‹ Voyage en France (volume 2)Chapitre 9 sur 38 · D'AIX A PERPIGNAN. 1G · texte numérisé non relu

D'AIX A PERPIGNAN. 1G

bal campa SOUS ses murs, et c'est là qu'il reçut les chefs des Celles Teclosages. Un empereur romain , Constani , y fut assassiné après sa défaile par Maxence. On prétend qu'un tombeau qui s'y voyait encore il y a soixante ans , était le sien. Il était en marbre et portait, au lieu d'inscription , le même chiffre que Constantin avait fait broder sur le labarnm , son enseigne, une croix en X (la croix primitive était faite ainsi, c'était un chevalet ). Dans la branche supérieure de rx il y a un P , et dans la branche inférieure un I. Ce monogramme a été enclavé dans le mur auprès de la porte de l'église. Celle église date du xi" siècle. C'est une masse colossale sans ornements, avec deux tours carrées pour clochers, le tout construit en pierre de taille d'une dimension énorme. Elle a possédé la plus belle sormerie duRoussillon.

La ville de Collioure , qui portail le nom de CaucoUberis à celle même époque du passage d'Annibal, serait peut-être devenue une ville importante si son port pouvait recevoir de plus grands navires. Pour assurer à la marine un abri qui manquait sur toute notre côte orientale de la Méditerranée, Louis XVI a choisi le petit port d'une autre ville toute voisine , Port-Yendres , port célèbre sous la domination romaine par un temple dédié à Vénus. On creusa davantage ce port , on lui donna des quais , on agrandit la ville en la rendant plus régulière. Aujourd'hui le port peut recevoir jusqu'à 500 bâtiments marchands , et donner abri à des frégates. Au centre d'une belle place qui fait face au port , s'élève un obélisque de plus de 35 mètres en marbre du Roussillon, dédié à Louis XVI. Les bronzes du socle rappellent les quatre principaux événements des premières années de son règne : la servitude abolie , l'indépendance de l'Amérique, le commerce protégé, la marine relevée.

Si nous voulons voir un pont d'une seule arche de plus de 46 mètres d'ouverture , jeté d'un rocher à l'autre sur la ])etite rivière du Tech , nous nous rendrons à Corel. Depuis que le pont de Brioude (Haute- Loire) n'existe plus, le pont de Ceret est sans rival en France. A deux lieues plus loin est la source minérale d'Arles , auprès de laquelle les Romains avait conslruil des thermes qui existent encore. Le

département desPyrénées-Drientales possède plusieurs sources douées de vertus diverses , celles de la Preste, de Moligt , à côté de Prades, d'où l'on ne manque pas de visiter les ruines de Saint-Michel-de- Cuxa et celles du Vernet qui dépendaient de la fameuse abbaye de Saint-Martin-de-Canigou, fondée au ix* siècle par le comte Guiffre , Gaïfer ouWifTred, pour expier le meurtre de son frère.

Dans les communes de la partie du Roussillon qui avoisine la montagne , s'est conservée la passion pour les courses de taureaux. Tout autour de la place du village on dispose un rustique amphithéâtre. Ce sont pour l'ordinaire des planches qui reposent sur des tonneaux. Le centre forme une arène dans laquelle on lâche le taureau. Vous voyez alors les jeunes Roussillonnais , chaussés A'esparcliUas (sorte de cothurne en corde) lacés sur leurs jambes nues par des rubans rouges ou bleus, coiffés d'un long bonnet de laine rouge qui retombe sur l'épaule, avec une large ceinture de serge ou de soie rouge roulée trois ou quatre fois sur leur pantalon de velours noir; leur veste, aussi de velours noir, négligemment jetée comme une pelisse de hussard ; vous les voyez, dis-je, folâtrer autour du taureau, l'exciter de mille manières, lui décocher de petits dards qui portent une banderollc , lui lancer des pétards , et toujours éviter avec adresse ses bonds furieux et sa corne menaçante. Après que le taureau s'est épuisé en efforts inutiles , on le fait rentrer à son écurie en l'accablant de huées, et l'on en lâche un autre. La plus grande prouesse consiste à aller arracher une cocarde fixée au milieu des cornes de l'animal. Cela dure ainsi depuis le milieu de la journée jusqu'à la nuit. Un fatigue jusqu'à cinq ou six taureaux choisis parmi les plus méchants, et il est rare que quelque grave accident attriste ce jeu , auquel un étranger ne peut assister sans frémir. Il arrive quelquefois qu'au moment où le taureau baisse la tète pour frapper, un de ces agiles coureurs lui met le pied sur le front et franchit l'animal d'un bond léger.

A la course de taureaux succèdent les danses appelées balJs, au son du tambourin , du llageolet , d'une cornemuse et de plusieurs liaulbois. L'orchestre s'élablit aulour d'un ltos arbre, dans une

Page 1