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DE TOULON A BRIANÇON

Draguignan, le chef- lieu du département du Var, compte à peine 10,000 habitants ; cette ville, qui s'est déjà beaucoup améliorée et s'améliore encore tous les jours, est d'une propreté remarquable pour le pays. Elle est située au pied du mont Malmont, dans un bassin fertile qu'environnent des collines superposées en amphithéâtre, dont le sol disparaît sous la verdure des vignes et des oliviers.

Vous êtes tous les deux très friands des excellents pruneaux de Brignollcs, et surtout de ce choix qu'on nomme picolles, qui nous arrivent dans de petites boîtes plates. La ville de Drignolles leur a donné son nom , quoiqu'ils viennent réellement de quclque.s lieues plus loin, et qu'ils soient un produit des Basses- Alpes. C'est une remarque ({ue nous aurons à faire pour plusieurs des produits de la France, qui tirent leur nom du marché où ils se vendent, et non du lieu de leur origine. Brignollcs, qui est une ville de G, 000 âmes, n'offre rien à la curiosité du voyageur; mais nous ne pouvons manquer de faire un pèlerinage à la montagne de la Sainte-Baume, (pii se trouve dans ses environs, auprès du village de Nans. Dans ces contrées, le mot baume a le même sens que grotte ; nous venons (le voir auprès de l'^réjus la Baume Saintllonoral. La Sainte- Baume, qui donne son nom à la montagne voisine di^ Nans, est une grotte célèbre dans les annales de l'Lglise et dans celles de la Provence. On raconte que la Madeh'ine de rl'A'angile y établit sa retraite pendant les trente dernières ann«*cs de sa vie. On raconte aussi que saint Maximin fut seul cl connaître le lieu où vivait la sainte, que ce fut lui qui l'assista dans ses ilorniers momenls, et qui lit ériger une chapelle à

La montagne de la Sainte-Baume

l'endroit même de la erotte où elle rendit le dernier soupir. La grotte, pratiquée dans un rocher dont deux faces sont à pic, a vingt mètres de long sur vingt-cinq de large et six d'élévation ; une source jaillit tout auprès. Les largesses des comtes de Provence et de François 1"'' contribuèrent aux embellissements de la chapelle, et un couvent s'éleva dans ce lieu. Neuf de nos rois sont venus en pèlerinage à la Sainte-Baume, parmi lesquels saint Louis, Henri IV et Louis XIV. La dévotion à ce lieu est toujours très fervente

parmi la population ouvrière de France. C'est là qu'anciennement les membres de ces nombreuses associations d'artisans, connues sous le nom de compagnonnage, allaient prêter le serment qui les engageait, et recevoir les couleurs qui les distinguaient, et qui devaient être bénites à la Sainte-Baume. En gravissant jusqu'au sommet du rocher, nous trouverons la chapelle du Saint-Pilon, et nous jouirons d'un des plus vastes panoramas qui IHiissent se voir. D'une hauteur de plus de mille mètres, notre regard s'étendra jusqu'aux montagnes du Languedoc, après avoir reconnu Marseille, l'étang de Berre cl le cours du Bhone. Nous verrons parfaitement la rade d'Hyères, et nous distinguerons les montagnes de la Corse. Nous pourrons, en nous retournant, compter les sommets de la chaîne des basses et des hautes Alpes, qui se présentera à nous de profil.

Comme je vous l'ai fait romarcpior, Brignollcs n'usurpe pas seule l'honneur de donner son nom à des produits dont elle n'a pas le mérite. Ces excellents marrons i\\w nous croquons gaiement tout l'hiver sous le nom de marrons de Lyon, ne viennent pas de ce département, mais en majeure partie

CINQUIKME VOYAGK

de celui tlii \'ar, liai* exemple île Saint- Tropez, el suiloiil lies deux villes de Cuers et du Lui-, dans les environs de Toulon. Li» reste vient du Langueiloc. Il laul en tout rendre justice à qui de droit.

Ce même esprit de justice me porte à ne pas quitter la Provence, cette patrie des anciens troubadours, sans vous apprendre que c'est encore aujoui'd'hui le pays où le tambourin et le galoubet sont demeurés le plus en honneur; dans les petites communes, on ne danse j^as à d'autre musique. Le tambourin provençal est deux fois plus long que notre tambour ordinaire. Les peaux en sont peu tendues ; il rend un son grave et sourd. Les joueurs de tambourin de Marseille se distinguent par rélcgance de leur costume, le luxe de leurs instruments et la perfection de leur jeu. Rien de plus agréable et de plus gai qu'une sérénade donnée par des galoubets et des tambourins marseillais.

Pour terminer la soirée, je vous proposerai une excursion dans les départements des Basses-Alpes et des Hautes-Alpes, situés plus au nord. C'est une contrée montagneuse, qui offre les mêmes beautés naturelles que la Suisse. Nous entrerons dans le département des Basses-Alpes par la petite et ancienne ville de Castellane, que nous traverserons rapidement pour nous faire conduire à la petite et non moins ancienne ville de Moustiers. Là nous visiterons l'éalise Notre- Dame de Belvèze ou de Beauvoir, que fonda Charlemagne lors de son voyage en Provence. Un vallon profond et de l'aspect le plus sauvage sépare la ville en deux parties. Ce vallon a conservé jusqu'à nos jours un des plus singuliers monuments du moyen âge. Une chaîne de fer de deux cent cinquante mètres environ de longueur part de la cime d'un rocher sur l'un des bords du vallon, et court jusqu'à l'autre bord se rattacher à une autre cime de rocher. Cette chaîne est formée de tringles d'à peu près trois centimètres de dianK-tre. Chaque tringle a environ deux tiers de mètre. Elles sont rivées l'une ;i laulre; à la tringle centrale de la chaîne est suspendue une étoile dorée

à cinq pointes. Depuis plusieurs siècles, cette chaîne et cette étoile se balancent dans l'air à une élévation prodigieuse. Un anlicjuaire, l'abbé Pajipon, pense que c'est le résultat de ([uelque vceu, comme on en faisait au temps de la chevalerie. « Nos preux, dit- il, (pii faisaient des entreprises d'armes, se préparaient presque toujours à leur exécution par quelque acte de piété. L'un d'eux aura fait et exécuté le vœu d'enchaîner deux montagnes. L'étoile suspendue à la chaîne était probablement une armoirie de chevalier.

Plusieurs ont cru que cette chaîne avait été mise par un chevalier de Plaças, qui possédait une partie de la seigneurie de Moustiers, el qui portait dans ses armes une éloile à seize pointes. Un manuscrit assez ancien l'al- Iribue à Anne de Riquely, qui vivait, suivant toute apparence, vers Tan 1390. »

Moustiers a été célèbre à la fin du XVII* siècle et pendant tout le wni** par ses fabriques de faïences à dessins et de ses faïences polychromes. Ces faïences sont aujourd'hui très recherchées.

