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cuir à laquelle est suspendu un couteau de chasse et quelquefois une paire de pistolets , tel est le costume de la plupart des hommes, officiers et soldats. Plus d'un jeune Napoléon, dont la nature guerrière eâl été enflammée par l'éclatant aspect d'une milice marchant pompeusement dans les rues , au son du (ifre et du tambour', aurait probablement, en nous voyant, senti baisser en lui )e thermomètre de son courage. La guerre, dépouillée de ses couleurs splendides, n'est plus la guerre qui nous fascine dans les tableaux des peinlres et dans les chants des poêles.
Après une marche de six ou huit heures sur un terrain fangeux qui Fatiguait nos chevaux, nous campons dans une petite vallée, près d'une maison déserte. Nous avions avec nous une troupe de cinq à six cents chevaux libres, mais meurtris par les fardeaux qu'ils avaient portés, affaiblis, décharnés. Nous avions en outre un assez grand nombre de mules chargées de nos bagages.
Comme il n'y avait point de bétail dansie voisinage, des bommes furent envoyés à la mission et en ramenèrent une centaine de bœufs, dont une partie fut tuée et le reste mis en réserve. La pluie n'a pas cessé depuis la fin de novembre ; le sol est imbibé d'eau et les plus petits ruisseaux sont devenus des torrents. Malgré ce désagrément, nos soldats sont de bonne humeur, chantent et jouent gaiement.
5 décembre. — La pluie s'est arrêtée ce mutin, le soleil reparaît. Nous nous mettons en marche, mais nous n'avançons que péniblement sur une leire marécageuse. Nos chevaux ne trouvent qu'une nourriture insuffisante dans le gazon qui commence à pousser, el
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nous en laissons beaucoup en arrière. Le soir, nous campons près d'un arroyo bordé de chênes veils. Distance : huit milles.
4 décembre. — Je suis envoyé en avant avec un détachemenl. Au delà d'une vallée qui aboutit à une gorge étroite, je trouve les traces d'une troupe de CaiiCorniens, probablement celle qui a arrêté M. tarkin. A trois heures, nous sommes rejoints par le reste du bataillon. L'herbe se trouve en abondance dans notre camp, mais elle a été tellement baignée par la pluie, que nos chevaux rerusent de la manger. La contrée que nous venons de traverser est peu propre à l'agriculture.
Un tue cette après-midi trente bœufs. Toutes nos autres provisions étant épuisées , c'est le seul aliment qui reste aux soldats, à la plupart des officiers, et c'est une chose élonnanle de voir ce qu'on en consomme. Me croira-l'on si je dis que la ration de bœuf frais s'élevait à dix Uvres par hommefC'esl un fait que j'ai pourtant constaté. J'ai vu des hommes faire rôtir et manger, avant de se coucher, un énorme morceau de viande, puis se relever vers deux heures du matin pour recommencer la même opération, et la continuer jusqu'à ce qu'on se mil en marche, sans que cet étonnant régime altérât leur sauté. Le bœuf californien est généralement très-tendre et Irès-succulent. Dislance : dix milles.
5 décembre, ^~ Je me lève avant le jour. La lune brille, l'air est froid, le sol est couvert d'une couche de givre scintillant. La fumée qui s'élève des léux du bivac monte en colonnes légères el flotte sur la cime des montagnes : un beau sujet de tableau pour un
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arlisle ; mais aux rayons du soleil, celle scène romantiqne s'éranouil, el la terre reparaît arec sa robe humide. -
Nous avançons aveo peine à travers une gorge profonde remplie de broussailles , oîi il est presque impossible de faire passer nos canons, et nous campons à trois heures dans une petite vallée. Beaucoup de nos chevaux sont restés en arrière, hors d'état de suivre noire marche. En franchissant une colline élevée, je vois Daller dans l'air un tourbillon de neige, mais elle se fond en tombant sur le sot. Le ruisseau près duquel nous nous arrêtons coule dans la rivière des Salioas. La contrée qui nous environne est sablonneuse; on y trouve peu de bois et de gazon. Distance .- douze milles.
