CHAPITRE XII
CiLé des Anges.- Produit des vignes en Californie.— San Di^o. —Mines d'or et de vif-ai^ent. — Basse Californie. — Sources bitumineuses.- Hissions de San Gabriel el de San Luis Rey. Nomination du colonel Fremont au poste de gouTerneur de la Californie. - Insuj-reclion dans le nord.
La ville de Los Angeles est la plus considérable de fa Californie, on y compte environ deux mille habilanls. Il n'y a dans ses rues aucune régularité. Les maisons, généralement construites en adobes, ont deux étages el un toit plat. Quelques-unes sont assez larges, el ne manquent pas d'une certaine élégance. La ville est située à vingt milles de l'Océan, dans une vaste plaine bornée au nord par une cbaine de collines élevées; à l'esl, par de hautes montagnes couvertes de neige; à l'ouest et au sud, par l'Océan. Le rio San Gabriel la traverse. Le long de ce ruisseau s'étendent des vignes et des jardins remplis de fruits de difTérents climats. Les vignes donnent on trèsgrand produit. On fabrique ici une quantité de vin de bonne qualité et d'eau-de-vie. Nul doute que bientôt la récolte des vignes ne devienne en Californie un
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important objet de commerce. Le sol el le climat sont dans les districts méfidîonauiL de cette contrée trM'fiivorables à la culture de la vigne.
Nous trouvons à Los Angeles d'abondantes provisions de blé, de mais, de frijoles, qui prouvent la fertilité de son terroir. II n'y a point de moulins dans le voisinage. L'usage des Calirorniens est de moudre le bféavec des meules à la main, de sorte que ce n'est pas sans peine qu'on se procure une certaine quantité de farine.
Dans les potagers, je n'ai vu que des oignons, des pommes de terre, du poivre rouge, dont ou fait un grand usage dans la mission du pays. On pourrait certainement y cultiver beaucoup d'aulres espècesde légumes.
A Los Angeles je demeurais avec trois autres . officiers dans la maison d'un Californien, dernier alcade de la ville, homme poli et agréable qui nous trailutt avec une parfaite courtoisie. Le malin, on nous servait une lasse de café avec un plat de tortillas. A onze heures, un déjeuner plus substantiel composé de bœuf bouilli avec du ckiie Colorado, dubœufrôlî, des frijoles, des lorliDas et du vin du pays. Notre souper était à peu près la répétition du déjeuner.
Le peu de femmes qui étaient restées dans la ville ne répondaient guère à ta pompeuse description que l'on m'avait faite des beautés de Los Angeles. Mais peut-être que la guerre avait fait disparaître celles qui eussent donné à la ville le charme qu'on lui attribue.
La baie de San Pedro, située à vingt milles au sud de Los Angeles, e»l le port de la ville. Cette baie, où
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sfi jette le rio de San Gabriel, offre un bon ancrage aux bfttiments d'une cerlaioe dimension, piaig elle D'est pas sûre en tout temps.
A douze milles à l'est de Los Angeles, est la mission de San Gabriel, vaste établissement entouré de terres fertiles. Au sud, est la mission de San Luis Rey, élégamiAent el solidemeol construite au milieu d'une enceinte de jardins et d'un terrain parfeitement cul* tivé.
SanDiegoest la ville la plus méridionale de la haute Californie. Ellle est située sur la baie de San Diego, au 55' degié de latitude. Ceux qui ont parcouru ce district le dépeignent comme une région sablonneuse et aride; mais il y a dans le voisinage des mines de vif-argent, d'or, de cuivre, de t;harbon de terre qui doivent donner quelque jour à ce canton une haute' importance. Le port de San Diego est, après celui de San Francisco, le meilleur qui existe sur la c6te de Tocéan Pacifique entre les détroits de Fuia el d'Acapulco.
Arrivé aux limites de la haute Californie, je pense qu'on ne lira pas sans intérêt la notice suivante sur la basse Californie, qui m'a été adressée par M. Prin, agent comptable du bâtiment de guerre américain le Cyane, qui pendant deux années fit dans ces parages diverses expéditions :
Burlington, 7 juin 18J8.
