ANTHIE STRIÉE ET PONCTUÉE
ANTHIA STRIATO-PUNCTATA.
A. atra; elytris levibus, striato-punctatis ; thorace maculis duabus elytrorumque marginibus albo-tomentosis.
Cette belle et grande espèce ressemble beaucoup, au premier coup d'œil, à \ Anthia thoracica des auteurs^ et certainement, du temps d'Olivier et deFabricius, on l'aurait confondue avec elle. Examinée plus attentivement et surtout avec le secours de la loupe, on voit bientôt qu'elle en diffère par plusieurs caractères faciles à saisir. D'abord le mâle a une forme plus allongée et plus étroite que le mâle de la thoracica, et ses élytres ne forment pas un ovale aussi régulier,
étant un peu plus allongées, plus étroites en avant, avec leur plus grande largeur au tiers postérieur j mais ce qui la distingue surtout, c'est qu'au lieu d'avoir ces élytres couvertes de points enfoncés plus fort que les points qui forment des apparences de stries, elles n'offrent que de rares et faibles traces de ces points à peine visibles avec une forte loupe, et sont marquées de stries régulières formées de points enfoncés trèsrapprochés et plus forts que ceux des mêmes stries dans ÏA. thoracica, La première strie de chaque élytre, comme dans VA. thoracica ^ offre à la base huit gros points enfoncés. En outre sa tête et son corselet sont plus étroits ; le prolongement postérieur de ce dernier est beaucoup moins large, moins échancré et plus excavé en dessus.
On ne peut confondre notre nouvelle espèce avec les^. margmipennis y Castelnau {Études ent. y 2" suppl., p. 149, etMag.zool.j IP série, 1839, Ins., pi. XIV), ni avecF^. cinctipennis, Lequien {Mag. zool., 1832, Ins., pi. XXXVIII), parce que, chez ces deux espèces, les côtés du corselet n'offrent pas les grandes taches jaunes qui caractérisent Y A. thoracica et la nôtre.
Notre Anthia striato-punctata est entièrement d'un noir vif et assez luisant; sa tête est grande, ovale et allongée, faiblement ponctuée, avec une large excavation de forme subcarrée sur le front, offrant quelques plis de chaque côté, et en avant, et munie au milieu d'une faible élévation suivie de deux plis en arrière. La lèvre supérieure est aussi longue que large, arrondie en avant, d'abord droite sur les côtés, avec
quatre gros points enfoncés au bord antérieur. Les antennes sont plus longues que la tête et le corselet, un peu comprimées , garnies d'un duvet roussâtre , à l'exception des quatre premiers articles. (Dans le mâle de VA. thoracica ces premiers articles ont le bord supérieur couvert de poils jaunes, couchés et serrés.) Les mandibules sont grandes et arquées, mais moins longues que chez la thoracica.
Le corselet, chez le seul mâle que nous connaissions, est moins long que large , en forme de cœur tronqué, faiblement ponctué, vu à la loupe, plus large que la tête en avant, arrondi et déprimé sur les côtés, élevé et offrant un large sillon au milieu , prolongé et échancré en arrière. L'enfoncement du milieu est rétréci à sa partie antérieure, un peu plus large et plus profond en arrière , et il présente une forme toute différente de celle que la mêir.e partie offre chez VA. thoracica. En effet, chez cette dernière, cet enfoncement est brusquement deux fois plus large en arrière, tandis que chez VA. striato-punctata il est tout au plus de moitié plus large , mais plus profondément excavé. Le prolongement postérieur de la première est très-large, droit sur les côtés et profondément échancré , tandis qu'il est presque de moitié plus étroit, un peu rétréci en arrière et ayant par conséquent ses côtés obliques , avec l'échancrure beaucoup moins profonde.
