‹ Voyage en CalifornieChapitre 18 sur 26 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Don André Pico, — Un rancbo. — Paiidanf^. — Singulière coulume. — Arrivée d Sanla Barbara. — Monlercr- — Arrivée il Sao Francisco.

Nous parloDs de Los Angeles avec deux voyageurs indiens et des chevaux liiligués, meurtris, les meilleurs pourtant que nous ayons pu nous procurer. Le soir, nous bivaquons dans la plaine de Correnga, près du rancho désert où le traité de paix a été signé. Deux Indiens ayant été envoyés là, par le propriétaire, pour prendre soin du bétail, nous les déterminons à traire une vache, et nous soupoos, et nous déjeunons le lendemain matin avec du lait. Dans la nuit, nos vaqueros désertent, emportant les quelques vêtements que nous leur avions confiés. En peu de temps, un changement notable s'est opéré dans l'aspect du pays. Le gazon nouveau a maintenant plusieurs pouces de hauteur, et beaucoup de fleurs sont écloses; le ciel est pur, la température délicieuse.

Le 30 janvier, laissant à droite la mission de San Francisco, fi la distance de huit on dix milles, nous

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HG VUïAGK EN CALIFOHMK.

prenons le sentier liabîluet des collines. Près d'un rancho, un Californien, richement équipé, examine nos misérables chevaux et les réclame comme sa propriété. Nous lui répondons que ces chevaux viennent d'une publique cabaltada (troupeau de chevaux) de Los Angeles, ce qui ne parait nullement le satisfaire. Après quelques instants d'entretien, il nous apprend qu'il est Andié Pico, dernier général des Calirorniens. Au lieu de persister dans sa réclamation, il devint affable et poli, nous serra la main, et s'éloigna en nous disant à Dioi,

Un moment après , nons rencontrons un jeune Calirornien qui hésitait a entrer en conversation avec nous. La glace étant enfin rompue, il nous raconte qu'il retourne dans ses foyers à Santa Barbara, et qu'il vient de l'expédition des insurgés, oii il s'est trouvé engagé bien malgré lui. l^s chefs du parti l'avaienl, dit-il, ainsi que beaucoup d'autres, obligé à prendre les armes. Il était à la bataille du 8 et du 9 janvier près de Los Angeles, et désirait vivement ne plus rien voir de semblable.

Après avoir passé devant deux ou trois maisons désertes, nous atteignons un rancho habité, et nous nons déterminons ik y passer la nuit, dans l'espoir d'y trouver quelque chose à manger ; au moment où nous approchions de celte demeure solitaire, composée tout simplement d'une cliambre construite en briques, et d'une hutte servant de cuisine, le ranchero et la ranchera vinrent à nous, en nous disant : Bueaat tardet, senore», paiianot, amigos (bon après-midi, messieurs, compatriotes , amis), et noa« invitèrent à enlrei*. La bonne fei inièie se mil aussil6t à préparer

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le souper. Une jeune (îlle indienne pHl le moulin à bras, qui est un des importants ustensiles de la cuisine californienne. Tandis qu'elle broyait le grain entre des pierres, la ranchera nettoyait la farine avec un panier qui lui servait de tamis. Ce premier travail achevé, la muchacha pétrit la farine et en forma de légères galettes qu'elle 6l griller sur une plaque en fer. Bientôt notre souper fut prêt. Il se composait de ces tortillas fraîchement pétries, de bceuf bouilli, assaisonné de chile Colorado , de lait el de quesadillai, ou gâteau de fromage vert et rude comme du cuir. Mais nous avions bon appétit, et ce rustique repas nous parut excellent.

Nos hôtes étaient très-curieux d'apprendre des nouvelles, de savoir quel serait le résultat de la conquête du pays par les Américains. Le ranchero nous dit qu'il avait refusé de se joindre à l'insurrection. Nous lui annonçâmes que la paix élait faite, qu'il n'y avait plus de guerre en Californie, que nous étions tous Américains, lOus hermanos , amigoi (frères, amis). Toute la famille répondit à ces mois par des exclamations de joie.

Noos demandâmes à la fermière combien lui coillait la misérable robe en calicot dont elle élait vêtue. — Seig pesos (six dollars), nous répondit-elle. Lorsque nous lui dimes que bientôt, grâce au gouvernement américain, elle ne payerait plus cette même étoffe qu'un peso, elle leva les mains en l'air en exprimant une heureuse surprise. Elle nous demanda ensuite ce que coûterait chaque pièce de sa toilette, puis un habit tel que le mien. Chacune de mes réponses augmenlait son étonnemenl. Fiiia los Ameri-

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118 VOYAGE EN CALIFORKIE.

canos ! s'écria-t-elle, viva ! Je portais une jaqnelle en laine grossière pour laquelle le fermier m'olTi-il un beau cheval. Mais je ne pouvais me dépouiller de mon unique vêlement.

Le soir arrivèrent des parents de celle honnête famille. L'un d'eux prit une guitare, un autre un violon, et nous assistâmes à un concert vocal et instrumental. Quelques morceaux demusique exéculés par les dilettanli ressemblaient à des airs de fandangos; d'autres étaient plaintifs et chantés avec une touchante expression. La soirée finie, nos hôtes voulaient nous abundonner leur chambre; mais nous refusâmes celte offre obligeante, et nous couchâmes hors de l'habilation.

Le lendemain (51 Janvier), quand nous nous éveillâmes, le soleil brillait, et les oiseaux chantaient gaiement sur les rameaux des chênes verls. Nous employâmes les précautions les plus délicates pour offrir â nos hôtes le tribut de notre reconnaissance. Us nous répondirent que, bien qu'ils ne fussent pas riches, ils avaient le moyen de recevoir gratuitement les voyageurs. Comme nous insistions, ils finirent par accepter notre offre, mais à la condition que nous emporterions avec nous quelques-unes de leurs quesadillas et de leurs tortillas. Le ranchero monta à cheval et nous conduisit à trois ou quatre milles de distance pour nous indiquer le vrai chemin, puis nous dit un affectueux adieu.

Nous passons devant plusieurs ranchos déserts dont le sol est parsemé de carcasses de bœufs. Vers les cinq heures du soir, nous arrivons près d'un groupe de maisons situées dans la vallée de Santa Clara, à

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VOVAGE ËM CALIFORME. 119

dix milles à l'est de la mission de San Buenaventarj. Nous entrons dans la demeure d'un paysan nommé

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dans des couplets donl toute hi société i-épè(e en chœur ie refrain.

Noire h6te nous conduisit sons une espèce de porche où nos lits avaient été préparés. Mais le bruit du fandango, qui dura jusqu'au matiu, et les chants des choeurs, nous empêchèrent de dormir toute la nuit.

Le lendemain, nous nous procurons des chevaux frais, et à deux heures de l'après-midi nous atteignons Santa Barbara. La ville est plus animée que lorsque nous y avons passé dernièrement. Une partie de ses habilunls y est revenue. Le soir, nous logeons dans un lancho situé près de la mer, dans la plaine de Santa Barbara. Cette plaine est extrêmement feililc. Le gazon a six à huit pouces de hauteur, et de toutes parts brillent des Qenrs précoces. Près du rancho, je remarquai un champ de blé, qui promet une abondante moisson.