f Le cap Saint-Lucas, situé à l'exlrémilé méridionale de la péninsule de la basse Californie, par 22° 43' de latitude, a une bonne baie, Irès-sûre pendant neuf mois de l'année, mais ouverte à Test el impraticable
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- pendant les mois de juillet, aoAl, septenbre, où souf' flenl les venis-de sud-est. J'ai abordé deux fois à ce cap avec un petit bateau, et je crois qu'on pourrait y construire à peu de frais une digue qui rendrait ce poi't sûr en toute saison. H est aisé de tirer des pierres de trois cônes de rocs qui s'élèvent de la mer et forment la pointe méridionale du cap Frayles. Dans le développement futur du commerce de l'océan Pacifique, ce grand promontoire peut devenir un dépôt important de charbons et de marchandises, et un point de ravitaillement pour les navires. M. Ritchie, qui demeure là, fournit à un grand nombre de baleiniers qui doublent le cup des vivres frais, des fruits, de l'eau. Ces provisions viennent de la vallée de San José, située à vingt milles au nord du cap. La terre qui l'avoisine est montagneuse et stérile, mais la vallée, étendue, bien cullivée, produit tine quantité de fruits et de végétaux : pommes de terre d'Irlande, tomates, dioux, laitues, fèves, pois, betteraves, carottes, et des oranges, des limons, des bananes, des Rgues, des dattes, des raisins et des olives. Le bœuf cl le mouton y sont à bon marché. On y cultive aussi ta canne à sucre, dont les habitants font bouillir les sucs et en forment une espèce de sirop compacte.
< San José exporte à Saa Blas et à Mazatlan des cargaisons de fruits secs, de peaux et de suif.
t Je ne puis quitter cette vallée, d'où le Cyane a tiré d'excellents approvisionnements, sans parler de l'excellente eau fraîche qui la sillonne, la fertilise et tombe dans le golfe, où il est aisé de la recoeillir. Cette belle et fraîche vallée, vue de la mer avec sa ceinture de hautes montagnes arides, présente un
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aspect magnifique, fil donne par sa fécondité une heureuse idée de la basse Californie. Pour celui qui vient de passer plusieurs mois <^n mer au régime des salaisons, l'aspecl d'une pareille teri'e est comme le rêve d'un Eldonido.
tEu remontant la côte dans le golfe, on trouve au delà du cap Paimo un bon ancrage enlre la péninsule eU'ile de Cerralbas. Au nord de cette ile sont les deux entrées de la grande et belle baie de la Paz. L'entrée septentrionale est la plus sûre pour les bàtiraenls qui tirent plus de douze pieds d'eau. Ijï ville de la Paz est située sur le cdlé méridional de lu baie, à environ vingt milles de son embouchure. Dans l'intérieur de la baie est le paisible port de Pichelinque. Le Cyane est resté (à plusieurs jours à l'ancre. La pèche des perles est la principale occupalion des habilanls. Os perles sont d'une tonalité supérieure. J'en ai vu un collier estimé deux mille dollars. Ce sont les Indiens qui les ramassent en plongeant à une profondeur de huit brasses. Les coquilles de perles sont envoyées en Chine. A la Paz, elles se vendent un dollar et demi les vinglH;inq livres. C'est une chose singulière que les Indiens n'aient pas un appareil de plongeur, qui rendrait beaucoup plus aisé et plus fructueux leur travail. L'industrie américaine n'a pas encore atteint cette région. Cependant un de nos compatriotes, M. Davis, a employé beaucoup d'Indiens à la pèche des perles et en a retiré des liénéiîces considérables. Autour de la Paz, le sol est sec et pourtant couvert de gazon. Dans les montagnes voisines, il y a de riches minéraux. A quarante milles au sud, près de San Antonio, on exploite avec succès des mines d'ar-
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genl. La Paz exporte de la poudre d'or et pour cent mille dollars par an de lingots d'argent.
( An nord de cette ville on trouve plusieurs bons ports, entre autres ceux d'Escondldâ, de Loretta, de Mulege, protégés par des lies situées en face de la terre ferme. Dans l'ile de Carmen est un large lac couvert d'une couche de sel de plusieurs pieds d'épaisseur et d'une très-bonne qualité. Jusqu'à présent la vente de ce sel a été le monopole du gouverneur de la basse Californie. Au nord de Mulege, le golfe est si étroit qu'il forme un port. Deux bâtiments anglais sont maintenant occupés à explorer ce golfe, qui est encoi'e si peu connu.
iSur la côte de la péninsule est la grande baie de Hagdalena, où l'on trouve de bons ports, mais ni eau, ni provisions, ni habitants. Ses rives élevées renferment, dit-on, de précienx métaux. Dans les deux dernières années, une Dolte de baleiniers est restée la tout l'hiver, occupée à la pécbe d'une nouvelle espèce de baleines, dont l'huile est, dit-on, très-propre â la peinture. Au point de vue géographique et commercial, la basse Californie doit devenir une possession importante. Il est à regretter qu'elle n'ait point été comprise dans !e traité que nous avons récemment conclu avec le iHexique. Les limites de la haute Californie touchent au golfe, et la basse Californie est ainsi complètement séparée du territoire mexicain.
( Le cap San Lucas est destiné à être le Gibraltar de l'océan Pacifique; peut-être lui préférerait-on la Paz à cause de son port. Pour une puissance étrangère, la possession de la basse Californie me parait plus désirable que celle du groupe des lies Sandvrich.
