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CHAPITRE XVIII

La Californie , sa situation, ses

documeiiU authentiques

Celte contrée fertile, bien arrosée, est, au dii'e des voyageurs, l'une des plus pittoresques qui existent. Le climat en est variable, mais en général tempéré; assez souvent, il est vrai, des brumes épaisses enveloppent l'atmosphère ; mais ces brumes fortifient la végétation et fécondent le sol. La vallée du Sacramento et celle de San Juan sont les districts les plus fertiles. On appelle celle de San Juan le jardin du pays. Elle produit du maïs, du seigle, de l'avoine el tons les fruits des régions tempérées et des régions équinoxiales. Od y trouve aussi d'excellents pâturages. D'après le rapport du capitaine Wiikes, qui faisait partie de l'expédition d'exploration américaine, elle s'étend sur un rayon de quinze à vingt

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milles de largeur au nord et au sud de lu baie de San Fraocisco.

La rivière de San Joaquin, qui arrose la grande vallée de Buena-Venlura, principale résidence des Indiens de CaliforDie, reçoit de nombreux affluenis qui découlent des montagnes. A trente milles de la côle, où en été régnent des vents désagréables du nordouest, le climat subit de grandes variations. Nulle part on ne jouira d'une température plus douce que dans la vallée de San Juan. Elle ressemble à celles de l'Andalousie. Pendant une partie de l'année, les vallons sont sillonnés par une quantité de ruisseaux. Hais dans la saison des pluies, qui commence en novembre et finit on février, ces ruisseaux s'enflent el deviennent parfois des torrents infi-ancliissables.

Le Sacramento est la plus grande rivière de la Californie. On présume qu'elle a sa source à l'est de la montagne de Shaste. Après avoir reçu dans son lit la rivière connue sous le nom de riuière américaine, le Sacramento se rejoint au San Joaquin, qui vient du sud et tombe dans ta baie de San Francisco. La plupart des cours d'eau qui traversent le^ vallons otfrent aux agriculteurs un facile moyen d'irrigation, mais le Sacramento est seul navigable.

San Francisco est l'un des plus beaux, si ce n'est le plus beau port da monde. « 11 y en a peu, dit le capitaine Wilkes, qui soient si étendus et qui seraient si aisés à défendre. Toutes les flottes de l'Europe et de l'Amérique y trouveraient place à la fols.

Jusqu'à présent le commerce de la Californie a été fort minime. On importe là des étoffes de coton, de soie, de velours, de l'eau-^de-vie, du vin, du thé. On

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prend en retour des cuirs, du suif, des fourrures, du bléeldu poissoQ.Avaiilladçcouverte des mines d'or, les habîlnnts ne s'occupaienl que d'agriculture, surtout de l'éducation des bestiaux. Les champs donnent des récoltes abondantes : quatre-vingts fois la semence, c'est le produit ordinaire.

Manufactures. — Il y avait autrefois dans les missions des fabriques de différents articles, notamment de manteaux grossiers, à l'usage des Indiens; mais la cbute des missions a eulrainé celle de ces travaux. On fabrique encore çà et là, en très-grande quantité, du savon de bonne qualité qu'on pourrait avec avanlage livrer à l'exportation. L'alcali nécessaire à la fabrication de celle denrée se trouve en abondance dans le pays. On trouve encore en Californie des cuirs Ivès-bîen tannés, mais les Californiens n'en préparent qu'autant qu'ils en ont besoin et ne vendent aux marchands étrangers que des cargaisons de peaux brutes.

Béiail. — Outre le gros bétail, il est très-facile d'élever, en Californie, des moulons. 11 suffirait de les garder; toute l'année ils auraient une bonne pâture. Le prix d'un mouton gras, en Califùrnie, est de six à huit francs. Les porcs sont engraissés aisémeul par les glands des chênes qui couvrent les collines, et l'on a pour les saler des quantités de sel qui se cristallisent dans les étangs au temps de la sécheresse. La chasse offre encore une ressource assez considérable aux Californiens. Les forêts sont peuplées de cerfs, de loups, de renards, de lièvres, de rats musqués, de blaireaux, d'antilopes.

