DE PARIS A ALBI ET A CASTRES. — LES CÉVENNES
Moiilariris. — Bouisits. — (jurrcl. — Limu|;fs. — Tulle. — Caliurs. — Rhode/.. — Albi. — Saint-Poiis. — Aliù. — Privas. — Montbrison.
PRÈS avoir parcouru la vallée du Rhône et le littoral de la Méditerranée, nous avons voyagé jusqu'au golfe de Gascogne, et nous connaissons la contrée qui est au delà de la Garonne. Nous allons revenir sur la rive droite de ce fleuve jusqu'à Albi et Castres, en partant de Paris et en passant par Bourges, et nous visiterons au retour les Cévennes et l'Auvergne.
Nous allons par Fontainebleau jusqu'à Montargis, que vous connaissez; de là nous gagnons Gien, ville de 5,000 habitants, l'ancien Genabum des Uomains. C'est de son château que Charles VII partit, d'après l'inspiration de Jeanne d'Arc, pour aller se faire sacrer à Reims. Charlemagne l'avait bâti; François F^et Louis XIV l'ont habité. L'édilice n'a de remarquable que ces souvenirs. Il sert aujourd'hui de sous -prélecture, d'hôtel-de-ville et de palais de justice. Gien fabrique de la faïence, et une cinquantaine de communes alentour font à peu près leur unicjue industrie de la fabrication des serges.
Sur l'autre rive delà Loire et en la descendant de quelques lieues, nous rencontrerions à Sully-sur-Loire un beau château, le vieuv manoir des sires de La 'rrcni()iiill(>. restauré par Maxiniilien de Réthune, duc de SulU, qui \int \ passer les dernières années de sa
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vie. Dans la grosse tour, qui a conservé le nom de Tour-Béthune, il avait installé l'imprimerie qui a servi à la première édition de son livre des Économies Royales. Une salle des gardes précède l'appartement de l'illustre et austère ministre; des aigles armés de la foudre sont l'ornement des plafonds. Henri IV a logé dans l'étage supérieur. Sur un petit théâtre construit plus tard (Sully songeait peu à ce genre de divertissement) Voltaire a joué la tragédie; une partie de la Henriade a été écrite à Sully.
Aubigny est une petite ville de 2,000 dmes, où presque chaque maison est un lavoir et un comptoir des laines de la Sologne. Les ruines d'un vieux duîteau l'ont un assez bon effet.
Sur notre gauche nous laissons Henrichemont , jolie petite ville de 3,000 habitants, bien bâtie. Au xv siècle elle avait nom Boisbelle; auiour de son cluUeau s'arrondissait un territoire d'une douzaine de lieues, appartenant à la maison d'Albret. Les sires d'Albrel disaient ne tenir leur suzeraineté de Boisbelle que de Dieu et de leur épée. Henri IV, Louis XIII et même Louis XIV ont confirmé auv seigneurs de Boisbelle tous les droits royaux et celui de battre monnaie en leur nom et à leur elTigie. Ce fut Sully qui fit bâtir la ville et lui donna le nom d'Ilemichemont, en llionneur d'Henri IV. Cette principauté resta dans la maison de Béthune jusqu'en 1769.
Entrons dans Bourges, l'antique Avariruni , qui soutint un glorieux siège contre César. Dans tout le cours du moyen âge, Bourges a joué un rôle important. Il s'y est tenu sept conciles. Son université, qui datait, assure- t-on, du règne de saint Louis, a compté parmi ses professeurs Alciat et Cujas, dont les écrits sont encore aujourd'hui médités par nos jurisconsultes. La jeunesse de toutes les nations de la chrétienté venait alors étudier à Bourges. Charles VII, qui y trouva un refuge dans les premières années si malheureuses de son règne, et une population animée de la haine de l'Anglais, déclara en récompense qu'à l'avenir le maire et les échevins de Bourges seraient nobles. Quatre archevêques de Bourges sont devenus papes, et trente sont honorés comme saints. L'église de Bourges a été longtemps considérée comme la métropole du midi
de la France ; elle était placée au même rang que les églises de Lyon et de Reims.
