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âmes, l'une de nos villes savantes, qui par sa brillanle Faculté de médecine s'est acquis depuis le xm" siècle une grande célébrité.
La petite rivière du Lez coule au bas de la ville ; des conduits souterrains reçoivent les immondices, qu'ils conduisent ensuite dans le Merdanson. D'autres eaux sont amenées à la promenade du Peyrou par un aqueduc qui traverse une vallée d'environ deux lieues de large ; et , cette fois , ce bel aqueduc qui est d'un eflet si imposant dans celte riante campagne , n'est pas l'ouvrage des Romains , comme vous pourriez le croire à la liardiesse de son double étage d'arcades. L'architecte Pitol l'a construit , il n'y a pas encore un siècle.
Montpellier, qui n'est pas riche en monuments , s'est mis en frais pour orner sa promenade du Peyrou , et vraiment elle en a fait une merveille. Ce mot Peyrou, dans le patois du pays, signifie pierreux ; mais que ce nom de mauvais augure pour une promenade ne vous effraie pas. Suivez-moi : nous passons la porte du Peyrou , arc triomphal qui fut dédié à Louis XIV, et qui vous rappellera en petit la porte Saint-JJenis de Paris. Un escalier nous conduira à une vaste plate-forme, revêtue de pelouses, entourée d'élégantes balustrades et de jardins anglais. Cette plate-forme dépasse de plusieurs mètres les arbres de magnifiques allées qui l'entourent. En face de nous, sur la plate-forme, se présente un gracieux château d'eau construit en rotonde et alimenté par l'eau du magnifique aqueduc moderne. De là nous découvrons la mer, et si le ciel est pur notre vue peut arriver jusqu'au mont Canigou , l'un des sommets les plus élevés de la chaîne des Pyrénées. On prétend qu'on peut apercevoir en même temps la cime des Alpes à l'autre bout de l'horizon ; mais je n'ai pu vérifier le fait.
La cathédrale est l'ancienne église d'un monastère de bénédictins. Elle n'a de curieux pour l'artiste qu'un bon tableau de Sébastien Bourdon et le porche qui la précède. C'est une légère voûte en ogive, supportée par de maigres tourelles à toiture pointue. L'École de Médecine ne brille pas davantage par le luxe monumental. Elle est aujourd'hui installée dans un btUimenl qui fut l'ancien évêché.
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Créée par des médecins arabes qu'un comte de Montpellier eut l'heureuse idée d'appeler d'Espagne peu après la fondation de l'école de Salerne , elle reçut une organisation régulière dès l'an 1220. Elle n'eut longtemps de rivale que l'école italienne que nous venons de citer; aujourd'hui elle n'en reconnaît point d'autre que celle de Paris. Un siège en marbre trouvé dans l'amphithéâtre de Mmes et le buste de Chaptal décorent le bel et vaste amphithéâtre , œuvre de Lagardelte. Dans la salle du conclave nous verrons la collection des portraits des professeurs à partir du xiir siècle.
Le Jardin Botanique nous présentera une collection de plus de 8,000 plantes et une grande serre chaude où s'abritent les végétaux des tropiques. Le peuple a donné le nom d'arbre de Montpellier à un magnifique cyprès. Il faut encore citer la Bourse et le Musée. Vous comprenez que Montpelher doit avoir naturellement des hôpitaux vastes et bien desservis. L'Hotel-Dieu-Saint-Éloi compte 700 lits; l'Hôpital-Général en aie même nombre.
L'industrie deMontpelliers'est constamment ressentie du voisinage de la science , et depuis longtemps elle a su faire d'heureuses applications des théories professées par les chimistes. 11 y a des siècles qu'elle s'est mise à distiller ses vins , riches en alcool , mais inférieurs jjour les autres qualités aux vins de Bourgogne et de Bordeaux. Elle a probablement dû ce secret à ses médecins arabes; car le principal instrument pour la distillation est l'alambic , de nom et d'origine arabes, et que les Orientaux ont connu avant le x'' siècle. Un alambic est une chaudière ou cucurbite; mais cette chaudière a un couvercle ou chapiteau de même capacité. Du sommet du chapiteau part un long tuyau recourbé plusieurs fois que l'on nomme serpentin, dont l'extrémité se termine par un robinet. On a soin qu'une grande partie du serpentin plonge dans une eau bien froide. On emplit de vin la cucurbile, et l'on chauffe énergiquement de manière à ce que le vin se vaporise. Or l'alcool , ou esprit de vin , est la partie du vin qui se vaporise la première ; c'est donc de la vapeur d'alcool qui moiilcMa d'abord emplir le chapiteau et le serpentin. Mais comme la partie extrême du serpeniin plonge dans de l'eau froide, l'action du
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froid sur cette partie du serpentin fait que la vapeur s'y condense et redevient un liquide qui sort en gouttelettes par le robinet ouvert. On obtient ainsi l'alcool séparé du reste de la liqueur vineuse. Tel est le principe élémentaire de la distillation.
