DE PARIS A LYON, ROUTE DU BOURBONNAIS
Ui'beil. — Foiiliiinc'hltiiu. — Moiilargis. — .\cvers. — Moulins. — RuaiiMc. — Lvoii.
ous sortirons aujourd'hui de Paris par la barrière d'Italie, ainsi nommée parce qu'en effet la route qui part de cette barrière est celle qui conduit en Italie.
Cette niasse énorme de bâtiments d'un aspect si sombre, que vous voyez tout d'abord à votre droite sur une petite hauteur, c'est Bicètre. Sur ce même lieu séleva d'abord en 1250 un couvent de chartreuv , puis une maison de plaisance bâtie par un évêque anglais, Jean de Winchester (dont le nom a été corrompu en celui de BicOtre); puis un magnifique ch;\t<'au décoré par les plus habiles artistes et à l'usage d'un prince du sang royal, Jean, duc de Berry; puis, sur les ruines du château, des bâtiments que Louis XII fit construire pour servir de retraite auv soldats mutilés. Lorsque Louis XIV eut fait élever le magnifique hôtel des Invalides, Bicêtre servit d'hùpital. Aujourd'hui Bicêtre offre 2,200 lits àni vieillards indigents, qui y sont admis à l'âge de soixante -dix ans. Une partie des bâtiments est consacrée à recevoir des fous ; mais la population la plus nombreuse est celle des détenus , ([ui s'élève paifois jusqu'au chiffre de i,000.
Le puits de Bicètre est un des ouviages les plus curieux de ce genre. 11 a plus de 3 mètres de diamètre et près de 60 mètres de profondeur. Il est creusé dans le roc vif, et d'abondantes sources y
enlrelionnent, sans jamais avoir tari, de l'eau à la hauteur de 3 mètres. Deux énormes seaux , mis en mouvement par un manéji:e , puisent alternativement et se remplissent par leur fond au moyen de quatre soupapes. Ils alimentent un réservoir en plomb laminé de la contenanee de 4,000 muids ; des tuyaux souterrains distribuent ensuite l'eau dans toutes les parties de rétablissement.
Le second relai de poste que nous icncontrons présente quelques maisons réunies sur le bord de la route : on nomme ce lieu la Cour-de-France. C'est là que, dans la nuit du 31 mars au f' avril 1814, Napoléon, accourant au secours de Paris, reçut la terrible nouvelle de la capitulation qui en avait le matin même ouvert les portes à l'ennemi. La garde impériale venait d'arriver à marches forcées à Fontainebleau; le reste de l'armée la suivait. Il était nuit. Napoléon, inquiet et n'ayant reçu aucun courrier depuis deux jours, s'avança au galop , presque seul, jusqu'à la Cour-de-France, à trois lieuçs environ de la barrière. Là il rencontre le général llullin qui sortait de Paris , descend de cheval , le prend par le bras , et , en se promenant avec lui sur la route couverte de boue , sous un ciel nuageux , aux pfUes clartés de la lune qui se montre par intervalles, le sou\erain, déjà tombé (car à ce moment même des membres du sénat rédigeaient pour le lendemain l'acte de déchéance) , ai)prend que les troupes françaises commencent le mouvement d'évacuation , et que dans (pielques heures les ennemis auront pris possession de la ville.
Au village de.Iuvisy, la modeste rivière de l'Orge, au sortir d'une riche vallée qu'embellissent de déhcieuses maisons et de beaux châteaux modernes, s'enorgueillit d'un pont plus monumental que ceux (le plusieurs grands fleuves. 11 se compose de deux ponts superposés : l'un (le sept arches, supportant le second d'une seule arche sur h^- (piel passe la grande roule. Il est orné de deux belles fontaines avec des bas-reliefs de Coustou.
Laissons sur notre gauche la vieille ville de (]orbeil , qui est comme la ni(''re iiourrici(''r(' de notre Paris. Ses 4,500 habitants s'occupent surtout à moudre les blés (juc leur expédient les gros fermiers iU\ la
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Beauté, et ses nombreux moulins à eau travaillent jour el nuit. Le chemin de fer d'Orléans a un embranchement sur Corbeil.