Digne est une des plus modestes préfectures de France, et compte à peine 7,000 habitants. Elle s'élève sur la pente d'un mamelon que surmonte un roc, et sur ce roc est assise l'église, avec un dùme en fer pour clocher. Ce roc porte aussi la prison, environnée de fortes murailles. Les ruines de l'ancienne cathédrale, que la tradition faisait remonter à Charlemagne, mais qui date seulement du xii° siècle, offrent encore de curieux vestiges d'une fresque du xv'' siècle.^ Le peintre a représenté les sept péchés capitaux par des personnages allégoriques rangés sur une seule ligne; au-dessus, il a placé la vertu opposée à chacun des péchés, el il a représenté ces vertus par le buste d'un saint ou d'une sainte; au-dessous est la peine réservée dans l'enfer à chaque différent i>éché. Chaque cadre est surmonté d'une légende en patois du pays. Près de Mélan, à seize kilomètres de Digne, est la grotte Saint-Vincent, (jue l'on raconte avoir été fiéquentée par le saint dont elle porte le nom. Elle offre des stalactites fort curieuses. En ls3'i, on a découvert dans le

DE TOULON A BRIANCON

iOo

Départ des troupeaux pour la montagne.

voisinage une carrière d'un très beau marbre noir. Digne a des eaux minérales qui s'emploient avec succès pour la guérison des plaies d'armes à feu.

Les Romains Taisaient usage des eaux de Gréoux, sur la rive droite du Verdon, et, dans les xii" et xui" siècles , les templiers avaient remis ces bains en honneur, et y avaient l'ait de belles constructions. Après eux la source fut comblée, et ne reparut qu'au commencement du xvii" siècle. La princesse Pauline Borglièse, sœur de Napoléon, y fit, en ISOIi, un séjour qui les remit à la mode. Ces eaux, analogues à celles de Harèges, agissent principalement sur la peau, niais sont moins excitantes; elles ont une puissante action reconstituante.

La vallée de Barcelonnettc est la plus célèbre des valh-es de nos Alpes françaises. On en a donné beaucoup de descriptions très poéti(pies ; jo n'en cimnais pas de plus simple et de plus vraio ipio celle qui a été donnée par M. Henri, bibliothécaire de la ville de Perpignan, dans un excelleul ouvrage sin*

les antiquités des Basses-Alpes. Quand vous connaîtrez cette vallée, vous les connaîtrez toutes, car elles ont le même caractère. Dans sa longueur elle forme le bassin de la petite rivière d'Ubaye, bordée de chaque coté par des montagnes dont les plus hautes cimes conservent toujours quelques neiges. Leur élévation est de deux à trois mille mètres; elle augmente à mesure qu'on approche du mont Viso, qui est le point de jonction de ces montagnes , le nœud d'où commence la vallée. La partie haute de la vallée prend le nom de Châteaux- Hauts ou de Val des Monts, et la partie basse le nom do Châteaux -Bas. A mesure qu'on s'élève, les villages disparaissent, et les pentes se rouvrent de gras pâturages peuplés de troupeaux pendant la courte saison de l'été. Aux pâturages succèdent les sombres forêts de sapins et de mélèzes, puis une région de rocs bouleversés, arides, sauvages, que couroimtMit les pics neigeux et inaccessibles du mont Viso.

La régiiMi moyenne, celle dos piUurages,

CINQUII-ME VOVAi.r:

ou, comme <»n ilil, les monlairnes paslorales, est d'une iiierovable ricliesse de véi'élalioii. a D'un ccMé de ces immenses prairies, où tout respire le bonheur et en présente rimaire, on voit des milliers de moutons, entremêlés de chèvres, savourer ces gras pàturaires, tandis qu'à l'autre extrémité on aperroit des troupes de chamois qui viennent en bondissant y prendre aussi leur pâture, et (pii, prompts comme l'éclair, disparaissent à la vue aussitôt qu'on fait mine de les approcher. »

VX savez-vous d'où vient celte mulliludc do bestiaux qiii affluent pendant l'été dans nos Alpes? De la contrée du Rhône à son embouchure, de la plaine de la Crau et de l'île Camargue, où je vous conduirai demain. On les appelle les troupeaux translnimmits ou voyageurs. Chaque année, dès les premiers jours du printemps, ils quittent la contrée (pii les a vus naître , et se dirigent vers ces montagnes lointaines, d'où ils ne sortiront la plupart que pour être livrés au couteau du boucher. Telle est Texcellence de ces pâturages, que ces mallicureux animaux, qui arrivent exténués par les rigueurs de l'hiver et la fatigue de ce long voyage, reprennent en quelques semaines un qm bonpoint remarquable. On évalue à quatre cent mille têtes la quantité de ce bétail, qui se subdivise par troupeaux d'environ deux mille têtes. L'auteur du voyage à Barcelonnette nous apprendra qu'ils ne font que douze à seize kilomètres par jour ; encore leur marche se trouve-t-elle partagée par une station. Ils s'annoncent par le bruit d'énormes sonnettes, suspendues au cou de grands bœufs aux belles cornes contournées; ce sont eux qui viennent en tète et qui conduisent. Les bergers, vêtus d'une ample casaque, avec un large chapeau rabattu, et armés d'un long bâton ferré, se tiennent derrière le troupeau, et stimulent les traînards. A leur côté sont leurs fils, qui font la route à pied dès qu'ils ont atteint l'âge de cinq à six ans. Sur les flancs, courent de très gros chiens, qui maintiennent l'ordre. L'arrière-garde se compose des mères, des jeunes filles et des enfants en bas âge. Ces femmes conduisent

un troupeau d'ânes, qui poi'lent les enfants trop petits pour marcher, les agneaux cpii naissent en roule, les bagages, les vases pour traire le lait, et enfin tous les ustensiles nécessaires pour la confection du fromage et du beurre.

Arrivc's sur les montagnes, les bergers distribuent par quartiers les pentes et les plateaux garnis de pâturages. Ils suivent les troupeaux nuit et jour, et veillent sans cesse avec leurs chiens pour les garantir des loups. Le baylc, ou berger chef d'un troupeau, habile une cabane centrale d'où il peut tout diriger. Les femmes, les enfants, les vieillards, ont pour demeure une espèce de chaumière, renfermant les bagages, les ustensiles, les provisions, et la paille, lit commun de toute la famille. Leur principale nourriture se compose de pain et de lait; si parfois ils y joignent quelque peu de viande ou de lard , un peu de soupe ou une portion de légumes, c'est pour eux un régal extraordinaire. Les femmes préparent ces aliments , dont elles viennent tous les huit jours s'approvisionner dans les villages au fond de la vallée. A ces voyages près, ces familles de pasteurs n'ont aucune communication avec le reste des hommes. Ils passent l'été dans ces montagnes, et l'hiver dans les plaines désertes de la Crau et de l'île appelée Camargue. Dans leurs voyages de l'une à l'autre de ces contrées, ils traversent notre civilisation sans s'y mêler en rien.

