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Armée d'insecte». — Départ de la mission. — Une famiile en ïoyage. — Piieblode San José- — Vallée de Pueblo. — Arcliilectiire californienne. — Fruits des tropiques. — Salles de jeu. — Mission de Santa Clara. — Effet d'jn mauvais gouTernement. — Bienveillancï des feaKqes californiennes. — Mission de Saa Francisco. — Ville de San Francisco. — Muchachos el muchachas. — Commerce de Californie. — Extorsions du gouvernement.
19 septembre. — Plusieurs Californiens sont arrivés cette nuit et ce matin à la mission , entre autres le mari de notie hôlesse, qui s'est montré très-cordial envei's nous.
Pendant que Jack selle et charge les mules, une douzaine d'individus se pressent autour de nous, demandant à échanger leurs chevaux contre des vêlements. Quelques-uus en ont réellement grand besoin, mais nous ne pouvions nous dépouiller des n&tres. Leur persistance finit par devenir assez importune; d'ailleurs je n'étais pas de bonne humeur, car les
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puces, les punaises et autres abominables insectes m'avaient privé de sommeil toute la nuit. Ces missions ea ruine enfantent des légions de vermine terrible; une fois qu'elles ont pénétré dans le lit, dans les habits de leur victime, elles ne capitulent plus. Le sang ou la mort, telle est leur devise; et il faut leur faire une guerre d'extermination.
Si pauvre que fût notre hôtesse, elle refusait d'accepter le prix de son hospitalité; nous l'obligeâmes cependant à recevoir un dollar de chacun de nous, et elle nous serra cordialement la main en nous disant é Dios d'un ton alfei;tiieux.
De la mission de Sun José au pueblo du même nom, il y a quinze milles de distance; une plaine extrêmement fertile, qui produit une quantité de plantes parmi lesquelles je remarque diverses espèces de trèfle et de moutarde, dont les tiges ont de six à dix pieds de hauteur. Cette plaine est arrosée par des arroyos bordés d'arbres, surtout de chênes verts.
Nous rencontrons, chemin faisant, une carretla ou charrette de voyage pleine de femmes et d'enfants. Cette carretta est l'un des plus rudes véhicules que j'aie jamais vus. Les roues, qui ont deux pieds et demi de diamètre, sont formées de poutrelles transversales et réunies l'une à l'autre par un essieu. Sur cet essieu s'élève une grossière charpente de six à huit pieds de hauteur, et de quatre à cinq de largeur. Quand celte charpente est garnie de peaux brûles, la voiture est complète. On y attelle deux paires de bœufs conduits par un vaquero à cheval. Derrière cet équipage, venaient deux brillants cabatleroi portant le large sombrero, le terape aux couleurs éclatantes, la culotte
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blanche, les guélres, les soaliers en cuir non lanné, et d 'énormes éperons.
i/équipage s'arrêta en nous rencontpanl. Ijes hommes Atèrent leurs lourds sombreros et nous serrèrent la main en nous adressant le salut du malin : buenos dias, tenores. Les femmes qui se trouvaient dans h) voilure répétèrent le même salul. Ces Temmes n'avaient pas t'élégant aspect des cavaliers; leur peau élatt brune, ridée, et leurs vélemenls façonnés avec des étoffes très-communes. Mais les enfants étaient trèsbeaux; tous se tenaient assis à la turque dans l'inlérieur de la carrelta, qui n'a point de sièges.
Nous arrivâmes vers midi au pueblo de San José. Comme il n'y a point d'bdtels en Californie, nous étions fort embarrassés de trouver un logement. Par bonheur, le capitaine Fisber, natif du Hassachusets, qui est établi dans le pays depuis une vingtaine d'années, nous invita à demeurer chez lui et nous fit servir un escellent dînei- avec diverses sorles de vins de la Californie, et d'autres liqueurs. Grâce à son accQeil hospitalier et a celui de sou aimable femme, nous nous trouvâmes là comme dans notre famille.