La décadence de Bourges , aujourd'hui réduite à 23,000 habitants , logés au large dans une enceinte d'une lieue, derrière de fortes murailles et quatre-vingts tours épaisses et assez bien conservées, date du milieu du xiv siècle. Un incendie dévora la moitié de la ville. A peine commençait- elle à se relever d'un tel désastre que, dans le siècle suivant, un nouvel incendie consuma plus de (rois mille maisons. Son commerce succomba sous ce dernier coup. Les fabricants de drap, et le nombre en était considérable, portèrent en d'autres contrées leur industrie. Lyon, où l'on transféra deux foires qui jusque alors s'étaient tenues à Bourges, fui une des villes qui tirèrent le plus d'avantages de celle révolution commerciale. Moins de cent ans après, la pesie survint, comme pour achever l'ouvrage des deux incendies, et enleva ])lus de 5,000 fîmes.
L'édifice actuel de la cathédrale date du milieu du i\^ siècle. Elle occupe la partie la plus élevée de la ville et domine toute cette plaine qu'arrosent les rivières d'Auron, d'Yèvre et d'Yévrette. C'est un parallélogramme qui, comme les anciennes basiliques, se termine à l'orient par un hémicycle; l'entrée est à l'occident. Au-dessus d'un perron de douze marches se développe un portail surmonté de deux belles tours d'inégale hauteur, qui a plus de 56 mètres de long, à trois étages, ornés de plusieurs galeries à balustrades gothiques et d'une magnifique rosace, et percé de cinq portiques donnant entrée dans l'église. Le portique principal et central est décoré d'un bas-relief représentant le Jugement dernier. Les figures d'apôtres et de saints qui remplissaient les niches de ce superbe portail, mutilées lors des guerres de religion du xvi" siècle, n'ont jamais été réparées. La plus haute des tours s'écroula en 1506, événement que l'on a consigné dans cette inscription sur celle qui l'a remplacée et qui a plus de 72 mètres jusqu'à la pointe du clocher :
Ce fut l'an mil cinq rent et six .
De décembre le dernier jour, Que par un londement mal pris De saint Ktienne chut la tour.
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La tour neuve s'appelle aussi tour de Beurre , parte qu'elle a été bâtie en partie avec le produit des dispenses pour user de beurre et de lait en carême. Elle n'a conservé qu'une seule de ses douze cloches de cette époque. Elle n'a pas moins de C6 mètres de haut et porte une grosse horloge à timbre. Dans la crainte qu'il n'arrivât également malheur à l'autre tour, la tour Sourde, c'est-à-dire sans cloche , on a bâti , pour la soutenir, un énorme pilier et une arcade voûtée, travail qui fait l'admiration des architectes.
L'intérieur de l'église présente cinq rangs de nefs , séparés par soixante colonnes. La nef principale a 58 mètres d'élévation sous clef de voûte. La voûte est formée par une suite d'arceaux à ogives. Le jour descend par cinquante-neuf grandes fenêtres ornées de beaux vitraux dont quelques-uns datent du xii^ siècle. La grande rosace est d'une richesse de couleurs prodigieuse. Les stalles du chœur sont d'un beau travail. Dans l'église souterraine est le tombeau de .lean L' duc de Berri. Parmi plusieurs statues, d'anciennes lombes détruites en 1793, celle du maréchal de ]\rontigny est à remarquer. Un beau souvenir se rattache aux fonts baptismaux. C'est là que fut baptisé le grand Coudé. La sacristie est une magnifique chapelle gothique bâtie par Jacques Cœur.