Leur existence est tout entière liée à la prospérité du troupeau à eux confié; leur unique fortune s'y trouve attachée, car elle consiste ordinairement en un certain nombre de têtes de bétail qui leur sont abandonnées en proportion de la force du troupeau. Pour l'ordinaire, c'est une sur trente. Les chèvres sont à eux ; c'est leur spéculation particulière. Cette vie ne semble pas défavorable à leur santé. Les inflammations de poitrine sont chez eux la maladie la plus ordinaire. En gardant leurs troupeaux, ils s'occupent à faire des jarretières ou des cordons de laine, dont les couleurs sont mélangées ; pour se distraire, ils ont de petites flûtes à six trous sur lesquelles ils jouent quchpics vieux

DE TOULON A BRIANCON

airs rustiques assez jolis. A force d'observer le ciel ils se font une sorte d'astronomie à leur usage, qui passe chez eux traditionnellement de père en fils. Ils connaissent parfaitement l'heure, et prédisent assez bien le temps. Très âpres en matière d'intérêt, ils n'en sont pas moins d'une probité rigide. Les jeunes gens se marient de très bonne heure, et rarement en dehors de la profession pastorale. L'autorité paternelle existe là dans toute sa vigueur. Les grands-pères forment une sorte de magistrature dont les décisions sont toujours respectées. C'est un dernier reflet des antiques mœurs patriarcales ; les patriarches étaient bergers encore plus qu'agriculteurs.

Tandis que les bergers viennent de loin peupler pour quelques mois les solitudes des montagnes, la population indigène des villages du fond de la vallée émigré, et vient chercher des moyens d'existence dans la basse Provence, sur toute la côte depuis Nice jusqu'à Arles. Les hommes offrent leurs bras comme journaliers pour les rudes travaux agricoles; les femmes et les enfants cueillent des olives, filent le chanvre et la laine. Plusieurs se font commissionnaires dans les villes; les plus industrieux, dès qu'ils peuvent réunir le moindre capital se font colporteurs, et voyagent au loin. Ils se distinguent en général par des mœurs honnêtes et une probité à toute épreuve. La pensée de tous est de revenir acheter un morceau de terre au pays. La population de la vallée de Barcelonnelte émigré ainsi annuellement à peu près tout entière.

Le peu de villes que compte ce département sont d'origine fort ancienne; par exemple : Sisteron, Forcahiuier, Simiane, Hiez, Barcelonnctte ; et ranli([uaire y retrouve à ciiaciue pas, sinon îles vestiges de monuments somptueux, (hi moins des souvenirs pleins d'intérêt. .le vous citerai, au village de Sainl-Gcniez-de-l)romonl, près de Sisteron, une inscription romaine gravée sur un rocher dans lequel on a ctuipt' jadis un chemin. Voici la traduction :

« Claudius Poslhumus Dardanus, homme illustre, revêtu de la dignité de patrico, e.\-

consulaire de la province viennoise, ex-ministre des requêtes , ex-questeur, ex-préteur des Gaules, et Nevia Galla, noble et illustre dame, son épouse, ayant fait couper les flancs de la montagne, de chaque côté, ont procuré un chemin viable au lieu dont le nom est Théopolis, lieu qu'ils ont fortifié par des murs et des portes. Le travail , fait dans leur propriété particulière, et destiné néanmoins par eux à servir à la sûreté de tous , a été exécuté encore avec l'aide de Claudius Lepidus, homme illustre, compagnon et frère du sus-mentionné, ex-consulaire de la province germanique, ex-secrétaire de l'empire, ex-intendant des affaires privées.

« Afin que leur sollicitude pour le salut de tous et un témoignage de la reconnaissance publique pussent être montrés par celte inscription. »

Gap est une très vieille ville celtique. Son nom était Vap, dont les Romains firent Vapincum. C'est aujourd'hui la ville la plus importante de nos Alpes; elle compte environ 8,000 habitants. Sa cathédrale, aujourd'hui en reconstruction, renfermait le mausolée du connétable de Lesdiguièrcs, en marbre noir, avec des bas-reliefs en albâtre et fait de son vivant en 1626. Les montairnes voisines ont fourni les matériaux. Pour s'assurer du statuaire Jacob Hichier, le connétable usa, dit-on, d'un singulier procédé : il le retint pour tout le temps du travail en chartre privée. Le mausolée fut , dans le principe, construit pour le château de Lesdiguièrcs, à vingt-quatre kilomètres de Gap. et ne fut apjiorté dans la cathédrale (pi'à la révolution de 1780. Le connétable est représenté avec son armure , couché et s'appuyant sur le coude ; ses traits ont de la l'^ssemblancc avec ceux de Henri IV. Le musée de Briancon possède ses gantelets, sa lance et son casque, où l'on voit l'empreinte d'une balle.

Kmbrun a une cathédrale qui doit dater d'une époque très reculée. Sur la place de l'église, les artistes remaripient avec intérêt une maison qui semble être du même temps. Llle porte un bas-relief représentant un lion dévorant une chèvre.

CINQUIKNIF VOV \C,K

V.n ronionlant le cours de la Durance, nous trouverons, à seize kilonièlres, la petite ville de Mont-Dauphin , lortiliéo par Vauban en lOO'j, et reirardée comme Tune des clefs de la France du côté de ritalie. Assise sur un roc isolé, elle commande (jualre vallées. I/une de ces vallées, celle de Queyras, où serpente le Guil, est défendue à quelques kilomètres plus loin par le château de Queyras, assis de même sur un roc isolé, au centre de la vallée.

Les peintres ne manquent pas de visiter, à l'extrémité de la vallée de Wallonise, le glacier d'Alle-Froide ou de Pelvoux, élevé de quatre mille mètres au-dessus du niveau de la mer, au pied du cône granilicpie de Pelvoux, dont le pic inaccessible garde des neiges toute Tannée. C'est le plus élevé de nos Alpes françaises.

Les amateurs de botanique préfèrent le col Lautaret, qui conduit à la vallée de la Romanche, sur l'autre versant du Pelvoux. Ils vantent beaucoup la richesse de ses prairies. C'est le passage qui conduit de Briançon à Grenoble. Il y a un hospice pour les voyageurs ; les pauvres gens y sont hébergés gratuitement.

Briançon, ville de 4,ÛU0 âmes, à plus de mille trois cents mètres au-dessus du niveau de la mer, a eu son nom dans la géographie romaine {Briganfium). Dans les temps modernes . ses armes ont porté cette noble devise : Petite ville et grand renom. C'est une de nos fortes places de guerre. Elle est entourée d'une triple enceinte de murs, et en avant se trouvent sept forts dont les feux se croisent. Le Fort-Vieux couronne le haut du mamelon sur lequel elle est assise à la jonction de deux vallées, là où la Guisanne et la Clarée confondent leurs eaux et prennent le nom de Durance.

Plusieurs redoutes battent la route d'Italie mais les fortifications principales s'élèvent sur le versant opposé. Elles sont liées à la ville par un pont d'une seule arche, de quarante mètres d'ouverture, jeté sur un précipice effrayant, au fitnd duquel surgit le torrent de la Clarée, à plus de cinquante-cinq mètres audessous de la clef de voûte. Ce pont fut com-

mencé sous Louis XIV, et achevé, en \l'3^, par le maréchal d'Asfeld. Briançon est pour les Alpes IVançaises le principal arsenal, magasin et entrepôt; c'est le point central d'at- [iH\\iG et de défense.