Le pueblo de San José renferme sept à huit cents habitants. Il est situé dans la vallée de Pueblo, ù quinze milles au sud de la baie de San Francisco. Par une crique navigable, les navires d'un tonnage considérable peuvent s'avancer jusqu'à cinq à six milles de .la ville. A certaines époques de l'année, la plaine fertile qui s'étend entre le pueblo et l'embarcadère est parfois inondée. La vallée de Pueblo, qui a de quatre-vingts à cent milles de longueur el de dix à vingt de largeur, arrosée par le Rio Santa Clara et
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par plusieurs ruisseaux, est l'une des plaines les plus fertiles , les plus pilloresques de la Californie. Je ne connais rien nu-dessus de la fécondité de son sol, de la variété de ses productions, du charme de ses points de vue et de son climat. Si elle éiait bien cultivée, elle produirait assez de grain pour nourrir des milliers d'hommes. Les maisons du pueblo, à peu d'exceptions près, sont fort mai construites, et s'élèvent çà et là sans ordre. L'église, placée au cenlie du village, ressemble ik une grange hollandaise.
Des aqueducs répandenl l'eau du Santa Clara dans tous les quartiers de la ville. Sur les places sautillent des centaines, des milliers d'écureuils qui ont leur gile dans le sol. Ils sont d'une couleur brune el de la grosseur à peu près de l'écureuil gris ordinaire, ils sortent sans crainte de leurs étroits souterrains et courent librement en plein air.
La population de San José se compose principalement de propriétaires indigènes. Leurs ranchos sont dans la vallée, leur demeure et leur jardin dans la ville. Nous visitâmes dans l'apiès-mtdi un de ces jardins rempli de pommiers, de poiriers, de figuiers, d'orangers, de grappes de vigne énormes et délicieuses , et de divers autres arbres à fruit. De là nous allâmes voir un moulin à blé consiruit par un Français qui en relire un bénéfice considérable.
Le pueblo de San José est l'un des plus anciensétablîssements de la haute Californie. M. Fisher nous montra une maison construite en adobes ' , il y a quatre-vingts on cent ans, et qui est encore dans un exceU
■ BriiiueH en terre, ciiiles an soleil.
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lenl étal. U y a ici une garnison composée de niat'ins des ËtalS'Uiiis, et de volonluires enrôlés prniî les colons américains. Celle troupe est sous les ordres du capitaine Montgomery, commandant d'un sloop de guerre des Étals-Unis.
Dans la soirée, je visitai quelques cabarets où des hommes et des femmes jouaient ensemble aux caries. Le jeu est, en Calirornie, un vice général. Les deux sexes s'y livrent avec ardeur. Ceux auxquels j'ai assisté étaient cependant assez paisibles et convenables, du côté des Californiens. Les cris et les jurements ne venaient que des étrangers. Les premiers supportaient leurs pertes avec une stoïque résignation; les autres s'emportaient et exhalaient leiir colère en malédictions.
âO septembre. — Matinée froide et nuageuse. Mais vers neuf heures, le soleil dissipe les nuages, et le ciel reparait sans taclie. Nous partons à onze heures pour San Francisco, qui est à soixante milles de San José. A cheval, les Calirorniens font ce trajet en six ou sept heures.
A deux milles et demi du pueblo, est la mission de Santa Clara. Une large alamcda, bordée d'ormes et do saules plantés par les religieux, s'étend à une longue distance, et forme une belle promenade pour les cavaliers et les piétons. Le but des religieux, en traçant celle avenue, était de garantir du soleil les gens qui, du pueblo, venaient à la messe £i l'église de la mission.
Cette mission n'est pas si étendue que celle de San José, mais ses conslruclions sont, en général, en meilleur état. L'église étant ouverte, nous y entrâ-
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mes, et nous y vîmes des murailles converles de grossières gravures et de grossiers tableaux. I^ chaire était revêtue d'une quantité d'images et d'oinements symboliques. De toutes parts, du papier doré et du clinquant disposés d'une façon barbare, mais qui, lorsque l'église est éclairée, doiveni produire ud bril- . tant effet.
