‹ Voyage en CriméeChapitre 10 sur 57 · PUISCES INDIGÈNES AU CAMP RUSSE · texte numérisé non relu

PUISCES INDIGÈNES AU CAMP RUSSE

Depuis qu'on a établi une école dans le fort de Naltchik à l'usage des en fans des indigènes, plusieurs chefs des peuplades voisines y envoient leurs en fa us pour leur faire apprendre ù lire , écrire et parler russe. Parmi ces en fan s, les Karatchaï et les Dougours se distinguent le plus, surtout les premiers , car il est juste de dire que les Karatchaï sont peut-être, de tous les habilans du Cavcase, les plus susceptibles de civilisation , parce qu'ils sont moins adonnés au pillage que leurs voisins les Tcherkesses et les Abazcs. D'ailleurs , ils possèdent un riche territoire, quoi qu'en dise M. Klaproth , qui n'a jamais pénétré plus loin que sur les lisières de leurs montagnes. S'il avait remonté, comme moi , les rives du Kouban vers sa source , il aurait vu et admiré ces belles collines bien boisées , ces plateaux très étendus et couverts d'une forte végétation , ces vallées arrosées de rivières et de ruisseaux sans nombre.

Le 10, de grand malin, le camp fut levé; on plia les

Kibitka (*), on les plaça sur le dos des chameaux, au nombre de six, qui nous suivaient , et au dernier roulement de tambour on se mit en marche. Nous passâmes au pied de la montagne Bermamùh, haute de huit mille pieds. Au bout de trois heures d'une marche assez pénible, nous allâmes camper sur le plateau appelé Zidachtou , de six à sept mille pieds d'élévation. Le défilé qui conduit vers ce plateau et celui de Kasza-Out peuvent être défendus par une poignée de monde contre des milliers d'ennemis. Le général en chef, pendant tout le temps de notre marche, fit choisir par le quartier-maître des plateaux où Ton put trouver de l'herbe , de l'eau et du bois à brûler.

A peine eut-on dressé nos kibitka , qu'une forte grêle vint nous surprendre ; elle fut suivie d'une abondante pluie qui rendait notre gîte très désagréable , étant obligé» de nous coucher sur l'herbe mouillée. Cet incident m'incommoda beaucoup , n'ayant pas de matelas ni aucune couverture. II est à remarquer que mes compagnons de voyage commencèrent à être incommodés d'une ophtalmie, et, dès la cinquième marche, ils avaient les lèvres gonflées etja peau du visage gercée et tachetée.

Le lendemain le temps se mit au beau , et notre marche devint plus aisée ; nos chevaux, fringans, foulaient l'herbe qui arrivait jusqu'à l'étrier et répandait autour de nous un> parfum suave, comme dans un jardin semé de fleurs odorifé rentes.

Pendant celte marche , Atakaï-Mansurow, prince tatare-

( l ) C'est une chose curieuse de voir avec quelle promptitude et quelle adresse les Kalmouks savent plier ou établir les kibitka, les replacer sur le dos des chameaux, qui , dociles à la voix du conducteur, se mettent à genoux et attendent patiemment qu'on les charge d'un fardeau assez lourd.

nogaï, nous joignit avec sa suite , afin de complimenter le général en chef, ou plutôt pour s'assurer du but de l'expédilion. Après une marche de vingt werstes, on établit notre camp sur un plateau appelé Kharbiz. Nous nous approchâmes insensiblement de Y Elbrouz, qui était ((ans ce moment enveloppé de nuages très épais. La pluie nous incommoda pendant quelque temp* et nous empêcha de faire une excursion aux environs de notre camp ; néanmoins le général en chef envoya l'officier minéralogue faire des recherches dans les montagnes voisines, et bientôt on apporta du plomb et du charbon fossile qui brûlait parfaitement.

Le 18 , notre camp fut transféré à 18 werstes en avant ; les tentes furent dressées sur un plateau couronné d'un petit bois, où nous trouvâmes de l'herbe d'une excellente qualité, et dans la vallée une source d'eau fraîche et de bon goût. MM. les naturalistes, en parcourant les environs, firent une ample moisson de mouches , de papillons rares , de fleurs cl de plantes de toute espèce.

Page 1