Le raisin , le vin , contenaient une partie aqueuse ; l'alcool en conserve beaucoup moins; cependant il en contient encore. Moins il en conserve , plus il a de valeur. Pour apprécier la force de l'alcool , on se sert d'un pèse-liqueur ou aréomètre. C'est un long tube de verre ou de métal qui se termine par une boule lestée d'un minime poids de mercure, afin que le tube puisse s'enfoncer droit dans la liqueur. Moins l'alcool contient d'eau, c'est-à-dire moins il est pesant, plus le tube enfonce; car il a besoin de déplacer plus de liquide pour se soutenir. Ses degrés sont marqués sur le tube. Quand le tube enfonce jusqu'au 3G^ degré, on dit que l'alcool est du trois - six , locution vicieuse, mais adoptée dans le commerce pour exprimer trente-six. T.es calculs de l'instrument sont établis pour une liqueur que l'on suppose à la température de 15" Réaumur. Ainsi , dans les cbaleurs de l'été , il faut tenir compte d'une différence en plus; dans les grands froids de l'hiver, d'une différence en moins. Avec l'alambic ordinaire, les vins du Languedoc peuvent donner, dès la première chauffe , l'alcool à 19 degrés de l'aréomètre : c'est ce qu'on appelle de Veaude-vie. En distillant de nouveau cette eau-de-vie , on l'amène à un degré plus élevé; de même qu'en le mélangeant avec de l'eau , on abaisse autant que l'on veut le degré de l'alcool. Pour obteinr de l'alcool concentré, les chimistes prennent du trois-six (dans l'usage commercial, le trois-six ne marque guère en réalité que de trentedeux à trente- trois degrés). Ils le versent dans une vessie de bœuf ou de veau parfaitement dégraissée, et l'exposent ainsi renfermé à une chaleur de iO" à 50" Réaumur, et cela pendant trois ou quatre jours consécutifs. On obtient ainsi l'alcool qui contient le moinsd'eau , et cependant on s'est assuré qu'il en contient encore en\iron deux pour cent. L'alcool est plus limpide que la plus belle eau. En 1801 , un Rouennais, du nom d'Adam, imagina un appareil par lequel on obtient du \in le trois-six dès la première chauffe.
Montpellier a été longtemps la seule ville de France à fabriquer le verdet ou vert de gris, qui s'emploie surtout pour la peinture; aujourd'hui Marseille devient sa rivale pour celle industrie. Pour celte fabrication , on dispose de minces lames de cuivre rouge , par couches successives , sur du marc de raisin , dans de grands vases d'argile qu'on dépose pendant une vingtaine de jours dans une cave. On retire ensuite les lames de cuivre , on détache la couche de vert de gris , qu'on pétrit avec un peu de lie de vin , et on la renferme dans des sacs de cuir ou de peau de moulon pour la livrer au commerce.
On estime fort la parfumerie de Montpellier, en pâle , en poudre ou en liqueur. Dans le voisinage de Montpellier, les eaux de Balaruc reçoivent tous les ans de nombreux malades, el surlout les paralytiques.
Si vous séjournez dans celte contrée , vous vous ferez conduire au roc de Thaurac , où est la grotte des Demoiselles , près Bauzille du Putois. Parmi les stalactites, il en est une qui présente les formes d'une femme portant deux enfants. On dirait une statue isolée sur son piédestal , el même l'œuvre d'un grand artiste.
Un chemin de fer, en service depuis quelques années , nous couduira de Montpellier à Celte. Nous passerons par Fronlignan , qui est la patrie d'un muscat non moins cher aux gourmets que celui de Lunel.
Voyez-vous , à l'entrée de l'étang de ïhau, cette presqu'île d'environ deux mille pas de long? c'est la presqu'île , ou, comme on dit , l'île Maguelonne. Elle possède à peine quelques maisons et une église. Jusqu'au xvi' siècle , elle a été le siège d'un évèché , et la \ille de Maguelonne, ruinée à plusieurs reprises, n'a été totalement détruite qu'en 1636 par ordre de Louis XI II, qui réprimait alors une rébellion de cette contrée du Languedoc. L'église aujourd'hui abandonnée et qui sert de grange, est un édifice qui se recommande à l'allenlion des artistes. Le portail , en marbre de diverses couleurs avec les statues de saint Pierre et saint Paul , et , sur le fronton , le Père Kternel, es! du xii" siècle; et elle conserve plusieurs parties de
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sa conslriiclion primitive , qui dato du viT siècle. L'arcliitocluro est un mélange d'ilalien et d'aiabe. Les colonnes ofTient celte singularité , que chaque chapiteau reproduit une forme différente. Plusieurs des sculptures des lombes épiscopales sont d'un travail distingué.