Le riche terroir qui environne la mission est entiè' rement négligé. Je n'ai vu d'autres traces de culture que dans un enclos qui renfermait ditTérenles plantes et différents arbres des régions tempérées et des régions tropicales. Mais ces plantes dépérissaient faute de soins. La décadence d'un établissement, jadis si prospère, au sein d'une contrée si belle el si féconde, est un ti-isie spectacle pour le voyageur, et un grave sujet de blâme pour le gouvernement.
Nous marchons pendant plusieurs heures dans une plaine parsemée de chênes verts , couverte d'herbe , de folle avoine, de moutarde. En quelques endroits , cette d^mtère plante s'élève en touffes si serrées que nos chevaux peuvent à peine y pénétrer. Une quantité d'oiseaux voltigent d'arbre en arbre, en poussant des cris harmonieux. Des daims à la queue noire passent fréquemment piès de nous. Mous nous arrêtons près d'une cabane pour faire reposer nos chevaux et prendre quelque nourriture. Le capitaine FÎHlier avait eu la délicate attention de nous mettre dans un sac du pain, du fromage, du bœuf l'ôli et une Gole d'eaude-vie. Dans la cabane, qui était très-propre, nous trouvâmes unejenne femme toute seule et fort agréable. Avec l'aisance et lu grâce caractéristiques des femmes espagnoles , elle nous adressa le sabil de ce
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moment de la journée : Buenas lardes, senores caballeros. Nous lui demundâmcs de l'eau, qu'elle nous apport;! aussjlôl dans un vase en lerre; puis, élalant nos provisions sur la table, nous l'invilâmcs à les parla)i;er avec nous, ce qu'elle lit sans hésiter, avec une aimable confiani^e et en nous remerciant de nuire politesse. Il n'y a pas de femmes qui doivent laut à la nature et si peti à l'art et à l'éducation que les Espagnoles américaines des côtes de l'océan Pacifique. Dans leur atlilude envers les étrangers, elles ont une dignité de reine; avec leur costume, elles ressemblent à des paysannes. Elles ne sont cependant pas belles, mais l'irrégularité de leurs Irails est assez compensée par les grâces et la vivacité de leurs manières, par l'expression de leurs yeux noirs.
Pendant que nous faisions notre collation avec notre aimable hôtesse, une cavalcade entra dans le corral avec deux vaqueros. Les voyageurs auxquels elle apparlenail ayant bien voulu nous donner des chevaux frais, nous partîmes avec eux pour San Francisco, Nous dirons en passant comment on voyage à cheval en Californie. Celui qui a un trajet de cent milles à faire, et qui désire l'accomplir en un jour, doit prendre dix chevaux et un vaquero. Le vaquero chasse huil de ces chevaux devant lui. Au bout de vingt milles, les voyageurs et le vaquero quittent les chevaux qu'ils ont montés, en prennenl deux de ceux qui n'étaient ni chargés ni bridés, et reparlent au grand galop. Si un do ces chevaux ne peut suivre celle course rapide, on le laisse sur la route. Le propriétaire lui imprime des marques sur le corps et le reprend sans difficulté si cel animal a quelque valeur.
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Hais en Californie on ne s'inquiète pas de faire dix à douze railles à l'heure ni de la perle d'un clievat, !l va tant qu'il peut aller, et lorsqu'il est épuisé de fatigue, on le remplace par un autre.
