‹ Voyage en CalifornieChapitre 8 sur 26 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

n^parl «le Nouveiie-Delvélie. -^ La rivière de CoscumnC' — '-3 rivière de Mickelemes. — Le San Joaqiiln. — Les marais. — Les chevaux sauvages. — Vignes et i>estiaux de Californie.

— Une senora californienne. - Huîtres fossiles. - S(|uelelle d'une baleine sur unehaiile montagne.- mission de San José.

— Les colporteurs.— Jardins et vergers.— Magasins.

Le 15 septembre 1846, à trois heures après-midi, nous partîmes de Nouvelle-Helvétie ' pour San Franvisco. Notre caravane se composait du colonel Russell, de M. Matkec de Monterey, d'un voyageur, M. Pickelt, qui venait de l'Orégon, et d'un domestique indien. Après avoir marché jusqu'au coucher du soleil dans une plaine plaie, couverle d'un verl gazon, nous allâmes camper au bord d'un lac, près de la rivière de Cosçumne, un des affluents du Sacramento.

' £lalilissenieni fond^ par un colon suisse, H. le colonel Suller, qui obtint du gouvernement mexicain une concession de terrain de trente lieues carrées. C'est là gn'on a trouvé les plus larges mines d'or, un trouvera de plus longs détails sur cet étahlîssement dans la notice que nous publions à la suite de l'itinéraire de H. Hryanl.

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2b VOYAGE EN CALIFORNIE.

Cetle petite rivière arrose ud so) fécond. Nous Irouvânies là le rancho, ou habitation de M. Murpliy, qui est venu il y a deux ans s'établir en Californie avec sa femme et plusieurs enfants. Dans l'espace de seize mois, il s'est construit une maison confortable avec toutes ses dépendances. Il nous Gt voir sa moisson qui était fort belle, et nous donna autant de lait et de beurre frais que nous en désirions. Distance: dixhuit milles.

14 septembre. — A un mille de notre campement, nous traversons la Cosçumne et nous entrons dans une plaine couverte d'un magnifique gazon, ombragée par des chênes verts. A trois heures, nous traversons la Mickelemes, autre aSluent du Sacramento, et nous campons sur sa rive, au milieu d'un beau massif de chênes. La Mickelemes est beaucoup plus large que la Cosçumne. Le sol quITenvironne paraît très-ferlile; les collines sont aussi couvertes d'une herbe épaisse, mais déjà Sétrie par l'automne. Noos passons à travers de larges champs de folle avoine, dont les tiges ont de trois à cinq pieds de hauteur.

Notre domestique indien a feint d'être malade pour nous quitter. Dès qu'il a eu son congé, il a déjeuné gaiement, est monté à cheval et s'est enfui du côlédu fort. Nous t'avons remplacé dans l'après-midi par un matelot anglais, nommé Jack, qui veut se rendre à Monterey et qui s'engage à nous servir de cuisinier et de palefrenier pendant le reste du voyage.

Une quantité de fleurs d'automne, d'un jaune brillant, parsèment les bords charmants de la rivière. Distance : vingt-cinq milles.

15 septembre. — Nos chevaux, effrayés pendant la

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nuit par les ours, ont pris la fuite. Nous avons couru à leur poursuite jusqu'à dix heures. Nous continuons à nous avancer à travers une plaine couverte de gazon, de Toile avoine et de fleurs éclatantes. De larges espaces de (eri-ain sont là évideramenl inondés chaque année. Notre domestique est resté en arrière, et nous l'avons perdu de vue. Dans l'après-midi, nous apercevons des troupeaux considérables de daims et d'antilopes. Le gibier de toute sorte abonde dans celteriche vallée. Nous campons sur les bords du San loaquio ; nous allumons un grand feu et nous lirons des coups de pistolet pour donner un signal à notre domestique, mais il ne paraît pas.

16 septembre. — Jack est arrivé, traînant api-ès lui son cheval fatigué. Il avait bivaqué dans la plaine, et de peur que son cheval ne lui échappât, il l'avait tenu par la bride toule la nuit.