Ce Jacques Cœur, né à Bourges, était un banquier ou, comme on disait alors , un argentier célèbre , le commerçant le plus riche de son temps. 11 employait jusqu'à trois cents agents dans l'Italie et le Levant. Sous le titre d'argentier du roi, il admiiu'stra les revenus de Charles Vlï , à qui auparavant il avait prêté , dans les mauvais jours, des sommes considérables. Il se fit construire à Bourges , en 1443, un hôtel qui est décoré de sculptures gothiques d'un beau fini, et qui sert aujourd'hui d'h(Mel-de-ville. Au-dessus de la porte de la plupart des salles , un bas-relief indique l'usage auquel elles étaient destinées. Dans la chapelle, des deux côtés de l'autel, sont deux réduits dont chacun a sa cheminée et sa petite fenêtre. C'est là que Jacques Cœur et sa femme entendaient la messe au coin d'un bon feu et fort commodément , comme vous voyez. Sur les arceaux de la voûte de la chapelle sont des rouleaux où sont écrites les difle-
renies parties de roffîce , que des figures sculptées semblent chanter. Lne tour Irès-élevée servait d'observatoire sur la campagne ; et sur
des vi(rau\ de couleur, à l'une des fenôtres des greniers, sont peintes deux figures dont l'une a un doigt sur la bouche et l'autre de longues oreilles. Tout autour on lit sur des banderoles ces mots : Bouche close. — Entendre. — Dire. — Faire. — Taire. Du reste, ils se trouvent sur la plupart des panneaux de l'hôtel , ainsi que la devise favorite du maître de cette singulière habitation : A vaillants cœurs rien d'impossible , autour de ses armes, qui sont des coquilles de pèlerin de Saint-Jacques avec des cœurs.
Un autre enfant de Bourges, et celui-ci eut mieux qu'un cœur vaillant, il eut un cœur ardent pour la foi et la charité , Bourdaloue, né en 1 632 , mort en 170i , a marqué sa place parmi les plus grands orateurs chrétiens. La bibliollièque peut montrer aux visiteurs un Salluste sur parchemin du ix* ou dn x^ siècle, el deux autres
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manuscrils très -curieux pour les jurisconsultes et les historiens, ainsi qu'une Bible in-P du xii' ou du xm" siècle ornée de lettres parfaitement enluminées.
On remarque encore à Bourges l'obélisque égyptien élevé à la mémoire de Charost-Béthune dans le jardin public qui dépend de l'archevêché.
L'industrie de Bourges est aujourd'hui peu active, mais la richesse agricole de toute cette contrée est grande. Elle a du fer de qualité supérieure , du bois , du vin en abondance ; ses excellents pâturages sont couverts de bestiaux qu'on engraisse pour l'approvisionnement de Paris , et surtout de nombreux troupeaux de moutons mérinos. Que lui manque-t-il ? des débouchés.
Au lieu de passer par Chûteauroux , que nous connaissons , nous laisserons sur notre droite Issoudun , belle ville de 12,000 dmes, et nous gagnerons la Châtre, jolie et fort ancienne ville (4,500 habitants), élevée sur l'emplacement d'un camp romain. Elle a fait une maison d'arrêt d'une tour énorme , dernier débris de son château fort. Son territoire est un des plus fertiles et certainement le plus pittoresque du Berri. Un grand commerce de châtaignes nous annonce qu'il n'y a que la Marche , ou le département de la Creuse, entre nous et les châtaigneraies du Limousin.
De la Châtre nous irons à Guéret , jolie ville de 4,500 habitants , qui doit son origine à un couvent fondé vers l'an 720 par saint Pardoux , et à un château , résidence des comtes de la Marche.
