CHAPITRE Vil
Fâchi;useB nouvelles du sud. — Retour du colonel Fremont. — Enrôlement de volootaires. — Départ de Noavelle-HeWMie. — Passage du Sacramen to.— Belle vallée.— Honlagnes escarpées. — Terre arable de la Californie .—Indiens étrangers. — Greenwood. — Vallée de Nappa. — Sauoma. — Arrivée â San Francisco. — Retour de Nouvelle-Helvélie.
Je restai du furl jusqu'au 30 octobre. Le 28, M. Reetl, qui appartenait à une troupe d'émignints , ui-i'iva près de nous. Il avait laissé ses compagnons près de la rivière de Marie, et traversé, avec un seul guide, le désert et les montagnes. 1) venait de passer sept jours sans provisions, et il était tellement uffaibli par la Taim et la fatigue, qu'à peine pouvait-il marcher. Son but, en venant à nous, était de se procurer des vivres pour les porter à dos de mule aux malheureux émigrants qu'il avait laissés derrière lui. Le capitaine Sutter lui fournit libéralement des chevaux , des mules avec des vaqueros indiens, et de la farine. Depuis mon arrivée dans le pays , c'est le second convoi que l'on organise pour nourrir les émigrants.
Le âS au soir, un courrier apporta de Monterey des
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leltres du colonel Fremonl. Ces letlres iiiinoDçaienI qu'une bande de Caliroroiens (les uns disaient de cinq oenLs, les autres de quinze cents hommes) avait attaqué le capitaine Mervins, qui était débarqué, avec quatre cents bomiiies , à San Pedro, pour marcher sur Los Angeles, et l'avait forcé à regagner sa frégate, après lui avoir tué six hommes. On rapportait aussi que les villes de Los Angeles et de Sartta Barl>ara avaient été prises par les insurgés, que les garnisons américaines avaient capitulé ou battu en retraite. Le colonel Fremont , qui était entré à Mon-' terey avec ceal quatre-vingts volontaires, rassemblait des forces pour marcher sur Los Angeles.
A cette nouvelle, je m'offris à servir comme volontaire, et à enrôler des éinîgranls, des Indiens pour rejoindre le colonel Fremont, Plusieurs autres Américains firent la même offre. Notre demande fut adressée à M. Kern , commandant du l'oit Sacramento. Le lendemain, je reçus l'autorisation d'enrôler des vo? lonlaires et de prendre les mesures nécessaires pour leur procurer des vivies et des vétemenls.
La pluie commença à tomber dans la nuit et dura jusqu'au lendemain. Vers une heure de l'après-midi, les nuages s'éclaircirenl, et le temps était délicieux.
Le 50, je partis avec un de mes compatriotes, M. Grayson. Nous traversâmes le Sacramento dans une barque : nos chevaux nous suivaient à la nage, guidés par un canot sur lequel sont trois hommes, l'un à l'avant, l'autre à l'arrière, le troisième au centre. Les deux premiers rament, le troisième est employé à tenir les chevaux de chaque cdlé de l'embai-cation , en ayant soin de leur faire lever la léte aii-
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dessus de l'eau. Au mouienl où on les oblige à entrer dans la rivière , ces chevaux se déballent rudemeul, et quelquefois font chavirer le canot ; mais , dès qu'ils sont à la nage , ils suivent sans résistance la main qui les conduit.
Nous campons dans une crique du Puta. un des alQuenls du Saci'auienlo, avec liuit émigrants qui se rendaient dans la vallée de Nappa. Cinq d'entre eux s'engagent à servir militairement avec nous.
Lç31. ~ Pli)ieel brouillard continuels. Nous arrivons dans la crique de Cache, à la demeure d'un colon américain, M. Gordon, et nous enrôlons plusieurs volontaires.
