III. — MGR TACHÉ
Quelques semaines plus tard, les fêtes touchantes dont on vient de lire le récit faisaient place à un deuil profoud. Atteint par un mal redoutable, et à la suite d’une opération pourtant bien réussie, l’archevèque de Saint-Boniface expirait saintement et doucement, le 22 juin. Il ne nous appartient pas de retracer ici son histoire ni d'en marquer même les principales dates. Qu'on nous permette cependant de donner un souvenir ému à cette grande mémoire.
Aussi bien, le vénérable prélat n’avait-il pas été l'âme de la réception faite à notre Supérieur général, et le voyage même du T. R. P. Soullier n’avait-il pas eu pour l’un de ses motifs principaux le désir de revoir encore une fois ce pontife, gloire de la Congrégation des Oblats ?
C'était une grande figure que celle de Mgr Taché, parmi les membres de l’épiscopat canadien. C’est lui, avec son zèle et sa foi, avec ses magnifiques talents, avec ses grandes qualités de cœur, avec la vaste portée de son intelligence et la largeur de ses vues; c'est lui, avec la prudence souveraine de son administration, et, lorsqu'il le fallait, avec l'énergie d’un caractère fortement trempé et avec. la sainte hardiesse d'un conquérant d'âmes, c'est lui, disons-nous, qui donna l'impulsion à ce mouvement de progrès qui a si heureusement transformé le Nord-Ouest Américain.
Il sut tenir l'épée du soldat comme il tenait la houlette du pasteur, et on le vit toujours sur la brèche contre les ennemis de la sainte Eglise. Sur la fin de sa nobie carrière, il eut à lutter pour défendre en même temps les écoles catholiques et l'honneur de son épiscopat. « Ce vieil archevèque, —- écrivait Mgr Langevin dans un
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premier mandement qui promet à l'Eglise du Canada de belles
| pages d'éloquence et de fiers accents d'évèque, —ce vieil archevèque, 1! que l’on disait décrépit, circonvenu et vacillant comme un flambeau qui s'éteint, se leva alors dans sa dignité outragée, afin de repousser ces odieuses calomnies et de revendique: nos droits
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Mer TACHE, archevoque de Saint-Honiface, O, M. I,
scolaires méconnus. Les pages émues qu’il a écrites alors au seuil de son éternité, avec une vigueur presque juvénile, resteront à 4 jamais comme un monument impérissable de sa haute intelligence, de s? logique inexorable, de l'exquise délicatesse de son cœur d'évèque et ie puriotc, et de son attachement inviolable à la cause sacro=sainte de l'éducation catholique. »
Citons seulement de cette œuvre les lignes suivantes ; la plume
du vaillant polémiste y sait trouver des accents d’une tendresse pénétrante :
J'étais dans ma dix-huitième année, lorsque la voix d'un sage directeur me montra l'Eglise comme l'asile où m'appelait le devoir.
C'était er 1841, à la veille de mes dernières vacances d'écolier. Je passai ces jours de repos au foyer domestique ; quand ils furent finis je demandai la bénédiction à ma pieuse mère; elle m'embrassa, et, le sourire sur les lèvres comme l'émotion dans l'âme, elle me dit :*« Pars, mon enfant, et si Dieu t'appelle à être prêtre, sois un prêtre selon son cœur. » Et je partis pour le Grand Séminaire.
Trois ans plus tard, un directeur aussi sage et aussi éclairé me dit que la vie religieuse serait pour moi une protection spéciale. Mon cœur m'indiquant la communauté des fils de Mgr de Mazenod, j'allai frapper à la porte de leur monastère de Longueuil pour y solliciter mon entrée. Cette faveur m'ayant été accordée, je visitai les miens pour leur faire mes adieux. J'embrassai ma mère qui me dit : « Mon fils, Dieu t'appelle, sois un bon religieux » ; et j'entrai dans la cellule qui me fut assignée comme novice.
C'est dans le silence de cette cellule qu'une voix qui ne pouvait venir que d'en haut se fit entendre, et elle m'indiquait le Nord-Ouest, en m'invitant à y aller ensevelir mon existence, sans même la pensée de pouvoir jamais revenir. Mes supérieurs approuvèrent cette inspiration et la bénirent. Je fis avertir ma mère avec les précautions que nécessitait le faible état de sa santé, puis j'allai la voir. Nous nous saluàmes en mêlant nos pleurs. Après quelques instants de silence, plus forte que moi malgré sa maladie, elle m'embrassa de nouveau, et, comprimant ses larmes par le sourire qui lui était habituel, elle me dit : « Mon Alexandre, je dois bien quelque chose à la nature, mais je dois plus à Dieu; puisqu'il te veut au Nord- Ouest, va et sois-y un dévoué missionnaire, » Et je partis, croyant le retour impossible.
Qu'on nous permette de citer encore, parmi les œuvr. de Mgr Taché, la page où il décrit son départ du pays natal :
Nous arrivions, dit-il, à l'une des source du Saint-Laurent. Nous allions laisser le grand fleuve sur les bords duquel la Providence a ! mon berceau, sur les eaux duquel j'eus la première pensée de me faire mssionnaire de la Rivière-Rouge. Je bus de cette eau pour la dernière fois; j'y mêlai quelques larmes et lui contfiai quelques-unes de mes pensées les plus intimes, de mes sentiments les plus affectueux, Il me semblait que