Peu d'artistes manquent d'aller visiter à sept lieues de là, au village de Crozant , au lieu où la Fedelle se jette dans la Creuze, les restes imposants d'un château fort où l'on reconnaît des traces d'architecture romaine et gothique. Bâti à plus de 60 mètres d'élévation sur des rochers escarpés, ses murs ont, dans plusieurs parties, près de 7 mètres d'épaisseur. Une des six tours, qui subsiste encore, a près de 25 mètres de hauteur. Dans la cour la plus intérieure est un puits profond creusé en cAne avec beaucoup d'art. C'était la dernière ressource de la garnison; car dans lune des tours est pratiqué un escalier fort élégant, par lequel on descendait puiser
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l'eau à la Creuse. Celle immense forteresse , regardée comme imprenable avanl l'invention de la poudre, pouvait loger 10,000 hommes , el 6,0C0 y Irouvaient un lerrain pour les exercices. Elle fui démantelée sous le ministère de Richelieu.
Les voyageurs curieux de portrails historiques vont à Sainl- Germain- de-Beaupré demander l'enlrée d'un château qui fut habité par Henri IV, el où mademoiselle de Monlpensier fui exilée. Dans l'apparlemenl qu'occupa le roi , on montre son porlrail , celui de ses enfants el de plusieurs seigneurs de sa cour. D'autres salles renferment un porlrail en pied de Louis XIV à soixante ans , el aussi celui de madame de Mainlenon et de beaucoup de grands seigneurs el grandes dames du lemps.
Tu as souvent entendu nommer la ville d'Aubusson à propos de lapis , ma chère Henriette ; elle mérite bien que nous nous dérangions un peu pour la connaître. Au milieu d'une contrée aride el inculte , dans une gorge où coule la Creuse , entourée de montagnes et de rochers , deux légions romaines auxquelles César avait confié le soin de garder le pays, bâtirent une forteresse. Après la défaite d'Abdérame par Charles-Martel , quelques Sarrasins échappés au carnage arrivèrent par hasard en ce lieu , et demandèrent asile au seigneur que la suite des siècles avait rendu possesseur du château. Parmi eux étaient des tanneurs, des tapissiers el des teinturiers, car la civilisation arabe était alors bien plus avancée que la nôtre. Le sire d'Aubusson permit à ces malheureux d'établir à côté de lui leur industrie , dont sans nul doute il lira bon profil , d'autant mieux que justement les eaux étaient excellentes pour la teinture des laines et la préparation des cuirs. A^oilà l'origine de la ville d'Aubusson. Cela se passait au commencement du viii*^ siècle. En 1636 le château fut démantelé par ordre du cardinal de Richelieu. On y a trouvé une grande quantité de médailles romaines el plusieurs monnaies des premiers âges de notre monarchie. Il renfermait dans sa vaste enceinte extérieure de grands bâtiments, un monastère et plusieurs églises. On en \oit encore des ruines considérables où l'on leirouve les traces de constructions romaines.
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Sous le ininislère de Colbert , assure-t-on , Aubiisson compta 12,000 habitants; il n'en compte pas plus rie 5,000 aujourd'hui.
En ta qualité de femme, tu as, Henriette, sur ton frère l'avantage de savoir faire de la tapisserie , et tu sais que cet art consiste à exécuter à l'aiguille, sur un canevas, avec de la laine ou de la soie de diverses couleurs , un dessin représentant un objet quelconque. 11 n'en est pas tout à fait ainsi dans les manufactures. Les fils colorés , nommés brins, s'appliquent autour de fils non colorés qui portent le nom de chaînes. Quand on se sert d'un métier où les chaînes sont tendues horizontalement , on dit que c'est de la tapisserie de basse lisse. Lorsque le métier tend les chaînes verticalement , c'est de la tapisserie de haute lisse. Aubusson fabrique, sur une assez grande échelle, les tapis ras et veloutés et aussi de la moquette. Dans le tapis velouté, qui se fait à haute lisse, les chaînes sont en coton et le tissu forme un velours dont chaque point est arrêté à la chaîne par un nœud , ce qui leur donne une inaltérable solidité que le frottement et l'usage ne font que rendre plus grande encore , puisque leur eflel est de serrer le nœud avec plus de force. Ce sont des femmes qui exécutent ces tapis. Dans le tapis ras, qui se fait entièrement à basse lisse , le dessin s'exécute à l'envers et par la trame. Leur perfection dépend de l'intelligence de l'ouvrier qui copie un tableau et qui est presque un artiste. La moquette se fabrique aussi facilement que les tissus de soie depuis que l'on a appliqué le métier Jacquart à l'art de la tapisserie.