La ville actuelle de Cette , peuplée de 14,0C0 habitants , et son port ne datent que du milieu du xvii'' siècle. Elle occupe l'emplacement d'une très-ancienne ville, qui fut détruite dans les vi'" el vii^ siècles. La première pierre du môle fut posée le 19 juillet 166G ; 400 navires peuvent y mouiller sur un fond de trois brasses et demie (environ 18 mètres).
Celte est , à vrai dire , le port de ^Montpellier, et le principal entrepôt maritime des vins el eau\-de-vie du Languedoc. Les négociants de Montpellier ont presque tous un comptoir à Cette. Il se fait là des imitations parfaites des vins de l'Espagne el surtout du Portugal. Celte exploite en abondance le sel marin. Une plage de près de trois lieues a été convertie en salines. C'est, dans ce genre, un de nos plus beaux établissements.
Repassons sur l'autre rive de l'étang de Thau, et n'oublions pas d'y visiter, dans la jolie petite ville deMèze, peuplée de 4,500 habitants, l'église de l'ancienne abbaye de Vallmagne, édifice du xiii*" siècle, parfaitement conservé. Je vous dirai seulement de Pézenas (8,000 âmes) que Molière, dans sa vie vagabonde de comédien , y composa el y joua pour la première fois sa comédie des Précieuses ridicules; qu'elle fabriijue d'excellents sirops, et que le cours de son marché donne l'impulsion à la valeur des eau\-de-Nie dans toute l'Europe.
Agde, ville de 8,000 âmes également, fut une des colonies les plus considérables des Phocéens de ^Marseille, el est de fort peu moins âgée que sa mère. Au vi* siècle, elle était d'une grande importance. Située au milieu d'une plaine riche el fertile, elle communique à la mer par un chenal, el son port actuel date de IG33. La profondeur du chenal est partout de 5 mètres; l'entrée n'en est difficile que par le vent du nord. Le port peut contenir 450 navires, niais des navires de 200 tonneaux seulement i,ai-je besoin de vous
répéter que le (onneau est de 1,000 kilog.?]. L'aspect de la ville esl assez triste, bâtie qu'elle est en grande partie en laves basaltiques, et flanquée de tours rondes et noires. La cathédrale est un édifice païen, restauré et consacré au culte catholique dans le vu* siècle. Le retable est regardé comme un chef-d'œuvre d'architecture. Une ruine romaine supporte aujourd'hui le phare.
Les habitants de Béziers nous répéteront un vieux dicton latin proverbial , dont le sens esl :
Que Dieu daigne loger sur terre.
Il viendra loger à Biterre.
Or Biterre , c'est l'antique Béziers , qui , colonisée par les Romains , avait reçu de César le nom de BUerrœ. Pour justifier le dicton, Béziers a une situation pittoresque. Elle esl assise sur une montagne assez haute, au pied de laquelle coule la rivière d'Orbe, qui reçoit le canal du Languedoc , à l'ouest de la ville. A ses pieds se déroule une riche vallée, et en face une colline en amphithéâtre, et tout cela couvert de jardins, de vignes, d'oliviers, de mûriers, de champs de blé, de bouquets de bois. Dans une autre direction, apparaissent les écluses du canal , disposées comme les neuf gradins de la plus somptueuse cascade qui se puisse voir. L'habile ingénieur du canal du Midi, le célèbre Biquet, était né à Béziers, el ses concitoyens lui ont élevé une statue.
Béziers, qui compte 19,000 habitants, a subi de rudes vicissitudes, et a conservé à peine quelques fragments de ses antiquités. Elle n'a guère à vous montrer que les précieuv vitraux de sa cathédrale.
Depuis quelques années , une machine ingénieuse élève à 40 mètres l'eau de la rivière d'Orbe, et la conduit dans un réservoir établi sur la terrasse de la cathédrale. Elle se distribue de là dans les ditTérenIs quartiers de la ville.
Béziers promène à une certaine fête une grossière image qui doit représenter un chevalier Pehuc, lequel se distingua lors d'un siège el sauva la \\\W.