Le 3 février, nous traversons la montagne de Saiut- Ynes, et nous nous arrêtons, pour y passer la nuit, dans la demeure d'un Anglais, M. Faxon, qui est établi dans ce pays depuis une trenlaine d'années, et a épousé une Californienne qui lui a donné de beaux enfants. Une gi-ande partie de la terre appartenant à son rancho est d'une nature excellente et produit, sans aucun travail d'irrigation, du blé et différents végétaux. Chaque are de terrain rapporle soixante-el-dix boisseaux de blé. M. Faxon nous montra des échantillons de minerai de plomb dont il faisait des balles et qu'il tirait d'une mine inépuisable située à cinquante milles de distance dans la vallée de Tular. C'est le plus riche minerai de plomb que j'aie jamais

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VOYAGE EH CALlFOEtniE. 121

VU. I) me monlr;] aussi de l'alcuH produit par la combuslion d'une planle qui se trouve en abondance dans b vallée de T ular et qu'il emploie à fabrique!' dn savon.

I^ lendemain, nous nous arrêlons a un runcho, où nous nous procurons de nouveaux chevaux, et nous passons la nuit dans la demeure d'un intelligent Amé^ ricain, M. Brancb, élabli dans ce pays depuis plusieurs années. Son rancbo est au bord d'un ruisso;iu, qui lombe à deux ou trois milles de distance dans l'océan Pacilique. Sa maison neuve est construite sur le modèle des fermes américaines. On y trouve des apparlemenLs commodes et des cliemtnées. Les terres qui l'entourent sont très-propres à la culluro du maïs, du blé, des pommes de terre.

Le 5, nous traversons la mission de San Luis Obispo avec l'intention de passer ta nuit dans un tancho à trois milles de distance ; mais un orage éclate, le ciel s'obscurcit, bientôt nous ne pouvons plus distinguer notre chemin, et après avoir vainement erré de côlé et d'autres nous sommes obligés de camper en pldn air sous un torrent de pluie.

Le lendemain, nous trouvons à un mille el demi de notre bivac la maison que nous fivions cherchée. Vers les neuf heures, nous faisons halle près d'un runiho occupé par un seul Indien, qui ne peut rien nous donner à manger. A quelques lieues de là, nous obtenons, dans la maison d'un Mexicain, des œufs et des tortillas. Nous étions à jeun depuis trente heures. Le soir, nous arrivons à la mission de San Miguel, habitée par un Anglais, sa femme, qui est de race mêlée, uu enfant, et quelques vaqueros indiens.

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Le 7, nous n'avons peur luiile nourriture qu'une quesadillu, dont nous mettons la moitié en réserve pour le déjeuner du lendemain. Nous campons sous un cliéne, dans laviillée des Salinas. L'uspect de celle plaine u tellement changé depuis le mois de décembre que je ne la reconnais plus. L*lierbe a six à buit pouces de liauteur : les collines sont revêtues de Ocurs de loules sortes de nuances.

Le8, en longeant la rivièredes Satinas, nousarrivons au rancbo de San Lorenzo, habité par deux frères, dont l'un me dit qu'il n'avait quitté sa propriété qu'une ou deux fois dans le cours de plusieurs années. De gras troupeaux paissaient dans la prairie, et des champs de blé promettaient une belle moisson. Cependant, le frère aîné nous dit qu'il n'avait pas dans sa maison d'autres provisions que du bœuf frais. Un domestique indien en lit rôtir plusieurs morceaux de choix. Notre hôte, qui était un homme poli et agréable, s'excusa à diverses reprises de nous recevoir si mal, par la raison, disait-il, qu'il n'avait pas de femme. Puis, il nous demanda d'un air qui semblait sérieux si nous ne pourrions pas lui envoyer, pour lui el pour son frère, deux belles Américaines, ajoulanlîqu'il leur bàtii'ait une jolie maison et ne leur laisserait rien à désirer. Quand nous quittâmes sa demeure, il nous accompagna jusqu'à quatre ou cinq milles de dislance pour nous montrer le chemin el nous engager à revenir bientôt.

Partis de noire bivac de nuit à deux heures du matin, nous arrivons en iâce de Monlerey au point du jour. J'aurais voulu visiter cette ville, mais nous ne connaissions pas de gué dans la rivière des Salinas

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VOVAGE EN CALIFORNIE. 125

et je ne me souciais pas de me jeter à la nage.

Monlerey est situé sur la baie du même nom, ù quatre-vingt-dix milles au sud de San Fi'ancisco. Celle baie est excellente par un temps calme; elle eslseulementexposée aux vents du nord, qui y soufflent avec violence. La ville renferme environ mille cinq cents habilanls'. Elle est en voie de progrès rapides.

Nous entrons dans un rancbo où nous ne pouvons obtenir qu'une quesadilla. Les ruisseaux sont tellement enflés par les pluies, que ce district est Irèsdifiicile à parcourir. A sept ou huit milles au delà de la mission de San Juan, la plaine que nous devons traverser est complètement inondée. Après avoir vainement tenté sur plusieurs points de franchir l'Arrago débordé, nous nous résignâmes à passer la nuit sur une espèce de monticule, sans feu ni vivres, épuisés de fatigue et souffrant de la faim : la situation n'était pas gaie.

Le lendemain, 10 février, nous découvrîmes enfin un gué el nous nous reposâmes de nos privations dans la maison d'un Anglais qui nous accueillit avec une généreuse hospitalité.

Le 11, nous nous embarquâmes sur un bateau qui

■ Dix années auparavant, k l'époque où H. ttiipelil-Thouarg la vlsila, celte capitale de la haule Californie était moins considérable que Beykiarck, capitale de la pauvre lie d'Islande. Elle ne renfermait que denx cents habilanls. Celle petite population se composait, comme celle île Ions les piieblos, de créoles issus des Espagnols et des femmes indigènes, de quelques naturels employés aux travaux de la domesticité, et de plusieurs familles de Mexicains.

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[priait pour San Fraocisco. Le 13 !iu malin nous arrivions dans cetLe ville ; je retournai cliez M . Leidersdorff et je ressentis un certain plaisir à me vélir à mon aise et à me reposer après celte expédition de cinq mois par monts et par vaux.

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pont; pni'toiil on remarque une uclivifé, un mouveuienl, un besoin d'enireprise inaccoutumés, el beaucoup d'hommes, en considérant la position avanta' geuse de San Francisco, entrevoient pour cette cité naissante une belle destinée.

Je fus ici, pour lu première fois, présenté â M. le général Kearny. C'est un homme de cinq pieds dix pouces, d'une figure régulière, presque grecque; ses yeux bleus ont, lorsqu'il est vivement ému, une ardente expression. Mais le caractère distinctif de su physionomie est surtout la douceur. Il se fait remarquer dans les relations ordinaires de la vie par l'urbanité de ses manières et de son langage, par l'absence de toute affectation et de toute vanité. C'est un brave et énergique soldat, maintenant la stricte discipline sans tyrannie, un homme, enlîn, qui doit remplir son devoir, dans quelque poste qu'on le place. Telles furent mes premières impressions. Le temps n'a fuit que les confirmer. Je ne me hasarderai pas à juger ses actes, ils appartiennent à l'histoire civile el militaire de notre pays. Mais mon opinion est que, dans des circonstances semblables à celles où le général s'est trouvé, nul homme n'a apporté plus de droiture dans ses devoirs, ni plus de zèle pour les intérêts de son pays; que nui homme, pour i-épandre quelque gloire sur son pays, n'a bravé plus de dangers, et n'a souffert plus de privalions.

