CHAPITRE LXXVl
Voyage à De'los et aux Cyclades.
DiNS rheui^eux clknal que j'habite , le priulemps est comme Taurore d'un beau jour :
oo y jouit des biens qu'il amène et de ceux qu'il promet. Les feux du soleil ne sont plus obscurcis par des vapeurs grossières ; ils ne sont pas encore in*ités par Taspect ardent de la canicule. C'est une lumière pure, inaltéi-able , qui se repose doucement sur lous les objets; c'est la lumière dont les dieux sont couronnés dans l'Olympe.
Quand elle se montre à l'horizon , les arbres aj5;iient leurs feuilles naissantes , le» bords de Tllissus rclenlisscnl du chant de»
oiseaux, et les échos du mon! Hymette , du son des chalumeaux rusliques. Quand elle est près de s'éteindre , le ciel se couvre de voiles élincelans , et les nymphes de T Attique vont , d'un pas timide , essayer sur le gazon
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des «bmses légères : mais bientôt «tte te kÂte d'édore , et aioi-s on ne regrette ni la fraîcheur de la nuit qu^ou vient do perdre , ni la splendeur <hi jour ^i TaTait précédée ; il semble ^'un nouveau soleil se lève sur un nouvel univers , et qu'il apporte de Torient des couleurs inconnues aux mortels. Chaque instant ajoute un nouveau trait aux beautés de la nature; à chaque iostant, le grand ouvrage du développement des êtres avance vers sa perfection.
O jours brilluns l 6 nuits délicieuses !
quelle émotion excitait dans mon âme cette suite de tableaux que vous offriez à tous mes sens ! O dieu des plaisirs l 6 printemps ! je vous ai vu cette année dams toute votre gloire : vous parcouriez en vainqueur les campagnes de la Grèce , et vous détachiez de votre tête les fleurs qui devaient les embellir ; vous paraissiez dans les vallées, elles se changeaient en prairies riantes ; vous paraissiez sur les montagnes , le serpolet et le thym exhalaient mille parfums ; vous vous éleviez dans les airs, et vous y répandiez la sérénité de vos* regards. Les amours empressés accouraient à votre voix ; ils lançaient de toutes parts des
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traits enflammés : la terre en était embrasée. Tout renaissait pour s*embellir ; tout s*embellissait pour plaire. Tel parut le monde au sortir du chaos, dans ces momens fortunés où l'homme , ébloui du séjour qu'il habitait, surpris et satisfait de son existence, semblait n'avoir un esprit que pour connaiti^e le bonheur , un cœur que pour le désirer , une âme que pour le sentir.
Cette saison charmante ramenait des fêles plus charmantes encore , celles qu'on célèbre de quatre en quatre ans à Délos pour honorer la naissance de Diane et d'Apollon^ Le culte de ces divinités subsiste dans l'ile depuis une longue suite de siècles. Mais, comme il commençait à s'affaiblir, les Athéniens instituèrent pendant la guerre du Péloponèse des jeux qui attirent cent peuples divers. La jeunesse d'Athènes brûlait d'envie de s'y distinguer : toute la ville était en mouvement. On
* Le 6 du mois atiique thargelion , on célébrait la naissance de Diane ^ le 7, celle d^ApoUon. Dans la 3^ année de la 109^ olympiade, le mois ihargelion commença le a mai de Tan 34 1 avant J. C. : ainsi , le 6 et le 7 de thargelion concoururent avec le 8 et le 9 de mai.
y préparait aussi la députation solennelle qui "va tous les ans offrir au temple de Délos un tribut de reconnaissance pour la victoire que Thésée remporta sur le Minotaure. Elle est conduite sur le même vaisseau qui transpoiia ce héros en Crèle ; et déjà le prêtre d'Apollon en avait couronné la poupe de ses mains sacrées. Je descendis au Pirée avec Philotas et Ljsis ; la mer était couverte de bàtimens légers qui faisaient voile pour Délos. Nous n'eûmes pas la liberté du choix ; nous nous sentimes enlever par des matelots dont la joie tumultueuse et vive se confondait avec celle d'un peuple immense qui courait au rivage.
Ils appareillèrent à l'insrant : nous sortîmes du port, et nous aboi*dâmes le soir k Tilc de Céos.
Le lendemain nous rasâmes S jros ; et ayant laissé Ténos à gauche y nous entrâmes dans le canal qui sépare Délos de Tile de Rhénée.
Nous vîmes aussitôt le temple d'Apollon , et nous le saluâmes par de nouveaux transporU de joie. La ville de Délos se développait presque toute entière à nos regards. Nous pai^courions d*un œil avide ces édifices superbes, ces portiques élégans, ces forêts de colonnes dont
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elle est ornée ; et ce spectacle , qui variait à mesure que nous approchions , suspendait en nous le désir d'arriver.
Parvenus au rivage y nous courûmes au temple , qui n'en est ékû^é que d'environ cent pas. Il y a plus de mille ans qu'Ërysichthon, fils de Cécrops, en jeta les premiers fondcmens, et que les divers Elais de la Gi'èce ne cessent de l'embellir : il était couvert de festons et de guirlandes qui , par l'opposition de leurs couleurs , donnait un nouvel éclat au marbi'^ de Paros dont il est construit. Nous vîmes dans l'intérieur la statue d'Apollon, moins célèbre par la délicatesse du travail que par son ancienneté' Le dieu tient son arc d'une main ; et , pour moiArer que la musique lui doit son origine et ses agrémens , il soutient de la gauche les trois Grâces , représentées, la première avec une lyre , la seconde avec des flûtes , et la troisième avec un chalumeau.
Auprès de la statue est cet autel qui passe pour une des merveilles du monde. Ce n'est point l'or, ce n'est point le marbre cpi'on y admire ; des cornes d'auiimaux pliées avec effort , entrelacées avec art et sans aucun
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eônent , forment un tout auMÎ solide que régulier. Des prêtres , occupés k Toraer de fleurs et de rameaux , nous faisaient remarquer TisgéMeux tissu de ses parties. C'est le dieu lui-même , s'écria un jeune ministre , qui , dans son enfance , a pris soin de les unir entre elles. Ces cornes menaçantes que 'VOUS Toyea suspendues à ce mur, celles dont Tautel est composé, sont les dépouilles des chèvres sauvages qui paissaient sur le mont Cjntbus , et que Diane fit tomber sous ses coups. Ici les regards ne s'arrêtent que sur des prodiges. Ce palmier, qui déploie ses branches sur nos têtes , est cet arbre sacré qui ser* Tit d'appui à Latone, lorsqu'elle mit au monde les divinités que nous adorons. La forme de cet autel est devenue célèbre par un problème de géométrie, dont on ne donnera peut-être jamais une exacte solution. La peste ravageait cette ^ , et la guerre déchirait la Grèce. L'oracle , consulté par nos pères , répondit que ces fléaux cesseraient s'ils faisaient cet autel une ibis plus grand qu'il n'est en eflfet . Us entrent qu'il suffisait de l'augmenter du double en tous sens ; mais ils virent avec étonnement qu'ils construisaient une masse énorme , qui
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contenait huit fois celle que tous avez sous les yeux. Après d^aulres essais , tous infimetueux, ils consultèrent Platon qui revenait d^Egypte. Il dit aux députés que le dieu, par cet oi'acle, se jouait dé l'ignorance des Grecs, et les exhortait à cultiver les sciences exactes, plutôt que de s'occuper éternellement de leurs divisions. En même temps il proposa une voie simple et mécanique de résoudre le problème ; mais la peste avait cessé quand sa réponse arriva. C'est apparemment ce que l'oracle avait prévu, me dit Philotas.
Ces mots , quoique prononcés à demi- voix, fixèrent l'attention d'un citoyen de Délos. Il s'approcha , et , nous montrant un autel moins orné que le précédent : Celui-ci, nous dit-il, n'est jamais arrosé du sang des victimes ; on n'y voit jamais briller la flamme dévorante : c'est là que Pythagore venait , à l'exemple du peuple , offrir des gâteaux , de l'orge et du froment; et sans doute que le dieu était plus flatté de T hommage éclaii*é de ce grand homme que de ces ruisseaux de sang dont nos autels sont continuellement inondés.
Il nous faisait ensuite observer tous les détails de l'intérieur du temple. Nous l'écou-
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lions arec respect ; uous admirions la sagesse de-SCS discours , la douceur de ses regards , et le tendre intérêt qu'il prenait à nous.
Mais quelle fut notre surprise lorsque des éclaircissemens mutuels nous firent connaître Philoclès ! C'était un des principaux habiians de Délos par ses richesses et ses dignités ; c'était le père d'Ismcoe , dont la beauté faisait l'entretien de toutes les femmes de la Grèce ; c'était lui qui, prévenu par des lettres d'Athènes , devait exercer à notre égard les devoirs de l'hospitalité. Après nous avoir embrassés à plusieurs reprises : Hâtez - vous, nous dit-il , venez saluer mes dieux domestiques ; venez voir Ismène , et vous serez témoins de son hymen ; venez voir Leucippe son heureuse mère, et vous partagerez sa joie : elles ne vous recevront pas comme des étrangers , mais comme des amis qu'elles avaient sur la terre , et que le ciel leur destinait depuis long- temps. Oui , je vous le jure , ajouta-t-il en nous serrant la main , tous ceux qui aiment la vertu ont des droits sur l'amitié de Philoclès et de sa famille.