1" novembre. —Nous avons élé heureux de trouver pour la nuit un refuge d;ins une cabane en bois, occupée par les enfants de M. tiordon, car nous étions trempés par la pluie. Le mutin, le ciel est claii'. le soleil chaud; les oiseaux chantent et saulillent d'arbre en arbre dans la cliarmante vallçe où nous avons passé la nuit. Autour de nous tout est si riant, que je me décide avec peine à me remettre en marche. Je n'imagine rien de plus beau que les petites vallées de la Californie. Nous gravissons une chaîne de montagnes qui dominent la crique de Cache, et de li, aussi loin que les regards peuvent s'étendre, nous voyons se dérouler devant nous la vaste plaine du Sacramenlo avec ses lies et ses ceintures de forêts. Les gorges et les cimes de ces montagnes sont remplies de pins, de sapins, de cèdres, de magnolias et de buissons d'aubépine. D'un plateau de quelques milles d'étendue, nous descendons dans une riche et fé-conde vallée. Puis, devant nous, s'élève une autre
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uhalne de montagnes que aous devons grjvir et redescendre par une espèce de précipice où nos chevaux peuvent à peine passer, ou souvent ils glissent sur de longues dalles de roc. Au coucher du soleil , nous entrons dans une vallée plus belle encore et plus pittoresque que celle que nous venons de quitter.
Nous savions qu'il existait dans cette vallée une maison où nous espérions trouver un gite pour la nuit. Nous aperçûmes de nombreuses traces de bestiaux; mais l'obscurité nous empêcha de les suivre. Après avoir vainement erré de c&té et d'autre, et poussé des cris pour appeler les habitants de la maison, tous nos efforts étant inutiles, nous nous décidâmes à camper sous les rameaux d'un cbéne. Nous allumons un large brasier, nous attachons nos chevaux à des piquets et nous nous roulons dans nos manteaux. Nous avions fait dans la journée quarante milles.
La pluie tombe peadaat ta aoit, et le malin une brume épaisse inonde la vallée. Une trace de bestiaux nous conduit à la maison que nous avions cherchée la veille. La porte est ouverte , la chambre vide , le foyer froid ; tout iudtque que cette demeure est abandonnée depuis quelque temps. Près de là sont des champs de blé qui ont été évidemment moissonnés cette année; mais dans la maison il n'y a pas le moindre reste de récolle. Nous nous asseyons près d'une source limpide et nous faisons un déjeuner hydropathique avec son eau fraîche.
Devant nous s'étend une vallée fertile parsemée d'arbres et airosée par plusieurs ruisseaux. La quan-
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lité de terres cultivables en Californie est, selon moi, beaucoup plus considérable qu'on ne pourrait )e croire d'après les lapporls des voyageurs qui n'ont visité que quelques missions. La plupart des vallées situées entre la Sierra Nevada et la cMe sont trèsfertiles, bien arrosées, et produiraient toutes sortes de gniîns, tandis que les coteaux qui les dominent sont couverts d'une herbe excellente pour les pâturages. Avec les glands qui tombent des chênes, on engraisserait des porcs, et on pourrait même nourrir avec ces gros fruits oléagineux les chevaux, les mules et les béies à cornes pendant les cinq à six semaines qui s'écoulent entre l'époque où l'herbe se dessèche et celle où elle reverdi).
Nous quittons la vallée par un beau soleil et nous gravissons une montagne boisée comme celles que nous avons vues précédemment. K son sommet, les nuages nous enveloppent, la pluie tombe, et un vent froid nous glace dans nos vêtements. De là nous descendons dans une enceinte de collines couvertes de gazon, de folle avoine. Au fond de cette gorge pittoresque, nous rencontrons quatre Indiens vêtus de peaux, armés de longs arcs et de longues flèches. Ils ont le leint beaucoup plus clair que les Indiens de la Californie et appartiennent évidemment à une tribu plus septentrionale. Nous essayons de causer avec eux, mais nous ne pouvons comprendre ni d'où ils viennent ni où ils vont.