Le 16, j'allai avec M. le général Kearny et deux officiers du corps des ingénieurs visiter le presidio de San Francisco et les anciennes forlifications construites à l'emlmuchure de la liaie. Le presidio esta trois milles environ de la ville, el consiste en quelques bâ-

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tiiuents en adobes couverts en tuiles. Les mui's, niiil entretenus, tombent en ruine, el, si on ne se bâte de les réparer bientôt, ils s'écrouieronl. Le fort s'élève sur une éminence à un mille et demi de l'entrée de la baie. Ses murs, bâtis en briques épaisses, sont assez forts pour résister à une batleiie. Mais , comme tous les édifices publics de cette conlrée, ils sont déjà très- détériorés. Il n'y a point eu Vi de garnison depuis plusieurs années; les canons sont démontés, et en partie abîmés par la pluie et l'action de la température.

Le âO, le général Kearny m'offrit la place d'akade ou principal magistrut du district de San Fi'ancisco. Comme rien ne me rappelait en ce moment aux Élats- Unis, j'acceptai cet emploi, et le 22, J'en pris possession.

Ce jour-là était l'anniversaire de naissance de l'illustre fondateur de notre république, jour de fête, que les bâtiments des États-Unis doivent célébrer en quelque région qu'ils se trouvent , et que nous nous faisons surtout un devoir de célébrer quand nous sommes loin de notre pays. A midi, les navires américains qui se trouvaient dans le port tirèrent le canon; l'air était calme, et les salves d'artillerie résonnèrent de colline en colline; on eiît dit que la grande voix de Washinglou parlait par ces bronzes éclatants pour proclamer l'avenir de la Californie, pour dévouer ses fraîches vallées, ses riants coteaux, à des millions d'iiommes libres. Les bâtiments marchands et baleiniers se joignirent à notre salut national, et, pendant quelques instants, le port et la rade furent enveloppés dans des tourbillons de fumée.

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En CALIFORME.

Le génériil Kearny puilil le 23 pour Honteiey. De là, il publia, en sa qualité de gouverneur civil de la Calirornie, uoe proclamation dans laquelle il unnonçail que le gouvernement américain respecterait les institutions religieuses des Californiens, protégerait leurs personnes et leurs propriétés, et aviserait à leur donner au plus tôt une constitution en vertu de laquelle ils nommeraient eux-mêmes leurs représentants, pour défendre leurs intérêts et rédiger leurs lois.

Le général déclarait, en outre, que les habitants de la Californie étaient désormais affrancliis de leurs serments envers le Mexique, qu'ils étaient citoyens des Étals-Unis.

(Lorsque le Mexique, ajoutait le général, nous obligea à faire la guerre, le gouvernement des États-Unis n'eut pas le temps d'inviter les Californiens à se rallier à son drapeau; il fut forcé de s'emparer de cette contrée pour prévenir l'invasion de quelque puissance européenne. Si, dans l'accomplissement de cette mesure, les agents des Étals-Unis ont commis des abus de pouvoir, ces actes de violence seront sévèrement examinés , et ceux qui en ont été victimes recevront une juiile indemnité.

( LaCaliforniea beaucoupsouiferlde ses discordes, de ses guerres civiles. Hais c'en est fait à présent de ce temps de désastres. La bannière étoilée flotte sur ce beau pays, à tout jamais elle le protégera. Sous cette égide, l'agriculture de la terre californienne sera améliorée , et les arts et les sciences fleuriront dans cette riche région.

> Les Américains et les Californiens ne forment plus

VOïAGE Bit CALIFOKME. 129

qu'un peuple. N'ayons plus easemble qu'un désir et qu'un espoir; unissons-nous comme des frères pour IravuillerauK progrès età lu prospérité de ce pays qui est devenu notre pays. >

Cette proclamation fut ucoueillie avec une vive satisfaction par les indigènes eL parles colons. Plusieurs fonctionnaires de mon ressort et plusieurs particuliers m'exprimèrent verbalement et dans des lettres la joie que leur causait un t>areil langage; ils me dirent qu'ils étaient heureux de devenir Américains, et qu'ils n'aspiraient plus qu'à jouir des droits de citoyens des Ët^ts-Unis. On s'attendait à voir établir immédiatement par le général Kearny un système de gouvernement représentatif. Mais une lettre du général Scolt lui prescrivait de ne point prendre de mesures décisives avant qu'il eAt reçu du gouvernement de nouvelles instructions.

Au mois de mars et d'avril , nous vimes arriver plusieurs bâtiments de transport chargés d'une quantité de munitions et d'ustensiles qui devaient éUe employés à fortifier les principaux ports de la côte : San Francisco,.Uonterey, San Diego. Le régiment du colonel Stevenson fut divisé en plusieurs détachements qui stationnèrent à San Francisco, Sonoma, Monlerey, Santa Barbara, Los Angeles. Une compagnie fut employée à une expédition contre les Indiens de la Sierra Nevada et les Indiens Tulares qui volaient les chevaux.

L'Étoile californienne du mois de mars 1847 a publié sur ces actes de déprédation la lettre suivante d'un habitant du pays :

t Sous le gouvernement espagnol, on n'entendait

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130 VOYAGE EN CALIFOBHIt:.

jumais parler Je ces vols de clievaux. Mais dès que les Mexicains eurent pris possession de lu conli'ée, elle fui en proie à Tanarchie, et les Indiens désertèrent les missions. Le premier qui se livra au brigandage était un néophyte de la mission de Santa Clara, nommé George; il se retira vers la vallée de Stanislas où il était né. De là, il s'en allait dans les missions enlever les chevaux qui se trouvaient alors en grand nombre. Il fut tué au retour d*une de ces expéditions. Dès cette époque, la mission de Santa Clara est devenue le principal repaire des voleurs de chevaux-, et la rivière de Stanislas leur lieu de rendez-vous. Je me suis enquis près des hommes les plus dignes de foi de la quantité de chevaux qui, dansles vingt dernières années, avaient été enlevés entre Monlerey et San Francisco; on m'a dit qu'on en comptait positivement plus de cent mille, et qu'on pouvait en compter le double. Presque tous ces chevaux ont été mangés. De la rivière de Stanislas les déprédations se sont étendues au nord et au sud; d'un c6té jusqu'à la rivière de Micklemes, de l'autre, jusqu'aux sources du San Joaquin. Les Indiens habitent les pentes occidentales des montagnes qui s'élèvent entre ces limites, et sont tellement habitués à la chair de cheval, qu'elle est devenue leur principul moyen de subsistance.