Nous sortîmes du temple; son zèle impatient nous peiToit à peine de jeter un coup
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d'œil sur celte fouie de statut et d'autels dont il est entouré. Au milieu de ces moinimens s*élève une figure d'Apollon, dont la ' hauteur est d'environ vingl-qualre pieds ; de longes ti'^sses de cheveux flottent sur ses épaiiles , et son manteau , qui se replie sur le bras gauche , semble obéir aii souffle du zéphir. La ligure et la plinthe qui la soutient sont d'un seul bloc de marbre , et ce fui*ent les habitans de Naxos qui le consacrèrent en ce lieu. Près de ce colosse , Nicias, général des Athéniens , lit élever un palmier de bronze , dont le travail est aussi précieux que la matière. Phis loin^ nous lûmes sur plusieui*s statues celte inscription fastueuse : L'île de Chio est célèbre par ses vins excel- ' lens ; elle le sera dans la suite par les ouvrages de Bupalus et dAnthermus. Ces deux artistes vivaient il y a deux siècles. Ils ont été suivis et elHicés par Phidias et les Praxitèle ; et c^est ainsi qu'en voulant éi émiser leur gloire , ils n'ont éternisé que leur vanité.
La ville de Délos n'a ni tours ni murailles, et n'est défendue que par la présence d'Apollon. Les maisons sont de brique, ou d'une espèce de granit assez commuu dans Tile.
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Celle de PLiloclès s*éle-?ait sur le bord d'un lac couvert de cygnes, el presque partout entouré de palmiers.
Leucippe , avertie du retour de son époux , vint au devant de lui , et nous la primes pour Ismonc; mais bientôt Isméne parut ,' et nous la prîmes pour la déesse des amours. Philoclés nous exhorta mutuellement à bannir toute contrainte ; et dés cet instant nous éprouvâmes à la fois toutes les surprises d'une liaison naissante , et toutes les douceurs d'une ancienne amitié.
L'opulence brillait dans la maison de Philoclés ; mais une sagesse éclairée en avait si bien réglé l'usage , qu'elle semblait avoirlout accordé au besoin , et tout refusé au caprice. Des esclaves , heureux de leur servitude , couraient au dcvaut de nos désirs. Les uns répandaient sur nos mains et sur nos pieds une eau plus pure que le cristal ; les autres chargeaient de fruits une table placée dans, le jardin, au milieu d'un bosquet de myrtes.
Nous commençâmes par des libations en l'honneur des dieux qui président à l'hospitalité'. On nous fit plusieurs questions sur nos voyages. Philoclès s'attendrit plus d'une fois
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au souvenir des amis qu'il avait laissés dans le continent de la Grèce. Après quelques itistans d'une conversation délicieuse, nous sortîmes avec lui pour voir les préparatifs des fcles.
C'éla'rt le jour suivant qu'elles devaient commencer * ; c'était le jour suivant qu'on honorait à Délos la naissance de Diane. L'île se remplissait insensiblement d'éti^'angers attirés par la piété, l'intérêt et le plaisir. Ils ne trouvaient déjà plus d'asile dans les maisons; on dressait des tentes dans les places publiques ; on en dressait dans la campai^ne ; on se i*evoyait après une longue absence , et on se précipitait dans les bras les uns des Autres. Ces scènes touchantes dirigeaient nos pas en difTérens endroits de l'île; et, non moins attentifs aux objets qui s'offraient k nous qu'aux discours de Pbiloclès , nous nous instruisions de la nature et des propriétés d'un pays si fameux dans la Grèce.
L'Ile de Délos n'a que sept à huit mille pas do tour , et sa largeur n'est qu'environ le tiers de sa longueur. Le mont Cynlhus , dirigé du
* Le 8 mai de Pan 34 1 avant J. C.
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nord au midi , teiinine ime plaine qui s'étend vers l'occident jusqu'aux bords de la mer.
C'est dans cette plaine que là ville est située. Le reste de Tîle n'offre qu'un terrain inégal et stérile , à Texceplion de quelques vallées agréables que forment diverses collines placées dans sa partie méridionale. La source de rinopus est la seule dont la nature l'ait favorisée ; mais , eu divers endroits , des citernes et des lacs conservent pendant plusieurs mois les eaux du ciel.
Délos fut d'abord gouvernée par des rois qui réunissaient le sacerdoce à TEmpire.
Dans la suite elle tomba sous la puissance des Athéniens , qui la purifièrent pendant la guerre du Péloponèse. On transporta les tombeaux de ses anciens habitans dans l'île de Rbénée. C'est là que leurs successeurs ont vu pour la première fois la lumière du jour; c'est là qu'ils doivent la voir pour la dernière fois. Mais s'ils sont privés de l'avantage de naître et de mourir dans leur patrie , ils y jouissent du moins pendant leur vie d'une tranquillité profonde : les fureurs des barbares , les haines des nations , les inimitiés particulières tombent à l'aspect de celle terre
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sacrée : les coursiers de Mars ne la foulent jamais de leurs pieds ensanglantés : tout ce qui présente F image de la guerre en est sévèrement banni : on n'y souffre pas même Tanimal le plus fidèle à Thomme , parce qu'il y détruirait des animaux plus faibles et plus timides ' . Enfin la paix a choisi Délos pour son séjour , et la maison de Philoclès pour son palais.
Nous en approchions, lorsque nous vîmes venir à nous uu jeune homme dont la démarche, la taille et les traits n'avaient rien de mortel. C'est Théagène , nous dit Philoclès , c'est lui que ma fille a choisi pour son époux ; et Leucippe vient de fixer le jour de son hymen. O mon père ! répondit Théagène en se précipitant entre ses bras , ma reconnaissance augmente à chaque instant. Que ces généreux éti'angers daignent la pai-tager avec moi : ils sont mes amis, puisqu'ils sont les vôtres ; et je sens que l'excès de lu joie a besoin de soutien comme l'excès de la dou-
< il n'hélait pas permis d*avoir des chiens à Delos (SU'ab., lib. lo, p. 486), de peur qu^ils n^'y détruisissent les lièvres et les lapins.
leur. Vous pardonnei-ez ce transport, si vous avez aimé , ajouta-t-il eu s'adressant à nous ; et si vous n^avez point aimé , vous le pardonnerez en voyant Ismèiie. L'intérêt que nous primes à lui sembla calmer le désordre de ses sens et le soulager du poids de son bonheur.
Philoclès fut accueilli de Leucippe et dlsméne comme Hector Tétait d'Andromaque toutes les fois qu^il rentrait dans les murs dllium. On servit le souper dans une galerie ornée de statues et de tableaux ; et nos cœurs, ouverts à la joie la plus pure , goûtèrent les charmes de la confiance et de la libeité.
Cependant Pbiloclés mettait une lyre entre les mains d'Ismène , et l'exhortait à chanter un de ces hymnes destinés à célébrer la naissance de Diane et d'Apollon. Exprimez par vos chants, disait -il, ce que les filles de Délus retraceront demain dans le temple par la légèreté de leurs pas. Anacharsis et Philotas eu reconnaîtront mieux Torigine de nos (êtes , et la nature du spectacle que nous ofiHrons à leurs yeux,
Isroène prit la lyre , en tira , comme par distraction , quelques sons tendres et tou-
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chans, qui n'échappèrent pas à Théagène ; et tout à coup , préludant avec rapidilé sur le mode dorien , elle peignit en ti^its de feu la colère implacable de Junoo contre une rivale odieuse. « C'est en vain que Latone « veut se dérober à sa vengeance ; elle a eu u le malheur de plaire à Jupiter, il faut que « le fruit de ses amours devienne Finstrument « de son supplice el périsse avec elle. Junon « parait dans les cieux ; Mars , sur le mont « Hémus en Thrace; Iris, sur une montagne « voisine de la mer : ils effraient par leur « présence les airs , la terre et les îles.
« Ti-emblanle , éperdue , pressée des douleurs « de Tenfantement , Latone , après de longues « courses , arrive en Thessalie , sur les bords a du fleuve qui l'arrose. O Pénée , s'écrie- « t-elle , arj'êtez-vous un moment , et recevez « dans vos eaux plus paisibles les enfans de <( Jupiter que je porte dans mon sein. O « nymphes de Thessalie , filles du dieu dont «j'implore le secours! unissez -vous à moi « pour le fléchir. Mais il ne m'écoute point, « et mes prières ne servent qu'à précipiter « ses pas. O Pélion ! 6 montagnes affreuses ! tf vous êtes donc mon unique ressource ;
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n hélas ! me refusei-ez-vous dans vos carêmes « sombres une retraite que vous accordez à M la lionne en Ira^il ?
a A ces mots , le Pénée altendrt suspend « le mouvemenl de ses flots bouillonnans.
« Mars le voit, frémit de fui-eur; et sur le «c point d'ensevelir ce fleuve sous les débris « fumans du mont Pangée , il pousse un cri « dans les airs , et fi*appe de sa lance contre «son bouclier. Ce bruit, semblable à celui « d'une armée , agite lea campagnes de Thes- « salie , ébranle le moBt Ossa , et va au loin a rouler en mugissant dans les antres pro- <t fonds du Pind^. C'en était fait du Pénéc, « si Latone n'eut quitté des lieux où sa pré- « sence attirait le coun-oux du ciel. Elle vient « dans Bos iles mendier une assistance qu'elles « lui refusent; les menaces d'Iris les remplis- « sent d'épouvante.
