‹ Voyage du Comte De Forbin a SiamChapitre 3 sur 16 · VOYAGE · texte numérisé non relu

VOYAGE

(lG85-tG88).

Départ de l’ambassade. — Traversée.

A mon arrivée à Paris 1 , je trouvai à la cour deux mandarins siamois , accompagnés de M. Le Vacher, prêtre des missions établies à Siam. Ces mandarins avaient exposé en arrivant , qu’ils étaient envoyés par les ministres de Sa Majesté

1. Claude Forbin, auquel nous empruntons ce récit, naquit en 1506, à Gardanne, près d’Aix. Avant de partir pour Siam, il avait déjà assisté au bombardement et à la prise d’Alger et fut un de nos plus intrépides marins. Il fit plusieurs courses contre les Anglais en compagnie de Jean Bart, se distingua à la fatale bataille de la Hogue , concourut à la victoire de Lagos, et parvint glorieusement au grade de chef d’escadre. Il fut chargé, en 1708, de conduire le prétendant en Ecosse , et ne reprit pas ia mer après cette expédition , dont on sait le mauvais succès.

Les Mémoires du comte de Forbin ont été écrits sous ses yeux et d’après ses manuscrits, par Simon Rcboulet, auteur d’une Histoire du règne de Louis XIV.

Siamoise, pour apprendre des nouvelles d’une ambassade que le roi leur maître avait envoyée à la cour de France, et qu’ayant appris près de nos côtes, que le vaisseau qui portait l’ambassadeur et les présents du roi de Siam avait malheureusement fait naufrage, ils avaient poussé leur route jusqu’en France, selon les ordres qu’ils en avaient.

Dans les différentes conférences qu’ils eurent avec les ministres, ils firent entendre, conformément à leurs instructions , que le roi leur maître protégeait depuis longtemps les chrétiens; qu’il entendait parler volontiers de leur religion ; qu’il n’était pas éloigné lui-même de l’embrasser ; qu’il avait donné ordre à ses ambassadeurs d’en parler à Sa Majesté : et ils ajoutèrent enfin, que leur maître , dans les dispositions où il était , se ferait infailliblement chrétien , si le roi le lui proposait par une ambassade.

Sur ces raisons, qu’on exagéra bien au delà de la vérité, et qui furent appuyées par M. Le Vacher, Sa Majesté, touchée d’une part des avances du roi de Siam, et de son empressement à le rechercher , et de l’autre faisant attention qu’il n’était pas impossible que ce prince embrassât le christianisme, si on l’y invitait par une ambassade d’éclat ; comprenant d’ailleurs tout l’avantage que la religion retirerait d’une conversion qui pou-

vail être suivie de tant d’autres , consentit à ce qu’on lui demandait, et nomma, pour sou ambassadeur à Siam, M. le chevalier de Chaumont, capitaine de ses vaisseaux. 11 aurait été difficile de choisir un sujet plus digne d’une commission qui paraissait si importante ; car outre les avantages qu’il tirait de sa naissance, et de mille autres qualités personnelles qui le distinguaient très - avantageusement , il était d’une piété si reconnue , qu’une ambassade , dont le but allait principalement à convertir un roi idolâtre , et peut-être tout son royaume, ne pouvait être confiée à un sujet qui, par ses vertus, pût donner une plus haute idée de la religion qu’il devait persuader.

Cependant, comme il pouvait arriver que l’ambassadeur mourût dans le cours d’un si pénible voyage, et qu’il y avait à craindre, en ce cas, que l’ambassade ne tombât sur quelqu’un qui fût incapable de la remplir, M. l’abbé de Choisy fut nommé en second , avec la qualité d’ambassadeur ordinaire , supposé qu’il fallût faire un long séjour à Siam, et que le roi souhaitât de se faire instruire.

Les choses étant ainsi réglées, M. de Chaumont, qui , pour relever la majesté de l’ambassade , songeait à se faire un cortège qui pût lui faire honneur , et qui avait jelé les yeux sur un certain

nombre de jeunes gentilshommes qui devaient l’accompagner, me proposa ce voyage. Je ne rejetai pas les offres qu’il me faisait , mais je lui répondis, que s’agissant d’aller presque au bout du monde, je ne pouvais m’engager à lui qu’après avoir consulté ma famille et ceux qui s’intéressaient pour moi ; que j’allais de ce pas en conférer avec mes amis, et que s’ils le trouvaient à propos, je me ferais un honneur et un plaisir de le suivre.

Dès le même jour je fis part à M. le cardinal de Janson 1 2 , et à Bonteins*, de la proposition qu’on m’avait faite ; ils furent d’avis l’un et l’autre que je devais l’accepter ; que bien loin de nuire par là à ma fortune, je ne pouvais pas faire ma cour plus sûrement , le roi ayant cette ambassade fort à cœur ; que pour moi , je ne risquais rien à m’éloigner du royaume dans un temps de paix, l’inaction où je serais obligé d’y vivre ne me laissant que très-peu d’espoir de m’avancer. Sur ce conseil, je fus trouver M. de Chaumont, et lui ayant témoigné la satisfaction que j’aurais à l’accompagner, je’ lui en donnai parole. 11 fut charmé des engagements que je prenais avec lui, et sur ce que je lui fis connaître , que pour avoir occa-

1. Le cardinal de Forbin-Janson, évêque de Beauvais, parent du chevalier de Forbin.

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