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en face de la cathédrale. Les notes lugubres firent alors place à des volées joyeuses, comme pour nous rappeler à tous que le deuil et la joie se succèdent sans cesse dans la vie.
« La ville de Saint-Boniface était magnifiquement pavoisée pour la circonstance. Les couleurs papales se mêlaient aux couleurs de France et d'Angleterre pour redire à tous la joie de ce beau jour.
« Au seuil du palais, notre illustre Archevêque attendait avec une filiale impatience l’arrivée de celui qu’il avait salué et reconnu comme son Père, avant même de le connaître, dans la lettre mémorable qu’il écrivit lors du dernier Chapitre général. Il y eut échange d’accolades chaleureuses ; l'émotion étouffait la voix du vénérable Archevêque.
« Bientôt les salons sont envahis, le député fédéral, le député provincial, des juges, des avocats, (° riches commerçants, en un mot, tous les personnages que int-loniface et Winnipeg comptent de plus distingués parmi | : catholiques, sont là pour présenter au nom de leurs concitoyens leurs hommages au T. R. Père Général. M. N. Bétournay, officier du gouvernement, lit une adresse en français au nom des catholiques de Saint- Boniface, et M. J.-K. Barret, L. L. D., docteur en droit, de l'Université d'Ottawa, lit une adresse en anglais au nom des catholiques de tout le Canada occidental (Manitoba, Nord-Ouest, Colombie Britannique).
« L'adresse française, comme vous pourrez le constater, est un éloge des plus délicats des œuvres de nos Pères dans cette partie du Canada; l’adresse anglaise contient un bel éloge de notre Université d'Ottawa et fait observer que la Congrégation, vouée à l'Immaculée Conception, a été comme l’avant-coureur de la définition de ce dogme glorieux. »
Voici ces deux adresses :
Adresse française.
AU TRÈS RÉvÉREND PÈRE SOULLIER, Supérieur général de la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée.
Mon TRÈS RÉVÉREND PÈRE,
Il y a bientôt cinquante ans, une émotion profonde se produisait dans Saint-Boniface ; les cloches de la cathédrale sonnaient à toute volée ; la
population se précipitait vers le rivage; le vénérable apôtre de ces Missions, animé pour ainsi dire d’une vigueur nouvelle, descendait les côtes de la Rivière Rouge parce qu'un cri de joie avait retenti : les Missionnaires! les Missionnaires! les Oblats! les Oblats! En effet, la nacelle légère, partie de Montréal depuis deux mois, abordait le rivage en face de la cathédrale. Deux fils de Mgr de Mazenod mettaient pied à terre et s'agenouillaient pour recevoir l1 bénédiction épiscopale du premier apôtre de ces contrées lointaines.
Aujourd’hui, mon Très Révérend Père, les habitants de la première paroisse catholique du Nord-Ouest sont en proie à une émotion en quelque sorte semblable, ou mieux, qui est la conséquence de celle éprouvée alors. Les cloches viennent de carillonner notre joie ; les citoyens, tout émus de bonheur et de reconnaissance, se sont portés au terminus de la route suivie de Montréal ici. Le second Evêque de Saint-Boniface, plus âgé aujourd'hui que ne l'était son vénérable prédécesseur en 1845, ressent un grand soulagement à ses douleurs de tous les jours, puisqu'il lui est permis de se jeter dans vos bras et d’embrasser son Père. Nous nous pressons autour de votre personne vénérée, mon Très Révérend Père, pour dire au successeur de Mgr de Mazenod le respect, la vénération, la reconnaissance que nous nourrissons pour sa personne et pour la Congrégation que le ciel l'appelle à diriger et qu'elle dirige avec tant de sagesse et de prudence.