Tu aimes les robes à bon marché , Henriette , et tu as raison, d'au- (ant plus qu'en France le bon marché de nos toiles peintes n'exclut pas le bon ^oùi des dessins. Le bourg d'Essonne a été chez nous le berceau de celle industrie. Quelques années avant la révolution, un simple ouN rier teinturier, Oberkampf , après avoir fondé , presque sans capitaux , au village de Jouy près Versailles , la première fabrique d'indieimes (ju'ail possédée noire patrie, enridiit plus tard Essonne d'un superbe établissement de ce genre. Napoléon le récompensa en lui donnant de sa main la croix d'honneur. Nous rencontrerons dans nos voyages, ma chère fille, d'autres occasions de visiter une fîibrique de toiles peintes; pour aujourd'hui nous allons, (juillaume e( moi , entrer à la poudrerie d'Essonne et apprendre comment se fabrique la poudre à canon.
C'est un mélange de salpêtre pur, de charbon pulvérisé et de soufre. On convertit en charbon les jeunes pousses de fusain (arbrisseau que les paysans appellent le bonnet de prêtre) , de tilleul , de peuplier, de bourgène ou bourdaine, les chenevottes et autres bois légers 5 puis on pulvérise ce charbon à l'aide de pilons de bois battant dans des mortiers de bois. Les poudres anglaises et suisses ont dû longtemps leur supériorité sur la nAtre à la bonne préparation de ce charbon. Les pilons sont mis en mouvement par une roue de moulin. On fond le soufre en gros morceaux cylindritjues , et on le soumet de même au battage pour le réduire en poudre. On mêle ensemble le soufre et le charbon en certaines proportions qui varient selon la quantité de poudre qu'on veut obtenir, et on mêle par le battage et en mouillant , pour bien incorporer ces substances l'une dans l'autre ; enfin on introduit le salpêtre convenablement purifié el pulvérisé, et l'on bat de nouveau avec un peu d'eau.
On fait ainsi un pain, à peu près sec, d'une substance friable qu'on agite ensuite dans une machine cylindrique. La rotation de la machine brise le pain en fiagments qui passent successivement par les trous d'un premier crible , puis par ceux d'un second (M d'un troisième , etc.
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La bonne qualité de la pouclre dépend de celle des substances que l'on emploie, principalement du salpêtre, et aussi de leur mélange; inlime. On en dislinj^ue (rois espèces : celle de guerre, celle dédiasse, et celle dont on se sert dans les mines.. La poudre de cbasse contient plus de salpèlre et est plus soigneusement granulée que celle de guerre, et celle-ci plus que la poudre de mine.
La poudre de mine est mise dans des sacs de toile contenant 50 kilog. , qu'on enferme dans un baril ; la poudre de guerre est mise dans des barils de 50 à 100 kilog. qui sont enfermés dans des chapes ; la poudre de chasse fine est mise dans des cartouches de fort papier doublé d'une feuille de plomb, renfermées dans des caisses. Les Anglais mettent leur poudre dans des barils en cuivre , qu'ils l)réfèrent aux barils de bois.
Tu as expérimenté par toi-même qu'il sulïit du contact de la moindre étincelle pour que la poudre s'enflamme subitement. La poudre en brûlant se dilate à un degré extrême, et de cette expansion énorme résulte la force des gaz, qui, s'ou\rant un passage pour sortir de l'arme , chassent au loin la balle ou le boulet.
Un Mire de poudre auquel tu mets le feu se transforme en différents gaz qui occupent , pendant un court instant , un espace représenté par quatre mille litres.
Le gouvernement s'est réservé le monopole de la fabrication de la poudre. La fabrication et la vente clandestine exposent à la peine d'un mois à deux ans de prison, et à une amende qui peut s'élever jusqu'à 3,000 francs.
Nous touchons à la forêt de Fontainebleau , si dière aux Parisiens , (jui ne manquent pas d'y faire de nombreux pèlerinages et de venir s'ébattre dans ce paradis de 3i,000 arpents et de 12 lieues de tour. Nulle forêt en France ne icnferme, assure-(-on, des sites plus pittoresques et des pins plus majestueux. Ce fut dans ces beaux lieux (|ue Lantara , simple vacher d'Achères , se dit un jour en gardant son bétail : Et moi aussi je suis peUitre! Il devint en effet un de nos bons |)aysagisles.