LeguédeSan Joaquinest à environ quaranleà cinquante milles de son embouchure; il a à peu près cent mètres de largeur. Nos chevaux le franchirent sans grande difficulté, ayant de l'eau presque jusqu'au poititiil. La rivière est bordée de chênes et de petits saules. De l'autre côté, nous trouvons dans une vaste plaine un lac dont l'eau est tellement imprégnée d'alcali qu'on ne peut la boire. Dans celte plaine, on remarque à chaque pas les traces du cheval sauvage, de l'élan, du daim, de l'antilope. Le chasseur aurait là une belle occasion d'exercer son habileté.

Dans l'après-midi, nous traversons plusieurs élangs plantés de roseaux, et désignés sous le nom de tulares. A quelque distance on dirait des champs de blé mûr. Un mois plus tôt, nous n'aurions pu suivre celte

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route, mais à présent elle est assez sèche. Je sais convaincu qu'on pourrait faire de ces élangs de trèsbonnes rizières, et qu*on pourrait même y faire pousser la canne à sucre.

En poursuivant notre chemin, nous renconlrons de nombreux troupeaux de chevaux sauvages el d'élans qui paissent dans la vallée. Rien de plus beau à voir qu'une de ces légions de chevauxsauvages; tis sont divisés par bandes de deux à trois cents. A notre approche, ils s'avancent comme par curiosité pour voir qui nous sommes, puis s'enfuient avec la rapidité du vent. Bienl6l ils s'arrêtent, penchent leur cou avec grâce, nous observent quelques instants, puis s'éloignent de nouveau. Après avoir répélé plusieurs fois celte manœuvre, ils s'élancent au galop et disparaissent derrière les ondulations de la plaine.

Les élans étaient en plus grand nombre; il y en avait des troupeauxde deux mille au moins qui, avec leurs grandes cornes, présentaient un aspect trèspiltoresque. Nous en approchâmes à la dislance de cinquante mèlres sans qu'ils prissent l'alarme. Le bœuf en Californie est d'une si Iwnne qualité et à si bas prix qu'on néglige le gibier. Il en résulle que l'élao, le daim et même l'antilope sont quelque peu apprivoisés, et ne fuient devant le voyageur que lorsqu'il les approche de trop près.

Nous arrivâmes très-fatigués au rjncho de M. le docteur Marsh. Celte habitalion est dans une situalion ronianli ]ue, au pied d'une des montagnes les plus élevées de la cliaiiie qui sépare la vallée de San Joaquin delà plaine qui entoure la baie de San Francisco. On appelle celle monlagne le Diablo. Par un

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VOVAGE En CALIFORNIE. 29

temps clair on la voit d'une longue dislancc. La maison de M. Marsh se compose d'un seul éluge divisé en plusieurs appartements. Une table ou deux, i)uelques bancs el un lit en l'ormenl tout le mobilier- Telles sont les privations auxquelles doivent se résigner ceux quivieuneiitse fixer dansée pays. M. Marsli est un homme insiruit et lettré, qui de la Nouvelle' Angleterre vint se fixer ici, il y a sept ou huit ans. Il obtint une concession de terrain, et malgré les atluques des Indiens sauvages, qui lui ont souvent enlevé une partie de ses troupeaux, il est parvenu à assurer la durée de son établissement. Il compte dans son rancbo deux mille têtes de bétail, et chaque année il l'augmente.

J'ai remarqué près de la maison un potager rempli de divers légumes. Dans un autre enclos était une vaste vigne, dont le raisin est Je plus délicat el le plus savoureux que j'aie jamais goûté. Ce raisin, d'oiiginc étrangère, a été introduit dans le pays par les religieux ; le sol et le climat de la Calil'ornie l'ont probablement amélioré. Il y a des grappes qui ont huit à dix pouces de longueur et qui pèsent plusieurs livres. Le grain, d'une moyenne grosseur, est d'un pourpre foncé; la peau en est minée et se fond dans la bouche. Celte vigne, récemment plantée, a déjà donné plusieurs tonnes de vin. Je bus là pour la première fois de Vaguardienle, eau-de-vie faite avec le raisin de Californie. Son goât u'esl pas désagréable; je ne doute pas que le temps ne la rende aussi bonne que les eaux-de-vie de France.

M. Marsh me dit que ses terres avaient reodii, même sans irrigation, cent fois leur semence. Ce

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chiffre parait iDcroyable; mais celle fécondilé, el une fécondité plus grande encore, esl allestée par les hommes les plus véridiques.

