DE PARIS A BORDEAUX, ROUTE DE VIERZON
Orléans. — Vierzoïi. — Cliiileauroiix. — Limoges. — Périgiieiix. — Lilioiirne. — Bordeaux.
oiK noire second voyage à Bordeaux nous gagnerons encore Orléans ; mais , laissant sur notre droite la route qui conduit à Blois, nous traverserons la Loire et son satellite le Loiret , et , passant par les plaines de la Sologne, pays peu fertile et sans intérêt, nous viendrons à Vierzon, au confluent du Cher et de l'Vèvre. Vierzon, ville de 10,000 âmes (y compris Vierzon -Village) est entourée de riants coteaux et de prairies charmantes; elle est bien bâtie et d'un aspect gracieux. Il est souvent parlé de la ville de Vierzon dans les romans de la Table-Ronde. Au ix" siècle elle avait un château fort et de bonnes murailles. Aujourd'hui elle a des forges et fait un grand commerce de fers , aciers et tôles , première qualité du Berri. Ce sont des fers doux et souples, très -employés pour les ressorts de voitures.
Nous avons laissé à une bonne distance sur notre droite la jolie ville de Romoranlin, aussi au milieu de belles prairies, au confluent de la Sauldre et du Romorantin. Aux eaux mélangées de la Rive et de la Sauldre on accorde une vertu particulière pour accélérer le foulage des draps, tout en rendant le déchet des laines moins considérable. Ajoutons que l'on trouve dans les environs une terre fort propre à l'opération du dégraissage. Vous comprendrez par là com-
meiil celle populalion de 7,300 ômes s'esl vouée à la fabricalion des draps et des étoffes de laine. On cite un établissement qui occupe à lui seul 800 ouvriers.
Nous passons à Vatan , qui nous présente une tour du vi' siècle, et là nous nous détournons à droite pour aller voir Valençay, où la lamille d'Étampe^ fit construire , sous le règne de François F', un somptueux château de plaisance. Philibert Delorme en a donné les dessins. Le château est entouré de grands fossés. L'ensemble des constructions présente une équerre. Aux deux bouts de l'équerre et au sommet de l'angle sont trois tours rondes à mâchicoulis, dont le toit s'arrondit en un dôme surmonté d'une lanterne qui se termine par une croix. Sur un cAté de l'équerre se trouve le bâtiment principal à deux étages. Au-dessus d'un rang d'arcades, sur l'autre côté de l'équerre , est un donjon très-massif et plus haut que les tours, il est à mâchicoulis et à tourelles, et se lie à deux des tours par deux corps de bâtiments dont l'un est tout à l'ait semblable au bâtiment principal et dont l'autre doit avoir appartenu à une construction antérieure. Sur les mâchicoulis et sur le grand corps de logis sont sculptés de beaux ornements. On entre par le donjon. La grande salle a été décorée par Pierre de Cortonne et .lean Mosnier. Cette habitation , presque royale , était la propriété du prince de Talleyrand, qui en 1808 la mit à la disposition de Napoléon pour recevoir Ferdinand VU, que les Espagnols avaient proclamé leur roi après l'abdication forcée, dit-on, de Charles IV, son père, tandis que Napoléon voulait leur imposer son frère Joseph. Valençay fut la demeure, ou , pour mieux dire , la prison de Ferdinand VJI et des infants d'Espggne jusqu'en 181V.
Vers le milieu du x* siècle , un sire Raoul , surnommé le Large ou le Magnifique, jugea (}ue l'une des collines de la rive gauche de l'Indre, au centre de superbes prairies, et dominant une vaste plaine , serait une excellente place pour y asseoir un château. A côté du château se groupèrent des maisons. Dans le siècle suivant elles formèrent une ville qui prit le nom de Château-Raoul, d'où l'on a fait plus tard Châteauroux, et (jui a aujourd'hui 14,000 habitants.
DE PAHIS A BOUDEALX PAU VIERZON. I9:i
L(» dulleau existe encore dans un bonélal de conservation. C'est une masse assez triste , flanquée de minces tourelles.