A sept cents mètres plus haut que Briançon et à huit kilomètres de distance, le col du mont Genèvre ouvre un passage en Italie : cette montagne a vu passer successivement plusieurs grands capitaines avec leurs armées : Bellovèse, Annibal, Marius, César, Auguste, Claude, Galba, Valons, Domiticn, Théodose, Charlcmagne et Charles Vlll. Ce passage, abrité en partie contre les vents du nord, ne présente pas plus de danger que celui du mont Cenis. En 1802, Bonaparte, premier consul, y fit construire une excellente route et rebâtir l'établissement pour rhospilalité gratuite, fondé jadis par un des dauphins viennois, Ilumbertil. Un obélisque de vingt mètres de hauteur fut élevé en mémoire de ces beaux travaux au point où la Durance et la Doire prennent leur source pour couler sur deux versants opposés , et verser leurs eaux, l'une dans le golfe de Lyon, l'autre dans l'Adriatique.

Le peuple briançonnais répète souvent ce quatrain :

Adieu, ma sœur la Durance; Nous nous séparons sur ce mont :

Tu vas ravager la Provence, Et moi féconder le Piémont.

Cette magnifique route porta le nom de route d'l>spagne en Italie. C'est aussi Napoléon qui fit construire la route du mont Cenis et celle du Simplon.

Ces belles routes, malgré la perfection de leur établissement, sont aujourd'hui délaissées par le grand commerce . et ne connaissent plus guère que les touristes : le tunnel des Alpes, improprement appelé tunnel du mont Cenis, puisqu'il passe à vingt-sept kilomètres à l'ouest de celle montagne, en a tué sans retour l'importance commerciale. La première idée de ce travail, l'entreprise la plus gigantesque des temps modernes, a été émise en 1832 par M. Médail, de Bardonnèche; mais il devait s'écouler bien du temps

DE TOULON A BRIANCON

avant que les ingénieurs osasent l'accepter comme possible. Le projet, étudié sur le terrain, fixa à douze mille huit cent quarante-neuf mètres la longueur totale de l'excavation à creuser dans la roche vive, sur une section de six mètres de haut et de huit mètres de large. Avec les moyens ordinaires, il aurait fallu trente-six ans pour accomplir ce travail ; mais une découverte importante, celle du compresseur hydraulique, jointe à l'emploi du diamant noir, vint notablement simplifier les difficultés. Le compresseur, mû par une chute d'eau de vingt mètres, a permis de pourvoir simultanément à la ventilation du tunnel, à la perforation du roc et au déblayement des débris causés par les explosions des mines. L'orifice septentrional de la galerie, situé près de Modane, est à mille cent quatrevingt-dix mètres d'altitude, c'est-à-dire de hauteur au-dessus du niveau de la mer. Le souterrain remonte, sur une longueur de six mille deux cent cinquante mètres, une pente de vingt-deux millimètres et demi par mètre, jusqu'à la hauteur de mille trois cent trente-cinq mètres, qui est le point culminant; de là il descend sur le versant italien avec une pente d'un demi-millimètre par mètre , jusqu'à l'orifice méridional , à Bardonnèche, à mille trois cents mètres au-dessus de la mer. La crèle de la montagne de Fré-

jus, sous laquelle passe le tunnel, s'élève au-dessus du point culminant du souterrain, à une hauteur verticale de mille six cents mètres.

Les travaux de percement, inaugurés le 31 août 1837 par le roi Victor-Emmanuel et le prince Napoléon, ont été terminés au mois de décembre 1870. L'efi'royable crise que traversait la France à cette époque n'a pas permis de donner à ce grand événement toute l'attention qu'il méritait. Une convention intervenue, en 1867, entre le roi d'Italie et les ingénieurs Sommeiller et Gralonni, avait remis à ces derniers tout le soin de l'achèvement du tunnel , qui devait être livré à la circulation vers la fin de Tannée 1871. M. Sommeiller n'a pas eu la satisfaction d'assister à l'inauguration de son œuvre, qui a eu lieu le 17 septembre 1871 ; il était mort quelques mois auparavant à Saint- Jeoire en Faucigny, lieu de sa naissance.

Les rochers à perforer n'ont pas offert partout la même dureté. C'est du côté de Modane, surtout dans le quartzite, qu'on a rencontré la plus grande résistance, d'ailleurs prévue par les études.

En résumé , les prévisions des ingénieurs, dans cet immense travail , n'ont point été trompées. Le succès du percement du Fréjus assure le percement du Saint-Golhard, auquel on travaille en ce moment.

SIXIÈME VOYAGE

D'AIX A PERPIGNAN

Aix. — Arles. — Beaucalre.

Nîmes. — Lunol. — Moiifpclliei'. — Péz»'>nas. — Béziors. — Pei'piçjnaii. — I*ort -Vendi'os.

Narboiine.

Pour achever de vous faire connaître le bassin français de la Méditerranée, je vous conduirai de la ville d'Aix à Arles, et de là à Perpignan par Montpellier.

Au nord de l'étang de Berre, entre Aix et Arles, nous visiterons une vaste plaine qu'on désigne sous le nom de la Grau d'Arles. Le centre de cette plaine est une sorte de désert d'un sol rougeàtre et brun, mélangé ù des cailloux qui ont souvent la grosseur d'une courge. Cependant, grâce à une branche du canal de Craponne qui la traverse, et à de nombreux travaux d'irrigation, on est parvenu à cultiver et à féconder la lisière de cette plaine. C'est ici le contraire des oasis de l'Afrique, où la végétation occupe le centre : ici le centre est aride, et tout autour la lisière s'est couverte de prairies, de jardins, de vergers, de plants d'oliviers, de champs de blé entourés de mûriers et d'arbres de haute futaie. Encore un des miracles opérés par le travail persévérant.

Cette plaine de la Crau {Campu.'^ lai>idcusi des Romains), ou plutôt cette autre Arabie Pétrée, toute semée de cailloux roulés, comprend deux cents kilomètres carrés de superficie. Son niveau s'élève , par une pente uni-

forme , depuis le niveau de la mer jusqu'à trente mètres de hauteur.

Selon la mythologie des anciens, Hercule, revenant de l'Ibérie, fut arrêté dans cette plaine par deux géants, fils de Neptune, avec lesquels il engagea le combat. Jupiter, pour aider son fils, fit pleuvoir sur ses adversaires une grêle de cailloux. Telle serait, suivant la fable racontée par Pomponius Mêla, l'origine des cailloux de la Crau.

La science moderne nous donne une explication satisfaisante de ce phénomène. D'ajuvs un historien des Bouches-du-Rhône, la Crau était originairement un golfe parsemé d'îlots, où se rendaient les eaux de la Durance avec tous les débris arrachés aux montagnes par cette rivière torrentielle. IMus tard, le sol s'alfaissa et fut envahi jinr la mer, qui, dans ses mouvements, étendit les galets charriés et accumulés par la Durance, et déposa audessus le giès calcaire coquillier qui recouvre toutes les collines de la région des étangs. La mer se relira ensuite dos parties les plus hautes, en nous livrant la plaine de la Crau telle que nous la voyons aujourd'hui. Arles est une ville de i)lus de 2fi,0(.XUunes ; son origine remonte à l'invasion de César, qui

SIXIKMK VOYAGE

foiula une colonie romaine avec un Icniloiie enlevé au\ Marseillais. Méfiez-vous du pavé de la ville moderne, Tormé avec des cailloux ovales de la Crau, sans que cela toutefois vous empêche de visiter ses belles antiquités romaines.