« Délos seule est moins sensible à la crainte « qu'à la pitié. Délos n'était alors qu'un ro- « cher stérile , désert , que les vents et les « flots poussaient de tous côtés. Ils venaient a do le jeter au milieu des Cyclades , lorsqu'il a entendit les accens plaintifs de Latone. Il 41 s'arrête aussitô)., et lui offre un asile sur
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tt ]es bords sauvages de l^Inopus. La déesse , a transportée de reconnaissance , tombe au « pied d'un arbre qui lui prête son ombre , « et qui , pour ce bienfait , jouira d*un prin- « temps éternel. C*est là qu'épuisée de fati- « gue, cl dans les accès des plus cruelles « souffrances, elle ouvre des yeux, presque « éteints , et que ses regards où la joie brille « au milieu des expressions de la douleur, « rencontrent enfin ces gages précieux de (( tant d'amour , ces enfans dont la naissance « lui a coûté tant de larmes. Les nymphes de « l'Inopus , témoins de ses transports , les K annoncent à T univers par des cantiques sa- « crés, et Délos n'est plus le jouet des vagues <c inconstantes ; elle se l'epose sur des colonnes « qui s'élèvent du fond de la mer, et |[ui s'ap- (c puient elles-mêmes sur les fondemens du « monde. Sa gloice se répand en tous lieux; « de tous les côtés les nations accourent à ses « fêles , et viennent implorer ce dieu qui lui « doit le jour, et qui la rend hem'cuse par « sa présence. »
Isméne accompagna ces dernières paroles d'uu regard qu'elle jela sur Théagéne , et nous ^commençâmes à respirer en liberté i
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mais nos âmes étaient encore agitées par den secowïSes de terreui* et de pitié. Jamais la lyre d'Orphée , jamais la voix des Sy rênes n'ont rendu des sons si touchans. Pendant qu'lsmène chantait, je l'inteiTompais souvent, ainsi que Philolas , par des cris invoLontaii-es d'admiration; Philoclèset Leucippe lui prodiguaient des marques de tendresse qui la flattaient plus que nos éloges ; Théagéne écoulait et ne disait nen.
Enfin il arriva ce jour qu^on attendait avec tant d'impatience. L'auroi'e traçait faiblement à rhorizon la route du soleil , lorsque nous parvînmes au pied du Cynthus. Ce mont n'est que d'une médiocre élévation : c^est un bloc de granit où brillent difiërentes couleurs , et surtout detf parcelles de talc noirâtres et luisantes. Du haut de la colline on découvre une quantité surprenante d'fles de toutes grandeurs : elles sont semées au milieu des flots avec le même beau désordre que les étoiles le sont dans le ciel. L'œil les parcourt avec avidité , et les recherche après les avoir perdues. Tantôt il s'égare avec plaisir dans les détours des canaux qui les séparent entre elles ; tantôt il mesure lentcmeut les lacs et
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les plaines liquides qu'elles embrassent : car ce n'est point ici une de ces mei-s sans bornes, où rima^ioation n'est pas moins accablée que surprise de la grandeur du spectacle ; où Tàrae inquiète , cherchant de tous côtés à se reposer , ne trouve partout qu'une vaste solitude qui l'attriste , qu'une étendue immense qui la confond. Ici le sein des ondes est devenu le séjour des mortels ; c'est une ville dispersée sur la surface de la mer; c'est le tableau de l'Egypte lorsque le Nil se répand dans les campagnes , et semble soutenir sur . ses eaux les collines qui servent de retraite aux habitans.
La plupart de ces iles , nous dit Pliiloclés , se nomment Cyclades ' , parce qu'elles forment comme une enceinte autour de Délos^ Scsostris , roi d'Egypte , en soumit une partie à ses armes ; Minos, roi de Crète, en gouverna quelques-unes par ses lois ; les Phéniciens , les Caricns , les Perses , les Grecs , toutes les nations qui ont eu l'empire de la mer , les ont successivement conquises ou peuplées : mais les colonies de ces derniers
» Cycle en grec signitie cercle.
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onl fait disparaître les traces des colonies étrangères , et des intérêts puissans ont pour jamais attaché le sort des Cjclades à celui de la Grèce;
Les unes s'étaient dans Torigine choisi des rois ; d'autres en avaient reçu des mains de leurs vainqueurs : mais l'amour de la liberté , naturel à des Grecs , plus naturel encore à des insulaires , détruisit le joufç sous lequel elles gémissaient. Tous ces peuples se formèrent en petites républiques , la plupart indépendantes , jalouses les unes des autres ; et cherchant mutuellement à se tenir en équilibre par des alliances et des protections mendiées dans le continent. Elles jouissaient de ce calme heureux que les nations ne peuvent attendre que de leur obscurité, lorsque TAsie fit un efTort contre TEurope, et que les Perses couvrirent la mer de leurs vaisseaux. Les îles consternées s'allPaibiirent en se divisant. I^es unes eurent la lâcheté de se joindre à Tennemi ; les autres , le courage de lui résister. Après sa défaite , les Athéniens formèrent le projet de les conquérir toutes : ils leur firent un crime presque égal de les avoir secourus ou de les avoir abandonnés ,
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et les assujettirent successWemenl , sous des
prétextes plus ou moins plausibles.
Athènes leur a donné ses lois : Athènes en exifçe des tributs propoRlionnés à leurs forces. A l'ombre de sa puissance , elles voient fleurir dans leur sein le commerce , l'agriculture , les arts , et seraient heureuses si elles pouvaient oublier qu'elles ont été libres.
Mycone.
Elles ne sont pas toutes également fertiles : il en est qui suffisent à peine au besoin des habitans. Telle est Mycone , que vous entrevoyez à l*est de Délos , dont elle n*est éloignée que de vingt-quatre stades '. On n'y voit point les ruisseaux tomber du haut des montagnes et fertiliser les plaines. La terre , abandonnée aux feux brûîans du soleil , y soupire sans cesse après les secours du ciel ; et ce n'est que par de pénibles efforts qu'on fait germer dans son sein le blé et les autres grains nécessaires à la subsistance du laboureur. Elle semble réunii* toute sa vertu en faveur des vignes et des figuiers, dont les
^ Deux railles deux ceni soixaule-huil toises.
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fruits sont renommés. Les pei*drix , les cailles el plusieurs oiseaux de passage s'y Irouvent en abondance. Mais désavantages, communs à cette île et aux iles voisines , sont une faible ressource pour les habitans, qui, outre la stérilité du pays , ont encore à se plaindre de la rigueur du climat. Leurs têtes se dépouillent de bonne heure de leur ornement naturel ; et ces cheveux flottans , qui donnent tant de grâce à la beauté , ne semblent accordés à la jeunesse de Mycone que pour lui en faire regretter la perte.
On reproche aux Myconiens d'élie avares et parasites : on les blâmerait moins, si , dans une fortune plus brillante, ils étalent prodigues et fastueux ; car le plus grand malheur de rindigence est de faire sortir les vices et de ne pouvoir les faire pardonner.
Rhënee.
Moins gi^ande^mais plus fertile que Mycone , Rhénée , que ^ous \oyez à l'ouest , et qui n'est éloignée de nous que d'environ cinq cents pas , se dislingue par la richesse de ses collines et de ses campagnes. A travers le
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canal qui sépare les deux îles , élail autrefois tendue une chaîne qui semblait les unir :
c'était l'ouvrage de Polycrate, tyran de Samos { il avait cru , par ce moyen , communiquer à l'une la sainteté de l'autre '. Mais Tile de Hhénée a des droits plus légitimes sur notie respect : elle renferme les cendres de nos pères ; elle renfermera un jour les nôtres. Sur celte éminence , qui s'oiïre directement à nos ref::ards , ont été transportés les tombeaux qui étaient auparavant à Délos. Ils se raulliplienl tous les jours par nos pertes, et s'élèvent du sein de la terre comme autant de trophées que la mort couvre de son ombre menaçante.
Portez vos regards vers le nord - ouest , vous y découvrirez les côtes de l'île de Ténos. Hors de l'enceinte de la capitale , est un de ces bois vénérables dont la religion consacre
* Vers le même lemps, Crœsus assiégea la ville d^Ephëse. Les habitans^ pour obi en ir la proleclion de Diane, leur principale divinité, lendirenl une corde qui , d^un côte', s^allacbail à leurs murailles, et de Taulre , au leraple de la déesse, éloigne de sepl slades, ou de six cenl soixante-une toises et demie. (Herodot., lib. i.cap. 36. PoIiaen.,sirateg. lib.6,cap. So.^lian. var. hist., lib. 3, cap. a6. }
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la durée, et sur lesquels le temps multiplie vainement les hivers. Ses routes sombres servent d'avenues au superbe temple que, sur la foi des oracles d'Apollon, les babilans élevèrent autrefois à Neptune : c'est un des plus anciens asiles de la Grèce. Il est entouré de ))lusieurs grands édifices où se doiment les repas publics , ou s'assemblent les peuples pendant les fêles de ce dieu. Parmi les élog;es qui retentissent en son honneur , on le loue d'écarter ou de dissiper les maladies qui aflfli- ^en( les humains, et d'avoir détruit les serpens qui rendaient autrefois cette île inhabitable.
Ceux qui la cultivèrent les premiers en furent une terre nouvelle , une terre qui répond aux vœux du laboureur ou les prévient.
Elle olfrc à ses besoins les fruits les plus exquis , et des grains de toute espèce ; mille fontaines y jaillissent de tous côtés, et les plaines , enrichies du tribut de leurs eaux , s'embellissent encore par le contraste des montagnes arides et désertes dont elles sont entourées. Ténos est séparée d^Andros par un canal de douze stades de largeur ' .
> Près d^nnc demi-lieae.
Andros.
On trouve dans cette dernière île des mon-^ lagnes couvertes de verdure , comme à Rhénée ; des sources plus abondantes qu'à Ténos; des vallées aussi délicieuses qu'en Thessalie ; des fruits qui flattent la vue et le goût ; enfin une ville renommée par les didicuUés qu'eui*ent les Athéniens à la soumettre , et par le culte de Bacchus, qu'elle honoi*e spécialement.