La forêt a également son côté utile. Grâce à ses carrières de grès
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qu'elle nous expédie en pavés, noire- Paris a cessé d'être fanj2:eu\ comme il l'élail dans les siècles précédents, avant que notre roi Philippe-Auguste eût imaginé d'en revêtir le sol des rues princil)ales, afin de neutraliser l'infection qui s'exhalait des flaques d'une eau stagnante. Le grès se présente dans tous les environs de Fontainebleau par rodies de plusieurs lieues de longueur. A l'aide de marteaux d'acier, des ouvriers exercés attaquent ces masses, les fendent et les débitent sous la forme qu'ils veulent. Ils en font des bornes, des dalles, des auges, des meules, et surtout des pavés. On dislingue les grès tendres, que l'on néglige ou que l'on réserve pour l'écrasage , et les qualités de grès plus ou moins dures. Faisons des vœux pour que l'on trouve un meilleur mode d'exploitation; car ces malheureux carriers sont exposés à de terribles maladies causées par des parcelles imperceptibles qui pénètrent dans leurs organes. Dans la forêt de Fontainebleau se trouve le beau sable blanc avec lequel se fabriquent les magnifiques cristaux , et surtout celui que les Anglais ont nommé flinl-ylass.
Quittons les frais ombrages pour le château royal, dont l'origine remonte au delà du xii'' siècle , et qui servit souvent de résidence à Louis VII et à Philippe-Auguste. Saint Louis el presque tous ses successeurs travaillèrent à l'embellir. François P"^ restaura la ruine du premier édifice, lui donna une physionomie nouvelle, et appela pour le décorer les plus habiles artistes de l'Italie, entre autres Benvenuto Cellini. Ces belles peintures à fresque, qui subsistent depuis trois siècles, sont de Primatice el de Rosso. Henri II, Charles IX et Henri III ajoutèrent quelques constructions; Henri IV dépensa pour le même objet plus de 2,i00,000 francs, somme énorme |)our l'époque. Ses successeurs exécutèrent également d'importantes améliorations. Napoléon y consacra plus de 6 millions. Louis- Philippe y a fait à son tour de nombreuses restaurations.
Nous nous ferons montrer le guéridon sur h^piel l'empereur signa son abdication. Je ne vous propose pas de mettre un prix à la pUnne dont il se servit dans celle circonstance ; le gardien se ferait pourlanl un plaisir de nous la céder, mais vous de\inerez sans peine la
raison de mon indifférence pour celle offre bénévole. Ce guéridon, ainsi que beaucoup des labiés el fauleuils donl Napoléon se servait d'iiabilude , porle l'empreinle de coups de canif. Cesl dans la cour du Cheval blanc, du haut de l'escalier en fer à cheval, d'une conslruclion fort curieuse, qu'au moment de partir pour son exil à l'île d'Elbe , Napoléon fît ses adieux à sa vieille garde.
Les somenirs historiques sont bien sérieux pour loi, Henrielle, et tu me sauras gré de (e conduire vile dans le parc. Nous nous promènerons le long du beau canal, qui a plus d'un quart de lieue de longueur, el qui esl alimenté par une belle cascade. Après quoi, nous visiterons la sui)erbe treille du roi, qui, pour la longueur, ne le cède pas au canal.
Nous respecterons le raisin de Sa Majesté , qui d'ailleurs esl encore à l'état de verjus dans ces premiers jours des vacances ; mais , (piaïul viendra l'époque de la vendange, nous irons à deux lieues, an bourg
de Tliomcry, deniandcM* la permission de cueillir de noire main quelques-uns de ces superbes raisins dorés, connus sous le nom de chasselas de Fonlainebleaii.
Les treilles de celle commune livrent chaque année au commerce pour 4 à 500,000 francs de raisins. La vigne y est l'objet de trèsgrands soins. Le raisin, cueilli vers le milieu du jour, à l'heure où il est bien séché par le soleil , est transporté avec le moins de secousses possible chez le propriétaire. Là , chaque grappe esl visitée, débarrassée des grains défectueux, et déposée dans un panier garni de feuilles de fougère. Ces paniers, qui contiennent environ trois livres , sont arrangés avec tant d'habileté qu'ils peuvent voyager sans dommage , non-seulement jusqu'à Paris , mais encore dans presque toute la France, et même en Angleterre; car elle accapare maintenant la presque totalité de ce raisin, qui coûte jus^^ qu'à 1 franc le demi-kilogramme.
