‹ Voyage en CalifornieChapitre 19 sur 26 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Nouveaux renseignenients. — Taux des salaires ~ Fa^on de se procurer de l'or. — ttendue de la région aurïKre. ~ Prix des provisioDs.

Nous peDSons qu'on lira avec intérêt la lettre suivante, datée, de MonLerey, 16 novembre.

f Les mécaniciens sont payés ici à raison de dix à seize dollars' par jour; les ouvriers employés sur les quais ga(;nent de cinq à dix dollars; les commis de magasins, de mille à trois mille dollars par an; quelques-uns s'engagent à huit dollars par joui'; les cuisiniers veulent avoir de soixante à cent dollars par mois. Enfin, loute espèce de travail est payéeà un prix exorbitant. Vos lecteurs me croiront-ils? J'ai peiir qu'ils n'ajoutent pas foi à mon récit. Ce qui se passe maintenant en Californie ressemble ù un conte des Mille et une Nuit». Les hnbilanls des lies Sandwich , de rOrégon, de la basse Californie, arrivent tous sur cette c&te, et d'ici s'en'vonl an placer de la vallée du Sacramento, oti le mineur qui ne récolle pas cent onces d'or en un mois pense qu'il doit aller chercher

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un meilleur terrain. Vous pouvez annoncer <]ue plus d'un a recueilli de cinq à di\ onces d'or par jour. Noire p/acer ou région aurifère s'étend sur un espace de trois à quatre cents milles, dans tous les embranchements, les criques du côté orientid du Sacramenlo et sur un des côlés du San Joaquiii. Dans mes excursions, pendant que je me reposais sous un arbre, j'ai vu, plus d'une fois, des pièces d'or pur prises dans les crevasses des rocs près desquels je m'arrêtais. Un jour que je passais près d'un ruisseau encore inexploré, un de mes compagnons prit un vase d'étain, le remplît de sable, le lava, et, dans l'espace de cinq minutes, recueillit d'un à trois dollars d'or.

t II ne faut pas croire , cependant , que le lavage du Sacramenlo s'opère sans inconvénient. Du i" juillet au 1" octobre, la moitié des ouvriers a été atteinte par la fièvre. En hiver, l'eau est trop froide pour qu'on puisse y travailler; quelques mineurs prennent seulement la surface du sable; d'autres délacbent l'or des rocs, et ne prennent que les plus gros globules, abandonnant le reste à ceux qui viendront plus lard. On calcule qu'un petit nombre peut tirer chaque année, du San Joaquin et du Sacramento, cent millions de dollars, et qu'avec plus d'ouvriers on en relirei'ail trois cents millions. Croyez-moi si je vous dis que le temps approche où la Californie exportera annuellement cinq cent mille onces d'or de vingt-deux à vingtquatre cai-ats, dont quelques morceaux auront le poids d'une livre. Beaucoup d'individus qui, au mois de juin dernier, ont commencé leur opération de lavage avec un capital de cinquante dollars, ont maintenant cinq à dis mille dollars. J'ai vu un homme , qui venait

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uchetei' des provisions pour su fumille, déposeï' sur le coniploii- 1111 sac en peuii qui renfermait cent neuf onces de poudre d'or ; cinq siics de même sorte vandi'aient, à New-York, environ dix mille dollars; cet bomme avait qiiitlé sa famille au mois d'août dernier. Dans l'espac&de troismois, il avait rempli de pondl-e d'or quatre à cinq sacoches, ce qui valait un peu mieux pour lui que de rester sur un navire où il gagnait quarante dollars par mois. 11 ne faut pas croira cependant que tous les mineurs oblîenncut un pareil succès; à cdté de ceux qui ont gagné quatre mdle dollars par mois, il en est qui n'ont eu que mille dollars dans l'été; d'autres, moins encore. Quelques-uns n'ont eu que de quoi payer un cheval, une selle, et les remèdes dont ils avaient besoin pour se guérir de la fièvre. Un médecin demande une once d'or pour une cunsullation, six onces pour une visite. La même portion de bœuf sec, qui, dans les fermes, se vend quatre cents, coûte, au ptacer, de un à deux dollars; on paye de cinquante à cenljjollai's le baril de porc salé, de trente à soixante et quinze dollars le baril de fiirine, de cinquante cents à un dollar la livre de café, de sucre, de riz. 11 en coûte de cinquante cents à un dollar pour blanchir un vêtement. Personne n'a le temps de se raser; le dimanche pourtant on ne travaille pas, on ne fait que nettoyer la lente du sable noir qui s'y est amassé dans le travail de la semaine. Le fi'et d'une chaloupe, pour un trajet de trois jours, coûte cinq dollars par baril. Un charretier demande de cinquante à cent dollars pour un chargement à couduire, par une bonne route, ù la distance de vingt à cinquante milles. Le boisseau d'orge, de pois, de