Nous changeons de chevaux dans un rancho, et, au coucher du soleil, nous atteignons la mission de San Francisco Dolores, située à trois milles de la ville de San Francisco. Entre la mission et lu ville, la roule étant assez rude, nous nous déterminâmes à rester là jusqu'au lendemain; mais la dillicullé était de nous procurer un gîte. Après plusieurs tentatives inutiles, nous trouvâmes enfin un pauvre vieux Californien qui tiabitail une petite maison dans un des quartiers en ruine autrefois occupés par les Indiens. Tout ce qu'il avuit, nous dit-il , était à notre disposition , et je n'ai jamais f;irl un plus misérable souper; mais ce méchant repas était à mes yeux emhelli par la naïve bonté de notre hôle. Un verre d'eau offert cordialement au voyageur n'est-il pas préférable à une coupe de vin servie à regret ?Nous voulions coucher dans nos manteaux; les i>auvres habitants de lu cabane ne voulurent jamais y consentir. Ils étendirent leurs propres gral>als par terre et nous prièrent tellement d'y reposer |>endantlanuit,quenousne pûmes nousyrefuser,
^t septembre. — Nous nous levons avec l'aurore par un temps clair mais froid, qui l'ail trembler nos chevaux. La mission de San Fiancisco est située à la limite septentrionale de la fertile plaine que nous avons traversée hier et au pied d'une chaîne de montagnes fort élevées. A deux milles d'ici est la bâte de San Francis<;o.
L'église et les autres bâtiments de la mission sont
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us&ez bien conservés ; mais les quartiers des Indiens ne son! plus que des décombres.
Quoique notre vénérable hôle, qui éluit un fervent ('atholique, nous considérât comme des païens, il nous donna en nous quiltaiiE sa bénédiction d'un Ion fort expressif. Nous traversons des collines sablonneuses, parsemées cependant de chênes verts, de buissons d'aubépine, de groseilliers et d'églantiei-s. Quelques heures après, nous arrivions à la demeure de M. Leidersdorff, dernier consul américain de San Francisco. La matinée était calme et riante; pas une ride n'appai'aissaît à la surface de la magnifique baie oiiplusdetrente navires baleiniers, marchands, élaient rangés autour du sloop de guerre américain le Portf mouih. De nombreuses embarcations donnaient en outre à ce port une apparence de vie et de cgmmerce qu'on chercherait en vain dans plusieurs des villes de la c6(e atlantique. La baie de San Francisco a environ douze milles de largeur ; il s'y trouve plusieurs lies qui ne présentent aucun indice de fertilité. En face de celte baie est une rangée de collines qui s'inclinent graduellement vers une pUiine féconde, appelée la Contra cotta.
Nous fûmes cordialement reçus par M. Leidersdorff, Danois de naissance, qui, après avoir rempli pendant quelques années les fonctions d'agent consulaire des États-Unis, a fondé ici une maison de commerce. Sa maison est la plus grande de la ville. Un nous introduisit dans une chambre parfaitement meublée où nous changeâmes de vêtements ; puis oh nous invita à nous rendre dans la salle à manger. Sur hi table était un copieux déjeuner composé de bœuf rôli el
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VOYAGE EN CALIKORNIE. 47
bouilli, d'oignons fiils, de pommes de lerre, de café. Nous étions servis par un jeune garçon {muchachito), el une jeune fille {muckachiia) de race indienne. Us n'avaient quitté que depuis peu de lemps leurs sauvages rancherias, et ils ne savaient presque rien encore de la vie civilisée. Nuire hôte, qui parle, je crois, toutes les langues vivantes clirélieunes et barbares, paraissait déterminé à faire leur éducation. Il les sermoanait tantôt dans leur propre idiome, tantôt en français, en espagnol, en portugais, en danois, en allemand, en anglais, selon son caprice philologique. Il me parut que les pauvres serviteurs indiens liraieul fort peu de proBt d'une telle science.
A ce déjeuner se trouvait le lieutenant du Portimoutk. M, Barllett, qui remplissait à San Francisco les fonctions d'alcade. 11 m'invita a aller voir son sloop, qui est un des meilleurs bâtiments de la marine militaire des États-Unis. Les officiers et les bommes de l'équipage assistaient sur le pont à l'office divin et écoulaienl avec attention la lecture d'un sermon faite par H. le commandant Monlgomery, membre de l'Église.