En poursuivant notre route au sein d'une autre vallée circulaire , dont le sol amolli par la pluie glisse sous les pieds de nos chevaux , nons apercevons cinq malheureuses femmes indiennes, maigres, déchar-
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nées , qui recueillaient les semeoces de gazon pour «n faire du pain. Elles ne pureut nous donner une réponse positive aux questions que nous leur adressions; elles nous indiquèrent du doigt la rivière, <:oninie pour nous dire que par lu nous aniverions à iine ranclieria; et nous les laissâmes occupées avec ardeur à leur tÂche comme si leur vie en dépendait, ce qui n'était peut-être que Irop vrai.
Après avoir Iraversé la rivière, une trace de bétail nous conduisit à une case de douze pieds carrés, bftfie en adobe* et fermée. Près de là était une douzaine d'individus, hommes, femmes, enfants, sales et à moitié nus. Nous demandons le maître de l'habitation, on nous répond qu'il est absent et ne reviendra pas avant que le soleil se soit levé et couché plusieurs fms. Nous demandons si on ne pourrait pas nous donner quelque chose à manger, el on nous apporte une espèce de galette faite avec des glands pulvérisés, des fruits sauvages, et un panier plein d'eau, un de ces paniers que les Indiens fabriquent, et qui pour eux remplacent la poterie.
Je savais que, dès le matin, nous nous étions écartés de notre vraie route, el il était trois heures de l'après-midi. N'ayant point de boussole, nous ne pouvions reconnaître notre direction. Je lis entendre à un Indien que nous désirions nous rendre à Sonoma, et le priai de nous indiquer le chemin. Il étendit su main vers un point de l'horizon , et nous affirma que de ce c6lé était Sonoma- A,près quelques pourparlers, en lui promettant la chemise que je portais sur le corps, je le décidai à nous servir de guide. Il jela un lambeau de peau sur le dos d'on cheval et se mit en
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mar<;he. Bientôt pourtant , il se Irouva tellement (aligné par la pluie qui tombait à flots sur son corps nu, qu'il demanda à s'en retourner; mais je ne voulus pas y consentir, et, par pitié pour hii, je lui donnai mon par-dessus, dans lequel il s'enveloppa avec une satisraclioD enfantine.
Nous traversons plusieurs collines rocailleuses et nous entrons dans une vallée dont les brouillards m'empéchenl de reconnaiire l'éleiiâue. A la vue d'une nappe d'enu, l'Indien jette un cri de joie, et je commence à croire que nous approchons de la baie de San Francisco. Après avoir suivi pendant quelques instants le cours d'un petit ruisseau, nous entendons le tintement d'une clocbette de vache qui nous annonce que près de là il doit y avoir un campement. Je pousse un cii de toutes mes forces. On me répond; (Qui diable éles-vous? Espagnols ou Américains? ~ Américains. — Avancez, mille tonnerres! afin qu'on voie la couleur de votre peau. — Indiqueznous oii il faut passer le ruisseau, et vous nous verrez. — Suivez le son de ma voix, et vous franchirez lé ruissf^an en un pas de biche. ■
Grâce à cette instruction, nous arrivons de l'autre côté de l'eau et nous voyons trois hommes qui nous attendaient. Celaient des chasseurs ou lrap|>enrs de profession, en léle desquels était H. Greenwood, fameux montagnard connu sous le nom du vieux Greenwood. li nous invita à le suivre dans son camp établi dans une clairière à un demi-miiledelà. Après avoir débridé nos chevaux, placé nos bagages sous une tenle, nous nous asseyons près du feu de bivac. En racontant notre marche de la journée,
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nous apprenons que nous nous sommes écuries de quarante milles de lu direulion de Souon>a, et que les lenseignemeats des Indiens éLaienl faus. Nous nous trouvions alors près du lac de Lagunu, qui a environ cinquante à soixante milles de longueur et qui est situé à soixante ou soixante et dix milles de la baiç de San Francisco. Demain nous sei^ons oblii;és de retourner sur nos pas. M. Gteeawood nous donne à cet égard des iadicatiung qui ne peuvent plus nous tromper .