J'ai vu les transports de joie que ses fêles inspirent ; je les ai vus dans cet âge où l'âme reçoit des impressions dont le souvenir ne se renouvelle qu'avec un sentiment de plaisir.
J'étais sur un vaisseau qui revenait de l'Eubée : les yeux fixés vers l'orient , nous admirions les apprêts éclatans de la naissance du jour, lorsque mille cris perçans attirèrent nos regards sur Tîle d' Andros. Les premiers rayons du soleil éclairaient une éminence couronnée par un temple élégant. Les peuples accouraient de tous cotés ; ils se pressaient autour du temple , levaient les mains au ciel » se prosternaient par terre , et s'abandonnaient à Timpétuosité d'une joie efH'énée. Nous abor-
dons ; nous sommes entrstinés sur le haut de la colline ; plusieurs voix confuses s'adressent à nous : Venez, -voyez , goûtez. Ces flots de TÎn qui s* élancent à gros bouillons du temple de Bacchus n^étaient hier, cette nuit, ce matin, qu^une source d'eau pure : Bacchus est Fauteur de ce prodige ( il Topère tous les ans, le même jour , à la même heure ; il Topércra demain, après demain, pendant sept jours de suite. A ces discours entrecoupés, succéda bientôt une harmonie douce et intéressante, a L'Achéloûs , disait-on , est célèbre par se^ a roseaux ; le Pénée tire toute sa gloire de a la rallée qu*il arrose , et le Pactole des « fleui*s dont ses rives sont couvertes : mais a la fontaine que nous chantons rend les hom« a mes forts et éloquens , et c^est Bacchus lui-; « même qui la feit couler. »
Tandis que les ministres du temple, maîtres des souterrains d*où s'échappait le ruisseau, se jouaient ainsi de la crédulilé di^ peuple , j'étais tenté de îes féliciter du succès de leur artifice . Ils trompaient ce peuple , mai^ ils le rendaient heureux.
i3o VOYAGE
Gyaros.
A une distance presque égale d'Andros et de Céos , un trouve la petite ile de Gyaros , digne retraite des brigands , si on en purgeait la terre; région sauvage et hérissée de rochers. La nature lui a tout refîisé, comme elle semble avoir tout accordé à l'île de Céos.
Ceot.
Les bergers de Céos rendent des honneurs divins et consacrent leurs troupeaux au berger Aristée , qui , le premier , conduisit une colonie dans cette île. Us disent quHI revient quelquefois habiter Leurs bois paisibles , et que, du fond de ces retraites, il veille sur leurs taureaux plus blancs que la neige.
Les prêtres de Céos vont tous les ans sur une haute montagne observer le lever de la canicule , offrir des sacrifices à cet astre ainsi qu^à Jupiter , et leur demander le retour de ces vents favorables qui, pendant quarante jours , brisent les traits enflammés du soleil et rafraîchissent les airs.
hcs habitans de Céos ont construit un lem*
D'ANACHARSIS. i3i
pie fin rhoanem* d* Apollon; ils conserrent airee respect celui que Nestor, en revenant de Troie » fil élever à Minerve » et joignent le ciidte de Bacchus au culte de ces divinités.
Tant d'actes de religion semblent leur attirer la faveur des dieux. L'ile abonde en fimits et en pâturages ; les corps y sont robustes , les âmes naturellement vigoureuses , et les peuples si nombreux , quUls ont été obligés de se distribuer en quatre villes , dont loulis est la principale. Elle est située sur une hauteur , et tire son nom d'une soui*ce féconde' qui coule au pied de la colline. Garessus , qui en est éloigné de vingt •> cinq stades * , lui sert de poil et Tenrichit de son commerce.
On verrait dans loulis des exemples d^une belle et longue vieillesse , si Tusage ou la loi n'y peimettait le suicide à ceux qui, pai*ve« nus à rage de soixante ans , ne sont plus e^ état de jouir de la vie, ou plutôt de servir la r^mblique. Ils disent que c'est une bonté de survivre à soi-même , d'usurper sur la terre une place qu'on ne peut plus remplir, et de s'approprier des jours qu'on n'avait reçus
> Près d^UDé lieue,
i3a VOYAGE
que pour la patrie. Celui qui doit les terminer est un jour de fête pour eux. : ils assemblent leurs amis , ceignent leur fi*ont d^une couronne, et, prenant une coupe empoisonnée , ils se plongent insensiblement dans un sommeil étemel.
Des courages si mâles étaient capables de tout oser pour conserver leur indépendance.
Un jour qu'assiégés par les Athéniens , ils étaient près de se rendre , faute de vivres , ils les menacèrent , s'ils ne se reliraient , d'égorger les plus âgés des citoyens renfermés dans la place. Soit horreur, soit pitié, soit crainte uniquement, les Athéniens laissèrent en paix un peuple qui bravait également la nature et la mort. Ils l'ont soumis depuis , et l'ont adouci par la servitude et les arts. La ville est ornée d'édifices superbes : d'énormes quai*tiers de marbre forment son enceinte , et l'accès en est devenu facile par des chemins soutenus sur les penchans des hauteurs voi-^ sines ; mais ce qui lui donne le plus d'éclat , c'est d'avoir produit plusieurs hommes célé-> bres, et entre autres , Simouide, Bacchylide pt Prodicus.
D'ANACHARSIS. i33
Simonide.
Simonide , fils de Léopré{>èâ , naquit vers la troisième année de la cinquanteMiinquiérae olympiade *. Il mérita Testime des it>isy des sages et des grands hommes de son temps.
De ce nombre fuirent Hipparque , qu'Athènes aurait adoré, si Athènes avait pu souffrir im maître ; Pausanias , roi de Lacédémone , que ées succès contre les Perses avnient élevé au comble de Thonnem^ et de T orgueil; Alévas, roi de Thessalie , qui effaça la gloire de ses prédécesseurs et augmenta celle de sa nation ; Hiéron , qui commença par être le tyran de Syracuse , et finit par en être le père ; Thémistocle enfin, qui n'était pas roi , mais qui avait triomphé du plus puissant des rois.
Suivant un usage perpétué jusqu'à nous, les souverains appelaient à leur cour ceux qui se distinguaient par des connaissances ou des talens extraordinaires. Quelquefois ils les faisaient entrer en lice , et en exigeaient de ces traits d'esprit qui brillent plus qu'ils n'éclairent ; d'autres fois ils les consultaient sur
' L'ftn 558 avant J.C.
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les mystères de la nature , sur les principes de la morale, sur la forme du g^ouvemement :
on devait opposer à ces questions des réponses claires, promptes et précises, parce qu'il fallait instruire un prince , plaire à des courtisans et confondre des rivaux. La plupart de ces réponses couraient toute la Grèce , et ont passé à la postérité , qui n*est plus en état de les apprécier , parce qu^elles renferment des allusions ignorées ou des vérités à présent trop connues. Parmi celles qu^on cite de Simonide , il en est quelques-unes que des circonstances particulières ont rendues célèbres.
Un jour , dans un repas , le roi de Lacédémone le pria de confirmer par quelque ti^it lumineux la haute opinion qu^on avait de sa philosophie. Simonide , qui , en pénétrant les projets ambitieux de ce prince, en avait prévu le terme fatal, lui dit : « Souvenez-voiis que « vous êtes homme. » Pausanias ne vit dans cette réponse qu'une maxime frivole ou com-> mune ; mais , dans les disgrâces qu'il éprouva bientôt , il y découvrit une vérité nouvelle , et la plus importante de celle» que les rois ignorent.
Une autre fois, la reine de Syracuse lui
D'ANACHARSIS. i35
demanda si le savoir était préférable à la fortune. C'était un piège pour Simomde qu^on ne recherchait que pour le premier de ces arautages, et qui ne recherchait que le second. Oblige de trahir ses senfimens ou de condamner sa conduite , il eut recours à F ironie, et donna la préférence aux richesses, sur ce que les philosophes assiégeaient à toute heure les maisons des gens riches. On a depuis résolu ce problème d^une manière plus honorable à la philosophie. Âristippe, interrogé par le roi Denys pourquoi le sage , négligé par le riche , lui faisait sa cour avec tant d^assiduité : L*un , dit-il , connaît ses besoins, et l'autre ne connaît pas les siens.
Simonide était poète et philosophe. L'heureuse réunion de ces qualités rendit ses falcns plus utiles , et sa sagesse plus aimable. Son style , plein de douceur, est simple , harmonieux , admirable pour le choix et Tarrangemeut des mots. Les louanges des dieux , les victoires des Grecs sur les Perses , les triomphes des athlètes furent Tobjet de ses chants. Il décrivit en vers les règnes de Cambyse et de Darius ; il s'exeroa Sms presque tous les genres de poésie , et réussit principalement
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dans les élégies et les chants plaintifs. Perftonne n^amieuxconnuFart sublime etdélicieux d'intéresser et d'attendrir ; personne n'a peint avec plus de 'vérité les situations et les infortunes qui excitent la pitié. Ce n'est pas lui qu'on entend , ce sont des cris et des sanglots ; c'est une 6imille désolée qui pleure la taort d'un père ou d'un fils; c'est Danaé, c'est ime mère tendi'e qui lutte avec son fils contre la fureur des flots , qui voit mille gouffres ouverts à ses côlés, qui ressent mille tnorts dans son cœur ; c'est Achille enfin qui sort du fond du tombeau , et qui annonce aux Grecs , prêts à quitter les rivages d'Ilium , les maux sans nombre que le ciel et la mer leur préparent.