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Il y a lù plus de (erres labourables que dans cet archipel; des pêcheries de perles, des mines précieuses, d'Bxcellentes baies. Au sein des montagnes sèches et arides se trouvent de fécondes vallées comme celle de San José. J'ai entendu vanter la fertilité de celles de Todos Santos, Gonnoudes, Sanla Guadalupe, et de plusieurs autres. >
Revenons maintenant dans la haute Califoroie.
Dans le voisinage de Los Angeles il y a un grand nombre de soui'ces d'eaux chaudes qui déposent des quantités de bitume et de goudron qui se durcissent en se refroidissant et brûlent comme de la résine. En certains endroits, le sol en porte des couches de plusieurs pieds de hauteur. On l'emploie à faire le toit des maisons, et lorsqu'on le place sur le feu, il s'enflamme immédiatement et répand une odeur pareille ù celle du charbon de terre. Nul doute que ce minemi ne devienne quelque jour un important objet de commerce.
Il n'y a point de document de statistique en Californie. Le voyageur est obligé de faire lui-même ses calculs selon ses propres observations. On ne peut {;uère s'en rapporter aux renseignements des gens du pays lorsqu'ils daignent en donner, car le plus souvent, quand on les interroge, ils répondent tranquillement : Quién tabe? (qui sait?) Nul Califortiien ne s'occupe de pareilles investigations.
A en juger d'après ce que j'ai vu dans les vignes d'un Américain, M. Wolfskîll, je crois que le produit de ces plantations à Los Angeles et celui des distilleries d'aguai^lienle doivent être très -considéra blés. Lavignede M. Wolskillesl encore jeune et couvre envi-
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ron qiiaranre ares de leirain. Elle a dooDé, l'année dernière, cent quatre-vingts barils de vin el autant d'eaude-vie. Quand elle sera plus grande, elle produira une plus abondante récolte. J'ai eu un grand plaisir à voir ce beau vignoble, avec ses murs bordés d'arbres ù fruits des tropiques, el la maison où M. Wolfskill a introduit des habitudes de confort fort peu usitées dans ce pays. J'ai goAté chez lui des vins de son sol qui me semblaient aussi bons que ceux de France el de Madère, et de l'aguardiente et de l'eau-de-vie de pèche, fabriquées par lui, qui ont un goût parfait. Je pense que la Catifornie doit produir» annuellement cent mille barils de vin et d'eau-de-vie, et ce n'est rien en comparaison de ce qu'elle peut réellement produire.
Avec une telle richesse agricole, quelle disette industrielle! Je ne pus me procurer à Los Angeles une paire de souliers ni une pièce de coton assez large pour me faire un pantalon; après avoir parcouru en vain toutes les boutiques de la ville, je finis par acheter pour douze dollars [soixante francs) quatre moitiés de velours de colon qui, aux Etats-Unis, auraient coulé six dollars et demi. Un tailleur américain, qui se trouvait parmi les soldats du général Kearny, me demanda quatre dollars pour me faire un pantalon. Par bonheur, nous vîmes arriver un trappeur des montagnes Rocheuses, qui apportait une cargaison de peaux sèches de daims et d'élans , dont on façonna des vêlements pour nos soldats à moitié nus.
< Je restai à Los Angeles depuis le 14 jusqu'au 29 janvier à l'exception d'un jour de pluie, et de
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(Jeux jours de veiil ; pendaat tous les uulres iv temps fut ti'ès-ngréable. Les nuits senleoienL étuient un peu rraieties; mais, dans la journée, on n'éprouvait l>us le besoÎD de Faire du feu, et au pied des cimes couvertes de neige s'épanouissait la verdure de la vallée.
Le tS, le général Keainy et le commodore Slouklon partirent pour San Diego. Le 19, le colonel Fremont fut proclamé gouverneur de la Californie.
Pendant que nous marchions vers Los Angeles, une insurrection éclatait dans le nord. Une centaine de Californien» s'emparèrent de M. Bartlett, aleade de San Francisco, et de plusieurs autres Américains. Le 2 janvier, le capitaine Ward Marston s'avança à la rencontre des révoltiis, et les mît en fuite. Le 5, le corps de M. Marston fut renforcé par un détacbe- Qient de cinquante-cinq hommes. Le 8, l'ennemi capitula, rendit ses prisonniers, livra ses armes, ses munitions, et tons ceux qui avaient pris part à celte insurrection eurent la liberté de rentrer dans leurs foyers.
Ainsi finirent les insurrections de la haute Californie, si l'on peut appeler insurrection la résistance à l'invasion.
Le â9, je me mis en roate pour retourner à San Pranr.isr.n.
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