A notre grande joie, après un long jeAue, nous trouvons dans son camp d'excellentes provisions de chair d'ours et de cerf. Ce camp ressemblait à un élal de boucher, flusieurs pois remplis de viaode d'ours bouillaient devant le feu, et les tendres morceaux de venaison r6tis disparaissaient en un instant. Seulement nous n'avions pas de pain. Vn tel aliment ne se trouve point parmi les trappeurs des montagnes , et ils s'en passent fort bien.
Celte compagnie de chasseurs se composait de H. Turner, de H. Adams, de M. Greenwood, de ses trois fils à demi Indiens et tout jeunes encore. Un de ces enfants porte le nom de Gouverneur-Bo^s en mémoire de M. Bo^s, ex-gouverneur du Missouri, ancien ami do vieux chasseur. M. Greenwood nous dit qu'il avait quatre-vingt-trois ans, et qu'il avait passé quarante à cinquante ans de sa vie à chasser dans les montagnes. 11 a vécu parmi les Indiens- Crows et a épousé une lemme de leur tribu. C'est un homme de six pieds, maigre, mais musculeux, et, malgré son grjnd Âge, agile et droit comme un jeune homme. Il est velu d'une peau de bouc tannée, qui
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semble aussi vieille que lui. Probablement il ne l'a jamais quittée depuis qu'il l'a mise pour la première feus sur son (Mirps. < J'ai vu, nous dil-il, tontes les tribus des montagnes Rocheuses, comballu avec elles, vécu iivec elles. J'ai beaucoup d'enrants, je ne sais combien. Ils sont dispersés de cAté et d'autre. Hais ma femme était une Grow. Les Crows sont une brave nation. Ils 86 battent comme les blancs et auraient honte de se conduire comme les Pieds noirs, qui tuent un homme dans l'ombre, le scalpent et s'enfuient , en lâches reptiles. A quatre-vingt-trois ans, le vieux Greenwood est encore solide. C'est dommage qu'en conduisant , il y a trois ans, des émigrants danS le désert, j'aie été atteint de cette infernale humeur qui m'est tombée sur les yeux. Je n'y vois plus comme il y a cinquante ans, mais je vais encore bravement à la chasse. Je viens de servir de guide à des voyageurs ; je me suis nourri avec eux de lard, de pain, de lait et autres drogues. Cela ne me convient pas. Je me suis remis ù la chasse pour donner un peu d'exercice à mes vieux membres et avoir de la cliair fraîche. L'ours gris, le cerf gras, la volaille, le poisson, voilà ce que l'homme dtnt manger. Je savais qu'ici je trouverais des ressources. Il y a vingt ans que j'ai parcouru ce district pour la première fois. Pas un blanc n'avait encoi'e vu cette riche vallée et ce lac rempli de poissons. Il y a lu des sources excellentes , des montagnes de soufre, des mines d'or et d'argent que j'ai découvertes à mon premier voyage, et que je puis vous montrer demain matin. Ces maudits Espagnols se sont donc encore révoltés? Les diables de gensl it leur faut une révolution chaque année, et ils ne savent se
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battre. Il n'y a rien à faire avec eux. » Tels élnienl les propos tnlerrompns de notre hfttn.
Son campement cofisistait en deuv petites tentes qu'il avait probablement reçues îles émigrants. Entre ces (Jeux lentes déployées l'une en face de l'autt-e, s'élevait tin large foyer. ku\ rameaux d'arbres étaient suspendues les peaux des animant tués i tachasse, et des pièces de venaison en quantité.