IVottvelle-Helvétie. — M. le capitaine Sutter, fondateur de cet établissement, oii l'on a découvert les

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plus belles mines, est Suisse de Duissance. Le gou< vernement luexicuiQ lui concéda, sur les bords du Sacraïuento, trente lieues carrées de terrain. Il construisît sa demeure et sa forteresse sur une élévation

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La plus inléreseante notice qui :itt paru à ce sujet dans les journaux amérivains est te rapport officiel adressé par H. le capitaine Poison au gouverneaient des États-Unis. Nous publions en entier ce rapport^ qui non-seulement relate le succès des mineurs, mais qui présente un tableau- Impartial de lu situation de lu contrée.

San Francisco, 18 septembre }848.

t Je viens, monsieur, vous rendre compte de l'effet produit en Californie par la découverte des mines, et je conimeDcerai par vous adresser quelques observations sur l'état de ce pays avant cette découverte.

t Jusqu'à l'époque où l'étendard américain fut déployé en Californie par le commodore Sloat, celte région avait été, dès sa première colonisation, inerte et euftourdie. "Le climat favorisait la nature indolente, la paresse et l'imprévoyance def habitants. Ils avaient trop peu d'activité pour vivre même de la vie de bei"gers, dans le vrai sens du mot. Entourés de nombreux bestiaux, Ils n'avaient ni lait, ni bearre, n! fromage, et faisaient fi peine quelques tentatives pour cultiver leur sol. Un peu de blé, des fèves, des courges, des melons suUisaient à cette population qui n'avait jamais connu les créations de l'industrie; la chair des bestiaux était l'alimenL de tous les individus. L'apathie des indigènes était telle, qu'il n'y avait pas, dans la contrée, d'autres inventions que celles qui étaient le résultat de la nécessité.

( Avant la dernière révolution, on trouvait ici des Américains et d'autres étrangers, mais nulle émigration régulière n'avait encore eu lieu dans celle

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eontrée, et l'admiiiistralion vacillante, les troubles politiques du pays entravaient toute entreprise systématique. On égorgeait des troupeaux de bœuTs pour en échanger la peau et la graisse contre diverses marchandises, et chacun vivait dans la même indo-

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quelques semaines. Des villages, des districts, imgtière animés par l'industrie, furent en peu de temps dépeuplés. Tout le monde courut aux mines, tout travail cessa pour faire pince i> Tunique travail des gisements d'or. Les champs promettaient une abondante récolte, et la récolte périt sur place, fanle de moissonneurs. Des b&liments restèrent à l'ancre dans les ports, n'ayant plus ni officiers, ni matelots, et les fonctions publiques ou particulières les plus essentielles furent suspendues. A l'époque où éclata cette effervescence, je faisais réparer le brick l'Âniia. Les ouvriers recevaient trois dollai'S par jour, 'et étaient nourris h bord. Ils demandèrent un salaire pluscon* sidérable et en vinrent à déclarer qu'ils renonceratenl à tout ce qu'ils avaient gagné précédemment, plutôt que de travailler à moins de six dollars par joui'. De simples matelots, employés dans les baies, exigeaient cent dollars par mois. Le fret de San Francisco à Nouvelle-Helvétie, qui est à cent milles de distance, est à présent de deux à quatre dollars par baril. Ou paye pour une voilure attelée de quatie boeufs cinquante dollars par jour. J'ai vu dans la région aurifère un nègre qui faisait In cuisine et auquel on payait vingt-cinq dollars par jour.

f Telle était la situation des choses, il y a environ trois mois. En quelques jours, cette ville s'est trouvée déserte. Il n'y restait que deux ou trois marchands el quelques soldats. Dernièrement il s'est fait une réaction. Beaucoup de gens qui travaillaient aux mines sont revenus atteints par la fièvre, d'autres sont revenus pour éviter ce Qéau. Il y a ici de nouveau un assez grand nombre d'ouvriers ; mais le taux des sa-

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laires est toujours très-élevé. Je paye de six à liuit dollars par jour à ceux que j'emploie sur mon bâtiment. Le prix des denrées s'est aceru dans la même proportion. Le beurre et le jambon se vendent un dollar la livre, la farine vingt-cinq dollars le baril, le biscuit de mer quarante cents la livre. J'ai payé pour une paire de bottes quatorze dollars, pour une autre dix-huit. Dans les mines, le prix de la farine et du porc salé variede quarante à deux cents dollars le baril. On y vend huit el douze dollars des souliers communs qu'on peut avoir <i Boston pour soixante et quinze cents. J'ai vu une boite de poudre de Sedlitz qui, à San Pi-ancisco, vaut cinquante cents, vendue aux mines vingt-quatre dollars, el l'on m'a dit qu'une bouteille d'eau-de-vie avait été payée là quarantehuîl dollars.