6 décembre. — Halinée froide el claire. Contrée ondulante dépourvue d'eau et de bois. Nous campons dans une vallée entourée de montagnes dont les sommités sont couvertes de ndge. Dislance : quinze milles.
7 décembre, — Le ruisseau est couvert d'une couche de glace. C'est la première glace que j'aperçois depuis que je suis en Californie. Nous nous arrêtons près de la rivière des Salinas. Celle rivière, qui sur quelques cartes porte le nom de Rio de San Buenavenlura, aun cours de quatre-vingts milles environ et tombe dans l'océan Pacifique, à douze milles au nord de Monlerey. Elle arrose une large et fertile vallée, oii l'on trouve plusieurs beaux, ranchos. Ses rives sont bordées d'un rideau de petits arbres. Distance : huit milles.
Sdécembi'e. — Matinée claire et agréable. On amène
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au camp d«ux OalifornieDs qui onl été arrêtés dans un rancbo voisin. Même sol à peu près que la veille, mais iocalte et abandonné à cause des Indiens Tulares dont on redoute les attaques. Distance : quinze milles.
9 décembre. — A midi, la température est déjà si chaude que nous devons nous vêtir plus légèremenl. Marche pénible et fatigante à travers des ravins, des broussailles, des collines escarpées. Le nombre de nos chevaux diminue rapidement. Distance : dix milles.
10 décembre. — Campés dans un t>ots de chênes à trois milles au sud de la mission de San Miguel. Cette mission est située dans une plaine étendue près de la rivière des Salinas. Sons l'administration des religieux c'était un élablissemenlflorissant, enrichi parde nombreux troupeaux de moulons et des maunfectures d'élofies de laine. Les greniers étaient remplis d'amas de blé et de fèves, et les magasins pourvus de toutes sortes de denrées. Maintenant les bâtiments de celle mission sont en ruine; un Anglais avec sa femme, son enfant, et deux ou trois domestiques indiens sont ses seuls habitants. CetAnglais nous dit qu'il avait acheté pour trois cents dollars (quinze cents francs) toutes les terres appartenant à celte magnifique institution.
Notre provision de bcenf étant épuisée, nous avons recours au mouton qui se trouve en assez grande quantité dans ce district. La laine du mouton californien est mauvaise, comme je l'ai déjii dit, mais sa chair est de très-bonne -qualité. Le sol que nous avons parcouru aujourd'hui est sablonneux, et ne porte qu'une maigre végétation.
12 décembre. — Quatre-vingts de nos chevaux sont
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encore restés en arrière. Pour ménager les autres, l'ordre est donné à tout le bataillon de marcher à pied. La c»olrée est nue et aride. Nous campons près du rancho d'un Californien. Mon domestique y obtient un peu de farine dont il me fait une bouillie qui me repose du rude régime alimentaire que nous suivons depuis noire dépari de San Juan. Distance : douze milles.
15 décembre. — Matinée pluvieuse et froide. Mort d'an de nos volontaires qui était atteint de la fièvre typhoïde. Nous l'enseveliBsORs avec douleur au pied d'un arbre. Quelques instants après, exécution d'un Indien qui a été pris dans un rancho voisin. 1! est tombé sous le feu de peloton sans faire entendre un seul murmure.
La pluie tombe si fort que nous ne pouvons parvenir à allumer notre feu de bivac. Toute la nuit elle nous inonde. Distance: douze milles.
14 décembre. — Mous nous remettons en marche par la pluie sur un terrain bngeux et sillonné par des torrents. A midi nous nous arrêtons pour tuer quelques bœufs et diner. 1^ soir nous arrivons près de la mission de San Luis Obispo où étaient renfermés plusieurs prisonniers. Dans la nuit nous cernons les bâtiments. Les habitants, effrayés de cette subite invasion, n'essayent pas de se défendre. Nous les faisons tous prisonniers, à l'exception de deux ou trois qui parviennent à s'échapper. Nous savions que Tortoria Pico, qui a ilguré dans plusieurs mouvements révolutionnaires de la Californie, se trouvait dans le voisinage, et il fut arrêté. Nos soldats s'installèrenl dans les cabanes sans commettre le moindre désordre.