Ce n'est pas tout : le prudent cultivateur garde en réserve une bonne partie de sa récolte pour la vendre beaucoup plus cher encore dans le courant de l'hiver, jusqu'aux mois de mars et d'avril de l'année suivante. Vous comprendrez, d'après cela, comment il se fait qu'un demi-hectare de terrain , garni de ses murs et de ses treilles, vaille aujourd'hui dans la commune de Thomery la somme énorme de 15 à 20,000 francs.
A une lieue au delà de Fontainebleau et dans la forêt, une croiv élevée sur le milieu de la route indique le lieu où Napoléon \iiil recevoir le pape Pie VII , lorsque celui-ci quitta Rome pour sacrer l'empereur. Quelques années plus tard, ce même pontife, par la Noionté de celui qu'il avait couronné, revenait, mais celte lois en captif, habiter le château de Fontainebleau, qui fut pendant deu\ ans sa prison.
Nous voici à Nemours, joHe petite ville de 4,000 âmes, importante place forte à l'époque des guerres de l'Anglais contre Charles A'II. Remarquez cette petite rivière que nous allons passer sur un beau pont dont rarchilecle Perronel a donné les dessins ; <'est le I.oing, dont les eaiiv alinienleiil le caiiiil (|ui unit la Loire à
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la Soino, cimnl (jui porlc le triple nom d'Orléans, do Briaro el du Loing.
Ilciiri IV le commença en IG05. La mort de ce prince elles guerres que Louis XIll eut à soulenir caust rent une inlerruplion dans les travaux , qui ne furent repris qu'en 1638. La navigation fui ouverte en 1G42. Le canal a 31 écluses , et a coûté six millions et demi, ce qui en rej)résenterail à peu près dix aujourd'hui. 11 est la propriété d'une compagnie; on évalue son produit à 420,000 francs, dont le (juart se dépense en frais annuels.
Montargis , ville de 7,300 âmes, lui doit sa prospérité moderne; car, de son ancienne splendeur militaire et de son vaste ch.lleauforl, construit par Charles V el qui pouvait recevoir une garnison de (3,000 hommes, il ne reste plus que des ruines. On raconte qu'avant ce château s'éleva sur cette même colline une immense tour bâtie |)arClovis. Vous connaissez la célèbre histoire du chien de Montargis, ce fidèle animal à qui le roi Charles VIII accorda le combat contre le chevalier Macaire, assassin de son maître, Aubry de Montdidier. Ce duel entre l'homme armé d'un bâton el le chien à qui l'on avait accordé un tonneau percé poui refuge, était représenté en bas-relief sur l'une des immenses cheminées du vieux château.
Ce (bateau a longtemps fait partie du domaine de la couroiuie, <'t les rois de France y ont souvent tenu leur cour. La salubrité de la contrée était proverbiale. Tu n'apprendras pas sans plaisir, Henliette , que Montargis est la patrie de notre grand peintre Girodet , dont lu as admiré le beau tableau d'Alala et la Scène du Déluge.
Au sortir de Montarpis, on entre dans un pays plat et peu fertile ; |)uis , au bout de ([uelques lieues, la roule s'élève sur une colline, et tout à coup se déploie un des plus magnifiques panoramas : les regards embrassent de riches coteaux vignobles , des plaines couvertes de moissons, de ravissantes prairies, de sombres forêts, et le cours de la Loire sillonné par des embarcations de toute grandeur.
Briare est un bourg tout moderne, qui s'est formé \)cu à peu au point on le (anal vient déboucher dans la Loire.
Il n'en est pas ainsi de Cosne , (|ui, sous les Bomains , portait le
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nom de Condale , el élail déjà défendue par un château. Si nous avions le temps de remonter la petite rivière du Nohain qui se jette ici dans la Loire , nous rencontrerions de nombreuses usines où se travaille le fer et surtout l'acier. Cosne, qui a G, 000 habitants, sert d'entrepôt aux départements du Cher, de l'Yonne el de la Nièvre. Ils y versent tous les fers qu'ils produisent. La lourde ancre qui doit assurer le salut d'un vaisseau , et le couteau de pacotille que nos armateurs expédient aux populations à demi sauvages de l'Afrique ou de rOcéanie, passent par Cosne pour arriver à Nantes.