Au mois de juillet, deuic ou trois cenis colons de l'Amérique du nord, hommes, femmes, enfants, sont venus dans ce district chercher une terre où ils veulent s'établir. Ils étaient conduits par le capituine GranI, qui a traversé huit fois les montagnes ïtocheiises, elquidans diverses expéditions de chasse a exploré toute la région située enlre les Ëtals-Unis el l'océan Pacifique.

La maison de H. Mursli étunl complètement occupée, nous avons couché dans un hangar où étaient suspendus des quartiers de bœuf si appétissants qu'un épicurien se fût réjoui de les voir. Le bétail à cornes de la Californie est le plus puissant et le plus beau que j'aie vu nulle part. On n'en voit point un si gros dans les Etats-Unis. Il reste, de même que les chevaux, toute Tannce au pâturage, où des herbes de différentes natures et Irès-nutrilives engraissent les bœufs, rorliiient les chevaux, qui sont ici remarquables par leurs proportions symétriques et leur vigueur.

17 septembre. — La température du matin est à cette saison et dans ce pays extrêmement agréable. Après notre déjeuner, qui se compose de pain chaud fait avec de la farine non binlée, de bœuf bouilli, assaisonné de poivre rouge {ckile Colorado), de frijoUi (fèves brunes) et de café, nous montons avec M. Marsh au sommet d'une colline d*où l'on jouit d'une lai^e et belle vue. 1^ vallon et les coteaux sont couverts de chênes verts, ceux-ci isolés, ceux-là réunis en mas-

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sifs épais. Sur l«s hauteurs el dans les gurgus des monlagnes, )e cèdre, le pin, le sapin élèvent leurs tiges majestueuses à dix milles de dislanue; le San Joaquîn apparaît entouré d'une foiét de chênes, de sycomores et de divers arbustes. La plaine est parsemée de troupeaux, les uns broutant l'herbe touffue, lesautrescoiichésà Tombre des arbres. Le tout forme un délicieux paysage.

A trois heures après midi, nous quittons M. Marsh, et nous arrivons le soir à la demeure de H. Robert Liverraore, qui nous awuellle amicalement et nous conduit dans la principale pièce de sa maison, composée de plusieurs petits bâtiments élevés à diverses époques. Nous trouvons là des chaises, el pour la première fois depuis que je suis en Californie, une armoire ^rnie de verres el de porcelaines de Chine. On nous apporte de l'aguardienle, du sucre, de l'eau fraîche dont nous formons une liqueur qui bient6l nous ravive. Les murailles sont ornées d'une quanlîlé de gravures coloriées en vert, en bleu, en rouge, el représentant la Vierge et plusieurs saints. Ces images sont en grande vénération parmi les catholiques du pays. A l'extrémité de la chambre apparaissent deux lits avec des couvertures blanches et des oreillers. Depuis plusieurs mois, je n'avais rien vu de semblable.

La table placée devant nous est couverte d'une nappe sans tache ; on y pose le boeuf bouilli avec le chile Colorado, les frijoles, puis des gâteaux, puis d'excellentes tasses de Ihé. Il y a longtemps que nous n'avions joui d'un pareil bten-filre.

M. Livermore est établi depuis une Irenlaine d'an-

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uées en Calirornie; il a fuît un ricbe muriage eL possède un lui-ge el ferlitc domaine. Un arroifo, ou ruisseau alinienlé par diflerenles soui-ces, traverse son rancliu, el pouirail, au muyen de quelques travaux, arroser mille un deux mille acres de terrain. Pour la production du maïs, des pommes de terre, des légumes, l'irrigation est nécessaire; mais pour la culture du blé, on peut s'en dispenser. M. Livermoie compte dans son rancho trois mille cinq cents têtes de bétail. Pendant les derniers troubles du pays, la plupart de ses cbevaux lui ont été enlevés par les Indiens. 11 a dans son corral plusieurs centaines de gros moutons dont la cliaii' est excellente, mais la laine mauvaise; on l'emploie cependant aux seuls ouvrages de manufactures qui se fassent dans ce pays. On en fait des serape» el de grossiers manteaux. Les poEOS sont ici d'une qualité parfaite ; mats le bœuf est en si grande quantité, que les Californiens se soucient peu de ces animaux qui, ailleurs, sont une si grande ressource.

