qu'un Verre de grandeur ordinaire. Il portoit des espèces de demi -bottes, se terminant en pointe relevée. Il tenoit en main un petit bâton noir, entouré d'un cordon de soie,
et qui sembloit la marque de sa dignité. En îni étadt sôn chapeau à larges bords , il àthélt été ^n assez digne représentant du vieux roi Quelques personnes de sa
suite étoié#tT^il4taires5 ce qu on reconnois-
soit au pétit sabre ou à la courte rapière qu’ils portôient. Les officiers avoient à leur chapeau une plume de paon, distinction qui est aussi en usage en Chine. On le fit entrer dans la chambre du capitaine, où.
de préférence à une chaise , il s’assit sur un coussin de soplia placé par terre. L’étiquette parcissant être d’avoir la tete couverte, toute la compagnie , composée des capitaines Maxwell et Hall , et des autres officiers ,
s’y conforma , et tous s’asseyant sur le plancher , ayant sur la tête leurs chapeaux a cornes galonnés en or > au milieu des costumes étrangers des Coréens , ressembloient assez à une assemblée de masques.
On perdit, sans doute , une conversation fort intéressante, car on parla beaucoup sans
qu’on entendît un seul mot. L’interprète chinois que nous avions à bord, ne sa voit ni lire ni écrire sa propre langue jet, quoique quelques Coréens fussent en état d’écrire le dialecte qu’il comprenoit, il leur étoit impossible de le parler. Le vieux chef, cependant, témoigna par signes, sa satisfaction de l’accueil qu’il recevoit, et après avoir pr isquelquesliqueurs et quelques friandises , il se retira assez tard , au son des airs guerriers de ses musiciens * et fut salué une seconde fois par l’artillerie de la. frégate.
Pendant la nuit , plusieurs barques restèrent à l’ancre près de la Lyre,, paroissant chargées de surveiller Ses mouvemens. Le lendemain matin, de bonne heure, on vit le même chef sémharquer, au village le plus voisin , avec une suite encore plujsmqmbreuse que la veille , et il ne tarda pas à se rendre sur la Lyre , où il déjeuna, il avoit avec lui quelques sécrétaires ou hommes de plume, qui s’occupèrent à prendre des notes sur tout
ce qu’ils virent dans le vaisseau, dontFusage put leur être expliqué par signes. On leur désigna le nombre d’hommes , en les leur montrant, et en levant les dix doigts en Fair plusieurs fois. Ils comptèrent ensuite les canons , examinèrent les fusils , mesurèrent les ponts, etc., etc. Ils demandèrent qu’on tirât un coup chargé à boulet , d une des caronades, et ils semblèrent frappés d’étonnement, en voyant la distance qu’il parcourut , et surtout les ricochets qu’il fit sur la surface de l’eau. Après le déjeuner, quelques officiers, les capitaines Maxwell et Hall, MM. Cliffort , Law et moi, descendîmes dans des chaloupes, dans le dessein de nous rendre sur le rivage. Le vieux chef, croyant que nous allions à bord de l’Alceste , nous accompagna, suivi de sesbarques :mais dèsqu’il s’aperçut que nous nous dirigions vers la terre , il changea de figure , et montra la plus grande consternation, exprimantpar ses signes qu’il falloit rejoindre V Alceste , et branlant
îa tête lorsque nous lui montrions la ville»
Etant arrivés au rivage, nous débarquâmes , et nous fûmes aussitôt entourés dune foule de curieux. Le vieux chef baissa la tête sur sa poitrine, et croisa ses bras en gardant un morne silence. Enfin , il pleura à chaudes larmes, et s’éloignant en sanglotant, soutenu par des gens de sa suite , il s’assit sur une pierre, àpeu de distance, en nous regardant d’un airmélancolique.Xlparoissoitdans l’état d’un homme qui s'imaginent que l’arrivée des étrangers qu’il voyoit, étoit le signal d’un grand malheur pour son pays , et qu’il étoit l’être infortuné sous le gouvernement duquel ce désastre devoit arriver.
Les naturels, qui pendant ce temps avoient été tenus par nos soldats à une distance respectueuse, jetoient alternativement des regards d’é tonnement sur nous et sur leur chef désolé.