Les élytres sont ovalaires, un peu plus étroites en avant, et leur largeur, au milieu, fait notablement moins des doux tiers de leur longueur, tandis que
dans la thoracica cette largeur est de plus des deux tiers de leur longueur. Elles sont rebordées, assez manifestement sinueuses à l'extrémité , lisses avec huit stries régulières et bien marquées, formées par des points enfoncés assez forts et assez rapprochés entre eux, et quelques rares et faibles traces de points enfoncés, dans les intervalles beaucoup moins marqués que ceux des stries, à peine visibles à une forte loupe, tandis que ces mêmes points sont nombreux et beaucoup plus forts que ceux qui forment des traces de stries chez VA. thoracica.
Le dessous du corps est luisant, assez finement ponctué, surtout sur les côtés. Les pattes sont fortes avec les cuisses ponctuées et les jambes chagrinées, garnies de poils noirs et courts, avec un sillon de chaque côté ; les postérieures sont un peu arquées.
Cette espèce remarquable se trouve en Abyssinie et dans l'intérieur de l'Afrique, assez loin du port Natal , dans le pays des Massilicats. Nous verrons dans la suite de ce travail que plusieurs autres espèces sont communes à ces deux contrées.
Peut-être devra-t-on la considérer comme une variété locale de l'A. thoracica y si plus tard on peut étudier de nombreuses séries des deux sexes de cette espèce, provenant de diverses localités, pour voir si l'espèce est variable dans sa forme et dans la ponctuation de ses élytres. Si l'on trouve des individus établissant un passage entre la vraie thoracica et la nôtre, on sera autorisé à les réunir.
ANTHIE DE LEFEBVRE. — Pl. I, Fig. 4.
ANTHIA LEFEBVREI.
A. atra ; thoi'ace cordato , lateribus albo-tomentoso ; elytris costatis maryine albo-tomentoso.
Cette espèce est très-voisine des A. costata, Gory (Mag. zool.y 1 839, lNS.,pl. XV) eilimbata, Dejean (Sp., t. V, p. 466); mais elle diffère de la première par le blanc des côtés de son corselet et par ses élytres, qui ont une simple bordure blanche partant de l'angle humerai et se terminant à l'angle suturai. Elle se distingue de la seconde par la forme moins allongée et moins parallèle de son corps et par la distribution tout autre du blanc.
Notre Anihia Lefebvrei a la tête forte , allongée , fortement ponctuée ; le labre est grand , au moins aussi long que large, un peu renflé à la base, droit ensuite sur les côtés , arrondi en avant, avec un gros point au bord et un peu avant l'angle supérieur, de chaque côté, et un autre point plus petit au bord antérieur, près de ce même angle. Les mandibules sont robustes et dépassent peu le labre quand elles sont croisées. Le devant de la tête présente un sillon transverse près du bord antérieur et deux larges et profonds sillons longitudinaux offrant quelques plis obliques et terminés insensiblement à la hauteur des yeux. La partie articulaire de la tête est lisse et traversée par une fine strie transverse et imprimée. Les antennes sont aussi longues
au moins que la tête et le corselet, fortes, aplaties latéralement, et leurs quatre premiers articles ont le bord supérieur garni de poils blancs assez serrés. Les yeux sont marbrés de gris et de noir.
Le corselet est aussi large que long, plutôt triangulaire que cordiforme, à peine plus large que la tête, fortement rugueux ou plissé en dessus, avec le bord antérieur seulement ponctué, rebordé, offrant un sillon transverse en avant, qui se continue par un angle médian avec un profond sillon longitudinal. Son bord antérieur est presque coupé droit, faiblement arrondi en avant, ses côtés sont arqués d'abord, rétrécis ensuite en ligne peu sinueuse, et le bord postérieur, trèsétroit, est échancré au milieu par l'arrivée à ce point du sillon médian et produit deux petits lobes arrondis peu saillants, mais bien sentis. Il présente de chaque côté une bande longitudinale blanche, n'atteignant ni les bords latéraux, ni l'angle postérieur, formée par des poils assez serrés et couchés. Les bords latéraux inférieurs du corselet sont très-lisses et luisants; l'écusson est triangulaire, large et finement rugueux, et il a de chaque côté une petite carène élevée et oblique.