■ Souvent ils ont été poursuivis, plusieurs d'entre eux ont été tués, et quelques-uns de leurs villages ont été détruits. Mais tous les moyens de répression employés contre eux n'ont pu réprimer leur audace, et les chevaux deviennent de plus en plus rares. Ils ont, dans leurs expéditions, massacré une vingtaine de personnes. Il y a un mois environ, ils blessèrent

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VOYAGE EN CALIFORNIE. lôl

quatredes gens de la ferinede M. VVabers, près du pueb!o de San José, et enlevèrenl, en cel endroit et dans deux fermes voisines, deux cents chevnu\. Dans les dix derniers joui's, ils sesont avances en grand nombre dans les ranchos de lu juridiction de Contra costa, et pas une nuit ne se passe sans qu'on entende raconter qu'ils ont commis ça et là quelques actes de brigandage. ■

En écrivant ces noies, mon but n'a point été de raconter en détail la conquête et l'occupation de la Californie par les États-Unis. Une telle tâclie exigerait un ouvrage volumineux et ne serait pas d'un trèsgrand intérêt. Mon inlealîon a été seulement de tracer une esquisse des opérations mtlilaires en Californie durant mon séjour dans ce pays, etje ne crois pas avoir omis une circonstance importante.

Le corps des ingénieurs qui accompagnait M. le général Kearny donnera sur cette contrée de précieuses notions. M. Slanley, artiste de l'expédition, a, dans une série de ti'ès-bong et très-fidèles tableaux , retracé les paysages des montagnes, l'aspect des plaines, les tribus sauvages qui se trouvent entre la Californie et Santa Fé, et les scènes de bivacs dans le désert. Il prépare sur les nations sauvages de l'Amérique du Nord et des ties de l'océan PaciGque un ouvrage , qui selon son plan , sera le plus complet et te plus exact qui existe pour ces régions.

La juridiction est beaucoup moins compliquée en Californie qu'aux Étals-Unis. Les Californiens n'ont l>oinl de lois écrites. Le seul livre de législation que j'aie trouvé parmi eux est une espèce de code publié en Espagne il y a un siècle, sous le titre de Loi»

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152 VOïAGE KN UALIFORIHIE.

d'Eupagne et lie» Indes, puis un autre petit ouvrage qui définit les attiibutions de divers iDagislruts sous l'adminislrulion mexicaine. Le dernier gouverueiir mexicain de la Californie répondait à un juge qui lui demandait de quelle façon il devait rendre la justice : 1 Agissez selon les principes du droit naturel.) Tel est en eti'et le fondement de la jurisprudence californienne. L'exécution des lois locales est confiée aux alcades, qui ont dans leurs attributions tout ce qui tient aux affaires municipales, le jugement des délits ordinaires et des dettes dont le montant ne s'élève pas au-dessus de cent dollars. Dans les choses plus graves, l'alcade n'a qu'un droit d'examen; les témoignages sont recueillis par écrit el adressés au jues de primera initancia, ou premier juge du district, devant lequel la cause est portée. Or, on appelle de lui au préfet ou gouverneur de la province. La juridiction des hombres buenos s'établit quand une des parties la réclame. Elle a quelque rapport avec celle du jury; seulement ce tribunal ne se compose que de trois ou cinq juges, selon que le magistrat l'ordonne ou que les plaideurs le demandent.

l^e gouvernement mexicain désirait encourager la fondation des pneblos, l'agrandissement des villes. Dans ce but, il autorisait les municipalités locales à concéder, moyennant une certaine somme, des portions de terrain à ceux qui s'engageraient à bâlii'. Mais les magistrats n'avaient pas le droit de concéder sans la permission spéciale du gouverneur du sol qui avoisinait la mer. Il importait que des débarcadères el des magasins fussent établis sur la plage qui s'étend devant la ville de San Francisco, i^ général Kearnj',

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TOTAGR GH CALIFORNIE. 155

ayant bien voulu, à ma demande, m'uuloriser par un décret spécial à disposer de ce sol réservé, je le divisai par lots el le mis aux enchères.

L'arpenlage de la ville, commencé par mes prédécesseurs, fut achevé sous mon administration par M. Farrell, qui joignit à son plan une très-belle carte de la baie de San Francisco et de ses environs. De larges espaces de terrain furent successivement concédés à divers poslubnts. Les extraits suivants de l'Etoile Californienne, publiée à San Francisco, donneront une juste idée des progrès de cette ville.

13 inars1S47.

( La ville de San Francisco s'accroît si ra)>idement qu'on peut s'alleadre à la voir un jour rivaliser avec tes cités les plus actives du continent américain. Si les ouvriers ne manquent pas, on bâtira probablement dans le cours de l'année trois cents ou cinq cents maisons. Il y a ici de la place pour les artisans, les mécaniciens, et les ouvriers de toute sorte. Les salaires sont Irès-élevés, et l'on paye aussi fort cher tous les matériaux de construction.

(San Francisco est sans aucun doute destiné à devenir le Liverpool ou le New- York de l'océan Pacifique. C'est là qu'aboutiront les entreprises industrielles et les capitaux engagés dans le commerce de celte région. La position de celte ville est sans pareille et restera sans pareille tant que, par quelques bouleversements de la nature, on ne verra pas paraître sur lu côle un porti^ui ait la grandeur et qui offre la sécurité de notre magnifique baie. Les navires, de quelque dimension qu'ils soient, entrent par tous les temps

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sans danger et suns difficulté dans cette baie, qui est assez vaste pour contenir les flottes du monde entier. Lorsque les larges et fertiles vallons du Sacramenlo , du San Joaquin, et les nombrenx petits golfes qui aboutissent à celte rade, seront peuplés comme ils doivent t'êlre, ils verseront ici leurs produits et prendront en échange les diverses denrées dont ils auront besoin. Tout ce qu'on tii-era des riches mines d'or, d'argent, de cuivre, de fer, de vif-argent, sera déposé . ici pour la fabrication et l'exportation. Dans quelques années, nos embarcadères, nos rues présenteront une scène aussi animée que ce qu'on voit à Liverpool, à la Nouvelle-Orléans, à New-York. De toutes les parlies du monde, nous verrons venir h noUs des mécaniciens, des artisans, et nous jouirons du luxe des contrées les plus civilisées. Nous ne traçons pas an tableau imaginaire, nous établissons un fait positif.»

■ Un service de poste régulier vient d'être établi entre San Francisco el San Diego. Celte poste partii-a deux fois par mois et fera le trajet en quinze jours.

• La population de San Francisco s'accroii avec une rapidité sans exemple. Le mois dernier on a construit ici cinquante maisons. Chaque ouvrier est constamment occupé; si nons en avions des milliers de plus, ils seraient tous employés.

( On manque de matériaux de construction -, ceux qui en apporteraient réaliseraient de grands bénéfices. Le haut prix auquel on les paye, fait qu'on

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bâlit moins qu'on ne voudrait; l'année prochaine, celle difficulté sera aplanie.

( Une quantilé de navires marchands apportent des denrées de toute sorte; !a plupart des denrées se vendent ici, sauf le droit de transport et de commission, à aussi bon marché que dans les États-Unis. >

CHAWTRE XV.

ObservdlioDS générales sur la Califr>ri)ie. ~ Premier élablissement des missionnaires. — Popitlaiion. — Occupations. — Armements.— Situation des femmes. — Sol.— VégétalioD.— Bestiaux. — AiiimauK sauvages. — Minéraux. — Climat. -Flore. —Bois. -Religion.

