‹ Voyage en France (volume 2)Chapitre 15 sur 38 · DE BORDEAUX A RAYONNE ET TOULOUSE · texte numérisé non relu

DE BORDEAUX A RAYONNE ET TOULOUSE

Leur bétail est peu nombreux et de valeur fort médiocre ; leurs chevaux seuls, qui sont en assez grande quantité, méritent d'être cités , surtout pour leur sobriété et la faculté qu'ils ont de résister à toutes les intempéries de l'air. Leur taille est médiocre, leurs formes peu élégantes ; mais jusqu'à l'cîge de plus de vingt ans un cheval landais conserve sa vigueur et demeure capable d'un rude service.

Nous arrivons à Bayonne par le faubourg du Saint-Esprit, qui à lui seul forme une ville avec une citadelle fortifiée par Yauban. Il appartient au département des Landes et ne relève pas de l'administration de Bayonne.

Nous passons l'Adour sur un pont de bois et entrons dans le Petit- Bayonne, qui a ses remparts flanqués de bastions avec des fossés larges et profonds. Nous rencontrerons une seconde rivière, la Nive, après laquelle nous entrons dans le Grand-Bayonne qui, lui aussi, a ses fossés , bastions et remparts , et son château neuf flanqué de quatre tours. Je n'ai jamais vu tant de remparts. Il convient de dire que c'est au Saint-Esprit qu'est la véritable défense, et la citadelle qui domine tout Bayonne et ses 17,000 habitants, la campagne et la mer.

Le port ne reçoit que des navires de commerce et d'un moyen tonnage, car il est d'un accès difïicile. La barre des sables qui s'amoncellent à l'embouchure de l'Adour est très-mobile, et demande à être reconnue chaque fois la sonde à la main. Le commerce s'y fait surtout avec l'Espagne. Les marins basques sont les premiers qui aient harponné la baleine d'abord dans le golfe de Gascogne, et l'aient poursuivie ensuite jusque parmi les glaces du détroit de Davis.

Bayonne n'a d'autre moimmeiil que sa cathédrale du xii'' siècle, petite mais élégante, et le nouvel hôtel de la Douane; mais nous nous promènerons avec un grand plaisir dans les allées maritimes. C'est une jetée plantée d'arbres, entretenue et sablée avec beaucoup de soin. L'un des cOtés est bordé de jolies maisons peintes de diverses couleurs; de l'autre règne un quai superbe où Aiennent s'amarrer

les navires et d'où l'on découvre la ville du Saint-Esprit couronnée par sa citadelle, et au pied les chantiers de construction.

Si vous cMes curieux de voyager d'une façon originale , nous suivrons la côte et nous nous rendrons à Biarritz , que toute la population basque ne manque pas de visiter dans la saison des bains de mer. Voyez-vous sur ce mulet ce bât avec une petite chaise de chaque coté? Tu vas, Henriette, t'asseoir la première sur la chaise de ce C(Mé; loi, Guillaume, à ton tour, assieds -loi sur l'autre chaise. Comme tu es le plus lourd, pour rendre le poids égal des deux côtés nous allons mettre quelques pierres du côté d'Henriette. Cet équipage s'appelle un cacolel. Je monte sur un autre cacolet, et la femme qui nous conduit (il est bien rare qu'un homme se lasse conducteur de cacolet) me fait contre-poids avec quelque addition. Quand l'un de nous voudra descendre, il aura soin d'avertir son compagnon; autrement, gare la culbute.

Le bourg de Biarritz n'est qu'à une lieue de Bayonne; il est bâti sur des bancs de rochers qui dominent la mer et qui contiennent de belles grottes. Les bains se prennent au moment du retlux , sur la plage d'une petite anse qu'on appelle le Port-Vieux, ou dans les creux du rocher aux heures du flux , lorsque la mer est venue les remplir.

jN'ous pouvons prendre ici une idée du costume basque, abandonné par la classe moyenne , et qui dans la classe inférieure même a subi de graves modifications, au grand regret des peintres qui visitent cette conlrée. Une veste bleue en drap ou en velours, un pantalon de la même étoffe, une chemise toujours très- blanche, voilà le fond du costume. Comme agrément indispensable, une ceinture en soie rouge tournée sept à huit fois autour du corps et dans laquelle le Basque glisse sa pipe en terre, sa bourse et assez souvent son couteau ou (janibet, dont il fait parfois un sanglant usage, car le bascpie est emporté et violent; à ses pieds sont des chaussures de corde ou espardilles, aiixijuelles il attache des grelots lors(iu'il s'agit d'exécuter (pielque danse nationale; autour de son cou pend une ( ra\ate à peine noui'c, et il porte sur l'oreille un large

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