‹ Voyage du jeune Anarchasis en Grèce, Volume 8Chapitre 8 sur 69 · I70 T0TA6B · texte numérisé non relu

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le 'vîn et les denrées des iles roisines : ils les échangeaient a'vec ces tuniques de lin teintes en rouge qu^on fabrique dans Vue d' Amorgos; BTec les riches étofiR» de pourpre qui se font dans celle de Gos ; avec l'alun si renommé de Mélos; avec le cuivre précieux que, depuis un temps immémorial , on tire des mines de Délosy et que Tart industrieux convertit en vases élégans. LUle était devenue comme Tentrep6t des trésors des nations ; et tout prés de Tendroit où ils étaient accumulés , les habitans de Délos y obligés y par une loi expresse , de fournir de l'eau à toute la multitude , étalaient sur de longues tables des gâteaux et des mets préparés à la hâte > .

J'étudiais avec plaisir les^ diverses passions que l'opulence et le besoin pi^oduisaient dans des lieux si voisins, et je ne croyais pas que pom* un esprit attentif il y eût de petits objets dans la natui*e. Les Déliens ont trouvé les premiers le secret d'engraisser la volaille ; ils tirent de leur industrie un profit assez considé-

* Il paraît « par Âthenée , que pendant les fêtes de Délos on étalait, dans le marché, de Pagneau, du porc, des poissons , et des gâteanx où Pon avait mêlé du enmio , espèce de graine ressemblante à celle da fenouil.

table. J*eD tU quelques-uns qui , éàmé» sur des tréteaux , et montraut au peuple «les œu(s qu^ils tenaient dans les mains » distinguaient à leur forme les poules qui les avaient mis an jour. J'avais à peine levé les yeux sur cette scène singulière , que je me sentis fortement secouer par un bras vigoureux ; c^était un sophiste d'Athènes avec qui j^avais eu quelques liaisons. Eh quoi ! me dit-il , Anacharsis , ces objets sont-ils dignes d'un philosophe ? Viens t de plus nobles soins, de plus hautes spécula* tions doivent remplir les momens de ta vie. 11 me conduisit sur une éminence, où d'autres sophistes agitaient en fureur les questions subtiles de l'école dcMégare. Le fougueux Eubulide de Milet , que nous avions vu autrefois k Mégare % était à leur tête, et venait de leur lancer cet argument : « Ce qui est à Mégare « n'est point à Athènes ; or il y a des hommes « à Mégare ; il n^y a donc pas d^hommes à Athè- « nés. » Tandis que ceux qui T écoutaient se fatiguaient vainement à résoudre cette difficulté y des cris soudains nous annoncèrent Farrivée de la théorie des Téniens , qui , outre ses

' Voyez le chapitre XXXVtl de cet ouvrufe.

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oifrandes particulières , apportait encore celle»

des Hyperboréens.

Ce dernier peuple habite vers le nord de la Grèce ; il bonore spécialement Apollon , et Ton voit encore à Délos le tombeau de deux de ses prciresses qui s'y rendirent autrefois pour ajouter de nouveaux rites au culte de ce dieu. On y conserve aussi, dans un édifice consacré à Diane , les ôendres des derniers théores que les Hyperboréens avaient envoyés dans cette île : ils y périrent malheureusement; et, depuis cet événement, ce peuple se contente d'y faire parvenir par des voies étranjçères les prémices de ses moissons. Une tribu voisine des Scythes les reçoit de ses matins , et les transmet à d'autres nations qui les portent sur les bords de la mer Adriatique ; de là elles descendent en Epire, traversent la Grèce, arrivent dans l'Ëubée , et sont conduites à Ténos.

A l'aspect de ces offrandes sacrées , on s'entretenait des merveilles qu'on raconte du pays des Hyperboréens. C'est là que régnent sans cesse le printemps , lajeunesse et la santé ; c'est laque , pendantdix siècles entiers, on coule des jours sereins dans les fêtes et les plaisirs. Mais

cette heureuse région est située à une des extrémités delà terre, comme le jardin desHespérides en occupe une autre extrémité ; et c'est ainsi que les hommes n^ent jamais su placer le séjour du boi^eur que dans des lieux inaccessibles.

Pendant que l'imagination des Grecs s'enflammait au récit de ces fictions, j'observais cette foule de mâts qui s'élevaient dans le port de Délos. Les flottes des théores présentaient leurs proues aux rivages ; et ces proues , que l'art avait décorées , offraient des attributs propres à chaque nation. Des Néréides caractérisaient celles des Phthiotes; on voyait sur la galère d'Athènes un char brillant que conduisait Pallas ; et sur les vaisseaux des Béotiens, la figure de Cadrous ai*méc d'un ser* pent. Quelques-unes de ces flottes mettaient h la voile; mais les beautés qu'elles ramenaient dans leur patrie étaient bientôt remplacées par des beautés nouvelles. Tels on voit , dans le cours d'une nuit longue et tranquille, des astres se perdre à l'occident , tandis que d'autres astres se lèvent à l'orient poui* repeupler les cieux.

hes fêtes durèrent plusieurs joiu'S ; on re«

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nouvela plusieurs fois les courses de cberaux : nous Times souvent du rivage les plongeurs si renommés deDélos se précipiter dans la mer, s'établir dans ses abîmes ou se reposer sur sa suriace , retracer Timage des combats , et justifier, par leur adresse , la réputation qu'ils se sont acquise.

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