TOT AGE EN CHINE
moius positif que depuis on est parvenu à introduire clandestinement dans les ports de ces provinces une quantité considérable d’opium. Ainsi, quand bien même on arrêterait le commerce de Canton, ce ne serait point un moyen de faire cesser la contrebande.
« Les officiers du gouvernement ont l’ordre de veiller sur les côtes ; mais ils font mollement leur service, et chaque jour la contrebande augmente. Les lois et les édits contre l’opium ont fourni à des fonctionnaires de rang inférieur l’occasion de réaliser des bénéfices criminels, en se laissant corrompre. Plus les prohibitions sont sévères, plus la corruption s’étend, et plus les contrebandiers deviennent ingénieux...
« La population de ce vaste empire s’est accrue d’année en année... Mais maintenant que la malheureuse hubitude de fumer l'opium se répand partout, la vie humaine se trouve abrégée, les moyens de subsistance des familles se perdent, et la richesse nationale s’en va. Il importe donc d’aviser à des remèdes contre le mal. Que la douane ne reste pas plus longtemps fermée à l’opium; que l'on ne maintienne pas des lois qui ne sont point obéies. Je propose d’obliger les marchands étrangers à payer un droit sur l’opium, à le délivrer aux lianistes comme article d’échange, et avec défense de le vendre contre de l’argent. L’exportation de ce métal devrait être sévèrement prohibée.
« Qu'on interdise à tout soldat, à toutemployé du gouvernement, de fumerde l’opium, etqueceluiquienfrein-
ABTICLtS d'iMFOBTÀTIOM.
dra celle défense soit puni sévèrement ; mois qu'on laisse les basses classes acheter, vendre, fumer selon leur fantaisie. Tous les hommes savent que d’autres vices que celui de s’adonner à l’opium ont des résultats non moins déplorables, et cependant ils s’y sont livrés de tout temps.
« Quand on échangera marchandise contre marchandise, le gouvernement ne sera plus en perte ; c’est la chose essentielle ; c’est ce qu’il faut exiger avec énergie, autrement ou s’exposerait à des maux sans remède....
Celui qui adresse ce mémoire à Votre Majesté impériale, la supplie humblement de vouloir bien soumettre la question qu’il vient de traiter à ses ministres, à Canton, afin qu’ils adressent à Votre Majesté un rapport sur ce sujet »
Ce mémoire fut réfuté d'une manière victorieuse par celui d’un autre membre du tribunal des rites, nommé .Tchou-Tsun.
a ... On a invoqué, y disait-il, en faveur de la libre entrée de l’opium les exemplesde corruption auxquels la prohibition de cette substance donne lieu, connue si toutes les lois n’étaient pas sujettes à être enfreintes. ^ celles-ci sont quelquefois sans effet, ce n'est assurément point un motif pour qu’on les abolisse, pas plus que pour nous une suffocation passagère n’est une raison de cesser de manger.'. .
« On propose de laisser entrer l’opium comme article d’échange, et de le soumettre à un droit, en défendant
VOTAGE EN CHINZ.
de le vendre autrement que contre marchandise, afin d 'empêcher la sortie de l’argent. Mais pouvons>nous, après avoir repoussé les contrebandiers de uos ports, leur ouvrir de nouveau ces ports, sans porter atteinte à la dignité du gouvernement?... Au surplus, s'il est en noire pouvoir d’empôcher la sortie de l’argent, pourquoi ne le serait-il pas aussi d’empécher l’entrée de l’opium ? Si nous y panenons, nous empêcherons à la fois deux maux au lieu d’un...
