III. — OTTAW à
Québec et Montréal ont leur histoire — et combien glorieuse ! — Ottawa fait la sienne. Il y a une cinquantaine d'années, c'était à peu près un village, nommé Bytown; c’est aujourd’hui le siège du gouvernement canadien. Les évêques avaient deviné l'importance future de la ville naissante et avaient demandé à Rome son érection en évêché. L’honneur de cette charge, ou pour mieux dire la charge de cet honneur, fut confié au R. P. Guigues, alors provincial de nos missions en Canada. Le nouvel évêque et ses confrères firent de rien cette nouvelle église.
Parmi les œuvres créées, l'une des plus importantes fut celle du collège-séminaire, devenu successivement université civile et université catholique. Ce dernicr titre lui a été conféré, il y a quelques années, par Léon XIII, et le Souverain Pontife ne manque pas d'en parler avec un amour paternel, chaque fois que l’occasion se présente.
A l’université se rattache notre scolasticat d’Archville, où se forment une soixantaine de nos jeunes lévites. Cette œuvre a ellemême un pendant : le juniorat du Sacré-Cœur, destiné, comme on sait, au recrutement de jeunes aspirants missionnaires.
Enfin, le ministère apostolique et sacerdotal occupe les Pères chargés de la paroisse, de l’université et ceux ae la communauté de Hull, ville toute voisine d'Ottawa.
Malgré l'importance de ces œuvres, le T. R. Père, revenant de Québec et n'ayant fait cette fois que traverser Montréal, ne fait pas un long séjour dans nos communautés d'Ottawa, où il s'arrêtera davantage quelques mois plus tard. Cette première visite ne manque cependant pas d'incidents heureux que nous relevons avec plaisir,
A la communauté de Hull. — C'est le samedi 21 avril, à midi, que les voyageurs descendent en gare de Hull. Des représentants de nos quatre communautés d'Ottawa les reçoivent. « Le R. P. Lauzon, supérieur de la maison de Hull, écrit le Provincial du
Mer GUIGUES, ©. M. I,, premier évèque d'Ottawa.
Canada, nous donne le premier l’hospitalité, hospitalité aimable, généreuse, affectueuse comme elle est de tradition déjà ancienne dans sa communauté.
« Au diner, nous sommes surpris de voir sur la table de magnifiques bouquets de fleurs naturelles. D'où viennent-elles? De la salle d'asile, rue de la Visitation, à Montréal. Les Sœurs de la
Providence avaient préparé une charmante séance, avec leurs petits enfants; le temps 1ous a manqué pour y assister, mais les bonnes Religieuses ont voulu prendre leur revanche. Les fleurs qu’elles n'avaient pas pu nous offrir à Montréal, elles les ont expédiées à Hull. N'est-ce pas délicieux ?
« Dans l’après-midi, visite de notre nouvelle et magnifique église de Notre-Dame des Grâces; visite à Mgr Duhamel, archevêque d'Ottawa, et à sa famille épiscopale. Le vénérable prélat, successeur de Mgr Guigues, est un ancien élève du collège d'Ottawa auquel il a obtenu le titre d'université catholique, dont il est le chancelier. Visite à la maison-mère des Sœurs Grises, suivie d’unr courte apparition à l’université, au juniorat et au scolasticat. Chacune de nos maisons eut ensuite, tour à tour, le bonheur de posséder le T. R. Père pendant vingt-quatre heures.
« Le dimanche, nous le trouvons au juniorat du Sacré-Cœur, heureux d’étendre ses mains bénissantes sur les Benjamins de la Congrégation du Canada. Il visite nos églises du Sacré- Cœur et de Saint-Joseph, les travaux du nouveau juniorat en construction. »
Au scolasticat. — « Dans la soirée, écrit à son tour le R. P. Duvic, le T. R. Père vient au scolasticat, et reçoit, à la salle des exercices, les souhaits de bienvenue de tous les membres de la communauté. Notre bien-aimé Père exprime la joie qu’il éprouve de se trouver au milieu de ses enfants du scolasticat d'Ottawa; il rappelle leurs obligations de religieux et de scolastiques, et les espérances que la Congrégation fonde sur eux. Après quelques conseils puisés dans son cœur vraiment paternel, il leur promet de revenir bientôt faire plus ample connaissance avec chacun d'eux.
« Le soir, nos Frères voulurent procurer à leur vénéré Père le plaisir d’une promenade en canot d’écorce sur les eaux tranquilles de la rivière Rideau, qui baigne la propriété du scolasticat. La fanfare, marchant en tête de la petite flottille, faisait entendre ses joyeuses harmonies ; le temps était calme, le ciel pur; ce fut, au dire de tous, une délicieuse soirée.
« Le lendemain matin, nous offrions à notre révérendissime Père un délicieux bouquet composé de trois belles fleurs cueillies par la main de notre Immaculée Mère, l’une au Canada, l’autre
DRE icrine
en Lorraine et la troisième dans l’Anjou. Les Frères scolastiques Magnan, Najotte et Euzé se consacraient pour la vie au service de Dieu et prononçaient leurs vœux perpétuels en présence du | T. R. Père Supérieur général, qui leur adressa une touchante | allocution.
1 « C'est là un privilège que beaucoup de leurs Frères leur Al envient, et dont ils ont été les premiers à jouir sur la terre il américaine.
{ « Si vous aviez assisté au diner de communauté présidé par le chef de famille, vous auriez admiré, comme tous les convives, les splendides décorations imaginées et exécutées par nos Frères, soit scolastiques, soit convers; mais la plus belle de toutes les décorations, à mon avis, était la magnifique couronne de plus de cent Oblats, dont quarante prêtres, réunis autour de l’auguste visiteur. »
À l'Université. — « Vers quatre heures de l'après-midi, continue le vénéré Supérieur du scolasticat, on entend tout à coup les bruyants accords d’une fanfare; on voit en même temps s’avancer dans l’avenue du scolasticat une procession nombreuse, en tête de laquelle on remarque deux bataillons de jeunes soldats, les cadets et les zouaves, avec oriflammes flottant au vent. Ce sont les élèves de l’Université d'Ottawa qui veulent à leur tour jouir de la présence du Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée. Celuici, accédant à leurs désirs, traverse les rangs de nos apprentis à militaires, qui lui présentent les armes au passage et forment ensuite à sa voiture et À celles qui l’accompagnent une escorte | d'honneur. La distance du scolasticat au collège est d'au moins 4 2 kilomètres ; les élèves la franchissent à pied, en rangs, musique en tête, et accompagnent triomphalement le R. Père Supérieur i général jusqu’à leur grande salle académique. Des sièges avaient été préparés pour les visiteurs. »
Les artistes du collège exécutent alors la cantate suivante com: posée pour la circonstance :
Salut à toi! Vers l'Amérique Le ciel a dirigé tes pas,
Toi dont le sceptre pacifique Guide la marche des Oblats !
Sur cette terre libre et fière, Déjà ton nom s'est fait bénir.
Vois tes enfants, illustre père, Autour de toi se réunir!