CHAPITRE XI
Santa Barbara. — Perlilité du soi. — Poiiulalion. — Mission de SanBuenaventura. — Beaux jardins. — Prise d« Los Angeles, ~ Mission de San Fernando. — Capitulalion des Californiens. ~ Arrivée â Los Angeles.
Le lendemain de noire arrivée, le pavillon des Élals-Unis fut érigé sur la place de la ville, et noire bataillon reslu là depuis le 37 décembre jusqu'au 3 janvier 1847.
La ville de Sanla Barbara est agréablement située à un mille environ d'une rade où les navires d'une certaine dimension peuventjeter l'ancre par un temps calme; mais par les vents de nord-est elle n'est pas sûre. Vers la côte s'étend une plaine fertile de vingt à trente milles de longueur, de deux à dix milles de largeur, bornée à l'est par une chaîne de hautes montagnes. A en juger par le nombre des habitations, la population de la ville doit être de douze cents âmes. La plupart des maisons sont consiruites en adobei, selon le style architectural du Mexique. Quelquesunes ont l'apparence et le confort des maisons américaines. Jusqu'à présent le commerce de Sanla Bar-
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baraest restreint à l'échange des cargaisons de peaux et de suif contre les diverses denrées que les navires
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lion de nous livrer b»taille à San Biienaventura. Le 1" janvier, les Indiens de la ville et de la mission formenl une procession el célèbrent le commencement de l'année par des chants et des danses. Us entonnent eux-mêmes le champ américain : Yankee Doodle.
3 janvier. — Vrai jour de printemps. Nous Iongeons les bords de la mer et nous allons camper à dix milles au sud de Santa Barbara, sur un sol revêtu d'une végétation splendide.
4 janvier. — Nous supposons que les Californiens doivent nous attendre au Rincon, c'est-à-dire à an passage entre deux pointes de terre qui s'avancent dans l'Océan, et qui serait pour eux une très-bonne position. La route passe sur un banc de sable où l'eau du ressac, même à la marée tombante , jaillit jusqu'au ventre de nos cbevaux. Nous nous attendions à quelque démonstration hostile; mais la journée s'écoule et nous ne voyons pas un ennemi. Notre camp est établi près de l'Océan, dont les vagues mugissent comme une calarai;te. Des centaines de dauphins jouent sur les vagues et lancent en l'air des colonnes d'eau. Distance : six milles.
5 janvier. — Le schooner la Julia nous suit à quelque distance pour nous aider de ses canons dans le cas où l'ennemi voudrait arrêter notre marche.A deux heures, nous atteignons la mission de San Buenaventura. Bientâl après, un détachement de Californiens apparaît en fuce de nous , mais il s'éloigne à la première décharge d'artillerie.
La mission de San Buenavenlura ressemble à tous les établissements de ce genre dont j'ai déjà parlé.
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On y trouve un vaste jardin rempli d'arbres fruitiers , et de nombreux enclos entourés de haies et de saules. Le sol de celle mission doit être ti'ès- productif. Elle est située à deux milles d'une petite baie de la c6le, à la pointe d'uue vallée arrosée par le Santa Clara qui, près de là, tombe dans l'Océan. A dix et vingt milles du rivage est une chaîne d'iles qui.commence à Sanla Barbara et s'étend jusqu'à la baie de San Pedro. La mission n'est plusoccupée que par quelques Indiens. Les blancs se sont retirés à notre approche, à l'exception d'un qui est venu se remettre entre nos mains.
En continuant notre marche, nous apercevous une troupe de soixante à soixante et dix Galirorniens qui caracolent dans la plaine, en agitant leurs lances et leurs bannières, en brandissant leurs épées. Ils ont tous de beaux chevaux et les font manœuvrer k merveille. Les nôtres sont si faibles qu'ù peine pouvonsnous nous en servir. En nous voyant approcher , les Californiens se retirent , ayant toujours grand soin de se tenir hors de la portée du canon. Un Indien Delaware et un Indien californien s'élancent à leur poursuite. Quelques coups de fusils sont tirés de part et d'autre, sans qu'il y ait ni moits ni blessés.
7 janvier. — Nous campons près d'un rancbo, oii nous trouvons de bonnes provisions de blé et de frîjoies. Sur les hauteurs voisines apparaissent quelques chasseurs californiens. Distance : sept milles.
8 janvier. — Vent violent qui soulève sans cesse autour de nous des tourbillons de poussière. Nous campons dans un bois de saules près d'im ranclio où, comme hier, nous Irouvons des provîsious pour nous
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el nos chevaux , et qui apparlienl à un insurgé. Une partie de nos soldats reste sous les armes pendant la nuit en cas de surprise. Dislance ; douze milles.