L'amphithéâtre passe pour avoir été construit par Tibère Néron, père de Tibère, ''i3 ans avant Jésus-Christ. Il est moins bien conservé que celui que nous verrons à Nîmes, mais il a de plus grandes proportions à Tintérieur. C'est une ellipse qui a dû contenir quarante- trois rangs de gradins, et pouvait recevoir 24,000 spectateurs. A l'extérieur il présentait trois étages, chacun d'un ordre dilïérent d'architecture, et au rezde-chaussée, soixante arcades. Dans le moyen âge il a eu le même sort que ramphilhcâtre de Rome, le Colisée; il a servi de forteresse, et Ton éleva des tours au-dessus de ses quatre portes. Deux de ces tours existent encore. Déblayé en 182d, il a été restauré en 1846- 1847, sous la direction de M. Qucstel.

A peu de distance, on nous montrera ce qui reste du théâtre : une partie de la décoration extérieure où nous reconnaîtrons les trois étages, et sur un autre point une arcade du rez-de-chaussée. L'obélisque qui décore la place Royale est un monument que les Romains ont taillé dans le granit de nos Alpes, ' au mont Esterel. Il a plus de quinze mètres de long, et repose sur les quatre lions d'un piédestal de près de trois mètres. Le monument entier a plus de vingt mètres d'élévation. Découvert en 1389, il ne fut retiré de terre que sous fë règne de Charles IX. On le dressa en 1076, après l'avoir surmonté d'un globe aux ûeurs de lis, et on le dédia à Louis XIV.

Arles possède encore d'autres ruines antiques. Notre musée de Paris lui doit un des chefs-d'œuvre de l'art romain, la Vénus (T Arles, trouvée dans les ruines du théâtre, sous le règne de Louis XIV. Le musée d'Arles étale, entre autres raretés, un autel dédié à Cybèle ; le dieu Milhra, figure enveloppée d'un long serpent entre les plis duquel sont sculptés les signes du zodiaque; un bas-relief représentant les .Muses ; le groupe de Médée

cyorgcanl ses cnfanls ; une admirable tète de Diane, et une aulni non moins belle d'Auguste, lrouv(>es dans les fouilles du théâtre; une borne milliairc (pii a beaucoup exercé la sagacité des antiquaires de toutes les nations, etc. etc.

Va\ monuments chrétiens, je recommanderai surtout à votre attention l'église Saint- Trophimc et la chapelle Sainte-Croix , dont la construction remonte à l'an 1019. C'est une croix grecque formée par quatre cercles rentrant l'un dans l'autre. Sur le centre s'élève un petit clocher d'un joli dessin. Le rocher (jui sert de base est creusé, comme une ruche, d'une nuiltitude de cellules qui ont reçu des tombeaux de toutes formes et de toutes grandeurs.

Le portail de la cathédrale date du xiu* siècle ; c'est un chef-d'œuvre de l'architecture du temps. On y monte par un vaste escalier de dix marches. La porte, qui s'élève encore de deux marches au-dessus du palier, est partagée en deux par une colonne d'un beau granit violet de l'île d'Elbe, avec des statuettes au chapiteau et à la base. Les basreliefs du portail représentent Adam et Eve, saint Michel pesant les âmes, et les supplices des damnés , dans le style naïf du temps.

Mansard a donné les dessins de l'hôtel de ville. La tour engagée dans cet édifice remonte au xvi" siècle.

Outre sa communication avec le port de Bouc par le canal d'Arles, cette ville en a une autre avec la Durance par le canal de Craponne. Elle sert de station et d'entrepôt pour le commerce entre Marseille et Lyon.

Monl-Majour, à trois kilomètres au nordest d'Arles, était une vieille abbaye du x° siècle, sur un rocher entouré de marais. La cha pelle souterraine , qu'on fait remonter au v" ou au vi" siècle, le cloître et une tour, sont aussi visités par les artistes. La tour date de 1369; elle est ornée de refends et couronnée de mâchicoulis.

Un peu au-dessus d'Arles, vous voyez le lihône se diviser en deux branches avant de verser ses eaux à la mer. Le terrain compris entre ces deux branches et la mer est l'île de

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Camargue, primitivement formée par les atterrissements du fleuve. Aujourd'hui, de fortes digues la garantissent contre ses ravages. Son terrain bas n'est protégé contre la mer que par des monticules d'un sable mobile. Les terres cultivables se trouvent au sommet de l'île ou de ce delta, (les Grecs appelaient ainsi les atterrissements qui se forment à l'embouchure des fleuves, et en particulier ceux du Nil, à cause de leur forme triangulaire, qui est celle d'un A, delta), et aussi sur le bord des branches actuelles ou d'une des anciennes branches du Rhône. A mesure qu'on s'éloigne du fleuve, la qualité des terres diminue; les terrains bas contiennent une quantité considérable de sel. On calcule qu'environ le cinquième du delta est en culture. On y compte neuf villages, grand nombre de belles maisons de campagne, et environ trois cent cinquante mas ou fermes. On y récolte beaucoup de blé et quelques vins de qualité très inférieure. La partie inculte est remplie de bestiaux et de chevaux, qui vivent dans une entière liberté jusqu^an moment où l'on s'en empare pour les vendre ou les soumettre au joug. A côté des moutons transhumants de la plaine de Crau, nous avons déjà rencontré les moutons de la Camargue pérégrinant vers les montagnes pastorales des Alpes-, pour ne reprendre leurs quartiers d'hiver qu'à la fin d'octobre. Ces animaux supporteraient mal l'excessive chaleur d'un été à la Camargue. Les chevaux de la Camargue sont d'origine africaine, mais bien dégénérés, surtout quant à la beauté des formes; ce (jui vient sans doute du défaut de nourriture suffisante. On compte que chaque hiver un vingtième de ces animaux meurent de faim.

Los bœufs de la Camargue, (jui vivent aussi à l'état à peu près sauvage, supportent mieux (juc le cheval les piivalions île l'hiver. Ils sont devenus plus sobres, plus vifs et plus intelligents (jue les bœufs domesticiucs. Tous sont (l'un noir île jais, au reboui's des chevaux, ([ui sont tous l)lancs. Celle uniformité de couleur impose aux proprii'laires, encore plus que partout ailleurs, la nécessité de les nianiucr. C'est un spectacle curieux que la

marque du bétail, la ferrade, comme on l'appelle, surtout quand vient le tour des taureaux. On dispose en rase campagne une enceinte avec des planches, des charrettes, des instruments aratoires. Des jeunes gens armés d'un long trident montent sur ces petits chevaux blancs si vifs et si intelligents, et donnent la chasse à celui des taureaux noirs qu'ils veulent amener dans l'enceinte. Ils l'enveloppent de leur demi-cercle, qu'ils resserrent habilement jusqu'à ce que l'enceinte soit devenue son unique refuge. Là ils continuent à le harceler, jusqu'à ce qu'ils le jugent assez épuisé par la fatigue. Alors ils mettent pied à terre; le plus intrépide marche droit à l'animal, le saisit par les cornes et le renverse sur le sol , où les efforts de tous le maintiennent. On fait à la personne la plus considérable de l'assemblée la politesse de la prier d'appliquer le fer brûlant. Aussitôt après on lâche le taureau, qui s'élance comme un trait pour regagner ses pâturages.

