‹ Voyage en France (volume 2)Chapitre 27 sur 38 · DE PARIS AUX FRONTIÈRES DU NORD · texte numérisé non relu

DE PARIS AUX FRONTIÈRES DU NORD

du tableau et d'un beau jubé. Voyez -vous ces quelques débris de murailles près de la rive droite de l'Aisne? ce sont les restes de l'abbaye de Saint-Médard. Charlemagne en avait fait bâtir le cloître. Louis-le-Débonnaire l'embellit, sans se douter que bientôt, détrôné par les enfants de son premier mariage , il aurait cette abbaye pour prison. On nous montrera une sorte de caveau qui sert aujourd'liui de cellier, et l'on nous dira que l'infortuné souverain décliu y fut renfermé. Je ne sais quelle main y a tracé les lignes suivantes : « Hélas ! que je suis prins de douleurs ! — Mourir mieux me vaudroit — que soufïrir telles empreintes. » Plus heureuse que cette abbaye, celle de Saint-Jean-des-Vignes , fondée au xi^ siècle, est encore représentée dans celui-ci par deux tours. Si nous entrions dans ce dépôt de mendicité, nous verrions quelques centaines d'hommes et de femmes occupés à lisser de grossiers lainages, ou à tricoter des objets qui serviront à les vêtir. Soissons est l'antique Xoviodunum et la dernière place forte des Gaules que les Romains aient évacuée devant l'invasion des barbares. Le chef des Francs saliens, Clovis, en fit la capitale de ses États après sa victoire sur Siagrius, par lui défié à la manière et presque dans le style qui devait plus tard distinguer la chevalerie. Il lui avait envoyé le gage de bataille, lui laissant le choix du jour et du lieu.

Voici Reims , la ville où le vainqueur païen s'humilia , reçut le baptême des mains de l'évêque saint Rémi, et jura de « brûler ce qu'il avait adoré. » De ce jour date le titre de roi très-chrétien que prenaient les rois de France. Le pape Anastase le donna à Clovis en signe de satisfaction de son baptême. Et en effet , par une circonstance singulière , Clovis , converti par le clergé gaulois qui était orthodoxe , se trouvait imbu des saines doctrines ; tandis que le roi des Vandales en Afrique, les rois des Visigoths et des Ostrogoths se trouvaient ariens, et qu'à Constantinople siégeait un empereur entaché de l'hérésie d'Eulychès, condamnée aussi bien que celle d'Arius.

L'édifice actuel de la cathédrale date du \\\V siècle et est l'un des plus beaux monuments religieux qui existent. Le portail présente trois arcades et deux frontons chargés de statues, et au-dessus deux

tours. Les tours sont composées de piliers, de chapiteaux, de pyramides , le tout à jour et en découpures , et se terminent par une toiture qui ressemble assez à un bonnet carré. Les statues du bas du portail ont plus de 2 mètres de hauteur. Au-dessus de l'arcade centrale est représenté le Jugement dernier, sur les deux autres le Couronnement de la Vierge et la Passion. Entre les tours , au-dessus de la rose, on voit le Baptême de Clovis. A l'extrémité de la toiture est placé le clocher de l'Ange , haut d'une vingtaine de mètres, ainsi nommé de la statue d'ange qui le termine. A la base de ce clocher sont huit statues colossales représentant des vices punis. Vingt-deux arcs-boutants , dont les arcades sont doubles , renforcent les murs de l'édifice. Chacun est décoré d'une statue d'ange ou de roi entre deux colonnetles et surmonté d'une croix. A une porte latérale sont les statues colossales de saint Mcaise, saint Eulrope et saint Ilemi. A la voûte de cette porte une quarantaine de damnés et de démons regardent d'un air moqueur le martyre de saint Nicaise et les miracles de saint Rémi. A l'intérieur les trois portes du grand portail sont entourées d'un grand nombre de statues dans leurs niches. La grande nef a perdu le labyrinthe en pierres bleues qui était incrusté au milieu de son pavé. La magnificence des vitraux est prodigieuse. Sur un coin de la rose de la croisée du midi on lit : « Nicolas Berhodé, 1.081. » Probablement le nom de l'artiste et la date de l'œuvre. Par suite de l'habitude qu'avaient les artistes du xvi* siècle de mêler le profane au sacré , cette rose représente Dieu le Père sous les traits et avec les attributs de Jupiter, et autour de lui les douze apôtres. L'orgue, construit en 1481 , a 'iO mètres de haut. Depuis la destruction de l'église Saint-Nicaise , on a transporté ici un tombeau antique sur lequel est cette inscription : Cénolaphe êrigè dans le iV siècle à Flavius Jovin , Rénwis , préfet des Gaules, chef des armées, consul romain; transféré de l'église Saint-Nicaise à la fin du xviii- siècle , an viii de la république (1800). Ce tombeau est orné d'un bas-relief, une des plus belles œuvres d'art antique que la France possède. C'est une chasse au lion par des personnages dont plusieurs sont à cheval.

Page 1