Dans l'après-midi, je gravis au sommet d'une colline d'oii l'on voit l'entrée des eaux de l'océan Pacifique dans la baie de San Francisco. L'eau est là assez profonde pour que les plus grands vaisseaux puissent y naviguer, et elle est si bien protégée de côté et d'autre contre les vents, que les naviies peuvent en tout temps y reposer en sûreté. Ce magnifique port est si vaste qu'il suffirait à contenir les flottes du monde entier.
La ville de San Francisco est située en face de la
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baie , à six milles de TOcéan. Le flux el te reflux de la marée suffisent pour porter un navire à un point d'ancrage, en regard de la ville, el pour le ramener en mer sans le secours du vent, et même malgré le vent contraire. Les navigateurs ne connaissent pas un port d'un accès plus facile ni plus sûr. La population sédentaire de la ville est d'environ deux cents âmes '. et se compose presque exclusivement d'étrangers. Il ne s'y trouve que deux ou trois familles indigènes. La population passagère se compose de la garnison, des marins, des équipages des navires marchands et baleiniers. Les maisons en charpente ne sont ni belles ni confortables; il en est ircs-peu qui aient une cheminée ou un foyer; les habitants ne font du feu que pour cuire leurs aliments. La position de San Francisco comme ville de commerce est sans aucun doute supérieure à tout autre port de l'océan Pacifique, et rien ne surpasse la fertilité, la beauté, la douceur de température de la région qui l'environne. Son sol peut produire tout ce qui est nécessaire aux besoins de l'homme el les plantes de luxe des tropiques. On y trouve en outre des sources d'eau minérale. Cette ville est certainement destinée à devenir l'une des plus giundes et des plus opulentes cités de commerce du monde; sous le gouvernement américain elle prendra un étonnant accroissement. Ses principaux marchands sont à présent HM. Leidcrsdorff, Grimes, Davis, Frank Ward. Ils font un Commerce considérable et très-lucratif avec l'intérieur du pays , les Iles Sand-
' Celait en 1S46. Une année après, cette poputaliun s'élevait à ilouze eenls âmes, el l'on construisait des maisons dans loules les directions.
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wich, rOrégon et la côle méridionale de Tocéan Pacifique. On tiie de l'Orégon de la farine, des saumons, du fromage; des îles Sandwich du sucre, du café el des fruits des tropiques conservés.
Jusque dans les dernières années, cependant, un peut dire qje la Californie n'a point eu de commerce dans la large acception de ce mot. Quelques maisons de Boston et de New-York ont en quelque sorte monopolisé tout le commerce de la' c6le. Elles y exportent diverses denrées par des navires qui s'en vont de port en port, et vendent en détail aux rancheros leur cargaison à des prix incroyables. Us débitent, pur exemple, de grossiers tissus de colon à un dollar (cinq francs) le mètre, et d'autres articles à un prix encore plus élevé. Ils reçoivent en payement de leurs marchandises des peaux et du suif. Les peaux sèches, qu'ils prennent à raison d'un dollar et demi, se revendent à Boston quatre et cinq dollars. Des négociants ont ainsi réalisé des fortunes considérables. La population californienne possède des ressources naturelles immenses; mais elle achète à un taux énorme les objets de luxe les plus oi-dinaires, et n'est que très-mal pourvue de ce qu'il y a de plus nécessaire. Toute espèce d'étoffe coAle cinq fois plus cher en Californie qu'à New- York ou à Boston , par l'échange des peaux à un dollar el demi pièce; de telle sorte que, pour se vêtir élégamment, un caballero est souvent obligé de sacrifier deux cents télés de son bétail. Pas un peuple n'est plus passionné pour la toilette, pas un peuple ne paye plus cher le plaisir de satisfaire à sa vanité, el pas un peuple n'esl plus dépourvu de ce qui entre dans les besoins de la vie civilisée.
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