M"" Livermore est la première Ilispano-Américaino que j'aie vue ilepuîs mon arrivée dans ce pays. Elle portail une robe de chambre blanche, pégllgcniment nouée à la ceinture, et n'avait d'autres ornements que quelques bugues. Dès noire entrée chez elle, nous fûmes frappés de l'éclat de ses yeux el de ses cheveux noirs, de la grUce, de l'aisance naturelles de ses ma- Dières, de la vivai^ité de mouvement et de langage qui caractérise les femmes espagnoles. Ses enfants étaient très-beaux et annonçaient un& remarquable ÎDleltigence. Un d'eux m'olfril un petit panier fait avec une espèce d'herbe et orné de diverses plumes

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d'une couleur brilbnte. Celait un joli éclianlillon de l'adresse des Indiens.

A dix heures du soir, nous jouîmes, pour la première fois depuis quatre mois, du plaisir de reposer dans HD bon lit, garni de matelas, de draps blancs et d'oreillers. Ce plaisir était cependant troublé par l'idée que les maîtres de la maison , pour nous abandonner leur couche, avaient dû se réfugier au dehors de leur demeure dans la p'tasza.

18 septembre. — Ce malin , un a amené , pour le tuer, un bœur devant la maison. Voici comment on procède à cette œuvre fréquente : un vaquera à cheval, muni d'un lasso, se rend au p&turage; dès qu'il a choisi l'animal qu'il veut prendre, il lui lance sur les cornes son lasso adaclic au pommeau de la selle. Pendant que le bœuf se débat violemment pour recouvrer sa liberté, le vnquero s'occupe seulement de faire tourner son cheval de façon à le préserver dos atteintes de l'animal Furieux. Après sa lutte inutile, le bœuf se résigne à se laisser conduire au lieu de l'exécution. Le vaquero lui lie alors les jambes avec son lasso cl le renverse par lerre, puis il lui plonge dans la gorge le large couteau qui ne le quitte jamais. En un instant l'animal expire; en un instant son corps est dépecé; sa chair rôtie ou bouillie. Preniiic des bœufs avec le lasso et les égorger, est un des exercices favoris des Californiens, un exercice qu'ils accomplissent avec une admirable dexlérilé. Autour de chaque habitation , il y a une quantité d'ossements qui prouvent assez quel massacre de quadrupèdes on fait là, et quelle quantité de viande on consomme.

H. IJvermore me fit voir une charretée d'huit resfos-

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siles dont il voulaïl faire de la chaux. Quelques-unes de ces coquilles avaient huîl pouces de longueur el une largeur el une épuisseur en proportion. On les lî- • ruit d'une colline qui en est remplie. H. Liverniore me montra aussi des os de baleine découverts sur la cime d*une montagne à plus de mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Comment ce monstre aquatique se trouvait-il à une telle élévation : c'est ce que je laisse aux géologues à expliquer.

A neuf heures du matin, nous quittons H. Livermore, et nous marchons le long d'une plaine où paissent de nombreux troupeaux, qui, à notre approche, s'enfuient comme des cerfs et dus élans. Nous gravissons ensuite des collines couvertes jusqu'à leur sommet de folle avoine et d'une espèce de gazon qui reste vert toute l'année. Des troupeaux répandus sur ces collines paissaient à plaisir une herbe abondante. Des ruisseaux murmuraient dans les ravins, bordés de chênes verts et de différents arbustes. Un de ces ravins ressemble à un chemin pavé. Un peu plus loin est un pont gracieusement construit. Ce sont les premiers indices d'un travail de voie publique que j'aie remarqués dans ce pays. Du haut des collines, nous distinguons le cûlé droit de la baie de Saint-François, au delii d'une plaine fertile de dix à douze milles d'étendue, qui s'incline graduellement vers la mer.

Un étroit sentier nous conduit à la mission de Saint- Joseph , à travers des lignes de cabanes habitées autrefois par des milliers d'Indiens actifs, et maintenant désertes el tombant en ruine. En face de ces demeures abandonnées , s'élèvenl l'église el les deux grands édifices occupés par les religieux au temps où cet

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établissemenl était en pleine prospérité. Toutes les portes et les fenêtres étalent Terniées. Nous trouvâmes, en descendant de nos mules, deux Français en costume de matelot, qui étalaient une cargaison de chemises grossières, de bus, de pantalons, d'auti'es menus articles et d'eau-de-vie. C'étaient des marchands ambulants qui attendaient là les pratiques du voisinage.