Au mois de novembre 1602, ù l'iieure où le soleil disparaissait deri'ière les collines qui forment le fond d'un vaste porl à l'extrémité méridionale de la haute Californie, une petite flotte s'en allait clicrcliant un point où elle pût jeter l'ancre ; ses voiles, enflées par la brise, ta portèrent, à travers une barrière d'algues, dans un port, qui, à cette époque lointaine, tenait à une région inexplorée. La flotte, doublant une pointe de terre jela l'ancre an moment on l'auroi'eéclaii'ait la contrée. De là datent l'ariivée des Espagnols et le commencement de la civilisation en Californie.

Le lendemain, une partie des navigateurs, accompagnés d'un religieux, descendit à terre pour examiner le pays. I.* sol était couvert d'herbes de difi'éren te s espèces, parsemé de chênes et d'autres arbres. Du haut de la colline, on-voyait s'étendre, à unedis-

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VOïACE EIS CALirORMH. 1o7

tuiice de trois lieues, le beuu port où lu flotte éttiit entrée. On dressa sur la plage une tente pour y dire h messe. Les chaloupes abordèrent la côte; une partie des Dialelots fut employée à couper du bois; d'aulre» furent placés en senlinelles. Bientôt on vit venir sur le rivage une troupe d'Indiens nus, armés d'arcs et de flèches. Un religieux marcha au-devunl d'euiî :ivec six soldats, portant un drapeau blanc en signe de paix, el jetant en l'air des poignées de sable; le bnn religieux détermina les sauvages à déposer leurs armes, les embrassa, leur donna des chapelets, et des «colliers dont ils se parèrent aussitôt avec une joie enfantine. Cette manifestation de bons sentiments les porta à s'approcher de l'endroit où le commandant élait débarqué; mais, à la vue du grand nombre d'hommes qui l'entouraient, ils se retirèrent, puis envoyèrent aux Espagnols dix femmes âgées auxquelles on distribua des présents, en leur faisant entendre que les blancs n'avaient, à l'égard de la nation indienne, que des dispositions amicales. Il n'en fallut pas plus pour établir des rapports paisibles entre les Espagnols et les Indiens, qui se rendaient chaque jour au camp et échangeaient leurs peaux, leurs fourrures, contredu pain el des légumes. Mais le temps vint où la flotte devait remettre à la voile; elle se dirigea vers le nord, visita Honterey, Hendocinas, et retourna, très-satisfaite de ses observations, à la Nouvelle-Espagne.

Cette heureuse expédition excita l'enthousiasme des Espagnols, et les détermina à conquérir et ù convertir au christianisme les habitants de cette lointaine portion du continent américain. Plus d'un Espagnol aventureux échoua dans ses tentatives, plus

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d'un laborieux essai decolonisulion resta sans résultat. Ënrin, une formidable expédition, organisée par don Gaspar de Portala et le père Juriperra-Serra, atteignit le but auquel on aspirait si vivement.

A San Diego, oit, un siècle et demi auparavant, les premiers navigateurs étaient entrés en relations avec les indigènes, à San Diego, l'autel fui érigé sur le sable, l'encens el la prière s'élevèrent vers Dieu. Là commença la conquête spirituelle autour de la croix, par le zèle religieux des missionnaires qui accompagnaient l'expédition. En peu de temps, grâce à leur habileté, leur premier établissement fut achevé; ils attirèrent à eux les Indiens convertis. Les champs incultes furent défrichés, les arts el les sciences commencèrent à briller là où naguère tout était ignorance et ténèbres, el de jour en jour l'œuvre de la mission apostolique s'agrandit. Bientôt d'autres institutions furent fondées à Santa Barbara, àMonlerey, à San Francisco; près de chacun de ces établîssemenls, on éleva une forteresse militaire pour les proléger contre les tribus sauvages qui restaient hostiles à ces communautés.

Les Indiens convertis éprouvaient pour leurs pères religieux un ardent attachement, et sous leur juridiction ils se trouvaient heureux, Irès-heureux. Toujours prêts à leur obéir, ils accomplissaient avec promptitude le travail prescrit, et les missions prospérèrent d'une façon merveilleuse. Dans les districts qu'elles administraient, on voy;iil, à plusieurs lieues de dislance, des prairies où paissaient d'innombrables besliaux, et des champs couverts de riches moissons. Cette prospérité dura jusqu'à la révolu-

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VOYAGIi EN CALIFORKIE. 139

lion du Mexique, qui découragea lelleiiient les loyaux missiounaires, qu'ils ne s'occnpèrenl plus de leurs inslilutions et les laissèrent tomber en décadence. Les discortJes civiles qui éclalèrenl en Californie portèrent le dernier coup à ces belles institutions; elles furent conGées à des liommes qui ne firent que les piller. Le gouvernement donna l'exemple de la rapine, et ses agents l'imitèrent. Les bestiaux furent divisés en plusieurs parts : la plus grosse pour les chefs, une autre pour le peuple et pour les missions.

Ce désastre des établissements religieux date de l'année 1836. A cette époque, les plus considérables d'entre eux possédaient en dehors de leurs terres des propriétés évaluées à 250,00(1 dollars. A présent leurs édifices sont en ruine et leurs domaines trèsreslreinls. Contrairement à l'opinion des plus zélés défenseurs de ces institutions, lu décadence et la ruine des missions ont pourtant donné une nouvelle impulsion au pays. Les Californiens, auxquels une partie des terres ont été distribuées, se sont mis à les cultiver pour leur propre compte.

Depuis la fin de la domination des Mexicains, nn grand nombre de nouvelles fermes ontété constituées sur différents points, et des centaines de colons américains se sont répandus dans la contrée. Avant l'année 1830, le nombre des bêles à cornes n'allait pas au delà de 100,000. En 1842, on en comptait 400,(K)0; à présent elles s'élèvent à un million.

La notice statistique suivante indique l'état de l'exploitation territoriale en 1831. comparée à celle de 1842.

En 1831, la population blanche de la haute Cali-

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Tornie élait de 4,500 âmes; b popubtion indienne des vingt el une missions élail de. 19,000 âmes. En 1842, la première s'était augmentée de 7,000 individus; la seconde avait décru de 5,000.

En 1831, le nombre des bétes à cornes élail de 50,000; eu 1842, de 40,000'.

En 1831, on comptait 64,000 clievaux, ânes, mulets, etc.; en 1842, 30,000.

En 1831, 321,000 têtes de petit bétail, brebis, chèvres, porcs ; en 1842, 30,000.

Dans cet espace de dix années, la productiun*du blé avait décru dans une proportion plus grande encore, dans la proportion de 70 à 4.

Le produit des droits de douane acquittés à Monlerey, de 1839 à 1842, se répartit ainsi :

1839 — 85,615 dollars.

Le produit net du revenu ne s'élevanl autrefois chaque année qu'à 80,000 dollars, lorsqu'il y avait un déficit dans le budget, le gouvernement, pour le combler, avait recours aux missions.

La valeur des peaux et do suif provenant des malansui peut être évaluée à 372,000 dollars. En y joignant les autres objets d'exportation, tels que les peaux de castor, de loutre, etc., le tout s'élève à environ 400,000 dollars.