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fèves , se vend dix dollars. Je connais un médecin qui ariteta une grossière machine en bois pour laver le subie, el s'embarqna à grands frais ponr le Sacramento; il s'agissait ensuite de la faire transporter sur tin chariot à environ cinquante milles de dislance : le voîlarier demanda pour ce transport cent dollars, «t ne voulul rien en rdbattre. Quelque temps après , ce voiturier tombe malade et fait venir le médecin, qui, pour les pi'emiers remèdes qu'il lui administre, exige cent dollars, lui promettant toutefois que les autres seraient moins chers. Quand la journée d'un homme vaut cent dollars, ni médecins ni uharreliers ne doivent regarder à une livre d'or, et il est à croire que tous les marchands et colporteurs doivent faire leur fortune dans ce pays de bénédiction.

( A San Francisco, on vend à présent plus de denrées en un mois qu'autrefois en un an. Les navires se liAtent de débarquer leurs marchandises, puis les matelots disparaissent et quelquefois le capitaine dispurail avec eus. Il y a des bùtimenls dans le port qui ne peuvent lever l'ancre même avec l'aide de tout ce qui reste d'hommes sur trois et quatre autres navires. Quelques-uns continuent à naviguer avec de jeunes matelots auxquels on donne cinquante dollars par mois. Les vieux préfèrent s'en aller aux mines, boire du vin de Champagne qui coûte une demi-once d'or la bouteille, en mangeant du mauvais biscuit de mer qu'oD paye six dollars la livre. J'ai vu un capitaine qui, en verlu d'un ancien contrat, gagnait soixante dollars par mois, et qui devait en donner soixante et quinze à un cuisinier. Léscapilaines des navires américains offrent une récompense de deux cents à cinq

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cenis dollars ù qui arrêtera un de leurs déserteurs. Cependant l'Okio, qui entra le mois dernier dans te port de Monlerey, a bien vite perdu vingt à trente hommes. Le régiment du colonel Stevenson est débandé. Les officiers ont acheté des cliariols,desbœurs et sont allés au placer. Le commodore Jones, qni est arrivé récemment à Monlerey, n'y a pas même trouvé le gouverneur. On ne sait plus où est le quartier général, si c'est à Monlerey, au fuit de Sutter ou dans un waggon attelé de quatre mules et roulant vers la région d'or. On ne sait pas si ce quartier général est pourvu de munitions de guerre, ou de manteaux et de chemises pour vélîr les Indiens.

( Une lettre de M. le lieutenant Larktn, publiée daasl'Union de H^aiAinçion, annonce que chaque jour on découvre de nouvelles mines d'un or meilleur. On a trouvé des lingots de une à deux livres, plusieurs de seize livres et un de vingt-tûnq. Beaucoup de gens pauvres au mois de juin ont gagné par leur trafic avec les Indiens trente mille dollars. De juillet à octobre, le produit d'une journée de lavage a été terme moyen de cent dollars. Mais la moitié des mineurs sont malades de ta fièvre. Très-peu sont morts. Les Indiens donnentuneoDce d'or pour une eliemise ordinaire en calicot.

• La région aurifère s'étend sur un espace reconnu de trois cents milles ; peut-être s'étend-elle deux fois encore plus loin. Une lettre du commodore Jones annonce que beaucoup d'oSîcîers et de soldais désertent.

• Quant au\ navires il en est ou l'on ne (i-ouve plus personne. Le navire i'tsaac Wallon a oSerl vin-

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quantc dollars par mois fi des soldais libérés, pour se rendre à Gallao : ils ont refuse.

( Tous les navires de la côte manquent de bras. Le 5° régiment d'artillerie a déserté presque en entier. Les provisions sont rares et chères; les commis marchands ont des appointements de deux, mille à trois

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