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bleaux que cette position ; rien de si magnifique que le port , les murailles et Tintérieur de la nouvelle ville. Le célèbre temple d*Esculape , situé dans le faubourg , est couvert d'offrandes , tribut de la reconnaissance des malades ; et d'inscriptions qui indiquent et les maux dont ils étaient affligés , et les remèdes qui les ont délivrés.
Hippocrate.
Un plus noble objet fixait notre attention.
C'est dans cette ile que naquit Hippocrate , la première année de la quatre-vingtième olympiade '. Il était de la famille des Asclépiades, qui, depuis plusieurs siècles, conserve la doctrine d'Esculape , auquel elle rapporte son oi'igine. Elle a formé trois écoles , établies. Tune à Rhodes, la seconde à Cnidc, et la troisième à Cos. 11 reçut de son père Héraclide les élémens des sciences ; et convaincu bientôt que, pour connaître l'essence de chaque corps en particulier , il faudrait remonter aux principes constitutifs de Tunivers, il s'appliqua tellement à la physi |ue générale, qu'il tient
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un rang honorable parmi ceux qui s'y sont ]fi plus distingués.
Les intérêts de la médecine se trouvaient alors entre les mains de deux classes d^ hommes qui travaillaient , à Tinsu Tune de Tautre , à lui ménager un triomphe éclatant. D'un c6té, les philosophes ne pouvaient s'occuper du système général de la nature sans laisser tomber quelques regards sur le coi*ps humain , sans assigner à certaines causes les vicissitudes qu'il éprouve souvent : d'un autre côté , les descendans d'EscuIape ti'aitaient les maladies suivant des régies confirmées par de nombreuses guérlsons , et leui'S ti'ois écoles se félicitaient à l'envi de plusieurs excellentes découvertes. Les philosophes discouraient , les Asclépiades agissaient. Hippocrate , enrichi des connaissances des uns et des autres , conçut une de ces gitmdes et importantes idées qui servent d'époques à l'histoire du génie ; ce fut déclairer l'expérience par le raisonne** ment , et de rectifier la théorie par la pratique. Dans cette théorie néanmoins , il n'admit que les principes relatifs aux divers phé-* noménes que présente le corps humain , con-* sidéré dans les rapports de maladie et de santé*
A la fiiTeur de cette méthode, Fart, élevé à 1^ dignité de la science, marcha d^un pas plus ferme dans la route qui venait de s'ouvrir ; el Hippocrale acheva paisiblement une révolution qui a changé la face de la médecine. Je ne m'étendrai ni sur les heureux essais de ses nouveaux remèdes , ni sur les prodiges qu'ils opérérentdans tous les lieux honorés de sa pré* seuce , et surtout en Thessalie , où , après un long séjour , il mourut , peu de temps avant mon arrivée dans la Grèce. Mais je dirai que ni l'amour du gain, ni le désir de la célébrité , ne l'avaient conduit en des climats éloignés. D'après tout ce qu'on m'a rapporté de lui , je n'ai aperçu dans son âme qu'un sentiment , l'amour dlU bien; et dans le cours de sa longue vie , qu'un seul fait , le soulagement des malades.
11 a laissé plusieurs ouvrages. Les uns ne sont que les journaux des maladies qu'il avait suivies; les autres contiennent des résultats de son expérience et de celle des siècles anté~ Heurs ; d'autres enfin traitent des devoirs du médecin , et de plusieurs parties de la méde» cine ou de la physique ; tous doivent être médités avec attention, parce que l'auteur se
contente souvent d'y jeter les semences de sa doctrine, et que son style est toujours concis : mais il dit beaucoup de choses en peu de mots, ne s'écarte jamais de son but ; et , pendant qu'il y court , il laisse sur sa route des traces de lumière plus ou moins aperçues, suivant que le lecteur est plus ou moins éclairé. C'était la méthode des anciens philosophes , plus jaloux d'indiquer des idées neuves que de s'appesantir sur les idées communes.
Ce grand homme s'est peint dans ses écrits.