■ H. Dupelit-Ttmiiars cite mie mission, la mission de Sun Gal>riel, gui, en 1834, possédait quatre-vingt mille tttes de i>élall, et qui, en 1837, encom|>lailâ peine quinze cents.

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La populalion sédentaire de la partie de la haule Californie siluée entre lu Sierra Nevada et l'océan Pacifique est de 25,000 âmes, parmi lesquelles un peut compter 8,000 Hispano-Américains.S.OOO étrangers pour la plupart des Étals-Unis, et 12,000 Inilieus convertis. Il ya en outre daus les vallées de Sun Joaquiu et dans les gorges de la Sierra une quanlité d'Indiens sauvages. La population indienne qui liabite les régions du grand lac de Set, de la rivière de Marie, des oasis du giand désert et des boids du Rio Colorado, est aussi très-noinbreuse, mais dispersée sur un si vaste espace qu'on la voit à peine.

Les Californiens ne diffèrent pas matériellement v des Mexicains, dont ils descendenl. Mais au point de vue intellectuel, ils sont supérieurs aux hommes de même race qui liabitenl les contrées voisines de Mexico.

Les Californiens sont en général bien faits; leur physionomie est agréable, leur contenance enjouée; ils ont beaucoup de grâce et d'aisance dans les manières, de vivacité dans la conversation, mais ils ne saveul rien du monde et de son histoire que ce qu'ils en ont appris par leurs relations avec Mexico et avec les baleiniers et les marchands qui débarquent sur la côte. Il n'y a point d'écoles publiques dans leur pays et on n'y trouve que peu de livres. La maison du général Vallejo est la seule où j'aie vu une bonne collection d'ouvrages.

Les hommes sont constamment à cheval : nulle part je n'ai rencontré de meilleurs écuyers; par leurs occupations et leurs amusements, ils ont porté l'ai-t de l'éqnilalion ii un degié de perfection vraiment ad-

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J4â VOYAGE En CALIFOBME.

miiable ; dès leur enfance ils s'exercent à monter à i'iieval et à se servir du lasso ; l'enfanl commence par lancer son lasso sur les chats, puis sur les chiens et tes veaux, jusqu'à ce qu'il s'enhardisse à le lancer snr les chevaux el les bœufs. Le point culminant de l'adresse et du courage est de saisir avec le lasso l'ours indompté. Disciplinés et dirigés par des chefs habiles qui leur inspireraient de la confiance, les €;)■ lifurniens formeraient la meilleure eavaleriedti monde. Je ne connais pas une forme de selle plus parfaite que la leur : une fois qu'ils sont assis là, nul accident ordinaire ne peut les faire tomber; le mors qu'ils emploient est assez grossier, mais il est façonné de telle sorte qu'il oblige le cheval it obéir à la plus légère pression. Les éperons sont énormes, mais le cavalier expérimenté s'en sert à la fois pour exciter son cheval et pour se maintenir en selle dans des moments diflicilcs.

I^e Californiea s'occupe peu des plaisirs de la table; pourvu qu'il ail son cheval et son harnais, un manteau et un serape, un morceau de boeuf el une tortilla, il est content; mais il est passionné pour le fandango, les jeux de cartes, les courses de chevaux, les combats d'out-s et de laureaux ; il joue avec une sorte de frénésie et acquitte ses engagements avec une stricte ponctualité.

Le Californien se montre très-soumis envers ses magisti-ats. Dans toutes les causes en litige, il accepte sans murmurer le jugement porlé contre lui. On l'accuse d'être d'une nature hypocrite et perlide; d'après mes propres observations, je n'ai nul lieu de le croire plus entaché de ces défauts que tout autre peuple.

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VOïACE EN CALIFORNIE. 143

Taudis que les hommes spnt occupés de leurs dievuiiK et de leurs bestiaux, les l'emmes (je parle des femmes de ta classe moyenne des l'onclios) prennent soin de la maison, el cultivent, à l'aide de quelques Indiens réduits a une espèce de servitude, les jardins d'où l'on lire tes légumes qui doivent se consommer dans le ménuge : pommes de terre, frijoles, oignons el poivre rouge.

Nnlle des terres que j'ai vues ne surpasse la fertilité du sol de la région californienne comprise entre la Sierra INevada et la mer. Dans toutes les vallées, le blé, l'orge, d'autres grains encore, le chanvre, le lin, le tabac croissent sans irrigation. Pour le maïs, les pommes de (erre et les autres plantes légumineuses, l'irriguliou est nécessaire. L'avoine et la moutarde poussent spontanément avec une telle force, qu'elles nuisent à la terre. J'ai quelquefois pénétré à travers des amas de ces plantes qui s'élevaient plus liant qu'un liomine à clieval. L'avoine pousse jusqu'au sommet des collines, mais elle n'est pas ta si forte ni si haute que dans la plaine.

Il y a ici une plus grande variété d'herbes que sur lecôtédu continent atlantique, el elles sont beaucoup plus nutritives. J'ai noté sept espèces différentes de trèfle. Lorsque cette plante est sèche, elle répand sur le sol une telle quantité de graines, qu'il n'est pas besoin de (aire des provisions pour les bestiaux , car cette graine abondante remplace pour eux l'avoine et l'orge battue.

L'agriculture californienne est encore à peu près dans le même élat d'enfance qu'à l'époque où Cortez conquit le Mexique. La charrue que l'on emploie pour

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■aboiiier le sol n'est qu'une espèce de fourche en bois, dans le j^nre de celle dont les Bomains se servaieiit, il y a deux mille ans. Les autres ustensiles ne sont guère meilleurs. Les colons des Ëlats-Unis ont cependant introduit dans le pays la cliariue américaine et des insli'umenls qui doivent faire une révolution dans son agriculture. Les champs de blé et d'orgeqiie j'ai vusan mois de juin promettaient une moisson bien plus riche que tout ce que j'ai jamais observé aux Étals-Unis. On m'a dit que la récoUe de blé de H. Sutter monterait, e» 1847, à soixante et quinze mille boisseaux.

Plusieurs per'sonnes pensent qu'on pouriail cultiver ici le coton , le riz, la canne à sucre. Je ne doute pas quedanscerlainsdistrîctson ne trouve un sol propice à ces plantes: la quesl ion est de savoir si on retirerait un assez grand bénéfice de leur culture. Quant aux Fruits, comme je l'ai déjà dit, la plupart de ceux qui appartiennent aux climats tempérés et auxclimatsdes tropiques mûrissent parfaitement en Californie.

Les bestiaux et les chevaux sont la principale richesse de la contrée. Nulle part je n'ai vu un aussi beau bétail, nulle part je n'ai mangé une cbair de boeuf aussi exquise qu'en Californie. 11 est difficile de dire au juste à combien se montent les denrées d'exportation provenant des pàtui-ages. Je pense qu'en 1847, on peut compter, sans exagération, cent cinquante mille peaux et à peu près autant d'arrobes (vingt-cinq livres) de suif. La valeur du bélail est estimée à environ cinq dollars par léte.

