DE BORDEAUX A RAYONNE ET A TOULOUSE
11 est une autre roule plus fréquentée qui s'écarte de la mer, passe au village de Saint-Pé , et , remontant la vallée où coule la Nivelle , arrive au premier village espagnol , Urdache : c'est la route de Pampelime.
La roule qui conduit de Bayonne à Pau , l'ancienne capitale du Béarn, traverse un beau pays couvert de vignobles et passe par Orthez, ville de 7,000 âmes. Elle nous montrera les ruines du château de Moncade , bâti dans les premières années du xii« siècle ; on le nomme le château de la reine Jeanne, parce qu'il fui une résidence favorite de Jeanne d'Albrel , mère de ïlenri IV. Orthez, ville agréable , manque de fontaines , on paie jusqu'à vingt-cinq et trente centimes la voie d'eau que des porteurs descendent puiser dans le gave de Pau.
Plus ancien que le château d'Orlhez , le pont de pierre jeté sur le gave, au-dessous d'elle, subsiste encore avec ses quatre arches inégales dont trois sont de hautes ogives. Au milieu de ce pont, dont la pente est très-roide , il y a une tour sous l'arceau de laquelle il faut passer.
La jolie ville de Pau, qui compte li,000 habitants, s'est formée peu à peu auprès du château construit par un des premiers princes du Béarn vers le milieu du xi" siècle. Inquiété par les fréquentes excursions des Maures, il cherchait un endroit convenable pour y établir une bonne forteresse. Les habitants de la vallée d'Ossau lui cédèrent un terrain sous la condition qu'eux et leurs descendants auraient droit , pendant la tenue de la cour souveraine , à la première place au haut de la salle du château qui serait construit. On planta trois pieux pour indiquer le terrain, et le château fut bâti sur la place qu'indiquait le pieu du milieu. Du mot paon, qui en béarnais signifie ])ieu , on fait dériver le nom du château et par suite de la >ille qui ne tarda pas à se former. Vers liGi, Gaston IV la fil entourer de murs et de fossés, et y bâtit une église. Elle est située à l'extrémité d'un vaste plateau élevé qui domine la vallée où coule le gave de Pau. Au-delà des coteaux de la vallée , l'œil compte les sommets de la chaîne des Pyrénées, au centre desquels s'élève le pic du Midi.
Le châlcau , réparé et considérablement agrandi el modifié au XV' siècle par Gaston IV, est flanqué de tours carrées à toitures
aiguës el n'a de recommandable qu'un assez grand escalier en pierre orné de rosaces sculptées , et sa belle terrasse au-dessus du gave de Pau. On y entre par un pont-levis. On lit au-dessus de la porte : CliAteau de Henri IV. Dans la cour est un beau puits; à gaucho, une grande tour qui servait jadis de prison. Les encadrements des portes et des fenêtres sont enrichis d'arabesques dans le style antique. Dans l'appartement de la reine Jeanne on nous montrera la chambre où naquit Henri IV, cet enfant dont le grand-père, Henri d'Albret , roi de Navarre el de Béarn , appelait la naissance de tous ses vœux. « Ma brebis, disait-il en quittant sa fille et en emportant le nouveau-né dans sa robe de chambre, vient d'enfanter un lion. » La tradition raconte qu'il alla le déposer dans la carapace dune tortue qu'il avait fait préparer pour servir de berceau. Ce devait être au moins une tortue de mer. Il est douteux que ce soit dans récaille que l'on montre aujourd'hui. Sur la place principale, jolie promenade plantée d'arbres , nous pourrons contempler les traits de ce même enfant que la Providence destinait à recueillir,
ni' lioijoKM \ v iî\\(tNM: i:r a iim uu si:. tî:v.)
oulr(' la couroimc lit' Ninanc, imc couromic plus Inillanti' , cl ;i les porici" louirs (ltni\ liloritMiscmcnl.
Pau fsl la pallie de licrii.iilollc. depuis roi de Suède sous le iioni de (".liaiies-Jeau.
