DE BORDEAUX A BAYONNE ET A TOULOUSE
EZCDRSio:: DAi:s les Pyrénées.
liazas. — Mont-de-Marsan. — Bavonne. — Pau. — Ean\-Bonnes. — Baiinéres. — Barège. — Aiuli. .\!;en. — Muntaiilian. — Toulouse. — Castelnaudan. — Carcassonne.
2 ouLEz-vous mo suivre de Bordeaux à Bayonne? Sortons par le faubourg Saint-Julien, et traversons une longue étendue de pays parsemée de jolies fx( maisons de campagne.
Je ne vous citerai pas Bazas, séjour de 4,500 habitants , comme une jolie ville, mais comme une ville antique, et pour avoir doiuié naissance à un po(Me latin , Ausone. En entrant dans sa cathédrale , qui doit dater du xiii* siècle , et en portant la main au bénitier, regardez dans l'eau : par un singulier effet d'optique, vous y verrez se réfléchir la voûte de la nef dans toute son étendue. Ce phénomène a lieu dans quelques autres églises de France, et notamment à Saint-Ouen, de Rouen.
Nous voyageons sur un sol uni , sablonneux, tapissé de bruyères; nous entrons dans le département des Landes. Çà et là quelques massifs de pins se détach(>nt sur cet horizon triste. Cette contrée a l'apparence d'un désert. A peine si nous rencontrons de temps à autre quelque construction misérable et d'un aspect bizarre; et encore ne sont-ce pas des habitations , ce sont des lieux de refuge pour le bétail, qui erre à d'énormes distances avant de trouver une chétive nourriture. Pour marcher dans ces sables , et surtout à cause
des flaques d'une eau croupissante et de la hauteur des genêts, hommes et femmes ont dû recourir au singulier moyen de s'adapter aux jambes de longues échasses.
Quelques cultures nous annoncent les environs de Roquefort, qui compte environ 1,600 habitants. Elle fabrique de la chaux et de la poterie.
Le pays devient un peu j)lus varié lorsqu'on approche de Montde-Marsan ; un peintre a dit que c'était j)resque un paysage. La ville est arrosée par les eaux de la Douze et du Midou , qui , avant de la quitter, se réunissent dans un même lit et forment la Midouze. Cette \ille, qui compte 4,500 habitants , sert d'entrepôt à une partie des vins et eaux-de-vie du Languedoc , qui de là , j)ar la Midouze et l'Adour, descendent à Bayonne.
Au xv'' siècle , le château fort que possédait la ville de Tartas ( 2,500 âmes ) a joué un rôle important dans nos guerres de religion.
L'anlicpie Dax , située dans une })laine ass(V. f(M'tiIe , élail, avant la domination romaine, TarbelUcœ , la cité principale desTarbelliens, le plus illustre des peuples de l'Aquitaine. Les Romains le désignaient
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sous le nom d\4r/Mfp TarbeUicœ, les Eaux Tarbelliennes, ce qui vous indique qu'ils connaissaient la vertu de ses eaux thermales, souveraines contre les rhumatismes chroniques et les vieilles plaies. Dax a aujourd'hui près de 6,000 habitants. De là jusqu'à Bayonne rien n'attirera notre attention.
Pour avoir une juste idée de la contrée des Landes , il nous aurait fallu prendre la route beaucoup plus courte qui se maintient moins éloignée de la mer, et (pion nomme la route des Grandes-Landes. Nous aurions voyagé entre les déserts couverts de genêts à notre gauche , et à notre droite des lacs très-étendus derrière lesquels règne la longue ligne des dunes de Gascogne , qui retient l'eau de ces lacs et l'empêche de s'écouler dans la mer. Chaque année , les sables mouvants des dunes, poussés par les vents furieux qui s'élèvent de la mer , font un pas de plus vers les lacs, et en refoulent les eaux plus avant. Depuis l'année 1787, pour s'opposer à cette marche progressive des dunes , qui non loin de l'embouchure de la Garonne ont recouvert l'ancien village de Soulac , et ne laissent plus voir aujourd'hui que la flèche de son clocher, on a imaginé de semer le pin maritime à Mimizan; l'église, menacée par une dune de plus de quarante mètres d'élévation , allait disparaître comme avait déjà disparu une portion considérable tlu village , lorsque des semis de pins sur cette masse de sables l'ont consolidée , lui ont donné de la force contre les vents venus de la mer. La dune , jusque alors envahissante, s'est arrêtée comme par enchantement à deux mètres de l'édifice.
Le paysan landais mène une vie presque sauvage. Il habite une cabane isolée, mal construite et encore plus mal meublée. Il (touche à terre sur quelques peaux de ses moutons noirs; sa cape, également de peau de mouton, lui sert de couverture. La plupart n'ont même qu'une sorte de tente, pour demeurer libres de changer le lieu de leur séjour. Le chef de famille, l'aïeul, dirige le labourage et les travaux rustiques, et s'éloigne rarement de 1 habitation; il cultive le chanvre et soigne les abeilles. Les jeunes gens vont couper le bois dans les forêts, souvent à une dislance de huit à dix lieues, et en font du charbon; ou bien ils grimpent le long du tronc des pins
qu'ils fendent pour recueillir la résine; ou encore ils écorcenl les chênes-liéges. D'autres vont, à une distance qui n'est pas moindre, garder les troupeaux. Chacun emporte pour son expédition quelques fromages, un paquet de sardines et un petit poêlon pour faire cuire son mais et son lard. Il se construit avec quelques branches une cahute temporaire , et , dans ses moments de loisir, il a recours à son fusil , qui ne le quitte jamais , et dont il se sert pour approvisionner de gibier le marché de Dax, de Bazas ou de Bordeaux. Il a pour coiffure le béret béarnais. Pour vêtement il porte l'ancienne culotte avec une veste à manches très -comtes sur un gilet à longues manches, et la cape ou capot en peau de mouton, dont le poil est en dehors. Souvent le capot tombe jusqu'aux talons. Le capuchon du capot est la partie coquette de tout l'habillement. Il est garni de bandes bariolées de rouge qui se terminent en pointe ornée au bout de crins de cheval. Une sorte de guêtre tient lieu de bas, et la jambe est en outre protégée par une demi-peau de mouton. Les femmes aux jours de travail se coitfenl de deux ou trois serviettes disposées en capuchon. Les jours de fête elles ont un bonnet orné de larges barbes dentelées de rouge. Le capot est aussi à leur usage. C'est un curieux spectacle de les voir, hommes et femmes , et les plus jeunes enfants, courir avec leurs échasses d'environ un mètre et demi. In cheval au trot a peine à les suivre. Ils ont en main un long bâton dont ils se servent pour franchir des fossés de cinq à six mètres. Quand ils veulent attacher leurs échasses, ils montent sur le haut d'une armoire ou sur le manteau de la cheminée; mais ce moyen n'est pas nécessaire à la plupart d'entre eux; ils savent fort bien se relever de terre avec les plus longues échasses. Quand il m'est arrivé de rencontrer quelqu'une de leurs caravanes, composée de plusieurs petits chars dont chacun est attelé de deux maigres bœufs qui portent sur le dos un caparaçon de toile grossière , et qui marchent lentement à travers ces vastes déserts; à l'étrangeté du costume des conducteurs, à leurs manières rudes, quoique exemptes de toute méchanceté, je me suis toujours cru dans quelque contrée lointaine et tout à fait étrangère à notre ci\ilisation.