Rien de si touchant que cette candeur avec laquelle il rend compte de ses malheurs et de ses fautes. Ici, vous lirez les listes des malades qu'il avait traités pendant mie épidémie , et dont la plupart étaient morts enti*e ses bras. Là, vous le verrez auprès d'un Théssalien blessé d'un coup de pierre à la tête. Il ne s'aperçut pas d'abord qu'il fallait recourir à la voie du trépan. Des signes funestes l'avertirent enfin de sa méprise. L'opération fut faite le quinzième jour, et le malade mourut le lendemain. C'est de lui-même que nous tenons ces aveux ; c'est lui qui , supérîeur à toute espèce d'amour-propre , voulut que ses erreurs même fussent des leçons.
Peu content d'avoir consacré ses jours au soulagement des malheureux , et déposé dans ses écrits les principes d'une science dont il fut le créateur, il laissa, pour l'institution du médecin , des régies dont je vais dominer une légère idée*
La vie est si courte , et Tari que nous exerçons exige une si longue élude, qu'il faut, dés sa plus tendre jeunesse , en commencer Tappreutissage. Voulez-vous former un élève, assurez-vous lentement de sa vocation. A-l-il reçu de la nature un discernement exquis , un jugement sain , un caractère mêlé de douceur et de fermeté , le goût du travail , et du penchant pour les choses honnêtes , concevez des espérances. Souflre-t-il des souffrances des autres , son âme compatissante aime-t-elle k s'attendrir sur les maux de l'humanité , concluez-en qu'il se passionnera pour un art qui apprend à secourir l'humanité.
Accoutumez de honne heure ses mains aux opérations de la chirurgie', excepté à celle de la taille , qu'on doit abandonner aux artistes de profession. Faites-lui parcourir succcssi-
' Elles faisaient alors partie de la médecine.
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Tement le cercle des sciences ; qae la physique lui prouve IHnfluence du climat sur le corps humain ; et lorsque , pour augmenter ses connaissances, il jugera à propos de voyager en différentes villes , conseillez-lui d'ob^ server scrupuleusement la situation des lieux, les variations de l'air, les eaux qu^on y boit , les alimens dont on s'y noumt , en un mot , toutes les causes qui portent le trouble dans réconomie animale.
Vous lui montrerez , en attendant , à quels signes avant-coureurs on reconnaît les maladies , par quel régime on peut les éviter, par quels remèdes on doit les guérir.
Quand il sera instruit de vos dogmes , clairement exposés dans des conférences réglées, et réduits , par vos soins , en maximes courtes et propres à se gi*aver dans la mémoire , il faudra l'avertir que l'expérience toute seule esl moins dangereuse que la théorie dénuée d'expérience ; qu'il est temps d'ap})liquer les piincipes généi*aux aux cas particuliers, qui, variant sans cesse , ont souvent égaré les médecins pai* des ressemblances trompeuses ; qu(; ce n'est ni dans la poussière de l'école , ni dans les ouvrages des philosophes et des pra-
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ticiens qii^on apprend Tart d'interroger la nature , et Fart plus difficile d'attendre sa réponse. Il ne la connaît pas encore cette nature , il l'a considérée jusqu'ici dans sa vigueur , et parvenant à ses lins sans obstacle. Vous le conduirez dans ces séjours de douleur où, déjà couverte des ombres de la mort, exposée aux attaques \iolentes de Tennemi, tombant, se relevant pour tomber encore, elle montre à l'œil attentif ses besoins et ses ressources. Témoin et effrayé de ce combat , le disciple vous verra épier et saisir le moment qui peut fixer la victoire , et décider de la vie du malade. Si vous quittez pour quelques instans le champ de bataille , vous lui ordonnerez d'y rester, de tout obsei-ver, et de vous rendre compte ensuite , et des changemens arrivés pendant votre absence , et de la manière dont il a cru devoir y remédier.
C'est en l'obligeant d'assister fréquemment aces spectacles terribles et instructifs, que vous rinitierez , autant qu'il est possible, dans les secrets intimes de la nature et de l'art. Mais ce n'est pas assez encore. Quand, pour un léger salaire, vous l'adoptâtes pour disciple , il jura de conserver dans ses mœurs et
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dans ses fonctioDS une pureté inaltérable.