Sui\e/-inoi à nualre lieues de Pau. dans une >allé(» i)r()ronde, eouverle de prairies et de Neii^crs. Voyez nous auprès de ce \illai;t' (pii a nom Coarra/e. (>l à etMe d'un clKlIeau moderne, celle lour el ces di'bris de uiurailles? Sur ces débris ou lil une inscriplion espai^nole (jui dil : Cf (jui iliut t'irc ne j>ntl iitdiKjtirr t^'itirircr. l.à lui éle\éle jeune Henri, parlai^cant les jeux . le pain bis el la soupt> à l'ail des petits eampa^^nards . el ipielipiel'ois aussi ptMil-tMre méditant sur la ri\e du i^ave iuipetu('u\ le proverbe béarnais : {hti veut aller loin . (/(>// <///(■;• nie cl iir jniiiil s'iurclcv ati.v ohshuh's. Sa i;()u\ernanle. Su/.aïuie de IJourbon. baronne de Miossens. lui niellait en main, aux lieui'es de travail , les l'.lements d'Kuclide et IMnlai(pie.
l.ecoteaude.lur.uiriMi , tpii n'est (ju'à une demi-lieue, l'ouruil les \ins les plus estimes de cette conlrc(>. Les gourmets l'oiil déclare depuis plusieurs siècles un \ in de picmier ordre, d'une très-belle couleur. a\ec une se\e lort riclie el mi bompiet extrêmement a{,;réable. C'est ce \indont Henri d'Albret lit avaler tpielqnes i^outles à son pelil-lils nouveau-ne avani toute aulr(> boisson.
Dans tout (C pa\s de pai' delà la (iaronne, on estime très-l'ort les cuisses d'oie saU'cs et conservées dans la i^raisse. Par toute la cainpaiiiie errent d'innond)rables bandes de ces animaux. De nombreiix triuipeaux de porcs ilonntMit les iand)ons si connus dans le commerce sons le nom de jambons de Havonne. la chasse aux t)rtolans el aux palondies est assez abondante pour l'ormer un article d'ex|)ortation.
On eniretieni à l'an un superbe haras où se conserve avec soin la race des chevaux navaiiins. estimés pour la cavaleiie Ici^ère.
Coarraze. Pontacii. Oloron ville de T.OOO Ames' et \ay sont les cenlres d'une l'ahricalion de lainai^vs , d(> bonneterie poni' le levant . el d'eloiVes i^rossières connues sous le nom de capes de IJejun. I.e surplus de ces arli«les s'exporte eu Ks[)aj;ue. Les couvertures de
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laine sont excellentes. Les toiles el mouchoirs du Béarn, fabriqués avec le lin récolté dans le pays et particulièrement avec le petit linel des environs de Pau et de Lescar, sont préférés sous certains rapports à ceux même de Flandre et de Bretagne. On attribue leur beauté à la qualité du lin et surtout ( ce qui n'est pas prouvé ) à la manière de le rouir. Les toiles blanches et ouvrées sont les plus recherchées. L'art du tisserand est ici très-perfectionné ; mais on ne travaille point en fabrique. Le cultivateur du lin fournit son fil au tisserand, puis il vend sa toile aux jours de foire.
Vous comprenez , mes chers enfants , que ce n'est pas en voyageant simplement sur la carte qu'il me sera possible de vous faire connaître les beaux sites des Pyrénées. En attendant que l'occasion vienne de les aller observer de vos propres yeux , je me contenterai de vous indiquer rapidement quelques-unes des localités les plus visitées.
C'est de Saint-.Iean-Pied-de-Porl que l'on passe la frontière pour visiter Roncevaux ou Roncevaille, où périt le paladin Roland en 778. Dans une abbaye de moines de l'ordre des Grands-Auguslins (Dieu sait ce qu'il sera advenu de l'abbaye depuis les derniers troubles d'Espagne) , on conservait encore il y peu d'années quelques armes du preux. Une entre autres est fort singulière. Ce sont deux boules de fer de trois pouces de diamètre , attachées par deux chaînons de fer à un manche de deux pieds de long, ferré à ses deux bouts. La bataille où succomba l' arrière-garde de l'armée de Charlemagne se donna dans la plaine à un quart de lieue au midi de l'abbaye , près du village de Barguette. Au lieu dit le château Pignon existe une ruine (jui garde le nom d'hôpital de Roland. C'est dans celte habitation que le guerrier, blessé mortellement , parvint , dit-on, à se réfugier pour y rendre le dernier soupir.
Les Eaux-Bonnes , dans un étroit vallon où la température est douce , ont une réputation européenne contre les affections chroniques de la poitrine. Les Eaux -Chaudes ou aignes candes sont recommandées contre les rhumatismes et les paralysies : l'entrée de la gorge étroite de montagnes oii se trouvent les sources des Eaux- Chaudes ne fut longtemps qu'une galerie praticiuée sous le roc. On
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l'a élargie dans le courant du siècle dernier. C'est un séjour d'un aspect sévère ; des rochers grisâtres vous enveloppent et vous laissent à peine apercevoir le ciel.