Le lendemain, 3 novembre, après avoir fait nn déjeuner substantiel, et pris une bonne provision de chair d'ours et d'autre gibier, nous nous mimes en marche pour regagner la maison que nous avions quittée la veille. Nous y arrivâmes par un orage affreux, mais nous étions à l'abri, et nous avions du feu et des vivres.
i novembre. — Nous trouvons la trace qui nous a élé indiquée par M. Greenwood; nous descendons près de la crique du Nappa qui coule dans la baie de San Francisco. Autour de nous s'élend une belle vallée oii plusieurs Américains sont venus s'établir. Un d'eux, M. Baie, y a construit une scierie; un autre un moulin, 11 y a là une quantité de pins et de bois rouges qui sont d'excellents bots de construction. Les tiges de ces arbres sont énormes, sans nœuds et sans branches, e( très-aisées à travailler. Nous jouissons dans la maison de M. Baie d'une hospitalière réception, et d'un bon déjeuner servi à l'américaine.
Après avoir suivi le Nappa pendant quelques
heures, nous traversâmes une chaîne de montagnes,
et nous arrivâmes le soir à Sonoma , trempés par la
pluie qui est tombée tout le jour. Je couche dans
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l'odîeuse cabane que j'ai déjà occupée; la pluie y pénètre de tout e6lé , mais elle me délivre de la verraioe qui m'a tant tourmenté à mou dernier voyage.
Le lendemain je m'embarque pour San Francisco. J'acbèle des vêtements, des munitions pour les volontaires , et je pars pour Nouvelle-Helvétie avec une chaloupe du Porumoulh. Le vent, l'orage, retardent considérablement noire marche. J'arrive enfin, après une excursion de dix jours, par une pluie continuelle.
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nouvelles qu'on venait de recevoir. M. Larkin, tlernier consul des États-Unis, avait élé pris par les Culirorniens. Un enga^raent avait eu lieu entre les Indiens californiens et une troupe d'Américains qui conduisaient quatre cents dievaux au colooel Fremont. Dans celle affaire, deux officiers américaioa avaient été tués.
M. Larkin l'a ainsi rdconlé dans le journal de sa captivité.
' Le 15 novembre , des lettres que je reçus de ma famille et du cat}itatne Monlgomery me décidèrent à me rendre de Honterey à San Francisco. Je partis seul avec un domestique, sachant que depuis un mois les troupes californiennes se trouvaient à cent milles de nous. I^e soir, je couchai dans la maison de M. GoniA£, et j'envoyai mon domestique à San Juan pour prier M. Thompson, qui devait aussi se rendre à San Francisco, dé vouloir bien m'attendre. Vers minuit, une dizaine de Californiens se précipitèrent dans ma chanibie armés de fusils, de sabres, de pistolets, et portant des loi-ches à la main. Como et' lamos, senor conxal? me dirent-ils, vamoi, ténor Larkin. Je vis bien qu'il n'y avait nulle résistance à faire. Près de mon lit étaient quelques lettres que j'avais lues en me couchant, et que je me hàlai de cacher, tandis qu'on sellait mon cheval. On me conduisit sur les rives de Monterey, à un camp d'environ quatre-vingts liommes, dont le chef passa le reste de la nuit avec moi et quelques olficiers. Puis, me tirant il part, il me dit que ses soldats exigeaient que j'écrivisse au capitaine américain des volontaires à Su« Juan pour lui annoncer que j'avais quitté Monterey
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dans le but de porter secours uux familles qui habitent sur les bords de la rivière, et qu'il eût à m'envoyet' immédiatemeal vingt hommes que j'attendais pour piotéger ces familles. J'essayai d'abord de représenter il celui qui me faisait celte proposition, qu'il m'était impossible de prendre part à ud si odieux guet-apens; il me répondit que ma vie dépeadait de ma résolution ; qu'il voudrait lu sauver, mais qu'il ne pouvait résister à la volonté de ses soldats, t Non,
• lui dis-je, non, je ne commettrai point une telle in-
• famie. ie suis votre prisonnier, failes de moi ce que < vous voudrez, mais je n'écriiai pas. A une pareille «condition, la vie m'importe peu. >A ces mots, je le quittai et j'allai m'asseoir i>rés du feu du bivac.
