CHAPITRE IV
Détails sur les îles Liou - tchiou. — Costume. — Beauté du pays.- — Exemple de V intelligence des insulaires. — Leur politesse et leur obligeance . — Obsèques d'un marin anglois. — Médecine et chirurgie. — Danses. — Physique des naturels. — Leur origine présumée. — - Fisite de l'héritier présomptif du trône. « — Fête qu'il donne aux Anglois. — Départ des îles Liou-tchiou.
L’habillement des habitans de Lioutchiou est aussi remarquable par sa simplicité que par son élégance. Leurs cheveux, qui sont d’un noir luisant ( étant frottés d’une substance onctueuse que leur donne la feuille d’un certain arbre) , sont relevés, par devant et par derrière, et vont se réunir au sommet de la tête, où ils sont attachés étroitement ensemble. On a grand soin qu’ils
soient tous parfaitement unis; et la partie des cheveux qui est au-dessus du cordon , et dont on forme une espèce de petite fontange 5 est retenue par deux anneaux , appelés cames achi et usisachi. Ces anneaux sont d or , d’argent ou de cuivre , suivant le rang et la fortune de celui qui les porte ; et le camesachi est surmonté d'une petite étoile. Ce genre de coiffure est universellement adopté., depuis le roi jusqu'au dernier de ses sujets, avec la plus stricte uniformité, et produit un effet très-agréable. A lage de dix ans, les enfans commencent à porter \Yusisachi , et à quinze, ils y joignent le cames achi. A l’exception des personnes en place, qui ont un bonnet, mais seulement pendant l’exercice de leurs fonctions, les habitans ne paroissent point se couvrir la | tête , du moins lorsqu’il fait beau. Ils por- | tent une espèce de chemise et des caleçons,
| et mettent par-dessus une longue robe flol- | tante , avec des manches très-amples , et at-
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lacliëe par une large ceinture. Ils ont à leurs pieds des sandales, artistement faites avec de la paille ; et les grands mettent aussi des guêtres blanches, qui montent au-dessus de la cheville. La qualité de leurs robes dépend du rang de celui qui en est revêtu. Les classes supérieures portent des étoffés de soie de diverses couleurs, avec une ceinture dune nuance toute différente , et qui , quelquefois, est brodee en or. La basse classe se sert généralement d’une espece d étoffé de coton , dont la couleur est ordinairement brune , quelquefois blanche , tachetée de bleu.
Les grands ou officiers publics , sont divisés en neuf classes , et distingués par leurs bonnets \ nous en remarquâmes quatie soites : le plus remarquable étoit porté par un membre de la famille royale. 11 étoit de couleur violette, et orne de fleurs dun jaune éclatant:, ensuite venoit la couleur pourpre, puis la jaune } et enfin la rouge qui sem-
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bloit être le partage de la dernière classe^ Nous ne pûmes faire que peu d observations sur la toilette des femmes. On dit que les plus distinguées portent simplement une robe large et flottante sans aucune ceinture. Elles laissent flotter leurs cheveux sur leurs épaules , ou bien les relèvent sur le coté gauche de leur tête , en les attachan t avec un ruban autour duquel des boucles de cheveux frisés retombent de toutes parts. Les femmes du peuple ont de petits jupons , assez semblables aux jupes écossoises , avec une robe courte , mais très large , par-dessus.
L’île de Liou-tcbiou est située dans le meilleur climat du globe. Rafraîchie par les brises qui , d’après sa position géographique, soufflent sur ses cotes dans toutes les saisons de l’année , elle n’est tourmentée, comme beaucoup d’autres pays , ni par des chaleurs ni par des froids excessifs \ tandis que , par la nature même du sol, qui ne donne naissance qu’à des ruisseaux et à des
rivières , sans être infectée par des étangs et des marais fangeux, cette source malheureusement si féconde de maladies, dans les climats plus chauds , n existe pas sur ses bords; et le peuple y paroi t jouir d’une santé robuste, car nous ne vîmes nulle part d’êtres souffrans et maladifs, non plus qu’aucune espèce de mendians.
Les plaines verdoyantes , et les paysages romantiques de Tinian et de Juan Fernandès,sibien décrits dans le voyage d'Anson,se montrent ici aux regards dans une plus haute perfection et sur une échelle plus magnifique, car la culture y prête un nouveau charme aux beautés delà nature. Lu haut d une éminence qui dominoit sur les vaiseaux , la vue est, dans toutes les directions, pittoresque et délicieuse. — L un coté, ce sont les îles qui, de distance en distance, sortent du sein de l’Océan, tandis que la clarté de 1 eau, permet à l’œil de sonder la profondeur de la mer, et d’apercevoir tous ces récifs de corail