‹ Voyage du T.R.P. Louis Soullier en Amérique [microforme]Chapitre 49 sur 83 · II. — A CALGARY · texte numérisé non relu

II. — A CALGARY

Le rer juin, le T. R. Père Général dit adieu à Mgr Pascal et aux missionnaires du vicariat de la Saskatchewan et, toujours accompagné du R. P. Antoii.e, vint reprendre à Regina la grande ligne du Canadian Pacific, pour se diriger vers Calgary, dernière étape avant les Montagnes Rocheuses. Calgary doit à cette circonstance son importance croissante. C’est un centre de ravitaillement. C’est, en outre, une tête de ligne pour Edmonton et Saint- Albert, où se dirigera le T. R. Père Général à son retour de la Colombie. D’autres voies ferrées partiront aussi de cette petite ville. Au point de vue catholique, elle renferme des œuvres auxquelles se rattachent de graves intérêts. L'église, au témoignage des visiteurs, est belle comme une cathédrale. Un couvent, un hôpital, des écoles complètent le tableau.

Nos voyageurs y arrivèrent le 2 juin, à une heure du matin. Le P. Lestanc, supérieur de Sainte-Marie, le P. Næssens, principal de l’école industrielle de Saint-Joseph, et le Frère scolastique J. Danis attendaient au débarcadère les nobles visiteurs avec la voiture de l’école. « Dans quelques minutes, écrit le R. P. Lestanc, supérieur, nous descendions à la porte de la Mission, heureux de recevoir la bénédiction de notre premier Supérieur. Comme nos voyageurs étaient fatigués et avaient besoin de repos, ce premier entretien ne fut pas long. Les chambres se fermèrent vite et le silence le plus complet régna dans la maison jusqu’après les messes du lendemain, 3 juin.

« C'était le samedi et la journée fut consacrée à visiter le beau couvent des Fidèles Compagnes de Jésus et leurs magnifiques écoles, puis le bel hôpital des Sœurs Grises. Ces deux établissements, avec une jolie église paroissiale, sont en pierres et en briques et jettent un vrai prestige sur notre sainte religion, dans ce pays où la majorité protestante s’accentue tous les ans davantage.

« Le samedi soir, le train de Macleod nous amena les PP. Lacombe, Legal, Foisy et les FF. Perréard et Barreau.

« Le dimanche devait avoir lieu la réception publique. A quatre heures de l’après-midi, notre population était réunie. Un bon

nombre de protestants étaient venus prendre part à la fête, Aux sons joyeux de notre bourdon, tous les Pères et Frères présents accompagnent au chœur Mgr Grandin, le R. Père Général et le P. Antoine. Toute l'assemblée est respectueusement debout, jusqu’à ce que le R. Père Général ait pris le fauteuil au milieu, sur le marchepied de l'autel, ayant à sa droite Mgr Grandin, à sa gauche le R. P. Antoine. A un signal donné, le docteur Edouard Rouleau et M. J. Costigan, avocat de la Couronne, montent au chœur, saluent profondément les héros du jour et lisent alternativement une adresse en français et une autre en anglais.

Adresse française.

Au Très RÉvÉREND PÈRE Louis SOULLIER, O. M. 1.,

Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée.

TRÈS RÉVÉREND PÈRE

Permettez aux citoyens de Calgary d’unir nos voix aux concerts de louange et d'hommage que vous avez reçus depuis Montréal jusqu'ici, pour vous témoigner, nous aussi, tout l'amour et la reconnaissance que nous devons à cet Ordre admirable des Oblats de Marie Immaculée, dont vous êtes le distingué Supérieur général. Nos cœurs ne sauraient exprimer en termes convenables tout ce qu'ils ressentent d'affection et de gratitude pour ces courageux Oblats, vrais enfants de Marie. Quel bien n'ont-ils pas fait pour notre sainte religion dans ces vastes territoires du Nord-Ouest, qu'ils ont ouverts les premiers à la civilisation chrétienne | Que de travaux, de souffrances et de privations de toutes sortes n’ont-ils-pas endurés dans ces contrées sauvages | Quels martyres de tous les jours devrions-nous âire plutôt ! 11 faliait être vraiment des Oblats, Très Révérend Père, pour entreprendre l'évangélisation de toutes ces peuplades indiennes qui habitent cette partie de notre pays depuis l'Atlantique jusqu'au Pacifique, et depuis nos grands lacs jusqu’à l'embouchure de la rivière Mackenzie, et même jusqu'au cercle polaire. Enfin, partout où il y a des âmes à sauver, nous trouvons de vos Pères, sacrifiant leur santé, leur vie même. Qu'il fait bon d'être catholiques, afin de pouvoir admirer dignement de pareils dévouements chez nos saints missionnaires, surtout chez les zélés Oblats de Marie Immaculée ! Que ne leur devons-nous pas nous-mêmes, citoyens de cette ville naissante P Vous en avez la preuve sous vos yeux, Très