Partout sur vos pas, à travers cet immense continent, vous entendrez la voix des évêques, la voix de leur clergé, la voix des populations, pour redire ce sentiment de la vénération et de la reconnaissance que font naître partout les fils généreux de votre noble famille. Mais permetteznous de vous le dire, Très Révérend Père, nulle part plus qu'à Saint- Boniface ces sentiments n'ont leur raison d’être. Aussi, nous vous remercions d'avoir bien voulu condescendre jusqu'à vous rendre ici, et à nous permettre d'arrêter nos regards respectueusement reconnaissants sur la personne vénérée du Supérieur général des Oblats.
Mgr Provencher saluait ses premiers missionnaires religieux en empruntant les paroles du saint vieillard qui voyait apparaître le salut d'Israël, et disait son Nunc dimittis à la vue de ce même salut, s’'annonçant pour toutes les contrées et toutes les peuplades de l'Ouest.
Vous êtes, mon Très Révérend Père, dans la ville métropolitaine de notre vénéré Archevêque, et les titres donnés à notre premier pasteur, donnés à son église, donnés à notre ville, n'ont été possibles que parce que des Oblats sont venus joindre leurs efforts à ceux de leurs devanciers dans la prédication de l'Evangile ; efforts si généreusement secondés par ceux qui travaillent avec vos fils dans un même sentiment d’une noble abnégation,
De l'église métropolitaine de Saint-Boniface, vous vous proposez de visiter d'autres églises dont elle est la mère. Vous ne laisserez notre Archevèque que pour aller embrasser £s suffragants qui tous, comme luimême, sont vos fils; qui tous sent heureux d'ajouter aux titres que l'Eglise leur confère, les trois lettres O. M. I. (1), qui sont comme le sceau de leur apostolat, le secret de leur dévouement.
Nous ne craignons pas de l'affirmer, Très Révérend Père, nous ne serons pas les seuls à jouir du bonheur que nous réssentons en ce moment. Nous avons la douce conviction que vous-même partagerez notre joie, et que le ciel vous réserve des consolations qui naîftront naturellement sous vos pas, à mesure que vous pénétrerez au milieu des Missions fondées par les membres de votre Congrégation. Presque tous, en venant dans ce pays, ont pu dire qu'ils ont semé dans la tristesse et les larmes, les larmes Ge la séparation, les tristesses de l'éloignement. Mais cette fois, ils vont recueillir dans l'allégresse, l'allégresse de voir leur Père et d'entendre ses accents affectueux qui verseront dans leurs âmes émues les douces consolations de la famille. Et ces joies, mon Très Révérend Père, vous ne les prodiguerez pas sans les goûter vous-même.
Vous avez déjà visité notre pays deux fois. Nous avons la confiance que vous y remarquerez des signes de progrès et de prospérité, et que ces signes, qui manifestent un avenir encore plus prospère, aideront à la détermination que vous nourrissez d'augmenter le nombre des Oblats dans l’archidiocèse de Saint-Boniface et les autres divisions épiscopales de la province.
Aux jours d'allégresse, les membres d’une famille confondent facilement dans un même sentiment les joies diverses qu'ils éprouvent. Aussi, nous vous étonnerions peut-être, si nous taisions le plaisir que nous fait éprouver la vue de celui qui est à vos côtés. Trois fois, le P. Antoine a visité Saint-Boniface. Dix fois encore nous voudrions l'y revoir ; car nos âmes vibrent toujours sous le charme de l'émotion qu'il y a produite, lorsqu'il y a dix-neuf ans il venait célébrer avec nous le premier jubilé de notre vénérable Archevêque. Après vingt-cinq années d’épiscopat, il lui disait en notre nom : Ad multos annos, et promettait de revenir pour le jubilé semi-séculaire. Nous ne l'avons pas oublié : le révérend P. Antoine ne l’a pas oublié non plus. Et maintenant que nous l'avons dit, nous osons prendre la respectueuse liberté, mon Révérend Père, de vous dire : Ne l’oubliez pas et revenez.
Les citoyens de Saint-Boniface.
(1) Oblats de Marie immaculée.