Le capitaine Maxwell, voyant la détresse de ce chef, ne voulut pas permettre qu’on
avançât 4avantage> e t luisît si gne de s’appro* jltifp j%1ffiey4nt vers nous à pas lents,
Ppj^f çxplifqça ^ le niieux qu’il fut possi-
d e^sei n hostile
çoûtçe, ç^^ç%^^ç nmrs nous présentions coininç ^i^.n^r^nsfsn^>ntra le soleil , et décrivant quatre fois son cours avec le doigt, il passa la main en travers sur son cou , laissa tomber sa tête sur sa poitrine , et ferma les yeux voulant 4an s doute nous faire entendre qu’il perdrait la tête dans quatre jours , teui^p%qnii^^t peutiêtre nécessaire pour recevoir des nouvelles de Jkin-ki-tao , la capitale, qu’il nous désigna en nous montrant l’intérieur du pays. Un de ses sécrétaires ou de ses conseillers, bavard inépuisable, monta sur une grasse pierre, et lit une harangue d’une Ion gu eu J considérable , dont le but étoit évidemnlent d’empê cher les étrangers de pénétrer plus avant dans le pays. ]N ou s leur témoignâmes, par signes , que nous désirions boire et manger , pensant qu’un sen*
tirnent d’hospitalité les porterait à nous engager à entrer dans leurs maisons. Mais on dépêcha sur-ife -champ vers le village , des messagers qui rappor tèrent de petites tables , des nattes pour s’asseoir , et des vivres de différentes espèces. Comme ce n’étoit point là notre but nous refusâmes d’y toucher, et nous tachâmes de leur faire comprendre qu’il étoit peu convenable de nous offrir à manger sur le rivage , en plein air. Enfin , pour leur prouver que ce n’étoit pas ainsi que nous recevions les étrangers, nous les invitâmes à revenir à la frégate , où nous leur offririons un bon diner, avec tous les égards possibles. Le vieillard, qui nous avoit observés avec attention , parut avoir bien compris nos signes. Il nous répondit en imitant l’action d’un homme qui boit et qui mange avec appétit et avec plaisir ; passant ensuite la main snr son estomac, comme pour dire « tout cela est fort bon. » Alors, prenant un air grave , il se passa encore la
main en travers du cou, baissa la tête et ferma les yeux , comme s’il eût voulu dire : « A quoi bon dîner, puisque je dois perdre la tête ? »
Voyant qu’il étoit impossible de pénétrer dans l’intérieur du pays , sans recourir à la violence, ce dont nous n’avions ni le droit, ni l’intention, nous regagnâmes nos chalou* pes , affectant de montrer du mécontentement de la manière dont nous avions été reçus.
Le vieux chef nous suivit a bord de V Alceste. Il sembloit abattu , et comme honteux de ne pouvoir nous faire un meilleur accueil. Se promenant sur les ponts, il essayoit de converser , par signes , avec tous ceux qu’il rencontroit. Il prit un morceau de papier à un officier qui étoit assis devant son bureau , et y traça quelques caractères. Il sembloit désirer une réponse, mais il nous étoit impossible de lui en faire une. On garda cet écrit , et en le montrant quelques mois après
à M. Bannerman , à Canton , il se trouva qu’il contenoit ces mots : « Je ne sais qui vous êtes : que venez-vous faire ici ? » On pouvoit pourtant voir assez aisément qu’il agis*soit d’après des ordres auxquels il n’osoit contrevenir, plutôt que d’après son inclination qui lui auroit inspiré des actes plus hospitaliers.
Il reçut une Bible que lui offritle capitaine Maxwell , à qui il parut savoir beaucoup de gré de ce qu’il n’avoit pas insisté davantage pour avancer jusqu’à la ville. Il l’emporta avec grand soin, présumant , sans doute, que c’éloit quelque communication officielle.
La baie de Basile , nom qu’on donna à cet endroit , est située par 36° 9’ de latitude nord, sur 126° 32’ de longitude est.