Il y a , à peu près , autant de chevaux et de mulets que de bétes à cornes. La plus grande partie est

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employée dans le pays, mais on en vend incertain nombre à Sonora, au Nouveau-Mexique, aux Étals- Unis. Les chevaux sont plus petits qee rares, et je ne pense pas qu'ils soutiendraient aussi longtemps un rude labeur; mais pour des marches de peu de durée, ils n*ont pas leurs pareils. Un bon cheval se vend de dix à vingt-cinq dollars, une jument cinq dollars. Depuis que les Américains sont entrés dans le pays, ces prix ne sont déjà plus les mêmes, et montent rapidement.

Les animaux sauvages de la Californie sont le cheval indompté, l'élan, le cerfù qiièue noire, l'antilope, l'ours, le castor, la loutre et d'autres petits animaux, tels que le lièvre, l'écureuil. On ne voit pas ici une si grande variété d'oiseaux que dans d'autres contrées, mais chaque espèce s'y trouve en grand nombre. Les baies, les golfes de la côte, les rivières, les lacs fourmillent d'une quantité d'oies sauvages, de cygnes, de canards. Quelques îles de la baie de San Francisco sont couvertes de guano. On peut charger des bateaux tout entiers des oeufs que les oiseaux y déposent. Les montagnes sont peuplées de faisans et de perdrix.

On n'a pas encore de notions très-précises sur les minéraux de la Californie '. Les propriétaires du sol ont toujours cherché à les cacher, par la raison qa'en vertu de la loi mexicaine, si quelqu'un découvre une mine sur le terrain d'un autre, et que le propriétaire ne l'exploite pas. celui qui l'a découverte peut, en

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146 VOVAGfi EN CALIFORNIE.

(lénonçanl le fuit, prendre possession de cette terre et la garder tant qu'il y travaillera. J'ai vu en Californie des éctianlillons d'argent, de vif-argent, de fer qui venaient, dit-on, de mines inépuisables. Je sais aussi qu'il existe des mines d'or et de cuivre combinés. J'ai déjà signulë les mines de soufre, de salpêtre, de carbonate de soude, de bitume, el il me parait certain que la Californie est aussi riche en minerais que quelque région que ce soit du Mexique.

Je me suis appliqué à signaler jour par jour, dans mon itinéraire, les variations de la température. Rarement le thermomètre descend, en Californie, jusqu'au point de congélation. Je n'ai vu que deux fois de la glace , elle avait l'épaisseur d'une vitre. La neige ne reste pas sur le sol. Les pluies annuelles commencent en novembre el durent jusqu'au mois de mai. Elles tombent quelquefois au mois d'août. L'état ordinaire de la température est entre 50 et 80°. Sur certains points de la c61e, notamment à San Francisco, en plein été, l'air est rafraîchi par le vent de la mer; en hiver, it est réchauiFé par le vent de terre. Mais ce sont là des pbénomènes qui ne tiennent qu'à quelques localités.

Je ne crois pas qu'il existe au monde un climat plus salubre que celui de lacôle californienne. Je suis resté là un an exposé à toutes les intempéries et à toutes sortes de privations, couchant le plus souvent en plein air, et je n'ai jamais ressenti la moindre indisposition. Dans quelques districts du Sacramento et de San Joaquin, où la végétation est abondante et dépérit en automne, la malaria enfante des fièvres, mais elles sont légères et faciles à guérir. Le long de

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VOYAGE Ë« CALIFOUniE. 147

la côte, l'alniosphcre est si pure que je n'ai jamais vu de ctiair pulréfiée. Les carcasses d'animaux éparses sur le sol ne répaudeiit aucune mauvaise odeur.

La Dai'e caliroi-nienne est riche et deviendra, pour les naturalistes, un curieux sujet d'études. On trouve

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Les Califoiniens proressent la religion caLliolique romaÏDe et sont très-atlachés à leur culte, surtout les femmes. Les jours de fêle, j'ai vu les uefs des églises remplies de pieuses femmes, à genoux avec leurs enfants et mêlant avec ferveur leur chant à celui du chœur. Il ne reste plus dans le pays qu'un petit nombre d'anciens religieux. Dans tes églises que j'ai visitées, Toffice divin était célébré par des indigènes indiens élevés dans les missions.

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quelques hutles en plancbeK. La- tempéralure «lail e\lrémement cliaude; cependant environ deux .cents hommes travaillaient en plein soleil au lavage de l'or, les uns avec des casseroles d'étain, d'autres avec des paniers tissus par les Indiens, la plupart avec une seule machine connue sous le nom de berceau : cette machine, posée sur des bascules de sis ou huit pieds de long, est ouverte à sa base, garnie à l'intérieur de quelques claies et à sa sominité d'une grille grossière. Quatre hommes y sont employés. L'un fouille la terre près de la rivière, l'autre la porte sur le berceau, le troisième imprime à la machine un violent mouvement de rotation, tandis qu'un quatrième y verse de l'eau. La grille empêche les grosses pierres de passer, l'eau (ail écarter la matière terreuse ; le gravier tombe graduellement au pied de ta machine, laissant l'or et le sable mêlés sur les premières claies. Ce minerai est recueilli dans un vase et séché au soleil; puis OD sépare, en soufflant dessus, le sable de l'or. Quatre hommes, ainsi occupés, recueillent, terme moyen , pour environ cent dollars d'or par jour. Les Indiens, et ceux qui n'ont que des casseroles ou des paniers eu osier, enlèvent la terre et le gravier avec leurs mains, ne gardant que l'or mêlé au sable noir. L'or se trouve dans les mines basses par paillettes brillantes, dont je vous envoie quelques échantillons. • En remoDtaut le côlé méridional de la birurcation américaine, nous traversons une contrée plus montagneuse. A. vingt milles au-dessous des basses mines, les collines s'élèvent à mille pieds au-dessus du niveau de la plaine du Sacranienlo. Ici se trouve une espèce de pins, qui conduisirent i\ la découverte de l'or.

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TOïAGE En CAMFORNIB. tSt

M. SitUei- avait fait un marolié avec M. Maislml pour construire à cet endroit une scierie. Quand le bâtiment fut achevé et qu*il fallut conduire l'eau sur les roues, on reconnut que le canal ^lait trop étroit pour donner à l'eau une rapidité suffisante. Poui' épargner un nouveau travail, M. Marshal fitentrer dans le canal un fort courant, qui entraîna une niasse de lerre et de gravier. Un jour que M. Marshal observait ce dépôt, il y vit briller des paillettes qu'il esamitia. Ayant reconnu leur valeur, il s'en alla au fort faire part de sa découverte à M. Suller. Tous deux convinrent de tenir les choses secrètes jusqu'à ruchèvement d'un moulin que M. Sutter voulait faire bâtir. Mais la grande nouvelle se répandit tout à coup de càté et d'autre comme pur magie. Les premiers explorateurs obtinrent un plein succès, et dans l'espace de quelques semaines, des centaines d'individus accoururent en ce lieu. Trois mois après la découverte de la mine, quatre mille hommes y étaient employés. Près du moulin, il y a un riche dépôt de gravier que le peuple respecte comme la propriété de H. Sutter, bien que lui-même ne prétende percevoir sur ce terrain qu'un certain tribut comme compensation aux frais cousidérables que lui a coûté la construction de son moulin. M. Marshal me dit qu'un grand nombre d'individus étaient occupés au-dessus et au-dessous de ce bâtiment, qu'ils employaient les mêmes machines qu'aux mines basses et retiraient de leur labeur les mêmes bénéfices, de une à trois onces d'or par jour. Cet or est cependant un peu moins pur que celui des basses mines. Du moulin, M. Marshal nie conduisit sur une montagne, où dans le lit de quelques ruis-