Ces tableaux, que Simonide a remplis de passion et de mouveiticnt , sont autant de bienfaits pour les hommes 5 car c'est leur rendre un grand service que d'arracher de leurs yeux ces larmes précieuses qu'ils versent avec îant de plaisir, et de nourrir dans leur coeur ces sentimens de compassion destinés par la nature à les rapprocher les uns des autres , et les seuls en effet qui puissent unir des malheureux.
Comme les caractères des hommes influent sur leurs opinions , on doit s'attendre que la philosophie de Simonide était douce et sans hauteur. Son système , autant qu'on en peut juger d'après quelques-uns de ses écrits et plusieurs de ses maximes , se réduit aux articles suiTans.
« Ne sondons point Fimmense pi*ofondeur « de rÉtre suprême ; bornons-nous à savoir « que tout s'exécute par son ordre , et qu'il « possède la vertu par excellence. Les hom- « mes n'en ont qu'une faible émanation, et la « tiennent de lui ; qu'ils ne se glorifient point « d'une perfection à laquelle ils ne sauraient « atteindre ; la vertu a fixé son séjour parmi « des rochers escarpés : si, à force de tra- « vaux , ils s'élèvent jusqu'à elle , bientôt mille « circonstances fatales les entraînent au pré- « cipice. Ainsi leur vie est un mélange de « bien et de mal ; et il est aussi difficile d'ctre « souvent vertueux qu'impossible de l'être « toujours. Faisons-nous un plaisir de louer « les belles actions ; fermons les yeux sur « celles qui ne le sont pas, ou par devoir, « lorsque le coupable nous est cher à d'autres « litres , ou par indulgence , lorsqu'il noua
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« est indifférent. Loin de censurer les hom- « mes arec tant de rigueui*, souvenons -nous « qu'ils ne sont que faiblesse , qu'ils sont des- « tinés à rester un moment sur la surface de « la terre , et pour toujours dans son sein. Le « temps Tole ; mille siècles , par rapport à « Téteruité , ne sont qu'un point , ou qu'une « très petite partie d'un point imperceptible. « Employons des momens si fugitifs à jouir « des biens qui nous sont réservés, et dont K les principaux sont ta santé , la beauté et les « richesses acquises sans fraude ; que de leur « usage résulte cette aimable volupté , sans « laquelle la vie , la grandeur et l'immorta- « lité même , ne sauraient flatter nos désirs. » Ces principes , dangereux en ce qu'ils éteignent le courage dans les cœui*s vertueux , et les remords dains les âmes coupables , ne seraient regardés que domme une erreur de l'esprit, si , en se montrant indulgent pour les autres , Simonide n'en avait été que plus sévère pour lui-même. Mais il osa proposer une injustice à Thémistocle , et ne rougit pas de louer les meurtriers d^Hipparque , qui l'avait comblé de bienfaits. On lui repi-oche d'ailleurs une avarice que les libéralités d'Hié-
D'AHACHARSIS. 1S9
ron ne pov? aient saitôftiire , et qui , surrant k caractère de cette passion , devenait de jour en jour plus insatiable. Il fut le premier qui dégrada la poésie , en faisant un trafic hon* teux de la U>uange. Il disait vainement que le plaisir d'entasser des trésors était le seul dont son âge fîàt susceptible ; qu'il aimait mieux enricbir ses ennemis après sa mort que d'avoir besoin de ses amis pendant sa vie ; qu'après tout , personne n'était exempt de défauts, et que , s'il trouvait jamais un bomme iri*éprébensible , il le dénoncerait à l'univers. Ces étranges raisons ne le justifièrent pas aux yeux du public , dont les décrets invariables ne pardonnent jamais les vices qui tiennent plus à la bassesse qu'à la faiblesse du cœur.
Simonide mourut âgé d'environ quatrevingt-dix ans > . Ou lui fait un mérite d'avoir augmenté dans l'ile de Céos l'éclat des fêtes religieuses, ajouté une buitième corde à la lyre, et trouvé l'ai't de la mémou'C artificielle ; mais ce qui lui assure une gloire immortelle , c'est d'avoir donné des leçons utiles aux rois ;
' l/an 468 avant J. C.
(Sir..
sent ^
D'ANACHARSIS. i4i
faisait briller dans les différentes yilles de la Grèce ' ; il y récitait des harangues préparées ayec art , semées d'allégories ingénieuses, d^un style simple , noble et harmonieux. Son élo- ^ence était honteusement vénale , et n^était point soutenue par les agrémens de la voix ; mais y comme elle présentait la vertu sous des traits séduisans , elle fut admirée des Thébains , louée des Athéniens, estimée des Spartiates. Dans la suite , il avança des maximes qui détruisaient les fondemens de la religion , et , dés cet instant , les Athéniens le regardèrent comme le corrupteur de la jeunesse , et le condamnèrent à boire la ciguë.
Cythnos. — Syros.
Non loin de Céos est l'île de Cythnos , renommée pour ses pâturages ; et plus près de nous , cette terre que vous voyez à l'ouest est nie fertile de Syros , où naquit un des plus anciens philosophes de la Grèce. C*est Phérécide, qui vivait il y a deux cents ans. 11 excita une forte révolution dans les idées.
s Voyez ce qae j^ai dit de Prodicus, dans le rhapU^e f^VIII de cet ouvrage.
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Accablé d'une afireuse maladie , qui ne Laissait aucune espérance » P jthagore sou discale quitta rUalie , et vint recueillir ses derniers soupirs.
Etendez vos regards vers le midi ; voyt» à rhorizoa ces vapeurs sombres et 6Yes <pii en ternissent Téclat naissant : ce $oot les flet de Paros et de ^xos.
Paros.
Paros peut avoir trois cents stades de circuit*. Des campagnes fertiles ; de nombreux troupeaux, deux ports excellens, des colonies envoyées au loin, vous donneront une idée générale de la puissance de ses habitans, Quelques traits vous feront juger de leur caractère , suivant les circonstances qui ont dû. le développer.
La ville de Milet eu lonie était tourmentée par de fatales divisions. De tous les peuples distingués par leur sagesse , celui de Paros hii parut ^le plus propre à rétablir le calme dans ses États. Elle en obtint des arbitres qui, ne pouvant rapprocher des (actions depuis
* Onze lieues huit cent cinquante toiset .
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long-temps aigries par la haine » sordrent de la ville , et parcoururent la campagne : ils la trouvèrent inculte et déserte, a Texception de quelques portions d'héritages qu'un petit nombre de citoyens continuait à cultiver. Frappés de leur profonde ti*anquiUité , ils les placèrent sans hésiter à la tête du gouvemei ment, et. l'on vit bientôt l'ordre et Tahoun dance renaître dans Milet.
Dans l'expédition de Darius , les Pariens s'unirent avec ce prince, et partagèrent la honte de sa défaite à Marathon. Contraints de se réfugier dans leur ville, ils y furent assiégés par Miltiade. Après une longue défense , ils demandèrent à capituler : et déjà les conditions étaient acceptées de part et d'autre, lorsqu'on aperçut du côté de Mycone une flainme qui s'élevait dans les airs. C'était une foret où le feu venait de prendre par hasard. On crut dans le camp et dans la place que c'était le signal de la flotte des Perses qui venait au secours de Tile. Dans cette persuasion, les assiégés manquèrent effrontément à leur parole , et Miltiade se retira. Ce grand homme expia par une dure prison le mauvais succès de cette entreprise ;
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mais les Pariens furent punis avec plus de
sévérité : leur parjure fiit éternisé par un
pi*overbe.
Lors de Tcxpédition de Xercès , ils trahirent les Grecs , en restant dans Talliance des Perses ; ils ti*ahirent les Perses , en se tenant dans l'inaction. Leur flotte, oisive dans le port de Cythnos , attendait Tlssue du combat pour se ranger du côté du vainqueur. Ils n'avaient pas prévu que ne pas contribuer à sa victoire c^était s'exposer à sa vengeance; et qu- une petite république , pressée entre deux grandes puissances qui veulent étendre leurs limites aux dépens l une de l'autre , n^a souvent poui* toute ressource que de suivre le torrent , et de courir à la gloire en pleurant sur sa liberté. Les Pariens ne tardèrent pas à réprouver. Ils repoussèrent d'abord, k force de contributions , les vainqueurs de Salamîne, mais ils tombèrent enfin sous leur joug, presque sans résistance.
Les Grâces ont des autels h Paros. Un jour que Minos , roi de Crète , sacrifiait à ces divinités , on vint lui annoncer que son fils Androgée avait été tué dans l'Attique. Il acheva la cérémonie en jetant au loin une couronne
D'ANACHARSIS. i45
de laurier qui lui ceignait le (ÎH)nt ; et, d^une ▼oix qa'étoufTaient les sanglots , il imposa silence au joueur de flûte. Les pi*êti%s ont conserve le souvenir d'une douleur si légitime ; et quand ou leur demande pourquoi ils ont banni de leur sacrifice l'usage des couronnes et des instrumens de musique , ils répondent : C'est dans une pareille circonstance, c'est auprès de cet autel que le plus heureux des pères apprit la mort d'un fils qu'il aimait tendrement , et devint le plus malheureux des hcMnmes.
Archiloque.
Plusieurs villes se glorifient d'avoir donné le jour à Homère ; aucune ne dispute à Paros l'honneur ou la honte d'avoir produit Archiloque.