Lesélytres sont de forme ovalaire un peu plus étroites en avant, un peu tronquées obliquement en arrière. Elles ont chacune neuf sillons profonds produisant des côtes assez élevées, surtout vers la base et sont garnies de points enfoncés assez nombreux et assez forts , qui donnent attache à autant de poils noirâtres et roides. La base du premier sillon, à partir de la suture et le bord externe de chaque élytre , dans toute son étendue.
sont garnis de poils blancs couchés, ce qui produit deux petites stries et une bordure blanche. Le dessous du corps est plus luisant que le dessus , couvert de points et de petites stries courtes et transversales , arrivant chacune à ces points. Les pattes sont fortes, ponctuées et striées comme le dessous du corps, avec des poils noirâtres ; les jambes ont des séries de poils forts, noirs et comme épineux, et elles offrent de chaque côté un fort sillon longitudinal. Les tarses sont simples (femelle).
Nous avons dédié cette espèce remarquable à l'intrépide voyageur qui, seul, a pu revoir sa patrie et lui rapporter une masse de travaux très-importants.
ANTHIA GALINIERI. REICHE , MSS. ' ANTHIA FERETII. REICHE, MSS.
Ces deux espèces ont été rapportées par MM. Galinier et Ferret, officiers d'état-major, envoyés en Abyssinie par le ministre de la guerre; elles seront publiées par M. Reiche dans Touvrage que ces voyageurs préparent, et nous avons vu leurs descriptions manuscrites que M. Reiche a bien voulu nous communiquer.
Pour déterminer comme il convient les affinités des espèces à'A^ithia décrites ci-dessus , nous avons été
' Toutes les fois qu'on trouvera cette indication , Reiche, mss., on devra se rappeler que l'espèce n'est pas encore publiée, mais que sa description existe en manuscrit et paraîtra dans le Voyage de MM. Ferret et Galinier ( 30 août 1846).
obligé d'étudier tout le genre, ce qui nous a engagé à en dresser un catalogue complet. Comme toutes les espèces appartiennent à l'ancien monde et surtout à l'Afrique , nous croyons qu'il n'est pas hors de propos de donner ce catalogue ici.
Ce genre se compose actuellement de quarantequatre espèces. Le nombre de celles-ci s'est accru trèsrapidement, par suite des voyages récents faits dans diverses parties de l'Afrique. En effet, Fabricius n'en a décrit que onze. A l'époque où M. Dejean a publié le Species de sa collection, il n'en connaissait que dixsept. Quelque temps après, M. Lequien portait le nombre des espèces à'Anthia à vingt et une, et en donnait une bonne monographie dans notre Magasin de zoologie (1832, Insectes, classe IX, pi. XXXVIII à LXI). Plus tard , M. Gory a encore augmenté ce nombre de trois, ce qui le portait à vingt-quatre {Mag. zooL, 1839; Insectes, pi. XIV à XVI). Enfin nous avons trouvé dans divers auteurs récents, et nous avons publié nous-même quelques autres espèces, ce qui produit le total actuel de quarante-quatre.
M. Hope , dans son Coleopterist^ s Manual (ir partie , p. 50), forme avec ces insectes un groupe ou tribu, qu'il nomme Anthiadœj et il le compose de cinq genres : les Anthia, Pachymorpha, Thermophila, Grapliiptera et Piezia. Son genre Pachymorpha est formé avec les A. sextiguUata, F. et orientalis, Hope; et l'on devra lui joindre l'A. Mannerheimii. Comme on le voit , ce groupe se compose d'espèces indiennes. Il laisse dans le genre Anthia proprement dit, les A. maxillosa et
thoracica de Fabricius, et l'on devra lui adjoindre les les A. marginipennis , deLap., cinctipennis , Leq.,striatopunctata, Guer., et actœon^ Erisch.; enfin toutes les autres anthies des auteurs, telles que les A. Venator^ sulcata , nimrod y tabida^ Fabr., etc., constituent son genre Thermophila , qu'il serait facile de subdiviser si on le voulait.