Allons voir à Tarascon, ville de 12,000 âmes, un des monuments les plus considérables dont le XV® siècle ait enrichi le midi de la France. Il fut commencé en 1400; le roi Ixené l'acheva et en fit son séjour de prédilection. C'est une masse carrée d'une grande élévation, ayant du côté de la ville deux belles tours rondes, et, du côté du fleuve, deux tours carrées irrégulières; une enceinte plus basse, flanquée d'autres tours carrées, s'étend vers le nord. De la plate-forme on découvre toute la Camargue et les riches plaines du Languedoc. Le vieux manoir royal est aujourd'hui converti en prison.

La cathédrale est un édifice gothique du xiv* siècle, avec un portail richement sculpté, de la lin du xir". Sainte Marthe fut, dit-on, inhumée dans son église souterraine. Ine légende du pays raconte que la sainte, après son arrivée sur les plages de la Camargue, vint à Tarascon, qui olail alors désolée par un monstre, dragon ou crocodile, appelé ta- /•«i.svyKc. l'.lle l'enchaîna avec sa ceinture, et en délivra le pays. Une procession annuelle, où l'on promène une représentation colossale du monstre vaincu, consacre le souvenir de celle délivrance.

SIXIKME VOYAGE

Taruscoii fui dans rurigiiie lui comptoir tenu parles Marseillais. Depuis louirlemps sa répulalion commerciale a élé elVacée par celle de Beaiicaire. Le pont siispeiuhi (pii uiiil ces deux villes est un des j^lus beaux li-avaux de M. SoLTuiu. l.e lUiône, en cet endroit. n";i pas moins de cinij cents mètres; cet espace est franchi par cinq travées à chaînettes, (jui s'appuient sur trois piles. Vi\ horrible ouragan a enlevé le tablier du pont au commencement de 18'i'i.

Beaucaire, qui relève de la préfecture du Gard, tandis que Tarascon appartient au d»'partement des Houches-du-Hhùne, ne doit la célébrité dont elle jouit dans le monde entier qu'à sa foire. Cette foire, quoique bien déchue de son ancienne splendeur, est encore la plus importante qui se tienne en France. Les causes qui ont amené sa décadence sont faciles à indiquer et à comprendre. La foire de Beaucaire avait sa raison d'être, lorsque les fabricants, les producteurs ne pouvaient que très difficilement se mettre en communication avec les marchands, et ceux-ci avec les consommateurs. Alors tous se donnaient rendez-vous, pour opérer leurs échanges, dans un lieu déterminé, aux abords faciles, et présentant les meilleures conditions de sécurité. Mais aujourd'hui que, grâce à l'abolition de toutes les entraves qui gênaient les transactions, droits royaux, taxes seigneuriales et communales, droits de péage, de transit, de barrières; que, grâce surtout aux immenses facultés qu'offrent pour le transport des dépêches, des marchandises, des personnes, le télégraphe électrique, la poste, les chemins de fer, la navigation, le roulage, la messagerie, le manufacturier peut, de son usine, distribuer ses échantillons, solliciter des ordres, expédier des marchandises; aujourd'hui que le commerçant jouit des mêmes avantages pour vendre et pour acheter; que des milliers de commis voyageurs vont jusque dans les moindres villages faire connaître et offrir aux détaillants tous les articles de leur négoce; aujourd'hui que les particuliers trouvent à leur portée les objets de consommation, les foires, comme je vous le disais tout à l'heure, n'ont réellement plus leur raison

d'être. Si elles survivent encore à la situation économique dont elles étaient le ccu'ollaire naturel et forcé, c'est uniipiement parce que les corporations, comme les individus, ne ronqient qu'à la longue avec leurs habitudes et leurs traditions séculaires.

Hemarquez bien (jue ces traditions ne s'ap- |)li(pient (ju'aux foires dans le genre de celle de Beaucaire, et non aux marchés de grains, de bestiaux, etc., auxquels ou di)niie quelquefois le nom de foires. Ces dciniers principalement, fré(picntés soit par les cultivateurs qui y apportent leurs denrées, soit par les intermédiaires qui vont les chercher dans les fermes, sont utiles et indispensables.

Beaucaire a conservé les ruines d'un château, le Bellicadvo, bâti à l'époque des premières croisades, et démoli en parti sous le règne de Louis XIIL

La navigation du canal (jui conduit à Aiguës - Mortes , et met le port de Cette et Beaucaire en une communication abritée contre les croisières ennemies, est encore importante, mais beaucoup moins qu'autrefois. Le Rhùne se trouve ainsi uni d'une manière sure à la Garonne par le canal de Béziers, prolongement du grand canal du Languedoc.

Avant d'entrer à Nîmes, nous remonterons quelque peu au sud jusqu'à la petite rivière ou torrent du Gard, qui doit sa célébrité à un des plus beaux monuments de construction romaine. C'est un pont-aqueduc jeté sur la gorge étroite et sauvage au fond de laquelle roule le Gard, et ce pont de six arches supporte deux étages d'arcades. Le premier se compose de onze arcades, le second en a trentecinq; le canal voûté ou l'aqueduc, qui a deux mètres de large sur autant de liauteur, couronne tout l'édifice. La masse entière a deux cent soixante-treize mètres d'étendue sur près de cinquante d'élévation. Toutes ces pierres s'entre- soutiennent sans ciment, par leur propre poids et leur coupe savante : ce triple rang d'arcades est d'ordre toscan. Le sol et les parois du canal voûté sont seuls enduits d'un ciment indestructible. A l'exception de ses extrémités supérieures, le pont du Gard est d'une conservation parfaite. N'oubliez pas

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cependant que ce n'était là qu'une partie d'un aqueduc de vingt -huit kilomètres de longueur, qui prenait les eaux de la fontaine d'Eure pour les conduire à Nîmes. Après plusieurs contours à travers un sol montagneux et des rochers, le canal voûté se partage en trois conduits, dont l'un portait l'eau dans l'amphithéâtre de Nîmes, le second dans la fontaine, et le troisième dans plusieurs maisons particulières. Outre ces trois conduits, d'autres petits conduisaient l'eau dans plusieurs habitations de plaisance aux environs de la ville.

On retrouve une partie de ce travail assez bien conservée sur une longueur de douze kilomètres, entre le pont du Gard et Nîmes. Les voitures passent aujourd'hui le Gard sur un pont que l'on a accolé au magnifique ouvrage du génie antique, et qui ne date que du milieu du siècle dernier.