« ... L’effet pernicieux que l’opium exerce sur le peuple chinois est une considération des plus graves; car c’est le peuple qui est la base de l’empire. C’est la propriété qui fait la subsistance du |>euple ; mais quand clic vient à lui manquer on peut y suppléer, et un peuple ap()auvri peut voir son sort s'améliorer, tandis qu'il n’est aucun moyen de sauver une nation énervée par le luxe... En introduisant l’opium, les Anglais ont pour but d’affaiblir l’empire du centre. Si nous n’éprouvons pas le sentiment de notre danger, bientôt nous descendrons au dernier degré de notre ruine... En lisant avec respect les instructions sacrées du sage aïeul de Votre Majesté, du vertueux Kanghi, j’y trouve la remarque suivante : « Il est à craindre que, dans quelques cents ou mille ans, la Chine ne soit mise en péril par les diverses nations de l’Occident, qui y envoient leurs navires.... » Aujourd’hui , deux siïjcles seulement après cette prédiction, nous voyons comnieucer ce danger. (Quoique l’on ne puisse arrêter subitement le com-
ARTICLES d'importation.
merce, il importe néanmoins de bien considérer le pé* ril et de le conjurer. Il convient d'exercer la plus sévère surveillance sur les ports des divei'ses provinces, et d’inilifjer quelques punitions comme avertissement salutaire...
Depuis l’avénement de Votre Majesté, on s’est toujours souvenu d’une maxime de son illustre maison, qui dit que la cavalerie elles archei*s sont les fondements de son existence. Mais si le goût de l'opium se répand parmi les soldats, et que leurs bras deviennent tremblants, leurs jambes cbancelantes, comment pourrontils formerdes armées fortes et redoutables?...
« On propose d’interdire l’usage dé l’opium aux fonctionnaires, aux étudiants et aux militaires, en le permettant aux “gens du peuple... Mais les ofGciers , les écoliers, les soldats ne sortent-ils pas des rangs du peuple?... Qu'un corps d’année ait besoin de recrues, ne faudra-t-il pas les demanderai! peuple?...
«... En ce moment, sur toute la surface de l’empire, les esprits courent un danger imminent ; les plus faibles, séduits par de fausses doctrines, tombent dans de vaines superstitions dont ils ne peuvent se débarrasser; et les plus intelligents, troublés par l’usage de l’opium, sont emportés comme un tourbillon, et ne peuvent être rappelés à la raison. C’est en vain que j’ai cherché un remède contre ces maux. Cependant, si les lois de l’empire sont maintenues, les simples et lionnêles habitants des campagnes verront ce qu’ils ont à
TOTACE EN CHINE.
redouter, el seront détournés de mal faire ; les bonimes intelligeols et bien élevés apprendront à connaître ce qui est mal et s'eu abstiendront. Mais si on lève tout à coup les prohibitions, et qu'une action considérée naguère comme un crime par le gouvernement, cesse de l’étre, comment la foule ignorante pourra-t-ellecomprendrc que cette action soit encore mauvaise en elle-même?...*
« On fumera l’opium en plein jour et sans rougir, et l'on s'y accoutumera au point de le trouver aussi indispensable que la nourriture et la boisson. Quand la honte et la crainte auront disparu, les conséquences qui en résulteront pour la moralité, pourJJopinioiA publique, seront te^riblcs...M
Ce mémoire fut suivi de près d’un édit impérial qui interdisait de la manière la plus formelle le comraeroe de l’opium, et qui prescrivait des mesures sévères envers ceux qui s'y livreraient. 11 ordonnait aux marchands étrangers de renvoyer sans retard dans leur pays les navires chargés .de contrebande. C'était en <4837. Apartirde cette époque, les mémoires, les rapports, les édits contre l’opium, se succédèrent sans interruption, et les injonctions de Pékin devinrent de plus en plus pressanfesel menaçantes. Je ne reviendrai pas ici sur lesévénenieiitsqui lurenten quelque sorte le prélude de la guerre entre la Chine et la Grande-Bretagne, événements dont j’ai parlé dans le premier chapitre de ce volume.