Ce poète , qui vivait il y a enviixm trois cent cinquante ans, était d'une famille distinguée. La Pythie prédit sa naissance, et la gloire dont il devait se couvrir un jour. Préparés par cet oracle, les Grecs admirèrent dans ses écrits la force des expressions et la noblesse des idées ; ils le virent montrer jusque dans ses écarts la mâle vigueur de son
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génie , étendre les limites de Part , introduire de nouvelles cadences dans les vers , el de nouvelles beautés dans la musique. Archiloque a fait pour la poésie lyrique ce qu'Homère avait fait pour la poésie épique. Tous deux ont eu cela de commun , que , dans leur genre, ils ont servi de modèles; que leurs ouvi-ages sont récités dans les assemblées générales de la Grèce ; que leur naissance est célébrée en commun par des fêtes particulières.
Cependant , en associant leurs noms , la reconnaissance publique n'a pas voulu confondre leurs rangs : elle n'accorde que le second au jpocte de Pai*os ; màife c'est obtenir le premier que de n'avoir qu'Homère au dessus de soi.
Du coté des mœurs et de là conduite , Arcbiloque devrait être rejeté dans la plus vile classe des bommes. Jamais des talens plus sublimes ne furent unis à un caractère plus atroce et plus dépravé : il souillait ses écrits d'expressions licencieuses et de peintures lascives ; il y répandait avec profusion le fiel dont son âme se plaisait à se nourrir. Ses amis , ses ennemis , les objets infortunés de ses amours, tout succombait sous les traits saijglans de ses satires ; et , ce qu'il y a de
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plus étraDge , c^est de lui que nous tenons ces faits odieux : c'est lui qui, en traçant Thistoire de sa vie , eut le courage d'en contempler à loisir toutes les horreurs , et l'insolence de les exposer aux yeux de Funivers.
Les charmes naissans de Néobule , fille de Lycambe, avaient fait une vive impression sur son cœur. Des promesses mutuelles semblaient assurer son bonheur et la conclusion de son hymen, lorsque des motifs d'intérêt lui firent préférer un lival. Aussitôt le po«te y plus irrité qu'afTli§^, agita les scrpcns que les furies avaient mis entr^ ses mains, et couvrit de tant d'opprobre Néobule et ses parens, qu'il les obligea tous à terminer par une mort violente des jours qu'il avait cruellement empoisonnés.
Arraché par l'indigence du sein de sa patrie y il se rendit à Thasos avec une colonie de Parions. Sa fureur y trouva de nouveaux alimens, et la haine publique se déchaîna contre lui. L'occasion de la détourner se présenta bientôt. Ceux de Thasos étaient en guerre avec les nations voisines. H suivit Fai'mée, vit Fennemi, prit la fuite, et jeta Pon bouclier. Ce dernier trait est le comble de
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rinfamie pour un Grec ; mais rinfamie ne flétrit que les âmes qui ne méritent pas de l'éprouver. Archiloque fit hautement Taveu de sa lâcheté. « J'ai abandonné mon bouclier, « s'écrie-l-il dans un de ses ouvi'ages ; mais « j*en trouverai un autre, etj'ai sauvé ma vie. »
C'est ainsi qu4l bravait les reprofches du public , parce que son cœur ne lui en faisait point; c'est ainsi qu'après avoir insulté aux lois de l'honneur , il osa se rendre à Lacédémone. Que pouvait -il attendre d'un peuple qui ne séparait jamais son' admiration de son estime? Les Spartiates frémirent de le voir dans l'enceinte de leurs murailles ; ils l'en bannirent à l'instant , et proscrivirent ses écrits dans toutes les terres de la république.
L'assemblée des jeux olympiques le consola de cet affront. 11 y récita, en l'honneur d'Hercule, cet hymne ^uneux qu'on y chante encore toutes les fois qu'on célèbre la gloii*e des vainqueurs. Les peuples lui prodiguèrent leurâ applaudissemens : et les juges , lui décernant une couronne , durent lui (aire sentir que jamais la poésie n'a plus de droits sur nos cœurs que lorsqu'elle nous éclaire sur nos devoirs.
D'ANACHARSIS. i49
Ârchiloque fut tué par Callondas de Naios, qu'il poursuivait depuis lonjç-temps. La Pythie regarda sa mort comme une insulte fait« à la poésie. « Soi-lez du temple, dit-elle au « meurtrier, tous qui avez porté vos maios « sur le iàvori des Muses. » Calloiidas remontra qu'il s'était contenu dans les bornes d'une défense légitime ; et quoique fléchie par ses prières , la Pythie le força d'apaiser par des libations les mânes irrités d' Archiloque. Telle fut la fin d'un homme qui , par ses ta- Icns , ses vices et son impudence , était devenu un objet d'admiration , de mépris et de terreur.
Moins célèbres , mais plus estimables que ce poète, Polygnote, Arcésilas et Nicanor de Paros , hâtèrent les progrès de la peinture encaustique. Un autre artiste, né dans cet île, s'est fait une réputation par un mérite emprunte ; c'est Agoracrite , que Phidias prit pour son élève , et qu'il voulut en vain élever au rang de ses rivaux. Il lui cédait une partie de sa gloire ; il traçait sur ses propres ouvrages le nom de son jeune discipk , sans s'apercevoir que l'élégance du ciseau dévoilait Timposture et trahusaît Tamitié.
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Mais , au défaut de modèles , Paros fournit aux artistes des secours inépuisables.
Toute la terre est couverte de monumeos ébauchés dans les carrières du mont Marpesse. Dans ces souterrains éclairés de faibles lumières, un peuple d'esclaves arrache avec douleur ces blocs énormes qui brillent dans les plus superbes édifices de la Grèce , et jusque sur la façade du labyrinthe en Egypte. Plusieurs temples sont revêtus de ce marbre , parce que sa couleur, dit-on, est agréable anx immortels. Il fut un temps où les sculpteurs n'en employaient pas d'autre : aujourd'hui même ils le recherchent avec soin, quoiqu'il ne réponde pas toujours à leurs espérances; car les grosses parties cristallines dont est formé son tissu égai-ent l'œil par des reflets trompeurs , et volent en éclats sous le ciseau. Mais ce défaut est racheté par des qualités excellentes , et surtout par une blancheur extrême , à laquelle les poêles font des allusions fréquentes , et quelquefois relatives au caractère de leur poésie. « J'élèverai un « monument plus brillant que le marbre de <c Paros, » dit Pindare en parlant d'une de ses odes. « O le plus habile des peintres !
D'ANACHARSIS. iSi
« s'écriait Anacréon , empiiinte , pour repré- « senter celle <pie j'adore , les couleurs de Ig « rose , du lait , et du marbre de Poros. «
NaxM.
Naxos n'est séparée de l'île précédente que par un canal très étroit. Aucune des Cjclades ne peut l'égaler pour la grandeur ; elle le disputerait à la Sicile pour la fertilité. Cependant sa beauté sq dérobe aux premiers regards du Toyageur attiré sur ses bords : il n^y Toit que des montagnes inaccessibles et désertes; mais ces montagnes sont des barrières que la nature oppose h. la (ureur des vents , et qui défendent les plaines et les vallées qu'elle couvre de ses trésoPs. C'est là qu'elle étale toute sa magnificence ; que des sources intarissables d'une onde vive et pure se reproduisent sous mille formes différentes ; et que les troupeaux s'égarent dans l'épais-* seur des prairies. La , non loin des bords cbarmans du Btblinus , mûiissent en paix , et ces figues excellentes que Baccbus fit connaître aux babitans de l'île , et ces vins célèbres qu'on préfère à presque tous les autres vins. Les grenadiers , les amandiers , et les oliviers
multiplient sans peine dans ces campâmes couvertes , tous les ans , de moissons abtmdantes ; dçs esclaves , toujours occupés , ne cessent de ramasser ces trésors , et des vaisseaux sans nombre de les transporter en des pays éloignés.
Malgré cette opulence, les habitans sont braves , généreux , souverainement jaloux de leur liberté.. Il y a deux siècles que leur république , parvenue au plus haut période de sa grandeur , pouvait metu*e huit mille hom- |nes sur pied. Elle eut la gloire de résister aux Perses avant que de leur être soumise , et de secouer leur joug dans Tinstant même quHls allaient soumettre la Grèce entière.
Ses forces de terre et de mer , jointes à celles des Grecs , se distinguèrent dans les batailles de Salamine et de Platée ; mais elles avertirent en même temps les Athéniens de ne pas laisser croître une puissance déjà capable de leur rendre de si grands services. Aussi , lorsqu'au mépris des traités, Athènes résolut d'assujettir ses anciens alliés , elle porta ses premiers coups sur le peuple de Naxos , et ne lui laissa que la paisible possession de ses fêles et de ses jeux.
D*AflACHABSIS. iS3
Bacchusy préside ; Bacchus protège Naxos, çt loyt y présenle FiiDage du bienfait et de la reconnaissance. Les babitans s'empressent de montrer aux étrangers Tendroit ou les Nymplies prirent soin de l'élever. Ils racontent les merveilles qu'il opère en leur faveur ; c'est de lui que viennent les richesses dont ils jouissent; c'est poui* lui seul que leurs temples et leu«B autels fument jour et nuit. Ici , leurs hommagesi s'adressent au dieu qui leur apprit à cultiver le figuier : là, c'est au dieu qui remplit leurs vignes d'un nectar dérobé aux cieux . Ils l'adorent sous plusieurs titres , pour multiplier des devoirs qu'ils chérissent.
Seriphe.