Voici la liste de nos espèces présentée dans Tordre proposé par M. Hope, dont nous adoptons les genres comme autant de sections ou coupes.
GENRE ANTHIE (anthia).
PREMIÈRE SECTION (G. Anthia, Hope).
1 Thoracica , Fabr., Leq. ; hab. le Cap.
2 Striato-punctata , Guer.; hab. l'Abyss. Natal.
3 Marginipennis , de Lap., Études ent., Gory; hab. laCafrerie.
4 Cinctipennis, Leq. ; hab. le Cap.
5 AcTiEON , Érichs., Faun. Angol. Arch. fur nat., IX , 1 band.,
p. 213; hab. Angola.
6 Maxillosa, F., Leq. ; hab. le Cap.
DEUXIÈME SECTION (G. Pachymorpha, Hope).
7 Sexti-guttata , F., Leq. ; hab. Pondichéry.
8 Mannerheimii , Motsch., Mag. zooL, etc.; hab. le Bengale,
la Russie asiatique.
9 Orientalis, Hope, Col. man., 2-163, pi. III , fig. 4; hab.
Poonah.
TROISIÈME SECTION (G. Thermophila , Hope).
10 Venator, F., Leq.; hab. la Barbarie.
11 BuRCHELii, Hope, Anim. Kingd., Leq. ; hab. le Natal.
12 HoMOPLATA, Leq. ; hab. le Cap.
13 Melly, De Brème, An. de la Soc. ent. de France , ir série,
t. II, 1845, p. 292, pi. VU, fig. A. ; hab. le Natal.
14 Masilicata, Guer., Uev. zool., 1845, p. 285; hab. Masi-
licatzi. Natal.
15 NiMROD, Fab., Leq.; hab. le Sénégal.
16 SuLCATA, F., Leq. ; hab. le Sénégal.
17 Decem-guttata , F., Leq.; hab. le Cap.
18 Cruoricollis , Mann., Bull. mosc. , 1837; hab. le Cap.
19 ViLLOSA, Thunb., Gory; hab. le Cap.
20 DuoDECiM-GUTTATA , Bonclli , Leq. ; hab. l'Arabie.
21 Marginata, Klug., Leq. ; hab. la Nubie.
22 Sex-maculata , F., Leq. ; hab. la Barbarie.
23 LiMBATA, Dej., Leq. ; hab. le Cap.
24 Cephalotes, Guer., Rev. zool., 1845, p. 285; hab. le Natal.
25 Costata, Gory, Mag. zool., 1839, pi. XV; hab. le Cap.
26 B[-GUTTATA, Bon., Leq.; hab. le Cap.
27 Anthracina, Klug. , mss. *; hab. la Cafrerie.
28 Lefebvrei, Guer.; hab. l'Abyssinie.
29 Caillaudi, de Lap., Gory; hab. le Sennaar.
30 Aut:olata, De Brème, An. delà Soc. ent.de France, ii* sé-
rie, t. II, p. 293, pi. VII, fig. 5; hab. le Natal.
31 Macilenta, F., Leq. ; hab. le Cap.
32 Dregei^; hab. le Natal.
33 Galinieri, Reiche, Voy. en Abyssinie, mss. ; hab. l'Abyssinie.
34 Ferreti , Reiche , id. id.
' L'Anthia anlhracina est très-voisine des A. Lefebvrei et Umhata, pour la forme et la taille, mais entièrement noire, luisante, avec les sillons des élytres un peu effacés en arrière et les côtes qui les séparent assez aplaties. Le fond des sillons est lisse , le labre est entier , transversal.
- VAnthia Drep^ei semble différer de Y A. macilenta, parce que le devant de sa tête, le milieu de son corselet, l'écusson et l'extrémité de ses élytres, sont garnis de poils blancs couchés. N'est-ce pas une macilenta bien fraîche ?