9 janvier. — Nous apprenons par le capitaine Hainley, qui arrive à notre camp avec un guidfe, que le Commodore Stockton marche avec legénérelRearuy sur l^a Angeles. Nous nous arrêtons à l'exlrémilé d'une fertile et riante vallée, près d'un rancho occupé par un vieillard d'une figure vénérable, dont les fils sont avec les insurgés. Son grenier est rempli de blé , d'orge, de fèves. Tous les greniers de ce district sont mieux pourvus que ceux du nord; son sol est aussi beaucoup mieux cultivé. Distance : douze milles.
10 janvier. — Campés à l'entrée d'une gorge qui nous sépare de la plaine de San Fernando. Sur une
. bauteur apparaissent quarante ou cinquante Califor> niens. Nous enlevons dans la plaine des bestiaux pour notre nourriture. Distance : dix milles.
1 1 janvier. — Notre bataillon s'est divisé en deux délaL'bemenls, l'un qui escortait l'artillerie et les chevaux de bagage, el qui a suivi la roule directe; l'autre qui s'est avancé par un chemin de colline. Ce passage est étroit et facile h défendre, mais nous n'y avons pas rencontré un seul ennemi.
L'avant-garde a arrêté deux Californiens qui fuyaient à cheval. Ils nous ont appris qu'un combat avait eu lieu entre les insurgés et les Américains, que les insurgés avalent été battus, et que les troupes victorieuses, commandées par te général Kearny et le l'ommodore Slockton, marchaient sur Los Angeles. Un peu plus loin, nous rencontrons un Français porteur d'une lettre pour le colonel Fremonl, laquelle
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lettre confirmait les nouvelles qui venaient de nous être données.
A une heure, nous entrons dans lu mission de San Fernando. C'est, de tous les établissements de ce genre que j'ai vus précédemment, celui dont les constructions et les jardins sont le mieux conservés. Il y a là deux grands jaidins entourés de murs; dont ta riche végétation fait un frappant contraste avec les terres incultes que nous venons de parcourir. Là, les rosiers sont en pleine fleur; les oliviers, les limoniers, les figuiers, les oliviers sont chargés de fruils, la rouge trina (fruit du cactus) y brille de tous c6tés; je remarque encore parmi les plantes de ces enclos l'agavé américaine, duoi on fait la couleur connue sou$ le nom de putque, liqueur favorite des Mexicains. Des vignes fécondes couvrent une partie du sol. On m'a donné à boire du vin rouge fait sur les lieux et qui est très-bon.
La mission de San Fernando est située à la pointe d'une vallée étendue on brille une végétation splendide. 1^ grenier où nous prenons des provisions pour nos chevaux renferme des milliers de boisseaux de grain. De superbes troupeaux de bœufs et de moutons paissent dans les champs.
12 janvier. — Deux officiers californiens viennent à la mission pour négocier un traité de paix et s'en retournent dans l'après-midi sans avoir rien conclu.
15 janvier. — Nous campons près d'un rancho désert dans la plaine de Correnga. Un instant après , les commissaires californiens arrivent, et la paix est faite aux conditions suivantes :
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Article 1". Les Californiens livreront leui'S armes, leur artillerie au colonel FremonI, et se retireront dans leurs demeures respectives , en s'engageant à ne plus prendre parti contre les Eliits-Unis dans la guerre qui est engagée entre cette puissance et le Mexique, mais à faire, au contraire, tout ce qui dépendra d'eux pour maintenir la tranquillité du pays.
Art. â. Les commissaires américaios s'engagent, en conséqueuce du premier article, à protéger la vie et les propriétés des Californiens.
Art. 3. Tant qu'un traité de paix n'aura pas été signé entre les États-Unis et le Mexique, nul Californien ni citoyen mexicain ne sera tenu de prêter le serment d'obéissance.
.\rt. 4. Tout Californien ou Mexicain peut, en vertu de cette capitulation, quitter, s'il le veut, la contrée.
Art. 5. Les Californiens jouiront des mêmes droits et des mêmes privilèges que les citoyens des Étals- Unis
14 janvier. — Après avoir traversé une chaîne de collines, nous entrons dans la magnifique plaine ondulante qui entoure la cité de Los Angeles. Elle est couverled'unefraîclievégétatiou où apparaissent entre autres plantes, la moutarde et le poivrier. Nous passons devant plusieurs sources d'eau chaude d'où sortent des quantités de bitume, et à trois heures nous atteignons la ville.
Jamais, peut-être, une troupe si mal équipée, si mal vêtue que la nôtre, n'entra dans une ville civilisée. Sans l'ordre régulier de notre marche, on aurait très-
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bien pu nous prendre pour une bande de Tarlares nomades. Très-peu d'entre nous possédaient un équipement complet, beaucoup n'avaient ni souliers, ni chapeaux. Mais enfin nous touchions au terme de noire longue marche, de nos fatigues, de nos privations.
Nous entrons dans la ville des Anges, trempés par la pluie, couverts de poussière, et nous traversons ses rues pour nous rendre à nos quartiers. La cité est occupée par les troupes du commodore Stoc:k.ton , du général Kearny. Mais la plupart de ses habitants indigènes l'ont abandonnée. Il n'y reste que tes étrangers.
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