PRÉFACE
sionnaires catholiques, ces premiers pionniers de ]a civilisalion moderne, ces courageux apôtres dont on retrouve les traces bienfaisantes dans toutes les régions sauvages, la Californie était oubliée de l'Europe, négligée par les descendants du superbe Charles -Quint; et lorsqu'en 1846 les Américains prirent possession de la haute Californie, ils n'y entrevoyaient peut-être pas un plus grand avantage que de loucher par là à un autre côté de l'Océan.
Soudain un cri s'élève de la rive du Sacramenlo: une nouvelle , qu'en ces temps de religion pécuuîaire on appelle aussi la bonne nouvelle, se répand de vallée en vallée, de plage en plage, fait tressaillir dans un comptoir le banquier de Boston, l'armateur de New- York, et surprend l'Europe au milieu de ses bouleversements. Dans ces ruisseaux de la haute Californie, dont on connaît à peine le nom, dans ces ravins déserts, on a trouvé de l'or. Ce n'est point une illusion. Ce n'est point un trompeur mirage qui fascine les regards avides. C'est de l'or pur qui brille en paillettes à la surface d'un sable noir, de l'or en pépites dans le fond des torrents desséchés, de l'or à pleines mains, de l'or partout. La merveilleuse fable de l'Eldorado, qui occupa tant l'imagination du moyen âge, est réalisée; chaque petit filet d'eau de la haute (^lifornie est un Pactole, chaque canadas ou ravin obscur est une mine abondante.
Depuis le jour de celte découverte, on sait ce qui est arrivé. La Californie, naguère encore si oubliée, est devenue l'objet de l'attention universelle. Son nom éclate chaque jour en grosses lettres sur tontes les murailles des grandes villes, en léle de prospectus
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pompeux , de promesses éblouissantes. Son nom vu conduire au delù des mers une armée de nouveaux Argonautes; son nom est si puissant qu'il stillit de le prononcer pour faire trêve aux orages de la politique. La chevaleresque, la majestueuse, la savanle Burope, emportée par le tourbillon révolutionnaire liors de su noble route, n'a plus que deux pensées pour occuper sa mâle vertu : les théories du socialisme et les mines d'or de la Californie. Ah! mes amis, quand nous relirons dans la Bible le cbapilre qui raconte de quelle façon les Israélites se prosternaient devant le veau d'or, ne nous raillons pas de cette adoration de la matière, car elle ne fut ni st ardente ni de si longue durée que la nôtre. Au retour de Moïse, les Israélites gémirent de leur égarement , et nous , quand verronsnous redescendre du Sinaï notre Moïse avec les tables de la loi?
Si obscure qu'elle soit restée, dès le jour où Cabrillo )a découvrit, la Californie ne peut cependant pas être classée au nombre des régions inexplorées. A diverses époques, elle a été visitée par des voyageurs qui se sont plu à reconnaître les avantages dont la nature l'avait douée. Vancouver, lu Pérouse, Beechey, Langsdorff, Forbes, Dupetit-Thouars nous ont donné sur cette lointaine région plus d'une notion intéressante. Le père Venegas a écrit sur les deux Californies un ouvrage Irès-volumineux '. Le père Palon a publié, en 1787, l'histoire des missions californiennes. Il n'est pas un de ces écrivains dont les récils n'eussent diî attirer les regards vers cette riante lisière du continent américain.
' Ifaticia de ta Califomia. Nailrld, 1757. 3 vol. in-i-.
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