Qu'il ne se contente pas d'en avoir fait le serment. Sans les vertus de son état, il n'en remplira jamais les devoirs. Quelles sont ces vertus ? Je n'en excepte pi*esquc aucune , puisque son ministère a cela d'honorable , qu'il exige presque toutes les qualités de l'esprit et du cœur. £n elTet, si Ton n'était assuré de sa discrétion et de sa sagesse , quel chef de famille ne craindrait pas, en l'appelant , d'introduire un espion ou un intrigant dans sa maison , un corrupteur auprès de sa femme ou de ses filles ? Comment compter sur son humanité , s'il n'aborde ses malades qu'avec une gaieté révoltante , ou qu'avec une humeur brusque et cbagrine ; sur sa fermeté , si , par uneservile adulation, il ménage leur dégoût, et cède à leurs caprices ; sur sa prudence , si, toujours occupé de sa parure , toujours couvert d'essences et d'habits magnifiques , on le voit errer de ville en ville , pour y prononcer en l'honneur de son art des discours étayés du témoignage des poêles ; sur ses lumières , si, outre cette justice générale que l'honnête homme observe à l'égard de tout le monde, il ne possède pas celle que le sage exerce sur
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lui-même , et qui lui apprend qu'au tnilieu du plus grand savoir se trouve encore plus de disette que d^abondance ; sur ses intentions , s*il est dominé par un fol orgueil, et par cette basse envie qui ne fut jamais le partage de l'bomme supérieur 5 si , sacrifiant toutes les considéi'ations à sa fbrlune , il ne se dévoue qu^au service des gens riches; si, autorisé par Tusage à régler ses honoraires dés le commencement de la maladie , il s* obstine à terminer le marché , quoique le malade \çmpire d'uu moment à Tautre ?
Ces vices et ces défauts caractéiisenl surtout ces hommes ignorans et présomptueux dont la Grèce est remplie , et qui dégradent le plus noble des arts, en trafiquant de la vie et de la mort des hommes ; imposteurs d'autant plus dangereux , que les lois ne sauraient les atteindre , et que l'ignominie ne peut les humilier.
Quel est donc le médecin qui honore sa profession? celui qui a mérité Testime publique par un savoir profond , une longue expérience , une exacte probité , et une vie sans reproche; celui, aux yeux duquel tous les malheureux étant égaux , comme tous les hommes
le sont aux yeux de la DWinité, qui accourt avec empressement à leur voix, sans acception de personnes, leur parle ayec doucem* , les écoute avec attention , supporte leurs impatiences , et leur inspire cette confiance qui sufHt quelquefois pour les rendre à la -vie; qui, pénétre de leurs maux, en étudie avec opiniâtreté la cause et les progrès, n'est jamais troublé par des accidens impré* TUS , se fait un devoir d'appeler au besoin quelques-uns de ses confrères pour s'éclairer de leui's conseils ; celui enfin , qui , après avoir lutté de toutes ses forces contre la maladie , est heureux et modeste dans le succès , et peut du moins se féliciter, dans les revers , d'avoir suspendu des douleurs et donné des consolations.
Tel est le médecin philosophe qu'Hippocrate compai*ait à un dieu , sans s'apercevoir qu'il le retraçait en lui-même. Des gens qui, par Texcellence de leur mérite , étaient faits pour reconnaître la supériorité du sien, m'ont souvent assuré que les médecins le regarderont toujoui*s comme le premier et le plus habile de leurs législateurs , et que sa doctrine , adoptée de toutes les nations , opérera encore
des milliers de guérisons après des milliers d'amiées. Si la prédiction s'accomplit , les plus Tastes empires ne pourront pas disputer à la petite île de Cos la gloire d'avoir produit l'homme le plus utile à l'humanité ; et aux yeux des sages , les noms des plus grands conquérans s'abaisseront devant celui d'Hippocrate.
Après avoir visité quelques-unes des îles qui sont aux environs de Cos , nous partîmes pour Samos.