A ce commerce des fers, la Charité (5,000 habitants) joint celui des bois.
Quand vous serez arrivés à l'âge où l'on se connaît en vins, vous apprécierez les vins blancs de Pouilly, dont les gourmets font cas. Plusieurs rois de France sont venus jadis demander la santé aux eaux minérales de Pouilly. Elles ont perdu beaucoup de leur réputation , et sont aujourd'hui négligées.
Tu aimes la belle faïence , Henriette ; profitons de notre passage à Nevers pour apprendre comment elle se fabrique , car cette ville de 15,000 âmes a la réputation de donner au commerce la meilleure faïence pour la solidité et la dureté de l'émail. Elle se vend d'ailleurs à des prix très-modérés. Aussi Nevers en fournit abondamment Paris , l'ouest de la France , et particulièrement le bassin de la Loire. Elle occupe avec cette industrie environ 700 ouvriers.
Pour faire de la poterie quelconque, on choisit une argile infusible, c'est-à-dire qui supporte bien le feu; on l'épure soigneusement, on la corroie à l'eau, et on rejette, pour des usages moins délicats, la partie qui se dépose la première. Du second dépôt on fait une pâle qu'on colore avec divers oxydes métalliques, selon le goût du public. On y ajoute du sable qu'on a d'abord fait rougir et jeté dans l'eau , pour que le refroidissement subit le rende moins dur. Ce sable, broyé sous la meule, est mêlé à l'argile en proportion convenable. Moins il y a de sable , plus l'argile conserve sa propriété de résister au feu. Dans les poteries communes , il y a un quart de sable el trois quarts d'argile. Les creusets où l'on fcùl fondre les métaux sont fabriqués
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avec l'argile la plus pure; mais les creusets sont tort coûteux , et pour la solidité la poterie sulTit auv usages domestiques.
Lorsque la pâte est bien préparée , on la met à sec , et on la pétrit dans des moules si l'on veut obtenir des pièces plates. Les pièces creuses se travaillent au tour. On met ensuite les vases à Tétuve, où ils sèchent lentement; puis on les porte dans un four, où l'on entretient pendant quarante heures au moins , et pour l'ordinaire pendant plusieurs jours, un feu très actif.
On laisse refroidir peu à peu; puis on met Va couverte, c'est-à-dire qu'on étend sur le vase l'oxyde métallique ; pour la poterie ordinaire, c'est le plus souvent du minium ou oxyde de plomb , et l'on soumet de nouveau le vase à l'action du feu. Il y a des manufactures où la couverte est mise avant la première cuisson , en sorte que la poterie est faite par un seul coup de feu.
La couverte de la faïence est de Y émail; on l'obtient en faisant calciner ensemble du plomb et de l'étain. On broie ensuite à l'eau, et on ajoute du sable pulvérisé et du sel , ou de la soude , ou de la potasse. L'émail peut être rendu transparent ou revêtir diverses couleurs.
A cAté de sa belle fonderie de canons , Nevers a été la première à fal)riquer les chaînes-câbles en fer qui s'emploient pour la marine et pour les ponts suspendus, d'après le conseil de M. Charles Dupin, qui avait été frappé des avantages que la marine anglaise retire de celte invention. Cette fabrique employait déjà en 1837 de 100 à 120 ouvriers, et confectionnait par jour une longueur de 75 mètres de chaînes-câbles du poids de 1,500 kilog. On se sert du fer du Berri , corroyé , qui ne le cède en rien au meilleur fer destiné à cet usage dans la Grande-Bretagne.
Les amateurs d'antiquités honorent dans Nevers l'antique cité que César mentionne sous le nom de Noriodumim. Elle devait être déjà d'une grande imi)orlance, puisqu'elle servit de base à ses opérations niilil aires , et que , parlant pour une expédition éloignée, il y déposa les otages des cités soumises, ses bagages et sa caisse. On y montre des fragments de murailles romaines. Une autre enceinte, qui date
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(le la lin du xii' siècle, existe encore presque partout , mais plus ou moins dégradée. Elle liait (Mitre elles une suite de grosses tours rondes , casematées et couronnées de créneaux et de mâchicoulis, la porte de Croux est pour les artistes un monument précieux de l'architecture miUtaire du moyen âge.