Comme nous étions déterminés à passer la nuit en ce lieu, nous demandâmes à ces Français s'ils pourraient nous indiquer une famille qui nous donnerait à souper. Ils nous désignèrent , sur la place, une maison où nous nous dirigeâmes aussitôt. La maîtresse du logis, fort laid et fort sale échantillon du beau sexe, était sur la porte et nous fît entrer dans nne chambre, où, d'un côté, nous voyions un amas de peaux brutes, et, de l'autre, un monceau de blé. Le mobilier se composait de deux chaises dont l'une, plus haute que l'aulre, semblait destinée à servir de table. Nous dîmes à la vénérable matrone que nous désirions trouver à manger et à coucher chez elle. Enta bueno, ienores, nous répondit-elle; esta bueno. Et elle nous quitta pour entrer dans sa.cuisine qui était d'une saleté révoltante. Quelques instants après, notre industrieuse hôtesse nous apporta du bœuf assaisonné de cbile Colorado , un plat de tortillas et du café. FMe ne pouvait nous donner ni couteaux, ni fourchettes, ni cuillers, et elle nous pria de l'excuser, disant qu'elle était muy pobre (très- pauvre). Mais nous avions déjà assez appris, dans d'autres occasions, à remplacer la fourchette par nos doigts.

A cette mission appartiennent deux jardins entou-

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rés d'une haute cI6lure, piaules d'arbres à fruits et de ceps de vigne. Uu d'eux renferme environ six cents poiriers, et une quantité de pommiers et de pêchers qui étaient chargés de fruits. Les poires sont excellentes, les pèches et les pommes n'ouL qu'une saveur médiocre. Ces jardins sont arrosés par des sources qui descendent des collines voisines. De nombreux aqueducs répandaient autrefois cette eau à travers les vastes domaines de la mission. A présent la (erre est inculte, et les aqueducs iï sec.

Les constructions de la mission couvrent cinquante acres de terrain ; les cabanes , jadis occupées par les familles indiennes, sont des carrés massifs à un seul étage, divisés en deux chambres , l'une qui fait face à lu rue, l'autre qui s'ouvre sur une cour. Les principaux édifices oui deux étages, de larges corridors et d'épaisses murailles. Si cependant on n'entretient pas leurs toits et leurs plafonds, ils tomberont bient&i en ruine. Nous entrâmes dans de vastes magasins, dans des appartements où gisent maintenant les inutiles machines employées autrefois à la fabrication des étoffes de laine. A chaque pas, la salelé et lu dévaslation à la place des agréments de la vie active. Les larges dimensions des greniers attestaient l'étonnante fertilité du sol, à l'époque où ce sol était cultivé sous la direction des religieux. Nous vîmes aussi la prison parlagée en deux pièces, l'une avec une petite ouverture dans la muraille, l'autre couiplétement privée d'air et de lumière; les instruments dont on se servait pour châtier les coupables étaient encore dans cette prison. Je demandai à voir l'église, mais elle éfail fermée et personne ne savait où se trouvait

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la clef; il me parut qu'elle avait cent à ceot viogl pieds de longueur, et trente ù quarante de largeur.

En revenant de notre promenade, nous trouvâmes, près de notre hôtesse, une vieille femme qu'elle appelait sa mère, et quelques Indiennes portant le plus léger costume, mais leurs corps couverts de poussière présentaient un aspect fort peu agréable.

Après le souper, notre liàtesse nous annonça que son mari absent devait revenir dans la nuit, et qu'il serait très-mécontent de tiouver des étrangers dans sa demeure; pour prévenir cet inconvénient, elle avait fait transporter nos bagages dans des chambres désertes à l'autre extrémité de la place. Ces chambres, dont l'odeur infecte nous saisit au moment où nous en franchissions le seuil, avaient servi d'écuries à toutes sortes d'animaux; nous les nettoyâmes de notre mieux et nous nous couchâmes à l'endroit le plus propre. Distance : dix-huit milles.

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