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Notre batailloD se composait d'homnies de différeate sorte, poui' la plupart fort grossiers en appareoce; mais pas un, pendant toute notre marche, ne s'écarta des règles de la discipline , et nous n'eûmes à déplorer de leur part aucun acte de violence. Distance : dix-buit milles.
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Mission de San Luis Obispo. — Mission el raoïiUgoes de SaiaU lues. — Vue dr la plaine dtSaiiUiBarttara.— Arrivée il Santa Barliara.
15 déuenibl'e. — Cataractes de pluie toute la nuit. Les ruisseaux de la vallée de San Luis Obispo sont devenus des torrents inri'anchissables. Pour ne pas embarrasser les habitants de cette mission daas leurs chélives cabanes, l*église est ouverte et nos soldats y sont casernes. C'est un large édifice, assez bien conservé, pavé en briques, et décoré comme les autres églises de Californie. It s'y trouve un petit orgue dans le genre des orgues de Barbarie.
De petites maisons carrées en briques s'élèvent encore autour des principales constructions de la mission, et à voir les décombres entassés de côté et d'auti-e, il est aisé de reconnaître que cet établissement fut jadis l'un des plus vastes et probablement l'un des plus riches de la contrée. Les terres qui Tentourent sont d'une nature fertile et faciles à arroser. Là s'élèvent encore des clôtures de cactus de quinze pieds de haut renfermant des jardins où croissent l'oranger, le
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figuier, le palmier, l'olivier, la vigne. Le cactus même qui, par l'épaisseur de ses branches tortueuses et par
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mées de chênes. A noire gauche s'élèvent des montagnes dont les pics sont couverts de neige. Nous campons à trois heures dans une jolie plaine sillonnée par un Hproyo, près du rancho du capitaine Dame, homme intelligent et généreux établi en Californie depuis une trentaine d'années. Distance : quinze milles.
19 décembre. —Nuit froide et orageuse. Le matin, le ciel s'éclaircil. Nous continuons notre marche dans la vallée dont le sol parait Irès-fertile. Les collines sont sablonneuses et produisent pourtant un beau gazon. Çà et là paissent de nombreux troupeaux de bétesù laine. Dans la journée nous avons encore perdu une centaine de chevaux. Dislance : dix-huit milles.
âO décembre. — Une partie de nos soldats est occupée à recueillir les bagages portés par les chevaux qui sont restés en arrière dans la journée d'hier. Nous ne partons qu'à une heure, et nous nous arrêtons près (lu rancho de H. Faxon, au pied d'une enceinte de collines couvertes de chênes verts. Nos hommes s'e\ercent au tiret y montrent une admirable adresse. Notre camp s'étend sur un espace d'un demi-mille de diamètre; la nuit, la lueur des flammes élincelant sur le vert gazon forme une vue pittoresque. Distance : trois milles.
21 décembre, — Agréable température. Nons marchons à pied dans une gorge où se trouve un rancho désert, puis nous gravissons péniblement une chaîne de collines escarpées qui nous conduit à une charmante vallée, oii nous campons, pi'ès d'unarroyo, à quatre milles de lu mission de Sainl-Ynes. Un détachement va inspecter la mission et revient sans avoir fait aucune découverte. Nos chevaux sont si faibles
qa'ils ne peuvent même plus porter leucs selles, et qu'il faut les abandonner. Distance : quinze milles.
33 décembre. — Beau temps. Quelques-uns de nos hommes restent sur le sol, épuisés de fatigue, et ne cèdent qu'avec peine à l'ordre qui leur est dooné de se remettre en marche. Le pays a évidemmeut souffert d'une longue sécheresse; cependant, de toutes parts brille une fraîche végétation. Nous passons devant un rancho désert, et uoas faisons halte après une mairhe forcée de quinze milles.
35 décembre.— Tout le jour une pluie abondanle. Noire avaiit-gai-de arrête deux Indiens aimés de flèches, qui lui révèlent qu'à environ dis milles de distance il y a des chevaux. Elle trouve en effet vingtcinq chevaux vigoureux appartenant à un Califoinien insurgé, et les ramène au camp.