Nîmes, situé dans une riche plaine, pour devenir une des plus belles villes du Midi n'a qu'à mettre sa partie centrale en harmonie avec ses quartiers neufs. Si, en effet, elle montre avec un légitime orgueil ses monuments romains, elle a aussi le droit d'être fière de ses boulevards, et notamment de celui qui se tlirige vers la gare du chemin de fer, et que bordent des maisons de grand style, au milieu desquelles s'élève la préfecture, construction élégante, mais un peu maniérée. Son église romane, si noble et si gracieuse dans sa simplicité, commencée en 1830, achevée en 181)0, et consacrée sous l'invocation de; saint Paul, mérite une attention particulière. C'est un monument parfaitement réussi, et les peintures murales qui !•' décorent à l'intéi'ieur, si profondément iuq)régnées du sentiment religieux, font le plus

*^.'D^^.VUs^.

Pont du Gard

grand honneur à M. Flandrin. Enfin le théâtre, le palais de justice, l'esplanade et la magnifique fontaine qui en occupe le centre, sont dignes d'une cité du second ordre. Cette fontaine, ornée de statues dues au ciseau de Pradier, qui personnifient la ville et les principaux cours d'eau du pays, est du plus bel effet. Mais c'est surtout la Nîmes romaine qui mérite l'attention de l'artiste et du voyageur. Colonie fondée par les Ibériens, d'autres disent par des Phocéens détachés de Marseille, elle était la capitale

de la petite répu- '°°^- "^ blique des Volces

Arécomiques, et tenait sous sa dépendance vingtquatre bourgs ou villages, lorsque, vers l'an 633 de Rome, 121 ans avant Jésus- Christ, elle passa volontairement sous le protectorat romain , en conservant le privilège de se régir par ses propres lois. Après l'invasion de César, elle reçut une colonie de vétérans tirés de l'armée romaine d'Egypte, et porta le nom de Colonia Nemausensis Augusta. Dès lors, à l'instar de Rome, elle eut des temples, un amphithéâtre. Elle dut à Agrippa de fortes murailles, l'aqueduc du pont du Gard, des thermes, etc. Elle exprima sa reconnaissance aux fils d'Agrippa on leur dédiant le monument connu aujourd'hui sous le nom de Maison-Carrée. Jusqu'à l'invasion des Vandales, vers l'an 'i(>7. sa prospérité fut immense, et lui valul le surnom de seconde Rome.

Les anlitjuaires s'accordent à donner à la Tour-Magne le premier rang dans l'ordre chronologitjue parmi les monuments de Nîmes. Elle doit son surnom à ses dimensions colossales et à sa position sur une colline élevée d'où elle domine le pays à une

lit'.

SIXIKMK VOYAC.E

jjiaudo dislaiice. C'est aujourd'lmi une ruine, où l'on reconnaît le plan priiniHr d'une tour octogone, composée de j)lusieurs étages on retraite les uns sur les autres, de manière à alTecler une forme pyranudale. A la base inlërieure, la circoniërence a dû être d'environ soixanle-dix-neuf mètres, sur un diamètre de vinirt-six. Sa hauteur doit avoir été de trentehuit mètres; elle n'en a aujourd'hui (pie viuLrt-huit. Toute son architecture est d'ordie doritpie. Les antitpiaires n'ont pu s'accorder sur sa destination ou son origine. La construction de la Tour- Magne n'offre aucun rapport avec celle des autres monuments de Nîmes. Cette belle ruine a été restaurée et consolidée en XSk'ô par U. Queslel.

L'amphithéâtre (appelé dans le pays les Arènes) est iiii monument du môme genre que le Cotisée de Rome, et mieux conservé. C'est une ellipse, dont le grand axe, y compris l'épaisseur des constructions, est de cent trente-trois mètres, et le plus ])elit d'environ cent deux. A l'extérieur, il présente un rez-de-chaussée percé dans son pourtour de soixante arcades, avec un premier étage qui en compte le même nombre; au-dessus règne une attique. Toute l'architecture est d'un ordre toscan irrégulier qui se rapproche du dorique. Quatre portes, qui répondent aux quatre points cardinaux, donnent entrée sous de vastes porti(|ues qui conduisent à de larges escaliers. La porte du nord est couronnée d'un fronton avec deux têtes de taureau en saillie. L'intérieur ne présente aujourd'hui que dix-sept rangs de gradins; dans les parties les moins délabrées, il est aisé de reconnaître que, dans le principe, il y eut trentequatre rangs. Le marbre blanc qui couvrait les gradins a été enlevé; il ne reste que les assises. On calcule que plus de 24,000 spectateurs pouvaient y trouver place. Dans l'espace vide de l'arène se livraient les combats de gladiateurs ou d'animaux. Aujourd'hui In population de Nîmes moderne se réunit (juehpiefois encore à l'amphithéâtre pour assister à des courses de taureaux sauvages de la Camargue. C'est un divertissement qui se retrouve également à Arles en Provence, et que nous venons suivi avec

passion par les habitants du Houssillon. l)n commença en 180'J à déblayer l'intéiieur des Arènes; une restauration du monument a été entrepi'ise en I808 et vient d'être achevée. . Approchons-nous avec respect de la Maison-Carrée, admirable petit tcnq^le ipic l'auteur du y'oyage du jeune Anacharsis appelle le chef-d'œuvre de l'architecture ancienne et le désespoir de la moderne. L'éloge est peut-être excessif; mais il ne faut pas marchander avec l'admiration (juand elle est d'ailleurs bien placée. L'édifice est un carré long, dont l'entrée regarde le nord. Par un escalier de (juinze marches on monte au l)orti(jue. Trente colonnes cannelées, d'ordre corinthien , sont disposées tout alentour, et supportent une frise, une corniche et une architrave. Celles qui n'appartiennent ponil au portique sont engagées à demi dans la muraille, (jui est construite en très belles pierres blanches de l'épaisseur de plus d'un mètre et demi, avec de petites cannelures. Les chapiteaux sont d'un admirable travail; la frise et la corniche sont, sculptées avec une délicatesse infinie. L'édifice a un peu plus de vingt-cinq mètres sur treize mètres. Au-dessus des quinze marches, il a environ douze mètres d'élévation. Il est parfaitement réparé dans toutes ses parties, et protégé par une grille. Dans les xi" et xii° siècles, la Maison-Carrée a servi d'hùlel de ville. Abandonnée pendant le xvi" siècle, on en fit ime écurie. Dans le xvn® et le xvin* siècle, elle a servi de chapelle. Le génie éclairé de Colbert voulait faire transporter ce chef-d'œuvre à Paris; les hommes de l'art ayant déclaré la chose imi)0ssible, le ministre céda le monument à des moines auguslins, sous la condition de l'entretenir en bon état. Depuis 1823 il renferme un musée de peinture et d'anticjuité. Des fouilles faites en 1822 ont prouvé que ce petit temple n'a point été construit isolément, mais qu'il a dû n'avoir été que le sanctuaire d'un moniiiiHMit i)lus vaste dont on a découvert les ruines. La date de ce chef-d'œuvre, longtemps débattue et restée incertaine, a été précisée par M. L('on Henicr, grdce à une inscription fruste (|u'il a rt'tablie. Cet édifice

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a été élevé en l'honneur des deux petits-fils d'Auguste, l'an 4 de notre ère.