Le portail septentrional de la cathédrale parait être du xii*' siècle, et le portail méridional du xx^ La tour, de forme carrée, est du xv!*" ; elle est chargée de sculptures et de statues gothiques d'un bel effet. Deux piliers ronds qu'on voit au bas de la nef sont un reste de l'église du x" siècle , que celle-ci a remplacée ; et quelques pans de mur de la chapelle Sainte-Juliette sont un reste d'une église du ix" qui n'eut qu'une courte existence. 11 est peu de nos vieilles cathédrales qui aient conservé de plus beaux vitraux , et celle-ci se recommande en outre par des tapisseries de haute lisse, qui ornent encore aujourd'hui le chœur. C'est un don de la comtesse Marie d'Albret qui les fit de ses mains , aidée des dames de sa cour. Elles représentent toute l'histoire du martyre de saint Cyr.
L'entrée de la ville, du coté de Bourges, est décorée d'un arc de triomphe élevé en 17iG à l'occasion de la victoire de Fontenoy. Ecoute bien ce distique , Guillaume :
Au grand liumine modeste, au plus doux des vaiuqueurs, Au père de l'État, au maître Ue nos cœurs.
Écoute encore cet autre :
Ace grand monument qu'éleva l'abondance, Reconnaissez Nevers et jugez de la France.
Oue dis-tu de cette poésie*? et si tu faisais de pareils vers, toi qui vas entrer en seconde , te sentirais-tu le courage de les signer? Eh bien ! mon cher ami , ces deux distiques gravés sur le monument , les Nivernais ne craignent pas d'assurer qu'ils sont échappés de la plume de Voltaire.
•Mais nous quittons la Loire après l'aNoir traversée sur un pool de \ingt arches, d'une construction assez lourde, et nous remontons le
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cours do r Allier, qui lournit à notre pharmacie parisienne une certaine quantité de sangsues. C'est peut-être par esprit de compensation et pour nous aider l\ iéi)aier nos pertes, (pie cett»; mOme contrée nous expédie de magnifiques bœufs qu'elle achète au\ contrées voisines pour les engraisser, aussi bien que des moutons ((u'elle réserve pour la \ill(» de Lyon.
Voici Moulins, qui n'a pas l'âge vénérable de Ne vers, et qui cependant offre le même chiffre de population. On ne trouve pas trace de son existence avant le \' siècle. En l'an 123i>, le comte Archambault ^'HI négocie avec les habitants , et en remplacement de la taille veut bien se contenter d'une redevance annuelle de 200 livres, monnaie courante. Trente ans plus tard , notre roi saint Louis fonde chez eux un hôpital ; mais ce n'est que dans le cours du xiv" siècle que Moulins prend un certain rang parmi les villes du royaume.
Ce que les artistes visitent à Moulins, c'est le tombeau du duc de Montmorency, décapité à Toulouse sous le ministère du cardinal de Richelieu. Ce tombeau, ainsi que l'église et le couvent de la Visitation lequel couvent est occupé aujourd'hui par le collège; , fut élevé en son honneur par les soins pieux de la duchesse sa veuve. Le duc est représenté à moitié couché sur un sarcophage, et s'appuie sur le coude; la duchesse est assise à ses pieds, voilée et en mante. Au\ deux cOtés sont deux statues qui représentent : la Valeur sous les traits d'Hercule, et la Libéralité. Derrière est un portique soutenu par deux colonnes, et près des colonnes, deux statues, la Noblesse et la Piété; au centre, une urne funéraire entourée d'un feston que supportent deux anges. Le fronton est couronné des armes de MontmorencN . Au bas du monument on lit une inscription latine, que je traduis pour Henriette : « L'an 1G52, et le vingtième de son deuil , Marie- Félicie des Irsins, princesse romaine, é'ieva ce mausolée à la mémoire de son digne époux, Henri II de MontmorencN, le dernier et le plus illustre des ducs de ce nom ; pair, amiral et niaiédial de France, la terreur des ennemis, les délices des Français; mari incomparable dont elle n'eut jamais à déplorer