Aux environs de Paros , on trouve Sériphe, Siphoos et Mélos. Pour avoir une idée de la première de ces ilcs , concevez plusieurs montagnes escarpées , arides , et ne laissant , poui* i^nsi dire , dans leurs intervalles que des goufTres profonds , où des hommes infortunés voient continuellement suspendus sur leurs têtes d'afireux rochers , monumens de la vengeance de Persée : car, suivant une tradition aussi ridicule qu'alaimante pour ceux de
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Sériphe , ce R|t ce héros qui , ^mé de la iéte de Méduse , changea autrefois leurs ancêtres en ces objets effrayans.
Siphnos.
Concevez à une légère distance de là , et sous un ciel toujours serein , des campagnes émaillées de fleurs et toujours couvertes de fruits, un séjour enchanté, où Tair le plus pur prolonge la vie des hommes au delà des bornes ordinaires : c'est une faible image des beautés que présente Siphnos. Ses habitans étaient autrefois les plus riches de nos insulaires. La terre, dont ils avaient ouvert le» entrailles, leiir fournissait tous les ans un immense ti'ibut en or et en argent. Ils en consacraient la dixième partie à l'Apollon de Delphes , et leurs oflPrandes formaient un des plus riches trésors de ce temple. Ils ont vu, depuis , la mer en fureur combler ces mines dangereuses, et il ne leur reste de leur ancienne opulence que des regrets et des vices.
Me'los.
L' lie de Mélos est une des plus fertiles de la mer Egée. Le soufre et d'autres minéraux
D'ANACHARSIS. i55
caches dans le sein de la terre y entretiennent une chaleur active , et donnent un goût exqub à toutes ses productions.
Le peuple qui Thabite était libre depuis plusieui*s siècTes , lorsque , dans la guerre du Péloponèse , les Athéniens voulurent Tasservir, et le faire renoncer à la neutralité qu'il observait entre eux et les Lacédémoniens , dont il tirait son origine. Irrités de ses refus, ils raltaquércnt à plusieurs reprises, fui*ent repoussés , et tombèrent enfin sur lui avec toutes les forces de la république. L'île fut soumise , mais la honte fut pour les vainqueurs. Ils avaient commencé la guerre par une injustice , ils la finirent par un trait de barbarie. Les vaincus furent transportés dans l'Attique ; on fit mourir, de Tavis d' Alcibiade, tous ceux qui étaient en état de porter les armes ; les autres gémirent dans les fers , Jusqu'à ce que l'armée de Lacédémone eût forcé les Athéniens à les renvoyer à Mélos.
Diagoras.
Un philosophe né dans cette île, témoin des maux dont elle était affligée , crut que les malheureux, n'ayant plus d'espoir du côté
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des hommes , n'avaient plus rien à ménager jiar rapport aux dieux. C'est Diagoras, à qui les Mantinéeus doivent les lois et le bonheur dont ils jouissent. Son imagination ardente , après Tavoir jelé dans les écarts de la poésie dithyrambique, le pénétra d'une crainte servile n regard des dieux ; il chargeait son culte d'une foule de pratiques religieuses, et parcourait la Grèce pour se faire initier dans les mystères. Mais sa philosophie, qui le rassurait contre les désordres de Tirnivers, succomba sous une injustice dont il fut la victime. Un de ses amis refusa de lui rendre un dépôt, et appuya son refus d'un serment prononcé à la face des autels. Le silence des dieux sur un tel parjure , ainsi que sur les cruautés exercées par les Athéniens dans l'île de Mélos, étonna le philosophe , cl le précipita du fanatisme de la superstition dans celui de l'athéisme. 11 souleva les prêtres , en divulguant dans ses discours et dans ses écrits les secrets des mystères; le peuple, en brisant les effigies des dieux ' ; la Grèce entière , en niant ouverte-
« Un jour, dans une auberge, ne u^uvanl point d^autrebois, il mil une statue dUlcrcule au i'eu , et
ment leur existence. Un cri général s*éieva contre lui ; son nom devint une injure. Les magistrats d'Athènes le citèrent k leur tribunal , et le poursuivirent de TÎHe en ville : on promit un talent à ceux qui apporteraient sa tête , deux talens à ceux qui le livreraient en vie ; et pour perpétuer le souvenir de ce décret , on le grava sur une colonne de bronze . Diagoras, ne trouvant plus d'asile dans la Grèce, s'embarqua, et périt dans un naufrage.
L^œil , en parcoui*ant une prairie, n'aperçoit ni la plante dangereuse qui mêle son venin parmi les fleurs , ni la fleur modeste qui se cache sous l'herbe. C'est ainsi qu'en décrivant les régions qui forment mie couronne autour de Délos, je ne dois vous parler ni des écucils semés dans leurs intervalles , ni de plusieurs petites lies dont Téclat ne sert qu'à parer le fond du tableau qui s'offre à vos regards.
La mer sépare ces peuples, et le plaisir
faisant allusion aux douze U'ayaux Je ce héros : Il tVn reste un ireiïième , s^écria-l-il , fais cuire mon dîner. ( Schol. Arkloph. )
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les réunit : ils ont des fctcs qui leur sont communes, et qiii les rassemblent, tantôt dans un endroit , et tantôt dans un autre ; mais elles disparaissent dès que nos solennités commencent. C'est ainsi que, suivant Homère, les dieux suspendent leurs profondes délibérations, et se lèvent de Icuis trônes, lorsqu'Apollon paraît au milieu d'eux. Les temples Voisins vont être déserts; les divinités qu'on y adore permettent d'apporter à Délos Tenccns qu'on leur destinait. Des députations solennelles , connues sous le nom de théories y sont chargées de ce glorieux emploi; elles amènent avec elles des chœurs déjeunes garçons et de jeunes filles. Ces chœurs sont le triomphe de la beauté , et le principal ornement de nos fêtes. Il en vient des côtes de l'Asie , des îles de la mer Egée , du continent de la Grèce , des régions les plus éloignées. Ils arrivent au son des inslrumens , à la voix des plaisirs, avec tout l'appareil du goût et de la magnificence ; les vaisseaux qui les amènent sont couverts de fleurs; ceux qui les conduisent en couronnent leur front ; et leur joie est d'autant plus expressive, qu'ils se ^ont une reliiçion d'oublier les chasrrins et
D'AMACHAHSIS. iSg
les soins <{ui pourraient la détruire ou l'altérer.
Dans le temps que Philoclés terminait son récit , la scène cbangeait à chaque instant , et s'embellissait de plus en plus. Déjà étAÎenl sorties des ports de Mycone et de Hbénée les petites flottes qui conduisaient les offrandes à Délos. D'autres flottes se faisaient apercevoir dans le lointain : un nombre inflni de bâtimens de toute espèce volaient sur la surface de la mer ; ils brillaient de mille couleurs différentes. On les voyait s'échapper des canaux <|ui séparent les îles , se croiser , se poursuivre et se réunir ; un vent frais se jouait dans leurs voiles teintes en pourpre ; et, sous leurs rames dorées, les flots se couvraient d'une écume que les i*ayons naissans du soleil péné* traient de leurs feux.
Plus bas, au pied de la montagne, une multitude immense inondait la plaine. Ses rangs pressés ondoyaient et se repliaient sur cux-mcmes , conmie une moisson que les vents a^tent ; et , des transports qui Taniroaicnt , il se formait un bruit vague et confus qui surnageait, pour ainsi dire, sur ce vaste corps.
Notre ame , fortement émue de ce specla-
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cle, ne pouvait s'en rassasier, lorsque des tJDurbiUons de fumée couvrirent le faite du temple, et s'éleyèrent dans les airs. La fête commence , nous dit Philoclés , Fencens brûle sur Fautel. Aussitôt, dans la ville, dans la campagne , sur le rivai^e , tout s'écria : la fête commence, allons au temple.
Nous y trouvâmes les filles de Délos couronnées de fleurs , vêtues de robes éclatantes, et parées de tous les attraits de la jeunesse et de la beauté. Isméne , à leur tcte, exécuta le ballet des malheurs de Latone, et nous fit voir ce qu'elle nous avait fait enlendi*e le jour d'auparavant. Ses compagnes accordaient à ses pas les sons de leurs voix et de lem*s lyres : mais on était insensible à leurs accords ; elles-mêmes les suspendaient pour admirer Ismène.
Quelquefois elle se déi*obait à la colère de Junon , et alors elle ne faisait qu'effleurer la terre ; d'autres fois elle restait immobile , et son repos peignait encore mieux le trouble de son âme. Théagénc , déguisé sous les traits de Mars , devait , par ses menaces , écarter Latone des bords du Pénée : mais quand il vit Isméne à ses pieds lui tendre des mains sup-
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pliantes , il n'eut que la force de détourner ses yeux ; et Ismène , frappée de cette appar-n rence de rigueur, s'évanouit entre les bras de ses suivantes.
Tous les assistans furent attendris , mais Tor* dre des cérémonies ne fut point interrompu :
à Tinstant même , on entendit un chœur de jeunes garçons y qu'on eût pris pour les enfans de l'Aurore ; ils en avaient la fraîcheur et l*éclat. Pendant qu'ils chantaient un hymne en l'honneur de Diane , les filles de Délos exécutèi*ent des danses vives et légères : les sons qui réglaient leurs pas remplissaient leur âme d'une douce ivresse ; elles tenaient des guirlandes de fleurs y et les attachaient d'une main tremblante à une ancienne statue de Vénus , qu'Ariadne avait apportée de Crète, et que Thésée consacra dans ce temple.
D'autres concerts vinrent frapper nos oreilles. C'étaient les théories des îles de Rhénée et de Mycone. Elles attendaient sous le porlii que le moment où Ton pourrait les introduire dans le lieu saint. Nous les vîmes , et nous crûmes voir les Heures et les Saisons à la porto du palais du Soleil .