Avant l'introduction en France de moutons mérinos , tirés d'Espagne , les laines de Chflleauroux passaient pour les plus belles de notre pays. Celle ville fabrique, année commune, une quantité de draps qui représente une valeur de 3 à 4 millions , et occupe de la sorte environ 2,000 ouvriers. Ses draps tiennent le milieu entre les bonnes qualités du Midi et les qualités secondaires d'Elbeuf ; ils se distinguent surtout par la force et la durée. Elle nous envoie à Paris de bonnes pierres lithograpbiques , sinon pour le dessin , du moins pour récriture. Le fer qui se fabrique dans ses environs est trèseslimé. Les forges d'Ardentes-Sainl-Martin livrent aujourd'hui au commerce environ 10,000 faux par an, qu'on achète sous le nom de faux de Slyrie. 11 n'y a pas longtemps encore qu'un cultivateur n'eût pas estimé bonne une faux qui ne serait pas venue d'Allemagne , et alors il avait raison; mais notre acier s'améliore, et nous le produisons à meilleur marché. Tout auprès de Chàteauroux , à Bourg- Deols ou Bourg-Dieu, on visite un tombeau qui est en grande vénération. Il renferme la dépouille d'Eude, fils de Léocade, qui vivait, dit-on, au uv siècle. C'est un cercueil en pierre sur lequel est sculptée grossièrement une chasse au tigre ; les personnages sont vêtus de tuniques. Sur le couvercle sont sculptés des anges , dont quatre portent une tablette destinée à recevoir une inscription.
Le cours de la Creuse divise la petite ville d'Argenton (4,500 âmes) en deux parties égales qui communiquent par un pont en bois. L'une, bâtie sur un roc de surface capricieuse, présente un amphithécltre escarpé ; l'autre est assise au fond d'un bassin de forme elliptique qu'entoure une ceinture de roches couvertes de vignes. Dans le moyen âge le château d'Argenton, bâti sur la plaie-forme d'un rocher escarpé, passait pour une des fortes citadelles du royaume. Le moindre habitant du Berri connaissait le nom de ses dix formidables tours , et surtout de la tour d'TIcracle , la plus au nord , la i)lus haute , et qui dominait la province entière. Il n'y a qu'un demi-siècle, on lisait encore au fronton de la porte de cette tour :
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J94 III ITIEME VOVAGL.
HeracUus veui et vici, et au-dessus de ces mots il y avail un taureau sculpté. Cette vieille citadelle ne fut démantelée que sous Louis XIV. Deux tours et quelques débris se voyaient encore il y a peu d'années lorsque j'eus occasion de passer par Ari,^enton^ je crains qu ils n'aient disparu par suite de travaux qui devaient amener la route à un pont alors en construction sur la Creuse.
A' oici bien des montées et des descentes. Ces montagnes, dont quelques-unes sont frappées de stérilité, dont les autres sont couvertes de châtaigneraies , nous annoncent que nous sommes en plein Limousin. Cultivé dans la région moyenne de ces montagnes , le châtaignier remplace ici les céréales pour la population pauvre : la classe moyenne vit de seigle ; le pain de blé est un objet de luxe. Si nous nous enfoncions dans quelque vallée agreste et si nous demandions l'hospitalité dans une chaumière, on nous accueillerait avec empressement en nous offrant une écuelle remplie de châtaignes bouillies et écrasées. Cette pâte de châtaigne se mange chaude ou froide, l'our conserver la récolte qui doit servir au besoin toute l'année, on a soin de la passer au four, où elle se débarrasse de sa pelure et se dessèche.