Dans l’après-midi ( 5 septembre ) nous levâmes l’ancre, et avançâmes vers le sud, à travers une innombrable quantité d’îles , qui sembloient toutes autant de montagnes
sortant du sein des mers. Aucune n’avoit une grande étendue ; très-peu paroissant avoir plus de trois à quatre milles de longueur. Autant que nous pûmesen juger, elles éloient assez généralement cultivées. Les habitans montaient presque partout sur la hauteur la plus élevée , pour voir passer les vaisseaux , et y restoient attroupés jusqu à ce qu’ils les perdissent de vue.
Nous jetâmes l’ancre le 8, par 34° 26’ de latitude nord , et nous nous assurâmes que la terre que nous avions vue, en entrant dans le Whang-hai ou la mer Jaune, et que nous avions nommée cap Amherst, ne faisoit point partie du continent. Nous lui donnâmes le nom d’île Alceste ; et un autre groupe d’environ vingt îles, s’étendant du nord au sud, paroissant faire partie de l’Archipel de la Corée , mais en étant pourtant séparé, reçut 'celui d’îles Amherst. Dans la matinée , après avoir sondé avec soin, nous mouillâmes dans un havre excellent , que nous nom-
marnes le Sund de Murray. Nous donnâmes aux îles qui le forment principalement , les noms de Shamrock et de Thistie.
On fit un grand nombre d'opérations et d’observations pour déterminer l’exacte position géographique de cet endroit, et la qualité de l’ancrage , et l’on donna des noms distinctifs aux endroits les plus remarquables, qui pouvoient servir par la suite de points de reconnoissance. Du haut de Montréal, l’une des plus élevées de ces îles, on en comptoit distinctement cent trente-cinq autres, et l’on voyoitle continent, dont les bords sont très-escarpés , s’étendre dans une distance d’environ quaran te milles , du nordest à l’est-sud-est. Craig -harriet, rocher en forme de pain de sucre , est à cinq milles à l’ouest du Sund de Murray* Un autre rocher, Huntly-lodge , ressemble à une église avec une tour quarrée. La direction du Sund est nord-nord-est demi-est, et sud-sud-ouest demi-ouest. C’est un fort bon ancrage, et
dont le fond est excellent. Les bras de met qui séparent cette multitude d’îles , ont généralement deux, trois et même quatre milles de largeur. Ils offrent tous , au moins au-*
tant que les chaloupes purent s’en assurer,
une chaîne non interrompue d’excellens havres, communiquant des uns aux autres , et où toute la marine du monde pourroit être en sûreté. L’effet du flux et du reflux de la marée y est considérable *, mais celui des courans , parmi une telle multitude d’îles , doit être extrêmement varié. Elles paroissent toutes habitées, et doivent, par conséquent, avoir de l’eau douce. Quand nous débarquâmes sur celle de Thistle, les femmes s’enfuie rent avec leurs enfans sur une montagne que nous nommâmes la Pointe de l’aigle, parce que nous avions vu, en y arrivant, un grand aigle perché sur son sommet, et elles se cachèrent dans des creux de rochers. Les hommes accoururent en foule sur le rivage, mais sans armes, poussant de grands cris ,
et nous faisant signe de ne pas avancer. Ils faisoienl aussi le geste de se passer la main en travers du cou. Néanmoins, quand ils virent , après nos visites réitérées que nous n’avions pas d’intentions hostiles , ils se familiarisèrent un peu. Ils s’attroupoient autour des officiers pour les voir tirer au blanc , leur apportaient de l’eau à boire, et offroient de partager avec eux leurs provisions. Mais ils n’agissoient pas ainsi par crainte , et ils montroient un véritable esprit d’indépendance. Quelquefois, semblant se rappeler tout à coup qu’ils contreven oient à la défense qui leur étoit faite , d’avoir aucune communication avec des étrangers, ils prenoient quelqu’un des officiers par les épaules, et le poussoient en lui montrant le vaisseau. Cette conduite fut uniforme partout où nous touchâmes. Nous ne vîmes pas d’armes à feu entre leurs mains ; mais quelques-uns de ceux qui vinrent à bord de l’Alceste , nous prouvèrent qu’ils n’étoient pas novices dans le ma-
niement du sabre. Us cultivent autant de grains quils en ont besoin pour leur consommation, nourrissent des bestiaux, et, d’après leur situation dans ces îles, on peut croire qu’ils tirent de ïa»pêche une grande partie de leur subsistance. Le peu de commerce que nous avons eu avec eux, fait qu’il seroit impossible de parler avec exactitude de leur gouvernement, de leurs mœurs et de leurs usages.