Pïous vîmes descendre sur le rivage les thég-t
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ries de Céos et d' Andros. On eût dit » à leur aspect f que les Grâces et les Amours Tenaient établir leur empire dans une des îles Fortunées.
De tous côtés arrivaient des députations so^ lennelles qui faisaient retentir les aire de can-r tiques sacrés. Elles réglaient , sur le rivage même , Tordre de leur marche , et s^avançaieÉit lentement vers le temple , aux acclamations du peuple qui bouillonnait autour d'elles. Avec leurs hommages , elles présentaient au dieu les prémices des fruits de la terre. Ces cérémonies , comme toutes celles qui se pratiquent à Délos , étaient accompagnées de danses , de chants et de symphonies. Au sortir du temple, les théories étaient conduites dans des maisons entretenues aux dépens des villes dont elles apportaient les offrandes.
Les poètes les plus distingués de notre temps avaient composé des hymnes pour la 'fête ; mais leurs succès n'efl^çaient pas la gloire des grands hommes qui l'avaient célébrée avant eux : on croyait être en présence de leurs génrâs. Ici on entendait les chants harmonieux de cet Olen de Lycie , un des premiers qui aient consacré la poésie au culte des dieux.
D*AlfACHARSlS. teS
L4y on était frappé de» sons toudiain de Simonide. Plus loin , c'étaient les accords sédui* sans de Bacchylide , ou les transports fongueux dePindare; et, au milieu de ces sublimes accens y la voix d^Homére éclatait et se faisait écouter avec respect.
Cependant onapercerait dan^Péloignement la theOTie des Athéniens. Teb que les filles de Nérée y lorsqu'elles sniTcnt sur les flots le char de la sonveraine des mers , une foule de bàtimens légers se jouaient autour de la galère sacrée. Leurs voiles, plus éclatantes que la neige , brillaient comme les cygnes qui agi^ tent leurs ailes sur les eaux do Caïstre et du Méandre. A cet aspect , des vieillards qui s'étaient trainéssm* le rivage regrettaient letemp$ de leur plus tendre enfance , ce temps où Nii eias , général des Athéniens , fitt chargé du soin de la théorie. Il ne l'amena point à Délos , nous disaient-ils ; il la conduisit seoréte-t ment dans Tile de Rhénée , qui s'oflre à vos regards. Toute la nuit fut employée k construire sur ce canal un pont dont les maté* riaux , préparés de longue main et enrichis de dorure et de eouleurs , n'avaient besoin 4}ue d'être réums. H avait prés de quatre sta«
des de longueur > : on le couTrit de tapis superbes f on le para de guirlandes ; et , le jour suivant , au lever de T aurore , la théorie traversa la mer ; mais ce ne fut pas , comme Tarmée de Xercès , pour détruire les nations ; elle leur amenait les plaisirs ; et, pour leur en faire goûter le« prémices, elle resta long-temps suspendue sur les flots , chantantdes cantiques, et frappant tous les yeux d'un spectacle que le soleil n'éclairera point une seconde fois.
La députation que nous vîmes arriver était presque toute choisie parmi les plus anciennes familles de la république. Elle était composée de plusieurs citoyens qui prenaient le titre de théores'; de deux chœurs de garçons et de filles , pour chanter des hymnes et danser des ballets; de quelques magistrats chargés de recueillir les tributs , et de veiller aux besoins de la théorie , et de dix inspecteurs tirés au soil, qui devaient présider aux sacrifices : car les Athéniens en ont usinée Tintendance ; et c'est en vain que les prêtres et les magistrats
> Environ trois cent soixanie-hoit toises.
* Theore , ambassadeur sacre' , et charge d^oflfrir ^ sacrifices au nom d^uiie ville. (Suid. ip Theor^)
D'AWACHARSIS. i65
de Délos réclament des druits qu*ils De sont pas en état de soutenir par la force.
Cette théorie parut avec tout l*éclat qu*on devait attendre d'une ville où le luxe est poussé à Texcès* En se présentant devant le dieu, elle lui offrit une couronne d'or de la valeur de quinze cents drachmes *, et bientôt on enlendit les mugissemens de cent bœufs qui tombaient sous les couteaux des prêtres. Ce sacrifice fut suivi d'un ballet , où les Athéniens représentèrent les courses et les raouvemens de Tile de Délos pendant qu'elle roulait au gré des vents sur les plaines de la mer. A.
peine fut-il fini, que les jeunes Déliens se mêlèrent avec eux pour figurer les sinuosités du labyrinthe de Crète , à l'exemple de Thésée , qui , après sa victoire sur le Minotaure , avait exécuté cette danse auprès de l'autel. Ceux qui s'étaient le plus distingués reçurent pour récompense de riches trépieds , qu'ils consacrèrent au dieu ; et leur nom fut proclamé par deux hérauts venus à la suite de la théorie.
11 en coûte plus de quatre talens à la république pour les prix distribués aux vainqueurs,
■ Treiie cent ciiu|iiante lÎTres.
poorles présens et les sacrifices ofifertsau^fieu, pour le transport et FeiAretîen de la théorie. Le temple possède , soit dans les îles de Rhénée et de Délos , soit dans le continent de la Grèce , des bois» des maisons» des fabriques de cuivre , et des bains , qui lui ont été légués par la piété des peuples. C'est la premià^ source de ses richesses : la seconde est l'intérêt des sommes qui pro'viennent de ces différentes possessions , et qui , après s^élre accu* mulées dans le trésor de rÂrtémisiiim % sont placées» ou sur les particuliers» ou sur les villes voisines. Ces deux objets principaux f joints aux amendes pour crime d'impiété » toujours appliquées au temple, forment» au bout de quatre ans » un fonds d'environ vingt talens> » que les trois Amphictyons ou trésoriers nommés par le sénat d'Athènes sont chargés de recueillir » et sur lequel ils prélèvent en partie la dépense de la théorie ^.
Quand elle eut achevé les cérémonies qui Fattiraient au pied des autds» nous fômes
* Chapelle coDMcrée li Diane.
* Euvirbn cent hait mille livres.
3 Voyes la noie « à la fin du Voyage.
D'AHACHARSIS. «67
cooduils k on refMisque le sénat deDélos donnait aux ckojens de cette ile. lU étaient con* Aisément assis sur les bords de Tlnopus , et sous des arbres qui formaient des berceaux.
Toutes les âmes , avidement attachées au plaisir, cherchaient à s'échapper par mille exprès* sions diCTérentes , et nous communiquaient le sentiment qui les rendait heureuses. Une joie pure f bruyante et universelle , régnait sous ces feuillages épais ; et lorsque le vin de Naxos y pétillait dans les coupes , tout célébrait à grands cris le nom de Nicias, qui le premier avait assemblé le peuple dans ces lieux charmansy et assigné des fonds pour éterniser un pareil bienfait.
Le reste de la journée fut destiné à des spectacles d'un autre genre. Des voix admirables se disputèrent le prix de la musique , et des bras armés du ceste celui de la lutte. Le pugilat , le saut et la course à pied fixèrent successivement notre attention , et nous rappelèrent ce que nous avions vu quelques années auparavant aux jeux olympiques *. On avait tracé vers l'extrémité méridionale de l'ile un
» Voyei le chapitt« XXXYIII de cet ourrag^.
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stade autour duquel étaient rangés les députés d'Athènes y le sénat deDélos, et toutes les théories parées de leurs -vétemens superbes.
Celte jeunesse brillante était la plus Hdéle image des dieux réunis dans TOlympe. Des coursiers fougueux , conduits parThéagène et ses rivaux , s'élancèrent dans la lice , la parcoururent plusieurs fois , et balancèrent long^ temps la victoire ; mais , semblable au dieu , qui , après avoir dégagé son char du sein des nuages, le précipite tout à coup à l'Occident, Théagène sortit comme un éclair du milieu de ses rivaux , et parvint au bout de la carrière dans l'instant que le soleil finissait la sienne. 11 fut couronné aux yeux d'un monde de spectateurs accourus sur les hauteurs voisines , aux yeux de presque toutes les beautés de la Grèce , aux yeux d'Ismène, dont les regards le flattaient plus que ceux des hommes et des dieux.
On célébra le jour suivant la naissance d'Apollon ' . Parmi les ballets qu'on exécuta, nous vîmes des nautonicrs danser autour d'un
' Le 7 du mois de thargclion , qui repondait an ^'^ jour du mois de mai.
autel, et le frapper à grands coups de fouets. Après cette cérémonie bizarre , dont nous ne piimes pénétrer le sens mystérieux y ils voulurent figurer les jeux, innocens qui amusaient le dieu dans sa plus tendre enfance. Il fallait, en dansant les mains liées derrière le dos , mordre l'écorce d'un olivier que la religion a consacré. Leurs chutes fréquentes et leurs pas irréguliers excitaient parmi les spectateurs les transports éclatans d^une joie qui paraissait indécente, mais dont ils disaient que la majesté des cérémonies saintes n'était point blessée. £n effet, les Grecs sont persuadés qu'on ne saurait trop bannir du culte que l'on rend aux dieux la tristesse et les pleurs ; et de là vient que , dans certains endroits , il est permis aux hommes et aux femmes de s'attaquer en présence des autels par des traits de plaisanterie dont rien ne corrige la licence et la grossiéi*elé.
Ces nautonicrs étaient du nombre de ces marchands étrangers que la situation de Tile, les franchises dont elle jouit, Tatteution vigilante des Athéniens , et la célébrité des fêtes attirent en foule à Délos. Ils y venaient échanger leurs richesses particulières avec le blé ,