Avant de nous rendre à Limoges, je vous proposerai une excursion, sur notre droite, au Dorât, jolie petite Nille de 2,500 habitants, dont l'égHse, échfice du x'' siècle, affecte à l'extérieur la forme d'une véritable forteresse. Ses murs sont llanciués de tourelles et couronnés de créneaux. Au centre de la croisée s'élève un dôme surmonté d'un beau clocher, dont la flèche hardie se termine par une figure d'ange en cuivre doré avec deux grandes ailes ; l'ange élève vers le ciel une croix que le vent fait tourner. L'intérieur est très-spacieux , d'un bel effet, mais fort obscur. Sur un très-grand bénitier de granit sont sculptées deux figures de léopard ou de lion du style le plus barbare.
Si nous poussons jusqu'au village de la Horderie, aux ('n\ irons de Bellac , nous verrons un Ix'au dolmen. Ici la table horizontale est un énorme bloc de pierre qui pose sur cinq morceaux de rochers d'environ 3 mètres de hauteur. On se demande par quels procédés
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un tel bloc , qui esl parfaitement étranger aux cinq rochers , a pu être conduit dans ce lieu sauvage et d'un abord très-difficile.
Les rues de Limoges , où nous entrons , ne sont pas elles-mêmes d'un parcours facile. Limoges, située sur une pente très-rapide, descend jusqu'à la Vienne , et si l'on excepte quelques habitations modernes de très-belle apparence , elle a presque toutes ses maisons bdties en bois jusqu'au premier étage. De nombreuses fontaines versent continuellement une eau limpide et très-légère. Bien que Limoges ait été l'antique capitale des Lemovices, qui acceptèrent des premiers la domination de Rome et restèrent constamment ses alliés fldèles , bien qu'elle ait eu son capitole et son cirque , nous n'aurons aucun monument de ces temps à y visiter. Comme mesure de police et pour ne pas laisser aux malfaiteurs un abri commode , elle a fermé depuis plus d'un siècle un temple souterrain taillé dans le roc à la pointe du marteau , ainsi qu'une longue voûte souterraine dans laquelle les antiquaires n'ont reconnu ni la bâtisse romaine, ni celle du moyen âge , et que par conséquent ils ont attribuée à nos aïeux gaulois. « Ce passage, ont -ils écrit , servait aux Lemovices pour conduire leurs chevaux à l'abreuvoir de la Vienne , lorsque l'ennemi bloquait la ville. »
Au lieu donc d" entrer dans le souterrain pour conjecturer aussi par nous-mêmes , nous regarderons en plein air la tour d'un clocher que révêque Sébrand-Chabot fit élever en 1191 pendant le séjour du roi Richard à la Terre-Sainte. Nous regretterons que la foudre ait privé de sa (lèche , il y a plus de deux siècles et demi , cet élégant édifice composé de quatre étages à ogives, et portant à ses quatre angles des tourelles octogones qui se terminent aujourd'hui par des lanternes fort élégantes. A ce clocher fut accolée plus tard, dans le courant du xvi* siècle , la cathédrale actuelle , qui n'a pas été achevée, mais dont le chœur esl très-beau. A l'intérieur nous remarquerons le jubé , léger et gracieux , malgré la profusion des ornements et les nombreuses mutilations des statues qui surmontent les culs de lampe et qui représentent les vertus théologales et cardinales.
C'est la foudre qui a endommagé le clocher; mais c'est le mauvais
liic. iHiTiEME Voyage.
goût tiui a dciialui'i' rtH-fiiiinriil la bt^lle foiitaiiit' d'Angoulérae. miinuiiit'iit pit'cit'ux du ninMii âge. Elk' elail >urninnli'e de la naïve figure du bon saint Martial revêtu de ses habits pontificaux. Le vandalisme de 1793 a\ail resperté la statue du saint. On vient delà remplacer par un bloc pyramidal de granit. Le bassin de la fyntaine. qui est aussi de granit , a environ 12 mètres de eirconférence. On assure qu'il est taillé dans un m'uI blm;.