Au point du jour, nous nous mimes eu marche tambour battant, enseignes déployées, et dous allâmes camper à huit uu dix milles de distance, dans une vallée. Les Califuraiens prirent avec leurs lassos quelques bœufs appartenant à un rancbo voisin , les tuèrent el se mirent à déjeuner. Tout le jour des éclaireurs coururent de c6té el d'autre pour voir si la compagnie américaine quittait la mission de San Juan, ou si le colonel Fremont sortait de Monterey. D'autres soldats se rendirent dans les raucbos du voisinage et forcèrent les rancheros à se joindre à eux. A-une heure, la troupe californienne, composée à piésent de cent trente hommes, se mil en marche sur quatre ligjles. J'étais au centre sous la garde d'un officier el de six soldats. Le plan d'opérations était de jeter dans San Juaa dix ou quinze hommes, dans l'espoir d'attirer , par celte attaque , la compagnie américaine hors de la mission , el de l'envelopper. A dix milles au sud
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de la mission, nous rencontra mes une dizaine d'Américains i]ui Furent aussitàt cernés par ]^s Californiens. Des coups de Tusil furent tirés de part et d'autre. Le commandant m'ordonna d'aller près de mes compatriotes el de les engager à se rendre en déposant leuis armes. Je répondis que je me cliargei'ais de celle négocialion,' à la condition qu'ils pourraient se retirer sains et saufs avec leurs armes à San Juan ou à Monterey. Cette proposition ayant été refusée, je dis au commandant d'aller lui-même leur parler. Au même instant arriva une troupe de cinquante Américains, et le combat s'engagea. A la première décharge, quarante Californiens prirent la fuile, les Américains s'emparèrent du champ de bataille. Nos compatriotes perdirent dans cet engagement le capitaine Bnrroiighs, le capitaine Poster. Du cAté des Ciliforniens il y eut deux morts et sept blessés. I^s Californiens s'étaient retirés h un mille de distance. Dans la nuil, un Indien Walla-Walla offiit aii chef du bataillon américain de se rendre à Monlerey, pour prévenii' de ce qui se passait le colonel Fremont. Poursuivi par un groupe d'ennemis, atteint d'un coup de lance à la main, il abattit avec son tomahawk celui qui l'avait frappé, en renversa deux autres, poursuivit sa roule el accomplit sa mission. Le colonel Fremont partit aussitôt de Monlerey, mais ne put alleindre les Californiens et établit son camp à la mission de San Juan. • Le 25 nous quittâmes le pueblo de Sun José, el nous prîmes dans les environs deux ou trois cents chevaux qui devaient, dit-on, être enlevés par les Californiens. Le 38 au soir, nous arrivâmes à la mission de San Juan Balisla.
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84 VOYA&B EN CALIFOKHIB.
Cette mission est l'une des plus étendues qui existent. Les bàliinenls, solideinenl conslmits. sont assez bien conservés. A l'intérieur ils sont pavés en briques earrées; j'y vis pourlani un Iriste effet de l'abandon de ces i-eligieux établi ssements. Le soir j'entrai dans le cimetière. Les ossements de ceux qui y avaient été déposés gisaient épars sur le sol. La brise gémissait dans les arbres plantés, dans les corridors construits par les mêmes hommes dont les corps étaient ainsi honteusement exposés aux injures de l'air, aux outrages des animaux. Il me semblait que les soupirs des morts se mêlaient aux murmures mélascoliques des vents de la nuit, et je m'éloignai avec tristesse de cette scène de deail.
La vallée qui touche à la mission est parfaitement arrosée et très-rertile. De hautes collines l'entourent à l'est et à l'ouesl. De nombreux troupeaux y paisse»! une herbe abondante. Des jardins féconds y apparaisseal encore entourés de haies de saules.
Le 2& nous arrivâmes au camp du colonel Fremonl. Je lui remis les hommes et les chevaux que j'avais amenés , et l'on en forma un corps séparé , dont le commandement fut confié ' à mon compagnon de voyage, H. Jacob.
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