Révérend Père ; ce monument-ci est dû à l'activité et au zèle de nos bons Pères Oblats.

Nous pouvons vous assurer, Très Révérend Père, notre concours unanime et notre union constante avec nos bons Pères, sous la sainte et prévoyante direction de notre vénérable et bien-aimé évêque, Mgr Grandin, dans tout ce qui tendra au bien de notre foi et à la gloire de notre mère la sainte Eglise catholique, Soyez persuadé que, tant que nos cœurs battront, nous et nos enfan!s resterons catholiques.

Nous vous souhaitons, Très Révérend Père, santé et longue vie. Que le bon Dieu daigne continuer de répandre sur votre Ordre religieux, et sur vous, Supérieur général de cette phalange admirable de soldats de Jésus- Christ, Oblats de Marie Immaculée, ses plus abondantes bénédictions |

Signé pour les paroissiens de Sainte-Marie de Calgary:

E, ROULEAU, M, bp.

Adresse anglaise (1).

Très RÉVÉREND PÈRE,

Votre arrivée dans ce grand pays de l'Ouest a été le signal d'universelles manifestations d'amour et de reconnaissance parmi les membres de notre sainte Eglise : et les réceptions qu'on vous a faites dans des centres plus populeux et plus riches, là-bas, à l'est de notre contrée, ont été si magnifiques qu'il nous est difficile de saisir combien seront inférieurs, comparativement, nos humbles efforts pour recevoir dignement le chef honoré de votre noble et dévouée Congrégation.

Nous nous rappelons, cependant, que votre Ordre est avant tout fondé sur l'humilité ; que, pour lui, le salut des âmes a plus d'importance que la destinée des empires; q'ie, pour lui, l'hommage de cœurs reconnaissants, rapprochés de plus e rlus de Dieu par le moyen de ses dévoués apôtres, est plus précieux que les applaudissements de la multitude ou le faste de la richesse. C'est pourquoi, encouragés par cette pensée, nous osons, très respectueusement, nous approcher de vous, Très Révérend Père, pour vous souhaiter une cordiale bienvenue et déposer à vos pieds, vous qui représentez le grand Ordre des Oblats de Marie Immaculée, l'humble tribut de notre amour et de notre vénération. Nous aimons cet Ordre et ses membres à cause de leur douce bonté, à cause de leur charité pleine d'abnégation et de désintéressement, et aussi parce que l'amour appelle l'amour, et que nous avons reçu les preuves abondantes de l'amour qu'eux-mêmes ont pour nous. Nous les vénérons, à cause de leur sainte vie, de leur patience dans les épreuves et les privations, de leur zèle

(1) Nous ne possédons malheureusement pas le texte anglais.

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infatigable et qui se sacrifie pour la cause de notre sainte religion. L'histoire de votre noble Congrégation est trop bien connue pour que j'aie besoin de la rappeler ici; ses exploits dans le champ des batailles de Dieu contre les pouvoirs de l'enfer et de l'idolâtrie n'ont pas besoin de nos éloges ; ils sont écrits dans la pensée éternelle de Dieu. Il faudrait être aveugle, après avoir lu la vie du saint be Mazeno», pour n'y pas voir la main de la divine Providence, créant et dirigeant le caractère, les inclinations de cet homme grand et bon, qui devait jeter les fondations de cet Ordre glorieux de missionnaires, destiné à porter la croix du Christ et à répandre les fruits du Calvaire jusqu'aux plus sombres retraites de l'infidélité, À ceux d'entre nous qui ont vécu dans ce pays nouveau durant les dix dernières années, qui ont joui des bénédictions et senti l'influence directe des membres bien-aimés de votre Ordre qui ont été nos pasteurs, à ceux-là, la grandeur de la mission sacrée de vos missionnaires et la fidélité constante et dévouée avec laquelle ils l'ont remplie, sont apparues peut-être d'une manière plus spéciale. Dans leurs travaux, vos Pères ont obéi au commandement divin, et, dans les fruits de cet apostolat, les promesses divines ont été remplies.