La Chine a peu de communications avec les barbares de V Ouest , encore sont^ elles limitées à un seul point , le port de Canton \ le Japon en a encore moins, et la Corée n’en a aucune. Elle conserve cependant quelque liaison avec la Chine, parle moyen de deux on trois jonques qui viennent tous les ans de la côte orientale.
Le peu de connoissances que nous avons sur la Corée , se puisent dans les écrits des Jésuites de la Chine, qui certainement n’étoicnt pas des guides infaillibles en toutes
choses. Mais quant à la géographie, à là littérature, au tableau des mœurs et des usages, quand la superstition neles entraîne pas , leurs travaux leur donnent droit à une place distinguée dans la république des lettres > surtout si Ion fait attention aux difficultés quils ont eu à surmonter. Mais en parlant de ce pays , ils n’avoient aucun motif pour tromper, et n?ont eu qu a dire la simple vérité.
La Corée, ou Kaoli, est tributaire de l’empereur de la Chine, et lui envoie tous les trois ans des ambassadeurs lui rendre hommage. Nous en vîmes pourtant assez pour nous convaincre que le souverain de ce pays, gouverne avec le pouvoir le plus despotique * et qu’il fait sauter la tète de ses sujets pour des causes assez légères. Ce ne pouvoit être sans de fortes raisons qu’on nous faisoit allusion à ce danger si fréquemment et si uniformément , dans des lieux si éloignés les uns les autres.
La loi qui défend toute communication avec des étrangers , paroit être vigoureusement exécutée (i). Dans une des premières îles vers le nord, où nous débarquâmes, un Coréen, dansun moment d'inattention , accepta un bouton qu’il avoit examiné avec curiosité 5 mais quand les chaloupes furent sur le point de partir , il accourut sur le rivage, insista pour qu’on le reprît, et poussa en même temps la barque de toutes ses forces , pour l’éloigner de la terre , sans doute afin d’expier la faute qu’il avoit commise. Ils refusoient presque toujours ce qu’on leur offroit.
Sa Majesté coréenne peut bien se faire
(x) On dit qu’un navire hollandois ayant fait naufrage v il y a très-long-temps sur la côte orientale de la Corée , son équipage fut retenu en esclavage pendant dix - neuf ans, et qu’on n’en apprit la nouvelle que lorsque quelquesuns de ceux qui en faisoient partie eurent trouve le moyen? de s’évader.
appeler, « roi de dix mille îles,» mais son domaine continental supposé, a été fort circonscrit par notre visite sur ses bords. Excepté lors des deux ambassades d’Angleterre, aucun vaisseau n’avoit jamais pénétré dans la mer J aune. Le Lion n’avoit fait que suivre les côtes de la Chine , sans toucher à celles de la Tartarie, ni de la Corée : Cook, La Peyrouse , Bougainville , Broughton et d’autres , avoient reconnu la côte orientale de la Corée, mais celle occidentale n’avoit encore été placée sur les cartes que d’imagination , car il faut la reculer à l’est , de cent à cent trente milles plus loin qu’on ne l’avoit fait jusqu’ici.
Les Jésuites ont donc dessiné les côtes de la Corée , d’après les rapports qui leur ont été faits, et non d’après leurs propres observations , car leur carte est fort incorrecte, et ne répond nullement à leur exactitude ordinaire. Les caractères de l’écriture chinoise n’y sont pas inconnus , mais leur
connoissance paroit concentrée parmi les gens instruits , car le langage habituel n’a pas même la ressemblance du son avec celui en usage à la Chine.
Nous levâmes l’ancre le io , et nous continuâmes notre voyage en nous dirigeant vers le sud. Nous donnâmes le nom de la Lyre à une île qui est à dix ou douze lieues à lest de File Alceste , et à peu près à la même distance , nord ouest de Quelpart.