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15Z VOTAGË BN CALIFORHIt.

seaux et de quelques ravins desséchés , on avait trouvé une grande quantité d'or. On m'en montra des échantillons, qui pesaient de quatre à cinq onces. Vous remarquerez que la surface de quelques-uns de ces écbantillons , joints à un morceau de quartz, est rude, et qu'ils ont été évidemment moulés dans la crevasse d'un roc. Ils n'ont pu être emportés par l'eau loin de la place où ils sont tombés du roc qui les contenait. Je demandai aux mineurs s'ils avaient quelquefois trouvé ce raélal dans sa matrice; ils me répondirent que non, qu'il était toujours mêlé de gravier ou placé dans les crevasses d'autres rochers. Tous attestèrent qu'ils avaient recueilli l'or en plus on moins gi-ande quantité dans les nombreux petits ravins de la région montagneuse.

> Le 7 juillet, je visitai le lavage de MM. Simol et compagnie. On y emploie une trentaine d'individus, qu'on paye avec des marchandises. On y recueille une assez grande quantité de minerai semblable à celui que j'ai vu près du moulin. Je remontai le ruisseau à environ huit milles de distance, et je rencontrai un grand nombre d'ouvriers employés les uns dans le lit du ruisseau, les autres dans les petits vallons qni y aboutissent. Ici les mines sont si riches, qu'un homme y recueille deux onces par jour. On m'indiqua un cours d'eau de cent mètres de longueur, de quatre pieds de profondeur et deux ou trois de largeur, d'oii deux entrepreneurs, W. Daly et Perey H° Coon, avaient quelque temps auparavant retiré de l'or pour une valeur de dix-sept mille dollars. Ces deux entrepreneurs employaient quatre blancs, cent Indiens. Au bout d'une semaine, tous fi'ais payés, ils avaient réa-

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irOVAGl! EM CALIFORNIE. 153

lise un béné6ce de dïi mille dollars. On me montra un autre petit ravin, où l'on avait puisé pour douze mille dollars de minerai. Il y a des cenlaiues d'autres ravins probablement de même nature auxquels on n'a pas encore touché. Je ne pourrais croire ce que l'on m'a raconté du produit de ces fouilles, si je n'avais moi-même conslulé le fait. Un agent de M. le Commodore Stockton avait dans le voisinage recueilli en trois semaln.es pour deux mille dollars de paillettes d'oF. M. Lyman qj'a raconté qu'il avait travaillé avec quatre autres personnes pendant huit jours audessous du moulin de M. Sutter, que chacun d'eux gagnait cinquante dollars par jour, mais qu'ils avaient quitté cette mine en apprenant qu'il y en avait une meilleure un pea plus loin.

t La contrée qui s'étend de chaque cAté de la crique de Weber est dominée par des collines, coupée de tout c&té par des ravins et des ruisseaux qui contiennent de l'or. A peine leur surface a-t-elle été effleurée, et l'on en a retiré des milliers d'onces d'or. Chaque jour on y découvre de nouveaux et de plus riches dépôts. L'abondance du métal est telle que sa valeur peut en élre considérablement dépréciée.

* Le 8 juillet, je retournai aux basses mines, e( le 17, j'arrivai à Uonterey. Avant de quitter l'établissement de M. Sutter, je me suis assuré qu'il y avait de l'or dans la rivière de la Plume, dans celle de l'Ours et du Yubat, et dans une quantité de petits ruisseaux. Dans un cours d'eau, l'or se trouve par paillettes, et dans les montagnes voisines, par globules.

t M. Sinclair, propriétaire d'un rancho situé à

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Irois milles au-dessus de riiabit;]lion de M. SuUer, emploie au lavage du minerai ciuquatile Indiens, qui ne se servent que de corbeilles en osier. Dans l'espace de cinq semaines, il avait recueilli de l'or poui' une valeur de seize mille dollars.

■ Du i" mai au iO juillet, le principal magasin du fort de Lutten a reçu trente-six mille dollars en payement de diverses marchaDdises. Chaque jour on expédie aux Indiens des quantité^ de denrées, car les Indiens, naguère si pauvres, se passionnent à présent pour les objets de luxe. J'ai dit que la plupart des fermiers avaient abandonné leurs champs. Mais tel n'est point le cas dans les domaines de M. Suller, qui a récolté quarante mille boisseaux de blé. Déjà chez lui le baril de farine se vend irente-six dollars, bientôt il en vaudra cinquante. Si le pays ne reçoit promptement des approvisionnements, il souffrira beaucoup. Mais comme chaque individu peut payer fort cher tout ce dont i) a besoin, il est à croire que les marchands du Chili et de l'Orégon apporteront ici les cargaisons nécessaires.

I D'après les renseignements que j'ai pris, quatre mille hommes environ, dont la moitié Indiens, sont employés dans le district d'or et recueillent chaque jour une valeur de trente à cinquante mille dollars. Tout le district d'or, à l'exception de certains terrains concédés il y a quelques années par les autorités mexicaines, appartient aux Etals-Unis. J'ai sérieusement songé aux moyens d'assurer au gouvernement certaines redevances pour le privilège d'exploitation des mines, mais l'étendue de la contrée, le caractère de la population engagée dans ce travail.

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VOYAGE BCJ CALIFORNIE. 155

le peu de forces que j'ai à mu disposilion, ne me permettent pas d'intervenir diins celte immense entreprise, â moins que je n'aie à léprimer des désordres et des crimes.

I La découverle des vastes dépôts aurifères u complètement ciiangé la face de la haute Californie. Ses habitants, naguère occupés à cultiver leurs champs, à garder leurs bestiaux, sont partis pour les mines ou se disposent à partir. Les artisans de loute sorte ont quittéjeurs aleliers, les marchands leurs boutiques. Les matelots désertent dès qu'ils arrivent sur la c6te. Plusieurs bâtimenis se sont remis en mer sans avoir assez de bras pour la manœuvre. Deux ou trois navires sont dans le port de San Francisco complètement privés de leurs équipages. Il y a aussi des désertions parmi les troupes, vingt-six au poste de Sonoma, vingt-quatre à celui de San Francisco, autant à celui de Monterey. Je n'hésite pas à dii'e qu'il y a dans la contrée arrosée par le San Joaqnin et le Sacramento assez d'or pour payer cent fois les frais de la guerre avec le Mexique. Pour recueillir cet or, il n'est pas besoin d'exposer des capitaux ; il suffit que le mineur ait un pic, une pelle, un vase en ètaîn, et il en est qui, avec leurs couteaux, délacheni, des crevasses de rocs, des lingots d'or de trois ù six onces.

f On dit qu'il y a aussi de l'or sur la pente orientale de la Sierra Nevada , e( un intelligent Mormoie m'a appris qu'on en trouvait près du grand lac de Sel. Tous les Mormores vont lù avec l'espoir de recueillir autant d'or que dans le Sacramento. »

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