24 décembre. — Ciel froid, nuageux, et un peu de pluie. Nous devons traverser par un chemin diflicile lamontagnedeSainl-¥iies,quiaplusieurs mille pieds de hauteur. A midi, nous campons sur une élévulion d'où la plaine supeibe de Santa Barbai-a et les vagues de l'Océan présentent un magnifique point de vue. Avec une lunette d'approche, nous distinguons les troupeaux qui paissent au loin dans cette plaine, les ruisseaux qui l'arrosent, et plusieurs ranchos. A dix ou douze milles au sud s'élèvent les tours blanches de la mission de Santa Barbara : plus loin apparaît la mer immense. C'est un délicieux paysage. La montagne où nous nous sommes urrélés est composée d'énormes masses de rocs revêtues de broussailles. La descente en est très-escaipée. Distance : quatre milles.
25 décembre, jour de Noël. — La diflicuUé de Iraî-
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nei- le cinoa dans les gorges de la moalagne fait qu'une partie de nos troupes ue nous rejoint qu'à midi, et au muiBent où bous commençons à descendre, un orage violent éclate sur noire tête. Le vent souffle et mugit, la pluie tombe à torrents. La lempéle dure tout le jour et une paKie de la nuit. Nous chassons nos clievauK devant nous, nous glissons sur les rot3S humides labourés par les torrents. Plusieurs de nos chevaux tombent dans les ravins pleins d'eau et s'y noient; d'autres, épouvanlés par l'orage, roulent au bas des précipices. Notre avant-gurde n'arrive au pied de la montagne que dans la iiuil, nuit sombre et terrible. Le sol où nous campons ressemble à un marais, et la pluie éteint le feu que nous essayons d'allumer.
Après de longs efforts, les hommes chargés de conduire tes canons sont forcés de les abandonner. Une partie des chevaux et des mules qui portent le bagage reste aussi en arrière. Quelques soldats cherchent un refuge dans les crevassesdesrocset y passent la nuit. Nous avons le bonheurde trouver notre tente, etnous la dressons sous un chêne; mais nous essayons en vain de faire du feu, et nous en sommes réduits à nous coucher sur la terre trempée d'eau.
Vers deux heures du matin, l'orage étant apaisé, je me lève, je trouve trois soldats couchés dans une espèce d'étang; Us avaient eu seulement la précaution de se faire un oreiller d'une pièce de bois qui leur élevait la tête au-dessus de l'eau. Je parviens enfin à allumer du feu, je mets l'un après l'autre mes vêtements. Enfin le soleil reparaît à ma grande joie. Distance : trois milles.
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26 décembi'e. — Divers délachements smit occupés h amener le caDOD, les chevaux et les baf;ages qui sont restés hier dans la montagne. En certains endroits, des chevaux ont été broyés sous les roues ; dans d'autres, ils sont ensevelis sous la terre des ravins. Nous calculons que nous eu avons perdu ainsi plus d*une centaine. On amène enfin les cauons et les bagages. Le reste du jour est employé à nettoyer nos armes, à sécber notre équipemenl.
27 décembre. — Nous ne parlons qu'à deux heures après-midi. Avant de uous mettre en marche, nous recevons la visite de deux Américains et d'un Irlandais habitants de Santa Barbara. Us nous disent que la ville est presque entièrement dépeuplée.
Nous traversons une belle plaine ondulante, et au coucher du soleil, nous campons dans un bois de chênes à un mille et demi de Sanla Barbara. M. Fremont a donné l'ordre de respecter les biens et la personne des Californiens qui n'ont pas pris part à l'insurrection. Pas un soldat nepeut sortir du vamp sans une permission spéciale.
Je visite la ville le soir. Les maisons sont fermées, les rues désertes. Je finis par entrer dans une pauvre cabane occupée pur un cordonnier et une douzaine de femmes et d'enfants. J'obtiens de lui un souper composé de lariillat, de frijolei, de bœuf assaisonné de chiU Colorado, et je le quitte en lui remettant deux pièces d'argent qui le réjouissent. Les femmes, qui redoutaient l'arrivée des Américains, parurent trèssurprises de notre façon d'agir et nous invitèrent à revenir les voir.
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