Le n , nous trouvâmes, en sondant, quarante-neuf brasses , sur un fond de vase , par 3i° /p’ de latitude nord , sur 126° 3o’ de longitude est. Dans la matinée du i3 , nous vîmes l’île de Soufre , volcan situe par 2 70 56’ de latitude nord, sur 128° 1 1’ de longitude est. Nous en étions encore fort loin, que nous voyions d’énormes volumes de fumée , sortir de son cratère à de cours intervalles. Nouslouvoyâmes quelque temps sous ses côtes, en face d’un abymehorrible, d’où sortoit la fumée , mais il nous fut
impossible de prendre terre 5 le vent étoit violent , la mer houleuse , el les flots so brisoient avec fureur sur les côtes. Cette île, qui 11e paroî t pas avoir plus de quatre à cinq milles de circonférence , est escarpëe de toutes parts, excepté sur un ou deux points. Sa hauteur doit être considérable , à en juger de la distance d’où nous la vîmes ; peut être de douze cents pieds. L’odeur sulfureuse qu’elle exhaloit , étoit assez forte pour se faire sentir à deux ou trois milles. Sur un des côtés de cette île qu’on avoit regardée auparavant comme faisant partie de la Corée, on voit des couches de terre d’un rouge brillant. On croiroit presque , que le mercure et le sou fre qui y sont si abondans, se sont combinés oour lui donner cette couleur. Nous nous dirigeâmes alors vers le sud , avec un bon vent de nord-est , qui devint bientôt un ouragan. N’ayant pas assez d’espace à parcourir pour la nuit, et ne connoissant nullement la côte dont nous
nous approchions , nous prîmes toutes les précautions d’usage pour ralentir notre marche. Le i/j. au matin, nous déployâmes les voiles, et nous ne tardâmes pas à apercevoir une île s’élevant , en forme de cône , à une hauteur considérable. Immédiatement derrière elle , étoit l’îîe du grand Lioutchiou (i), L’état du temps ne nous permettoit pas d’approcher de la terre, plus près qu’à une distance de huit milles, une brise assez vive, venant de lest-nord-ouest, nous portant sur le rivage. Nous louvoyâmes au sud-ouest , et dans l’après midi , nous vîmes devant nous desbrisans dont s’approchoit la Lyre qui nous précédoit. La mer étoit trop grosse pour lui permettre de virer
(1) Les îles de Liou-tchiou portent une infinité de noms différens sur les cartes géographiques angloises et françoises. Elles y sont nommées Lieou-kieou , Likeyo , Lequeyo, Lieu-kieu. Le mot que j’ai adopté rend mieux la prononciation des naturels du pays. Les basses classes les uomment souvent , par corruption , X)ou-tcbou,
de bord. On avoit alors à bord de Y Alceste beaucoup d’inquiétude pour le brick , les brisans montrant à peu de distance leurs sommets blanchis par l’écume des vagues , et les flots battant avec violence contre les rochers. Il parvint pourtant, à force de prudence et de soin, à éviter le danger, et passa, à la satisfaction générale, par un canal formé entre le récif et quelques petites îles situées au sud. La frégate l’y suivit , et nous louvoyâmes toute la nuit dans le voisinage de la grande île.
Le temps fut superbe le lendemain matin, et l’aurore déploya a notre vue une riche étendue de pays bien cultivé , tel que nous n’en avions pas vu depuis peu sur les côtes stériles de la Chine et de la Tartarie. La terre , s’élevant graduellement , à partir de la mer, annonçoit plutôt les beaux paysages d’Angleterre, qu’une île éloignée du monde civilisé. L’air tranquille, paisible et délicieux de tout ce qui nous entouroit, for-
moit un agréable contraste avec la mer en fureur, èt notre situation dangereuse de la veille. Nous étions en face d’une ville ayant une sorte de circonvallation qui avançoit jus^ qu’au rivage. Quelques bateaux pêcheurs en sortirent, et s’approchant de la Lyre } of** frirent de l’eau douce et des végétaux dont ils étoient chargés. On leur demanda par signes oii nous pourrions trouver un bon am crage , et ils nous firent entendre qu’il fal«? loit tourner la pointe sud-ouest de l’ile.