( En même temps que tes denrées centuplaient ainsi de valeur, les revenus habituels montaient d'nne façon incroyable. Il y a telle boutique fragile qui rapporte plus que les plus beaux magasins de Boston ou de New- York.

c J'étais aux mines le 1" juillet. L'ardeur de la température était insupportable. Je n'en ai jamais éprouvé une pareille. Elle élait beaucoup plus lourde que celle du Brésil dans la plus chaude saison de l'année; tout était brûlé par une sécheresse qui durait depuis trois mois, et il fallait attendre cinq mois l'époque des pluies.

■ La brise de mer qui s'étend sur la vjllée du Sa-

cramento ne passe pas la Sierra Nevada et pénètre

rarement dans les vallées latérales et les ravins de

cette chaîne de montagnes. Il n'y avait pas un souille

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d'air aux mines. Va soleil brîklant comme celui des tropiques daixJait ses rayons sur les colliDes, et l'atmosphère élait embrasée comme celle d'une fournaise. Je prédis ce qui est arrivé, qu'il y auiiiit beaucoup de maladies parmi les mineurs. Ils avaient abandonné leurs occupations régulières, el un changement de vie si complet, un climat si rigoureux ne pouvaient manqaer. d'agir d'une façon funeste sur leur santé. Leur nourriture était mauvaise, leur travail pénible. Ils étaient d'ailleui's tout le jour exposés à l'ardeur du soleil, et fa nuit à la froide atmosphère des montagnes. Beaucoup d'entre eux travaillaient les pieds dans l'eau, et s'enflammaient le sang par l'usage des spiritueux : aussi en a-t-on vu un grand nombre atteints de fièvres bilieuses, de fièvres intermitlenles et de dyssenteries.

■ La plupart des ruisseaux où l'on recueille l'or descendent des montagnes à travers des rocs, des précipices, el passent sur un sol rouge. Il y a là apparemment beaucoup de fer. Autant que j'ai pu l'observer, l'or se trouve toujours dans une couche de sable, à moins qu'il n'ait été déplacé par des torrents ou d'autres mobiles plus récents.

t Toutes les machines dont on s'est sei-vi jusqu'à présent pour le lavage de l'or en Californie sont fort imparfaites. On n'a pas encore employé l'amalgame par le vif-argent. 11 est à croire que, par les procédés usités jusqu'à ce jour, on perd une quantité d'or dans la terre que l'on rejette.

( Dans les parties inférieures des ruisseaux, l'or se trouve par paillettes assez semblables à des écailles de poissons. Plus haut, on le recueille en globules de

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diffét'eoles formes et de différeoles grosseurs. H en est qui pèsent cinq à six onces. Les plus gros soat mêlés à des morceaux de quartz et d'autres fragments de granit. En plusieurs endroits, l'eau coule sur des

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craindre d'éveiller l'incrédulité, el ce n'est qn'avec une défiance extrême que je parlerai de lu richesse des mines. J'ai été les visiter avec des dispositions sceptiques, et j'en suis revenu avec une entière conviction. Je ne crois pas qu'il estste dans le monde des mines plus riches. J'ai reconnu moi-ménte qu'un ouvrier actif pouvait recueillir par jour de l'ar pour une valeur de vii^t^cisq à quarante dollars, en estimant le métal à seize dollars l'once. En certains endroits, chaque homme a recueilli en un jour huit cents à mille dollars. Je rencontre ici fréquemment des individus qui ont été absents moins de trois mois, et qui ont rapporté de la poudre d'or pour deux mille et cinq mille dollars. Pendant que j'étais aux mines, j'ai rassemblé un assez grand nombre de faits positifs. J'en citerai quelques-uns.