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Au sortir de Béziers, nous passerons l'Orbe sur un beau poni , et nous arriverons au canal du Languedoc ( nommé aussi canal du Midi), au point où se trouvent les écluses ou la chute du Fonserane. En nous détournant quelque peu de la route , nous pourrions visiter le canal souterrain de Malpas , qui perce une montagne de 1 60 mètres d'épaisseur. Au siècle dernier, cela paraissait prodigieux. Depuis rétablissement des chemins de fer, nous sommes accoutumés à des percements de montagne, ou lunnels, d'une bien autre dimension.
Narbonne n'a pas plus que Béziers conservé de monuments de son origine ancienne. Pour rétrouver quelques traces romaines, il faut regarder de près ses murailles , et reconnaître dans les matériaux dont elles sont construites quelque fragment d'une corniche, d'un chapiteau, etc. Et cependant Narbonne fut la première colonie que les Romains fondèrent au delà des Alpes environ 200 ans avant l'ère chrétienne. Dans la cour de l'archevêché, toi qui sais le latin, Guillaume, tu liras avec intérêt des tables votives, où sont consignées les expressions de la reconnaissance de Narbonne envers l'empereur Auguste.
La cathédrale est un édifice du xiii* siècle. On la cite comme un des plus beaux édifices gothiques qui soient en Europe, tant pour la pureté du style que pour la richesse et le fini des ornements. On reproche seulement à ses deux tours de manquer de légèreté. Dans la chapelle Saint-Just , un tombeau porte une assez belle statue en marbre blanc avec l'armure du xv" siècle. Le palais de l'arche- \èc\\é est une sorte de ch.lteau fort appuyé à une tour carrée du moyen âge, revêtue de cette belle teinte jaune antique qui sied si bien aux monuments de la Grèce et de l'Italie.
Le miel de Narbonne est considéré comme supérieur aux autres miels de France. Il est très-blanc, grenu et odoriférant. Celui que nos marchands parisiens nous vendent pour miel de Narbonne \ lent en réalité du département des Pyrénées-Orientales.
En quittant Narbonne, dont la population est de 12,000 Ames, il faut nous résigner aune route peu agréable, quoique sur une belle chaussée , (pii fut , dit-on , une voie romaine , entre des mon-
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tagnes pelées et arides , et qui portent de la vigne seulement à leur base, el les élangs de Sijean et de Leucale. Ces vignes, et en général toutes celles du Languedoc, rampent sur un sol rougeàlre sans qu'on songe à leur donner le moindre support. Elles sont séparées par des haies de grenadiers sauvages ou d'aloès. Au bourg de Salces, nous verrons s'ouvrir devant nous la vaste plaine du Roussillon , où l'olivier dispute le lerrain à la vigne, et qu'encadrent plusieurs sommets des Pyrénées , parmi lesquels le Canigou , avec sa cime neigeuse, domine comme un géant. Le terroir de Salces donne le vin blanc de Maccabeo , nommé ainsi d'un raisin originaire d'Espagne qui le produit.
Plus loin nous retrouverons Rivesaltes, petite ville de 3,i00 âmes el très- ancienne. Le vin muscat de Rivesaltes marche de pair avec ceux de Lunel et de Frontignan. Grimod de la Reynière , gastronome dont la célébrité a précédé celle de Brillât -Savarin, a proclamé le rivesaltes de dix à douze ans le meilleur vin de liqueur de l'Europe.
Aux vignes et aux oliviers succèdent les jardins d'orangers, de grenadiers, entremêlés de champs de blé. Nous passons la Tel sur un pont de sept arches; ce n'est pas que la Tel, qui se rend à la *» mer, soit un grand fleuve : ses proportions ordinaires sont celles d'un large ruisseau; mais par le voisinage des montagnes souvent elle devient un puissant et très-vaste torrent. Entrons à Perpignan par le faubourg Notre-Dame, et par la porte de ce nom. Le Castillet, qui la défend, est un petit château en briques bâti par Charles V, depuis longtemps prison militaire. Il ressemble beaucoup aux châteaux que les Maures ont bâtis en Espagne. On m'a assuré que le Castillet était la seule construction de ce genre sur le sol de France.