Acceptez donc, Très Révérend et cher Monsieur, nos assurances sincères et cordiales d'amour et de gratitude, tandis que nous prions humblement Dieu de vous bénir, vous et tous les membres de votre saint Ordre, afin que vous et eux vous puissiez encore longtemps continuer la divine mission qui vous a été confiée : que ceux qui ont faim soient rassasiés ; que ceux qui sont nus soient vêtus; que les malades reviennent à la santé ; que les aveugles recouvrent la vue, et que les brebis perdues soient

enfin rassemblées dans le grand bercail du Christ. J. CosrTiGaN,

Avocat de la Reine.

« Le Supérieur général répondit à ces compliments avec sa facilité et sa délicatesse ordinaires. Voici en substance cette réponse :

Messieurs et Mesdames, je suis très heureux de me trouver au milieu de vous et de voir les progrès réalisés à Calgary depuis ma visite en 1883. Tout a progressé à Calgary ; mais les catholiques, je suis fier de le proclamer, ne sont pas restés en arrière. N'avez-vous pas une belle, vaste et solide église en pierres? N'avez-vous pas un couvent avec des classes magnifiques ? N'avez-vous pas une Communauté aussi savante que vertueuse pour instruire vos enfants, les Fidèles Compagnes de Jésus, ces dignes religieuses dont les succès dans l'enseignement sont remarqués en France, en Angleterre, en Australie comme au Manitoba et dans le

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Nord-Ouest ? Pour couronnement de vos institutions paroissiales, vous avez un hôpital qui est un honneur pour vous et pour la ville, qui est une source de bienfaits pour les affligés et les pauvres, et cet hôpital est sous la direction si habile et si dévouée des bonnes, des admirables Sœurs Grises de Montréal! Vraiment cette petite ville de Calgary a été visiblement bénie de Dieu! Vraiment vous devez une grosse dette de reconnaissance à Mgr Grandin, votre si digne pasteur, qui a dirigé ces belles œuvres! Permettez-moi de vous dire que je suis fier de tout ce que je vois et de tout ce que j'entends ici. Comment pourrait-il en être autrement? Je ne me crois pas un étranger parmi vous. Vous avez ici mes enfants; vous les aimez, vous les respectez, vous les aidez à faire le bien. Comment pourrais-je ne pas vous aimer P Soyez sûrs que je n’oublierai pas Calgary et que je ferai tout mon possible pour votre bien et pour votre satisfaction. Je vous remercie cordialement de cette belle démonstration à l’occasion de ma visite; je vous remercie en particulier, vous, chers messieurs Rouleau et Costigan; j'admire les nobles paroles que vous avez su trouver pour m'exprimer votre estime, votre affectueuse gratitude envers tous les membres de la famille des Oblats, particulièrement envers votre si digne évêque, Mgr Grandin. Je vous remercie tous, bons habitants de Calgary; votre présence ici me parle agréablement au cœur et y laissera d'impérissables souvenirs. Comme je n'ai pas l’avantage de me faire comprendre de tous, je prie votre dévoué pasteur, le R. P. Lestanc, de vouloir répéter en anglais les quelques paroles que je vous ai adressées en français.

« La bénédiction du Saint Sacrement clôtura la séance.

« Au sortir de l’église, une superbe voiture, attelée de deux magnifiques chevaux noirs, nous attendait, et le Père Général, Monseigneur, le P. Antoine, le P. Lacombe et le Père Supérieur firent une promenade très pittoresque autour de Calgary. Nous fimes une visite au premier emplacement de la Mission, et, ayant monté les côtes qui cernent la ville comme un cercle d'énormes murailles, nous pûmes, d’un coup d’œil, admirer les principaux monuments de la jeune cité et une bonne étendue des Montagnes Rocheuses. Nous étions de retour pour le souper. »

A l'Ecole industrielle de Saint-Joseph. — « Le lundi 5, tous les Pères qui devaient prendre part à la retraite n’étant pas encore arrivés, le Père Général fut heureux de profiter de la voiture de !a police, mise gracieusement à sa disposition par le major Jarvis,