Limoges compte oO.imiO habitants. Elle fabrique des draps inférieurs à ceux du Rerri . delà papeterie. Son industrie la plus spéciale est la préparation de la pote [niur la porcelaine. Dans le siècle dernier, au moment ou t^u^ les l'him.istes de l'Europe s'épuisaient en tentatives vaines pnur imiter la porcelaine des Cliinois, le hasard fil découvrir en abondance . dans les environs de Limoges et de Saint- Yriei^ . cette sorte de terre précieuse que les Chinois ont nommée kaolin, et aussi une autre terre nommée par eux pe^joi-p et qui entre également dans la tabrication de la puircelaine. En conséquence, Limoges et Saint-Yrieix fabriquent de la porcelaine , et surtout se livrent à l'exploitation des carrières de kaolin qu'elles broient et préparent en pâtes par des moulins à eau. Ces pâtes sont expédiées a des fabriques du Cl.er, île l'Allier, de la Nièvre, qui ont préféré s'établir un [leu l"in du kaolin, mais dans des localités plus favorables quant au combustible , ou aux débouchés qu'elles ont pu s'ouvrir pour leurs produits.
Limoges est la patrie d'inule no> plus honorables et savants jurisconsultes, l'illustre eliaikelier d'Aguesseau.
Vous savez aussi bien que moi que parmi les chevaux de France, la rare lininusine tient le premier rang, particulièrement pour les chevaux de «<e!!e, Ce cl;e\al est d'origine arabe; il est fin, élégant, léger : il a du nerf et plus de feu que de fond. Près de Limoges est 1 liippiMlrnme de Tessonnières-Bouzeix , où sont admis à concourir, [lour des prix de course , les chevaux de neufs départements.
Peu de peintres séjournent à Limoges sans aller visiter, aux environ». re::lise (le la petite ville de Saint-Léonard 6,000 i1mes', et à r>Mi»M uil le«. iiiinevije 1 an, ieii château de Chalussel , tpii, à partir
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tlu xu^ siècle, joua un grand icMe dans 1" histoire du Limousin. Je vous recommanderai surtout l'église de l'ancien monastère de Solignac , célèbre abbaye de bénédictins fondée au vu" siècle, et auprès de laquelle la petite ville de Solignac s'est formée peu à peu. Saint Éloi . le fondateur de cette abbaye , demande à son maître le fief de Solignac « pour en faire une échelle par laquelle Dagoberl et lui puissent monter au ciel. » Le couvent fut reconstruit dans le siècle dernier et na de remarquable que sa grandeur. L'édifice actuel de l'église, s'il n'est pas celui même construit par saint Éloi, ce qui parait dilllcile à croire d'après toutes les dévastations successives de l'abbaye, a du moins la date certaine du ix* siècle et du règne de Louis-le-Débonnaire. A l'extérieur, les arcades à plein cintre , les ornements, les figures bizarres et monstrueuses qui le décorent, annoncent tout d'abord son origine bien antérieure à l'introduction du gothique. L'intérieur est mie croix latine , sans piliers ni collatéraux ; les parois des murs présentent en saillie des arcades à plein cintre, que soutiennent des colonnes sans proportions. Les chapiteaux offrent des tètes d'animaux, de bizarres figures accroupies, et d'autres ornements d'un style barbare. La voûte est formée d'une suite de pendentifs ; les chapelles, disposées autour du sanctuaire , forment au dehors des saillies circulaires assez considérables. Faites aussi une excursion à Saint-Junien, ville de 6,000 habitants, dont l'église est curieuse par ce genre d'ornements qui caractérise les xii*^ et xiii^ siècles. N'oubliez pas non plus dans la petite ville de Rochechouart 4,000 âmes] le chiUeau de Rochechouart , berceau de f illustre maison deMortemart, et souvenez-vous qu'à la cour de Louis XIV l'esprit des Mortemart avait passé en proverbe. Celui du duc de Vivonne et de ses trois sœurs , mesdames de Montespan , deTliianges, el labbesse de Fontevrault, justifiait le proverbe. A'oilà une belle réponse à ceux qui ont prétendu faire du Limousin la Béolie de la France. C'est peut-être la faute de Molière, qui, mal revu à Limoges, s'en est vengé en faisant de cette ville la pairie de l'ourceaugnac. La tour principale sert aujourdliui de prison. Dans une autre tour, la tour du Lion , il y a une peinture à fresque très-
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précieuse pour la fidélilé des costumes et des accessoires. Elle représente l'entrée du vicomte de Pongerville en 1470.