La loi qui défend l'introduction de l’opium n’a pas été abolie, mais elle est traitée aujourd’hui <N)mme
ARTICLES d’ IMPORT ATÎO?I.
lettre morte. Les mandarins eux- mêmes prêtent la main à la fraude. Celui deChnsan, par exemple, expédiait, durant l’occupation britannique, de l’opium à son collègue de Ningpo, inoyennaut une remise de -10 piastres par caisse, que lui faisaient les contrebandiers. L’usage de ce narcotique n’est plus maintenant, en Chine, une affaire de luxe; c’est un besoin, une nécessité. Les plus pauvres cberchent à se procurer quelques résidus de ce poison adoré, afin d’oublier, pour quelques instants , leur triste condition au milieu de ses va' peure enivrantes. Depuis le mandarin à bouton rouge jusqu’au couli demi-nu, toutes les classes de la société chinoise fument aujourd’hui l’opium. On n’attend, diton, que la niortde Tao-Kouang pour légaliser un commerce contre lequel cet empereur s’est prononcé d’une façon trop formelle pour pouvoir revenir sur son vélo sans compromettre gravement, aux yeux du peuple chinois, son autorité déjà bien affaiblie. Ce prince, sollicité, en -1844, par quelques-uns de ses conseillers, à établir un droit sur l’importation de l’opium, leur fit, dit-on, cette noble réponse : « Je ne puis, il est vrai, empêcher l’introduction du poison subtil; des hommes avides et corrompus renverseraierit mes projets à cet égard pour satisfaire leur désir de gain et leur sensualité; mais rien ne pourra me déterminer à tirer un revenu du vice et de la misère de mon peuple. »
Moins scrupuleux que le gouvernement chinois , celui de Hong-Kong n’a pas craint de vendre aux en-
TOYÀGE EN CHINE.
chères le privilé{}e d’empoisonner ses administrés chinois, et d’ouvrir aux fumeurs d’opium vingt établissements publics où ils peuveut se livrer tranquillement à leur vice.
C«ton.
De tous les produits que la Chine emprunte a l’étranger, il n’en est certainement aucun, sauf l’opium, qui donne lieu à un commerce aussi suivi, aussi étendu, aussi considérable que le coton, soit à l’état de simple lainage, soit sous forme de tissu.
J’entrerai, par rapport à cet article, dans des détails d’autant plus grands, qu’il était pour moi le sujet d’une étude spéciale. Afin de suivre l’ordre naturel, je commencerai par m’occuper de la matière première , pour la suivre ensuite dans ses diverses transformations.
CotouM «M l»tne.
Dés le siècle dernier, la Compagnie des Indesanglaiscs expédiait d’assez fortes cargaisons de cotons ën laine sur le marché de Chine, et semblait, d’après
ARTICLES d’iMPORTATIO?«.
les documents de l’époque, se préoccuper vivement de 1 extension que ce commerce devait prendre par la suite, ainsi que de l’amélioration et du perfectionnement des cultures qui y donnaient lieu. On verra, par le tableau suivant, la marche ascendante qu’a suivie, pendant l’espace de -14 ans, l’importation des cotons en laine de l’Indc à Canton.
AnnA*.
f^iuntUèi en kllof^rtmoMt. (Valeur. Prit
an LilogrimnM'
16,428,825 fr.
fr. 40 c. \
Prix moyen dn
kilogr. peodant
les 7 premières années, f f. 36 c.
Prix moyen du
kilogr. pendant les 7 dernières
années, 1 f. t3c.
Je vais
indiquer,
en valeurs, la proportion dans la-
quelle chacune des présidences a contribué a ces importations pendant un certain nombre d’années; je regrette que les documents que je possède ne me permettent pas de donner les chiffres proportionnels pour toute la série.
VOViOE EN CHINE.
Exportations de cotons en laine de Calcutta pour la Chine.
Aonért. VeImn «n rottpt«»~»iccA tt «a finDc**
Soit au change de
Roop.-aicca.
3,038,642 2 fr. 78 c
Exportations de cotons en laine de Bombay pour la Chine.
Anoéet. Valcum en rouplos Bomh«r ft m fraoct.
Soit au change de
— ll.Roup. deBoob. 3,736,019
2 fr, 64 c.
8,543,090 fr. 16 c.