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pour aller visiter l'Ecole industrielle de Saint-Joseph, à 25 milles au sud de Calgary. Monseigneur, le P. Antoine et le P. Lacombe furent de la partie, sans compter les jeunes Pères et Frères et deux soldats de la police, avec la grande voiture à quatre chevaux. Le voyage se fit aussi rapidement et aussi agréablement que possible, mais il fallut avaler de la poussière. Pour l'Ecole de Saint-Joseph, cette visite fut une grande fête. Les sauvageons avaient fait grande toilette; les Pieds-Noirs avaient la face presque blanche. Tout l'état-major était sur pied avec ses élèves, et l'établissement semblait tressaillir d’allégresse. La joie brillait sur tous les visages, les drapea’:x flottaient au vent et la fanfare jouait les plus beaux morceaux de son riche répertoire. Les compliments, les pièces dramatiques se succédaient avec les chants et la musique. Les petites filles, sous la direction si habile des révérendes Sœurs Grises, rivalisaient avec les garçons pour fêter les illustres visiteurs. C'était vraiment beau d’entendre ces jeunes sauvages, mais c'était tout au moins aussi surprenant de voir et d’inspecter leurs travaux en agriculture, menuiserie, cordonnerie, couture, économie domestique, etc. Le Supérieur général était émerveillé des succès obtenus dans cette école et ne ménagea pas les compliments aux maîtres, maîtresses et élèves. Ces derniers reçurent, en outre, quelques jolis présents, qu’ils apprécient bien mieux que des éloges. Le mardi, à quatre heures et demie de l'après-midi, le Père Général était de retour avec toute son escorte re.gieuse et militaire. Pour nous disposer à la retraite et nous aider à attendre avec patience les retardataires, les Sœurs nous avaient invités à dîner, et leurs élèves avaient préparé une petite fête en l'honneur du Supérieur général. Voici l’adresse qui fut lue dans cette circonstance :

TRÈS RÉVÉREND PÈRE

Plusieurs fois déjà nous avons eu l'heureux privilège de souhaiter la bienvenue à des visiteurs distingués, mais jamais encore l'honneur ne nous a été donné de la souhaiter au Supérieur général d’un ordre religieux.

Il appartenait de droit, en effet, au Très Révérend Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée d'être le premier à recevoir l'expression de notre filiale et respectueuse vénération.

Permettez donc, Très Révérend Père, que nous saisissions cette circonstance solennelle pour vous exprimer nos sentiments de vive gratitude,

Ne devons-nous pas à votre illustre Société l'introduction, dont nous jouissons en Canada, des Fidèles Compagnes de Jésus, de ces bonnes Mères qui travaillent avec tant de zèle à notre avancement en vertu et en sciences ? N'est-ce pas une des gloires de votre belle Congrégation, Monseigneur Grandin, qui a fait tant de sacrifices pour nous procurer ces avantages P Oh! puisse-t-il vivre longtemps encore et nous réjouir souvent par son sourire si paternel!

Nous ne sommes encore, il est vrai, que des enfants, et nous ne savons pas assurément comprendre tous les services rendus à l'Eglise et à la Société par le noble ordre des Oblats de Marie Immaculée, que le Bon Dieu a confié à votre sollicitude paternelle, mais nos cœurs ne sont pas insensibles à ce que nous voyons tous les jours.

…. Depuis la fondation de cette maison de Calgary, que de bienfaits n’avons-nous pas reçus de nos chers Pères Jblats, — de vos Enfants bienaimés !

En conclusion, Très Révérend Père, nous prions le Bon Dieu de vous conserver la santé, et de bénir votre administration pendant de longues années.

Puisse l'ange du Seigneur vous accompagner et vous protéger pendant ce long et pénible voyage! Puisse-t-il veiller sur chacun de vos pas et vous ramener sain et sauf au milieu des nombreux enfants qui soupirent déjà, sans doute, là-bas, dans la belle France, après le retour de leur Père

vénéré et chéri!

Les Enfants du Couvent du Sacré-Cœur, Calgary, le 3 juin 1894.

Toutes ces politess:s nous occupèrent agréablement jusqu’à neuf heures du soir. Quand nous rentrâmes au logis, nos PP. Desroches et Cunningham nous attendaient à leur tour et la retraite commença aussitôt.