• Sur l'afQqent le plus méridional de la Fourche américaine, à seize milles du cours principal, MM. Neilly et Crovrly ont, avec six hommes, récolté en six jours dis livres et demie d'or. Au sein d'un petit ravin desséché, toncbant au même ruisseau, UM. Daly et Mac Coons ont, en deux jours, avec une troupe d'oDvriers, gagné dix-sept mille dollars. On m'a affirmé que, dans un autre ravin, voisin de celuici, on avait, en trois jours, recueilli de l'or pour trente mille dollars. Un ecclésiastique nommé Lynian, pe» habitué à la fatigue, me dit qu'il évalue le produit de ses cinq heures de travail par jour à cinquante dollars. Un mineur mexicain, M. Vaca, qui demeure à li-enle milles du fort Sulter, m'a dit qu'à l'aide de quatre hommes il avait, en sept jours, amassé dixsept livres d'or. H, le major Gooper a gagné en deux

joui-s, avec deux hommes et un eDfsiDt, mille dollars. M. Sinclair a employé aux raines, pendanl cinq semaines, une quarantaine d'Indiens, auxquels il donnait de la farine, du riz, du sucre, du café, et qui mangeaient trois fois par jour. C'étaient pour la plupart des Indiens sauvages, qui ne travaillaient qu'avec de grossiers ustensiles. En cinq semaines, tous frais payés, il lui restait dix-sept mille dollars. Non loin des ravins que j'ai déjà signalés, M. Norris a amassé en deux jours, avec un de ses compagnons, trois mille dollars. M. Aara Angland a passé vingt jours aux mines, el en a rapporté deux mille trois cents dollars. Mais je craindrais de vous fatiguer en prolongeant celle énuméralion.

t Vous désirez savoir quelle sera la lin d'une telle exploitation. Je na pense pas qu'un épuise les mines. Les gisements aurifères s'étendent sur une immense région, et l'or se trouve partout tellement mêlé à la terre qu'on peut dire qu'il constitue une partie du sol. Il est plus abondant dans les vallées, dans le lit des rivières, mais il se trouve aussi sur les collines et sur les flancs des montagnes à cent pieds au-dessus de l'eau.

c Pendant que j'étais dans le district des mines, j'ai cherché à recueillir quelques renseignements sur la valeur des dépôts aurifères et sur le nombre d'hommes qui y étaient employés. On évaluait alors le nombre des travailleurs à trois mille, blancs et Indiens. Hais chaque jour, ce nombre s'accroissait par les émigrations de toutes les parties de la Californie, de rOrégon , de Sonera et des lies Sandwich. Le mouvement dans les lies a été tel, qu'à peine reslail-

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il un arlisaa à Honolulu. Il en a élé de même dans rOi'égon, si l'on en juge pur tous les navii-es qui arrivent de là chargés de passagers. Parmi les mineurs, il y a une quantité de matelots, de soldais qui ont déserté leurs porls, de trappeurs, de montagnards, nuturellemenl paresseux, dissipés et délKiucliés. Tout ce ramassis de gens compose une tr^mauvaise population. Pas un travailleur, Indien ou autre, ne gagne moins de six dollars par jour. Je crois qu'en estimant au minimum le produit des mines pendant un an, à partir du 1" juillet 1848, et en comptant l'unce d'or à seize dollars, on ne peut le porter à moins de cinq millions cinq cent mille dollars. D'après le D'tclionnuire commercial de Hac Cnllocb, c'est plus que tout ce que l'on a extrait des mines des États-Unis pendant quinze ans, et trois fois plus que ce qui est sorti de notre monnaie américaine dans le cours de la même année.

■ D'après les derniers renseignements que j'ai pris, la Californie doit avoir exporté, du mois de juillet au mois de septembre, pour cinq cent mille dollars d'or, qui sera fi-appé dans les monnaies étrangères. Le même fait se renouvellera chaque année, à moins que le gouvernement ne prenne des mesures immédiates pour établir une monnaie en Californie. Du cap Horn au détroit de PngeL, l'argent des États-Unis est, pour ainsi dire, inconnu. Le défaut d'ateliers de fabrication fait que le peuple a ici des amas de poudre et de globules d'or qu'il ne peut vendre sans y perdre beaucoup, et qu'il est cependant obligé de vendre pour pourvoir à ses besoins. Les intérêts des États- Unis, aussi bien que ceux de la Californie, exigent

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