Poursuivons notre roule et arrivons à Chalus , qui nous montrera une tour, reste de son vieux cliAteau, devant lequel le roi d'Angleterre, Richard Cœur-de-Lion , trouva la mort, Guidomar, vicomte de Limoges, venait de découvrir en 1 109 un trésor que l'on savait enfoui dans ce lieu; Richard, qui , en qualité de duc de Guienne , comptait Guidomar parmi ses vassaux, réclama le trésor en vertu des lois féodales qui réservaient au suzerain tout trésor trouvé par un vassal; Sur le refus de Guidomar, Richard vint assiéger le château de Clialus où le trésor était gardé. Comme il en reconnaissait les approches, un trait lancé par une arbalète le frappa dangereusement il l'épaule. Quelques jours après, ses gens prirent le château, et massacrèrent toute la garnison, à l'exception de Bertrand Gourdon, l'arbalétrier qui avait lancé le trait; ils le réservaient à une mort plus horrible. On le conduit devant Richard, qui touchait à sa fin. « Est - ce vraiment toi , dit celui-ci , qui as osé frapper l'oint du Seigneur? — C'est moi, répondit Gourdon, et je m'en réjouis; j'ai \engé mon père et mes deux frères tués par ton ordre. Cœurde-Lion était généreux : il ordonna qu'on rendit la liberté à cet homme, et qu'on lui donnât quelque argent pour retourner en lieu sur. Mais, Richard mort, sa volonté dernière ne fut pas respectée : Bertrand fut tenaillé et écorché vif avant d'être pendu. »
Chalus, peuplée de 2,000 habitants, est pour la vente des chevaux le marché le plus considérable du Limousin.
Périgueux, ville de 12,000 âmes, nous offrira deux monuments bien précieux, la tour de Vesonne pour les archéologues, l'église Saint-Front pour les artistes. La tour de Vesonne, qui s'élève encore aujourd'hui à une hauteur de 20 mètres, n'a pas moins de 65 mètres de circonférence. Les murailles, de près de 2 mètres d'épaisseur, sont revêtues au dedans et au dehors de petites pierres carrées jointes ensemble avec un cimen! très-dur. Ne faut-il voir là qu'une simple tour de citadelle, ou bien était-ce une vaste rotonde qui faisait partie d'un temple à A'éniis. ou enfin est-ce un tombeau
dans le genre du tombeau de Csecilia Metella à Rome? Voilà les trois opinions qui partagent le monde savant. L'église Saint-Front doit dater de la fin du iV siècle, époque où l'architecture n'avait pas encore achevé de perdre ses belles proportions et le bon goùl de ses ornements. Elle anra été restaurée vers le commencement du vi'. Elle est certainement plus ancienne que Sainte-Sophie de Constanlinople, laquelle n'a été élevée par Justinien qu'en 540. C'est une croix grecque, et les caveaux sont bâtis dans le système de construction des Romains. Le clocher a plus de 80 mètres de hauteur. Sa base est une tour carrée, encadrée de colonnes élégantes.
Périgueux a conquis l'affection des gourmands par ses pâtés de perdreaux truffés, qui s'expédient jusque dans les deux Amériques et dans l'Inde anglaise. On les prépare dans des terrines, et ils peuvent se conserver de six à huit mois. Il s'en fait aussi dans des croûtes d'un seigle très-grossier, combiné avec du carton. la truffe croit en Italie et dans le sud-ouest de la France. La truffe du Périgord est supérieure par son parfum à toutes les truffes connues. La grosseur de la truffe varie depuis celle d'une noix jusqu'à celle d'une grosse pomme. On la trouve ordinairement dans les forêts de chênes ou de châtaigniers, dans un sol sec et sablonneux, à deux décimètres de profondeur. C'est une sorte de champignon qui n'a ni radicules, ni lige. Le cochon a un goût très-prononcé pour la truffe, et l'on utilise son instinct pour la chercher, surtout celui des \ieilles truies qui ont de l'expérience. Les truffes ont plusieurs phases : elles sont blanches quand elles commencent à paraître, grises ensuite, et enfin noires. >>otre Bourgogne produit aussi des truffes; mais elles ne dépassent pas la première phase, et restent blanches et sans parfum.