« Ce fut le P. Antoine qui nous prêcha cette retraite. Treize Pères, deux Frères scolastiques et cinq Frères convers y assistaient. Outre les instructions du bon P. Antoine, le Père Général nous donnait une conférence tous les jours. Avec quelle sainte joie nous passâmes ces jours, hélas! trop courts! Avec quelle avidité nous goûtions la parole si substantielle, si persuasive, si enthousiaste du prédicateur ! Avec quelles délices nous savourions ces entretiens si touchants, si imprégnés de l'esprit de notre Fondateur, que nous consacrait chaque jour notre bien-aimé Père Général!

« La retraite fut couronnée par deux oblations perpétuelles (du

F. Danis, scolastique, et du F. Barreau, convers) et la rénovation des vœux de tous les autres retraitants. »

Chez les Gens du sang. — « A peine la retraite finie, le 9 juin, à sept heures et demie du matin, le Père Général, le P. Antoine, les PP. Lacombe, Legal, Van Tighem et Foisy et le F. Barreau prennent le train de Macleod. Quoique les rivières fussent partout hautes et bien dangereuses, le Père Général tenait à visiter les Missions sauvages. Nous n’étions pas sans crainte au sujet de ce voyage. Grâce à l’obligeance des officiers de la police, les visiteurs purent se rendre chez les Gens du sang, Mission du P. Legal. Là, le Père Général put admirer, d’un côté, le dévouement, l’abnégation parfaite, la persévérance héroïque des missionnaires et la charité si touchante des Sœurs Grises auprès de ces pauvres sauvages, et, de ‘autre, l'indifférence, l’endurcissement, l’obstination de ces m. jeurcux infidèles. Ces Gens du sang proclament hautement qu !s veulent garder leurs superstitions et ne veulent pas être chrétiens. Qu’y fait donc le missionnaire? Qu’y fait-il ? Il baptise les petit enfants ; les parents y consentent volontiers, parfois même ils viennent apporter ces chers petits au prêtre pour qu’il ies baptise. De plus, c’est le missionnaire qui fait la propagande pour lPécole industrielle. Parfois encore, et aujourd’hui plus souvent que jamais à cause de l’hôpital où les sauv°3es aiment à venir se faire soigner dans leurs maladies, parfois encore, il lui est donné de baptiser quelques adultes en danger de mort. C’est là toute la consolation du missionnaire des Pieds-Noirs.

« Voilà bien vingt ans que les prêtres sont là, guettant le moment de la grâce : Ecce sto ad ostium et pulso.

« Le mercredi 13 juin, nos visiteurs sont de retour de Macleod. Ils se reposent une journée et partent pour la Colombie Britannique le 15. Ce n’était pas sans inquiétudes que nous voyions notre Père Général entreprendre ce voyage, à travers les Montagnes Rocheuses. Les rivières y étaient si débordées, le chemin de fer y avait subi tant de dégâts! Les communications interrompues pendant quelques semaines venaient à peine de recommencer leur cours; mais notre bien-aimé Père avait tout réglé d'avance et rien que l'impossible ne pouvait l'arrêter. Grâce à Dieu, sa confiance a trouvé le chemin presque partout réparé et n'a éprouvé de retard que d’un jour.

« Le 11 juillet, à deux heures du matin, nous avions encore le bonheur de revoir notre bien-aimé l'ère et ses inséparables compagnons, les PP. Antoine et Lacombe; maïs la joie ne fut pas longue. La carte de route était tracée et, le 12, le R. Père Général partait pour Saint-Albert ; il y arrivait le soir même et y était reçu en triomphe par le clergé et la population. Du reste, vous avez déjà reçu ou vous recevrez le rapport du R. P. Leduc, supérieur de Saint-Albert.

« Laissez-moi ajouter encore quelques lignes à ce rapport déjà trop long. La visite de notre Père Général a été pour nous tous une bien douce surprise et une vraie bénédiction. Partout où il a passé, il n’y a qu’une voix pour proclamer sa bonté, sa condescendance, son tact et ses manière nobles, sa perspicacité dans les affaires, sa facilité à résoudre les questions les plus embarrassantes, son habileté à tout ramener à la règle, sa fermeté à maintenir ce qui a été décidé, sa patience à écouter tous ses sujets. Transit benefaciendo. Sa visite a fait un bien immense. Le R. P. Antoine est excellemment qualifié pour être le socius du Révérendissime Supérieur général et, sans aucun doute, il a grandement contribué au succès de la visite. Deo gratias ! »

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