Aubusson a pour cette industrie deux rivales, ses deux voisines , les villes de Guérel et de Felletin. Cette dernière ville , fort ancienne, eut jadis un temple à Vénus surnommée Félix. Dès le xiv'" siècle elle posséda des manufactures de draps assez importantes.
Voulez-vous connaître l'origine du mot rro<iuant , dont notre ami La Fontaine a fait usage dans ses fables? Les croquants datent de 1592, au commencement du règne de Henri IV; c'étaient des paysans insurgés, et ceux de la commune de Crocq, auprès d' Aubusson, avaient donné le signal. L insurrection des croquants dura quatre ans. Il fallut envoyer contre eux le maréchal de Matignon j
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ils résistaient avec avantage aux deux gouverneurs du Limousin et de la Marche.
Cette population de la Creuse est certainement la plus émigrante de toutes celles de notre France. Le dixième de la population , '25,000 hommes, et ce dixième se compose de tout ce qui a de la jeunesse et de l'aclivilé, se répand chaque année sur la surface du royaume et principalement à Paris pour y demander du travail et y exercer les professions de tailleurs de pierre , maçons , couvreurs. Quand est venu l'hiver ils rentrent au pays , rapportant à leurs femmes et à leurs enfants les produits de la bonne saison : la fourmi n'est pas plus prévoyante ni plus régulière.
Bajazet , que Tamerlan traita si mal , et qui fut , dit-on , promené dans une cage de fer à la suite des armées de son vainqueur, avait traité lui-même assez mal el chassé de l'empire ottoman son frère puîné, le prince Zizim, son compétiteur à la couronne. Pierre d'Aubusson , grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, accueillit dans l'île de Rhodes le prince fugitif, et, pour le mettre à l'abri des embûches de Bajazet , il le fit passer en France. Zizim habita d'abord le château de Rochechouart en Dauphiné, d'où il fut transféré au grand prieuré de Bourganeuf dont Pierre d'Aubusson clait commandeur. Nous verrons à Bourganeuf la tour de Zizim, (jui fut, dit-on, construite par lui. C'est une tour ronde à niilchicoulis. Dans l'épaisseur de la muraille esl pratiqué un fort bel escalier en limaçon. On a plus fard surmonté la plate-forme d'une toiture conique, et l'on a gâté ainsi le caractère original de l'édifice. Au rez-de-chaussée étaient des bains disposés h l'orientale.
La route de poste fait un long détour pour passer à Limoges, que nous avons déjà visitée. Nous prendrons une route départementale qui nous conduira à Tulle, autrefois capitale du Bas -Limousin. C'est une \ilk' de 10,000 âmes, située au conlluent de la Corrèzeet delà Solane. De toute part s'ouvrent de verdoyants aspects. L'horizon n'est pas vaste, mais il esl evtrèmemeni varié. Le flanc des montagnes distribuées enterrasses qui l'ormenl des étages est couvert de chàluigneraies , el à coté s'étendent des cultures de toute sorte parmi
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lesquelles domine celle du maïs. L'antique Tulle a joué un grand rôle dans la légende. SainI Martial, apôlre d'Aquitaine, y fit, selon quelques écrivains, sa première prédication \ers l'an i6 de notre ère. La tradition locale raconte qu'il y fut battu de verges dans la ruelle appelée encore dcl Tour de l Seule. Naguère encore on voyait à cet endroit une image expiatoire qui rappelait le fait. Vers l'an 360, saint Martin fonda le célèbre monastère de Saint-Martin-de-Tulle sur le terrain qui s'étend entre les anciens murs du château et la Corrèze.