Depuis quelques années, Périgueux s'occupe à scier et polir des marbres des Pyrénées qui lui arrivent bruts par le canal de l'Isle, et Uvre au commerce des cheminées, tombes, etc. Elle a également une scierie de pierres lithographiques, qui sont tirées du département de l'Indre. Le département de la Dordogne a renoncé à exploiter ses propres carrières, trop peu abondantes.
iuu . m itiemil voyage.
C'est certainement la contrée de France la mieux arrosée. Outre cinq rivières (dont deux seulement sont navigables, il est vrai) et grand nombre d'étangs très-poissonneux, plus de six cents ruisseaux sillonnent le département dans lous les sens. Près du village de Lacassagne, la fontaine de Ladoux fait l'admiration des géologues; son bassin, de forme presque ronde, n'a pas moins de 172 mètres de tour ; son eau a la transparence du cristal. Au sortir du réservoir, elle fait marcher un moulin à blé de quatre paires de meules et un pressoir. Plusieurs de ces cours d'eau servent à des usines. Ils mettent en mouvement les machines soufflantes de nombreuses forges et des moulins pour la papeterie.
La grotte de Miremont est fréquemment visitée, et pour qui veut la visiter dans toutes ses ramifications, il n'y a pas moins de deux lieues à parcourir souterrainement. Dans la chambre des Gâteaux, les stalactites aflectent la forme de pâtisseries. Au plus profond de la grotte , se rencontre un ruisseau qui semble le Styx de ce sombre empire.
Allongez le doigt sur la carte jusqu'à la petite ville de Sarlat ( 6,000 habitants). L'auteur du Télèmaque est né sur son territoire, au château de Lamothe-Fénelon.
En reprenant notre route vers Bordeaux , nous laisserons sur notre gauche Bergerac, ville de 10,000 âmes, située sur la Dordogne , au milieu d'une vaste et fertile plaine que couronnent des vignobles. Elle a des forges de cuivre. Sa richesse principale est dans ses vins et ses papiers. Elle sert d'entrepôt entre le département de la Gironde et ceux du centre de la France.
Si nous nous écartions sur la droite jusqu'au village de Saint- Michel, nous verrions le château où naquit Michel Montaigne. Son cabinet de travail était dans un pavillon à l'angle droit de la basse-cour, et qui communique au corps de logis par une terrasse. Les chevrons du plafond sont couverts de versets de la Bible, de sentences grecques et de vers d'Ovide. Sur la muraille est le portrait peint à fresque d'Éléonore, sa filliMuiique. Une autre peinture à fresque représente un sujet mythologique, et au-dessous une inscrip-
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tion tirée des proverbes de Salomon. On montre le lit où il est mort , sa table à écrire , et quelques tablettes qui lui servaient de bibliothèque plus particulière.
Traversons Libourne, ville de 10,000 âmes, située au confluent de risle et de la Dordotine, que la route franchit sur un pont de pierre et de briques depuis l'année 18*25. Libourne peut recevoir des navires de 300 tonneaux dans son port, où la marée monte à plus de 3 mètres en temps ordinaire, et jusqu'à 5 mètres lors des équinoxes. Peu de villes sont bâties avec plus de soin et sur un plan aussi régulier.
En deux heures, la diligence nous aura conduits à Bordeaux. Nous aurons parcouru par cette seconde route 576 kilomètres ou 144 lieues.
NEUVIÈAIE VOYAGE.