MISSION ÉC0S8AISE A KARAS
M. Peterso» , de la mission écossaise à Karas , me fut présenté par l'aide-de-camp dn général en chef. J'étais bien aise de connaître un homme qui, par son séjour au Cavcase depuis plusieurs aonées , pouvait me donner des renseignemens exacts sur les différens peuples qui habitent ces montagnes. M. Peterson ne fut pas moins coûtent de ■ pouvoir me parler dans sa langue maternelle ; il m'engagea à me rendre dans la colonie allemande dont il était l'un des pasteurs. Je m'empressai de répondre à son invitation , et dès le lendemain je me rendis à Karas en compagnie dudit aide-de-camp, qui Ct atteler deux chevaux à sondroski pour m'y conduire.
Karas est à six werstes des Bains-chauds ; sa situation est très agréable , il se trouve derrière le Machouka et au pied de l'une des montagnes appelées collectivement Bechc-Tau. Le chemin qui y conduit est excellent et il est très fréquenté dans cette saison , les eaux minérales ferrugineuses se trouvant sor cette route , à six werstes de Karas. A mi-
chemin on quitte le Machouka , qui me parât, de ce côté , pins accessible, sa pente an nord-ouest étant plus douce. La vue du village de Karas me fit plaisir à cause de ses champs bien cultivés , de ses jardins plantés de légumes , de vignes et d'arbres fruitiers. Les maisons des colons sont propres, et partout on voit les traces de l'industrie allemande.
A notre arrivée nous trouvâmes M. Peterson occupé à travailler dans son jardin , qui fournit en abondance à sa table et à sa cuisine des légumes et des fruits. Il nous mena dans sa petite maison, dont l'intérieur, quoique infiniment simple , annonçait pourtant la propreté et le goût anglais. Après un léger déjeuner qu'il nous offrit très cordialement, je m'entretins avec lui de l'objet de ma visite. Il me lut quelques fragmens de sa correspondance avec la mission écossaise à Saint-Pétersbourg, relativement à quelques peuples du Cavcasc septentrional ; mais ces papiers ne m'apprenaient rien qui ne me fut déjà connu. D'ailleurs, ses noies ne me paraissaient pas en règle ; ce n'étaient que des morceaux détachés contenant des notices très incomplètes. Cependant j'eus le plaisir d'apprendre de sa bouche que les Karatchaï, les Balkar, les Bizinghi, etc., étaient, d'après l'aveu des montagnards qu'il avait visités , les descendans des Magyars.
Je regrette beaucoup de n'avoir pu rencontrer M. Galloway, autre missionnaire anglais , ou plutôt le seul qui soit reconnu et soldé par la société. Cet homme passe pour mieux connaître le Cavcase que son confrère, avec lequel il est depuis quelque temps brouillé, et c'est par ce motif que ce dernier s'est placé sous la protection immédiate du gouvernement russe , dont il reçoit une paie annuelle. Le paslcur allemand de Karas, nommt< Lang, a épousé la fille
de M. Galloway, avec lequel il vit fraternellement, et dessert un petit oratoire qui menace à chaque instant de s écrouler. Ces deux hommes respectables travaillent dans la vigne du Seigneur et méritent l'estime de la petite colonie.
Avant de quitter M. Peterson, il me raconta que parmi les Tatares-Nogaï il courait une tradition fabuleuse à l'égard des Magyars qui avaient habité la ville de Magyari , à savoir, qu'un jour, par une tempête épouvantable et un vent violent qui soulevait la poussière jusqu'aux nues, un pasteur qui gardait les troupeaux hors de la ville , voyant lout-à-coup une nuée de poussière sur le grand chemin , et croyant en même temps entendre les pas de chevaux , courut à toutes jambes vers la ville en criantà pleine gorge : « dtlar, atlar ! » À cheval , à cheval ! l'ennemi arrive au galop; que là-dessus les habitans, effrayés, s'enfuirent sans se donner le temps de s'assurer de la vérité du fait; mais quelle fut leur mortification quand ils furent convaincus que le prétendu ennemi était une vache effrayée , suivie de son veau, qui se sauvait devant l'orage. Depuis ce temps les peuples voisins , se moquant des habitans de Magyari , en avaient fait un conte populaire. J'ai entendu raconter, dans la suite, la même anecdote par plusieurs habitans du Cavcasc. Ce conte, vrai ou faux , prouve toujours que les Magyars avaient demeuré sur la Kouma et spécialement dans la ville de Magyari, abandonnée par eux au neuvième siècle et rebâtie ensuite par les Arabes ou Persans. C'est dans cette ville si considérable, si opulente dans le treizième siècle, qu'on a trouve, il y a vingt ans, des restes d'édifices qui attestent sa magnificence passée.
zzz.