Pour retrouver des traces de l'époque romaine autres qu'une tour carrée située sur un mamelon isolé et attribuée aux Romains , il faut aller à une lieue au nord de Tulle , au petit village de Tinlinac. On y peut voir (pielques restes d'un cirque. On a découvert une tète de Jupiter Olympien, en pierre à craie, d'un ciseau très-pur; une tête d'empereur romain et une tète de jeune femme, toutes les deux de relief, en beau marbre d'Italie, collées sur table de marbre noir, mais d'une exécution médiocre.
Tulle doit aux artistes du moyen âge une église semi-golliique , semi-carlovingienne , dont la flèche élancée ne manque pas d'élégance. Quelques maisons ornées de sculptures originales , en partie dans le style de la renaissance, témoignent de l'opulence des familles qui les ont jadis habitées. .le me rappelle surtout la maison Sage ou maison de l'Abbé sur la place principale , maison du \iv* siècle, ou, selon M. Mérimée, du xvi% dont la façade, parfaitement conservée, porte des arabesques sculptées du meilleur goût et d'une exécution parfaite. Tu sauras, Henriette, d'où vient l'espèce de dentelle qui porte \o nom de tulle. .le te dirai à toi , Guillaume, que Tulle a une manufacture royale d'armes à feu qui peut donner amuiellement 36,000 fusils.
Un vieux proverbe dit : Qui a mdisnn n Czerehe a château eu Limosin. C'est que jadis les maisons d'Uzerche étaient pour l'ordinaire décorées d'une ou plusieurs petites tours qui leur donnaient un certain air de castel. Plusieurs subsistent encore. Hien de plus pittoresque que la vue dont on jouit des maisons (pii regardent à
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l'est. A ses pieds, on 'a des jardins soutenus par des terrasses d'une grande élévation; au bas de ces terrasses, la roule de Paris à Toulouse; plus bas encore, et à une grande profondeur, la Vézère qui semble sortir du Peuch ou mont) de Chammarl. La rivière se trouve dominée à plus de 100 mètres par le clocher de l'église paroissiale. En face s'élève le Peuch Groslié , dont le sommet arrondi se couvre de moissons , tandis que ses flancs se hérissent de rochers , et qu'à sa base se déroulent des prairies ombragées par de beaux bouquets d'arbres.
De vieux auteurs ont qualifié Uzerciic la \ille royale, la seconde ville du Limousin. Ce dernier titre lui fut vivement contesté pendant des siècles par Tulle et aussi par Brives , alors qu'il s'agissait d'obtenir le siège de la sénéchaussée de la province. Aujourd'hui, c'est Uzerche qui a succombé. Elle a la douleur de voir ses deux anciennes rivales devenues préfecture et sous-préfecture. Sa population n'est que de 3,000 /imes.
Brives, ou Brives-la-Gaillarde (9,000 habitants . doit son nom à sa jolie situation dans le vallon de la Corrèze, au milieu de prairies que bordent d'un cùlé des coteaux vignobles , et de l'autre des collines boisées. La ville elle-même n'offre aux curieux qu'une maison gothique décorée de sculptures.
Après avoir passé la Dordogne , nous nous détournerons sur noire gauche pour un pèlerinage à Rocamadour, dans la vallée de l'Alzou. Sur un rocher dans lequel on a taillé deux cents marches , s'élève une petite église dédiée à la sainte Vierge, et au-dessous une église souterraine ou grotte dédiée à saint Amadour. (^n fait remonter l'origine de cette église aux premiers temps du christianisme. Au mur extérieur est appendu, par une chaîne, un grand morceau Âe fer qu'on désigne sous le nom d'épée de Roland. De l'autre c(Mé de notre route , nous laisserons Tiourdon , ancienne ville de 5,000 jlmes , située sur une butte sablonneuse el triste , et adossée à un rocher. Les crevasses de ce rocher se sont peu à peu remplies d'une terre humide d'où s'élèvent des touffes de ])eupliers , qui forment au-dessus des maisons de grariciix ombrages.