Quand nous serons à même de faire une ascension sur le pic du Midi nommé aussi pic d'Ossau, nous aurons la précaution de nous chausser d'espardilles, ou tout au moins de passer par-dessus nos souliers de bons chaussons de laine : des semelles ordinaires glisseraient trop sur le rocher. Il faut de quatre à cinq heures pour arriver sur le plateau de la cime.
- Ce qui distingue les eauv de Caulerets , c'est que les sources et par conséquent les bains et les habitations, sont disséminées dans la montagne au lieu d'être groupées en un village. L'aspect est riant e( animé. Les malades se font transporter d'une habitation à l'autre dans des chaises à porteurs.
La grande réputation des eaux de Baréges date d'un séjour qu'y fil madame deMainlenon. Ce lieu n'est habitable que pendant quatre à cinq mois de l'année ; il n'est pas rare d'y voir tomber de la neige au mois de juillet. Dès les premiers jours d'octobre , les propriétaires des bains vont attendre à Luz, ou dans l'un des dix-sept villages de la vallée de Baréges, le retour de la saison des eaux.
La petite ville de Luz a une église bâtie par les Templiers. C'est un vrai château fort. Un rempart crénelé protège l'église et son cimetière , et pour entrer il faut passer sous l'étroit arceau d'un<' haute et formidable tour carrée.
En remontant la vallée de Gavarnie , on arrive à la partie la plus curieuse de la chaîne des Pyrénées. On voit le gave à sa naissance sortir du lac du mont Perdu, au pied d'un glacier, rouler dans l'enceinte de Gavarnie de plus de 100 mètres de haut, et se partager ensuite en sept belles cascades. Plus loin, réunissant ses eaux, il disparait sous un pont de neige , pour reparaître bientôt plus terrible, et revêtir, à mesure qu'il s'avance dans la vallée , une belle teinte d'azur. En franchissant le glacier, on arrive au cirque Marboré. Figurez-vous un rempart de rochers de 100 à 200 mètres de hauteur, qui affectent les formes de tours et de murailles crénelées.
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Ce rempart présente un croissant dont la convexité est tournée vers la France. Les montagnards, qui ne manquent pas d'imagination , se sont plu à voir arriver du côté de l'Espagne Koland monté sur son cheval de bataille , et voulant s'ouvrir un passage pour regagner la France. 11 tire saDurandal, et d'un seul coup il ouvre dans le roc la brèche de 100 mètres qu'on y voit aujourd'hui, et qui garde le nom de Brèche de Roland.
Depuis que Jeanne d'Albret a mis à la mode les eaux de Bagnères de Bigorrc, leur renommée a toujours été croissant. Ce n'est plus aujourd'hui un chétif hameau, c'est une ville qui compte près de 7,000 habitants. Ses vingt-deux rues sont droites , bordées de jolies maisons très-confortables , et surtout d'une propreté charmante. De nombreuses fontaines entretiennent dans les rues une agréable fraîcheur. La culture est venue ajouter au charme des coteaux qui l'entourent. Chaque année voit arriver emiron deux mille malades suivis de deux mille promeneurs oisifs de toutes les nations ; la saison des eaux est une fête perpétuelle. Le médecin Bordeu recommande ces eaux surtout contre les affections de l'estomac. On exploite auprès de cette ville de riches carrières de marbre.
Le climat de Bagnères de Luchon, jolie ville de 2,000 habitants, est très-doux ; mais les pluies y sont assez fréquentes. Ses eaux sont recommandées surtout contre les engorgements glandulaires et les affections cutanées.
Les eaux d'Ax , petite ville située au lieu où trois torrents réunissent leurs eaux pour former l'Ariége , ont beaucoup d'efficacité contre les catarrhes invétérés et les paralysies. Les malades seuls visitent Ax ; ce n'est point un séjour de plaisir : en revanche la vie y est encore restée à bon marché.
Puisque nous voici près du hameau de Sem, et par conséquent tout à côté de la raine de fer du Rancié , une des plus importantes de France , je veux vous faire connaître la fabrication du fer à la raiahuie. Dans toutes les usines à fer des départements voisins, on emploie le même procédé. Le minerai leur est fourni par un petit nombre démines situées principalement dans l'Ariége, l'Aude et les