Située à deux lieues de la mer, sur la rive droite de la ïet et de la rivière basse, une partie de Perpignan est de niveau avec la plaine ; le reste est sur une colline d'une élévation peu sensible. C'est une vieille ville espagnole à côté des débris de la cité romaine. Elle n'appartient à la France que depuis sa reddition à la suite du siège que Louis XI H en fit en personne dans l'année lGi'2. C'est aujourd'hui une de nos \illes fortes du premier ordre. Ses remparts , construits en briques,
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très-élevés et flanqués de bastions , ont conservé quelque chose de toutes les différentes époques. On prétend que dans le siècle dernier elle servait comme d'école pratique aux ingénieurs qui y venaient étudier l'histoire des progrès de leur art. Vauban a tracé l'enceinte avancée et demi-circulaire destinée à couvrir la partie qui fait face au nord. En 1823 tout l'ensemble des fortifications a été modifié et mis dans un état parfait de défense. La citadelle a une première enceinte btUie sous le règne de Louis XIV, et une seconde qui date de l'empereur Charles-Quint. Au centre , et au sommet de la colline qu'elle couvre , est un donjon qui a été le manoir des comtes de Roussillon , et qu'ont habité des rois d'Aragon et de Majorque. C'est un ouvrage massif composé de huit grosses tours carrées, liées ensemble par de hautes murailles , dont les approches sont défendues par un fossé revêtu de pierres de taille dans sa profondeur. A l'une de ces tours on nous montrera les armes du saint empire , et à côté un de ces grands bras qu'on voit dans les armoiries et qu'en style de blason l'on appelle un dextrochère. En 1793 les armes furent mutilées, et l'on brisa l'épée que portait le dextrochère. On vous racontera probablement à ce sujet un vieux conte sur Charles-Quint. Une nuit qu'il faisait la ronde en personne dans ce donjon, il trouva, dit-on, la sentinelle de cette tour endormie. Il la précipita dans le fossé, et prit la faction à sa place jusqu'à ce que vint l'heure de la relever. Le dextrochère et les armes furent apposés là pour conserver la mémoire de cet événement. Il y a peu de héros à qui la tradition populaire n'ait prêté une action à peu près semblable. Au centre du donjon est une cour avec une grande et belle citerne , et de plus un puits très-profond où l'on descend par un escalier et qu'alimente une source qui ne tarit point dans les plus grandes sécheresses. Cette citadelle, depuis qu'elle est pourvue de casemates (c'est-à-dire, au lieu de toits, de voûtes qu'on suppose assez solides pour résister aux effets de la bombe, est regardée comme une des plus fortes de France.
En nous promenant dans les deux seules rues de la ville qui aient une apparence de régularité , la rue \otre-l)ame et la rue Saint-
Martin, nous regretterons^' avenue d'orangers en pleine (erre qui fit l'ornement de cette dernière jusqu'à l'hiver rigoureux de 1709, où ils moururent. Les belles promenades des Platanes et de la Pépinière nous dédommageront de cette perte. Luttons de notre mieux contre le détestable pavé formé avec les cailloux de la Tet , et entrons dans la cathédrale dédiée à saint Jean.
La première pierre en fut posée en 132i par Sanche , roi de Majorque et comte de Roussillon. L'édifice ne fut achevé que cent cinquante ans plus tard, alors que le Roussillon était engagé, par son suzerain Jean II roi d'Aragon , entre les mains de notre roi Louis XI , pour garantie d'une dette de 300,000 écus d'or; ceci explique comment les armes de France , dont le roi était suzerain usufruitier et temporaire du Roussillon, ont pu se trouver à la clef de voûte. La dédicace de l'église n'eut même lieu qu'en 1509.
Cette église n'a qu'une vaste nef, sans colonnes ni piliers, et sa voûte soutenue par des arceaux de pierre de taille , qui portent sur les murs de séparation des chapelles , est d'une hardiesse admirable. Le maître-autel est un retable de marbre blanc, orné de bas-reliefs que séparent des pilastres à figures; le tout, d'un fini et d'un travail assez précieux, est l'ouvrage d'un sculpteur de Barcelone qui l'exécuta en 1618.
ACastell-Rossello ou Château-Roussillon, très-petit hameau entre Perpignan et la mer, on a trouvé des médailles romaines, et même, en 17G8, quelques fragments de colonnes , de chapiteaux , etc. Ce hameau occupe la place où fut la très-antique ville celtique de Riiscino, où s'assemblèrent, l'an 536 de Rome, les chefs des Celtes Tectosages pour disputer le passage à Annibal lorsqu'il se présenta pour passer d'Espagne en Italie. Cette ville fut détruite au ix^ siècle de notre ère. Elle est mentionnée dans un acte de Louis-le-l)ébonnaire à la date de 816. Il n'en reste aujourd'hui ([u'une tour d'une dimension très-modeste. Aux environs de Perpignan ne manquons pas de visiter la très-ancienne petilc Niilcd'Elne (d'abord nommée Hliheris, et plus tard Ifelena par un des cnl'anlsde Constantin, (pii hù donna le nom de son aïeule Hélène ^ près de la rive gauche du l'ecli. Ainii-