Suivez-moi dans le jardin public, il mérite d'être vu; car, à l'exception de la capitale, aucune ville en P^rance n'en possède un plus beau. La source qui fournit à Nîmes une quantité d'eau malheureusement insuffisante se trouve dans ce jardin. Elle jaillit d'un rocher qu'entoure un large bassin. Quel- ({uefois, au milieu des plus grandes sécheresses, l'eau des fontaines croît tout à coup, sans qu'il soit tombé à Nîmes une seule goutte d'eau, preuve évidente du grand éloignement des réservoirs qui l'alimentent. Sur l'emplacement de la fontaine , l'archéologue cherche aujourd'hui vainement les ruines des anciens thermes des Romains découvertes en 1742.

A la suite des fouilles qui avaient mis ces ruines en lumière, les états de Languedoc

ordonnèrent leur restauration. L'ingénieur militaire chargé de ce travail renferma les eaux dans des fossés, éleva des terrasses, et assit ses constructions modernes sur les bases antiques. Les artistes regrettent qu'au lieu d'une restauration on ne se soit pas contenté d'une simple conservation de ces ruines. Dans l'intérêt de la science, un homme érudil, M. Auguste Pclet, a exécuté, en 1830 et 1831, un relief do ces fouilles précieuses, ce qui permet encore d'étudier un des monuments les plus int«»ressants de l'anliquilc. Au pied d'une espèce de portique resté debout, derrière la rontainc, gisent de nombreux fragments de colonnes, de chapiteaux, de statues, nmtilés. Les antiquaires y ont \u tour à tour les ruines d'un l«Miiple isolé, dédié h Diane, à Vesta, au\ dieux infeiiiaux, à Isis, 5 Sérapis, etc. etc. Le champ rôle ouvert aux conjectures. Quoi «pi'il en soit.

Les Arènes de Nîmes.

ce temple, consacré au culte chrétien, passa en 991 à des religieuses de l'ordre de Saint- Benoît, puis devint, en 1730, ce qu'il est encore aujourd'hui, un musée lapidaire.

La porte de César ou porte d'Auguste est un massif percé de quatre arceaux. Les deux du milieu sont plus grands, et probablement servaient au passage des chars; les deux autres étaient réservés aux piétons. Le massif était flanqué à ses deux extrémités de deux tours demi-circulaires pour la défense.

A l'angle le plus méridional des anciens murs de la ville, on reconnaît, sur une autre

porte antique (laquelle a de même deux tours demicirculaires, mais n'a qu'un seul arceau), des traces qui semblent provenir de la herse employée pour la fermer.

Quant aux monuraents modernes , je me contenterai de vous apprendre , par respect pour Vauban, (pie l'ancienne citadelle est une de ses œuvres.

Nîmes compte 60,000 habitants. Le commerce le plus important de ce déparlement est celui des vins et des alcools, et Nîmes est le grand comptoir de ce commerce. Elle est aussi l'entrepôt général des soies grèges et ouvrées du département. Ell«^ lisse les étoffes de soie et de coton; cette industrie y est même fort ancienne. La passementerie et les soies h coudre s'y fabritpiaienl il y a plus de deux siècles, et s'expédiaient à Paris. Dans les archives de la préfecture existent des étals de compte qui prouvent (pfen 1710 la seule ville de Nîmes possédait déjà deux mille des métiers à bas si répandus alors dans le bas Languedoc, et cpii n'étaient connus (pie depuis la moili»^ du siècle préct^- (l(Mil. La bonneterie est encore aujourd'hui une des industries du département, <]ui

lis

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compte luiil mille métiers, l'n bourgeois de Nîmes du nom de Crocard ret;ul de IltMiri IV une somme annuelle, avec permission de planter des mûriers jiartoul où il le jugerait convenable. Nîmes est aussi le centre iruii commerce important de plantes médicinales et tinctoriales.

De Nîmes jusqu'à Lunel rien n'éveille l'attention. Lunel, ville de 7,000 âmes, se recommande par ses vins muscats, (pit> les gt)urmets j)roelan)ent les prenuers du monde. La côte du Mazet donne ceux (nii se jtayent le plus cher. Le muscat ne se récolte (|u'cn jietite (piantité, et Lunel donne aussi en très grande abondance des vins rouges. Généralement ceux des coteaux se consomment en natui'e, et ceux de la plaine sont convertis en alcool.

«Quittons la route, et appuyons à rcst pour visiter la petite ville d'Aigues-Mortcs, très régulièrement bâtie, et qui compte 4,000 habitants. Nous y arriverons en suivant une longue chaussée traversant des marécages qui s'étendent à perte de vue. Une vieille et grosse tour, la tour d'Aiguës, est à cheval sur cette chaussée, et il faut passer sous sa voûte. Tant qu'on n'a pas franchi l'une de ses portes, on n'aperçoit pas les moindres vestiges de la ville, cachée derrière ses hautes murailles. Ces murailles ne la protègent pas seulement contre l'ennemi, mais contre les inondations; des traces très visibles qu'ont laissées sur les pierres les eaux parvenues à plusieurs mètres d'élévation, prouvent éloquenmient qu'Aigues-Mortes a plusieurs fois dû son salut à ses remparts. Ces remparts, construits à la fin du xui* siècle et au commencement du xiv% présentent peut-être le spécimen le plus complet des fortifications du moyen âge.

A l'épociuo de saint Louis, il n'y avait encore là qu'une abbaye de bénédictins appelée Pmbnodi, autour de laquelle s'étaient groupées quelques habitations. Saint Louis acquit des moines ce territoire, mit en état de service un port dont la nature avait fait les premiers frais, rassembla dans ce port et probablement dans la rade une Hotte nombreuse, et, le 25 août 12 4 8, s'embarqua

pour la Palestine. Ce fut encore d'Aigues- Morles (ju'il partit, le 1" juillet 127(1, pour la croisade où il devait trouver la mort, sur la côte d'Afriipic, aux lieux où fut Carlhage. 11 recommanda à son successeur d'entourer de remparts sa bonne ville d'Aigues-Mortes, ce (jui, en eiïet, fut exécuté sous le règne de Philippe le Hardi.

Le port d'Aiguës- Mortes fui d'un excellent service jus(|u\ui milieu du xiv° siècle, épo(iue à laquelle les sables apportés par le lUiônc et par la mer en encombrèrent l'entrée ou plutôt le chenal. l']n LJGiJ, le roi Jean y fit travailler sans succès. Charles VI, François P', Henri IV, Louis XI H, et, de nos jours. Napoléon, avaient conçu la pensée de rendre l'ancien port à la navigation. On doit même à Louis XllI d'avoir rétabli l'ouverture d'un bassin qu'on nomme Grau- Louis, et qui actuellement est le port d'Aigues- Mortes, bien qu'à plus de quatre kilomètres de dislance de ses murs.

Jadis les navires arrivant de la mer ont dû entrer par le Grau-Louis, en face duquel s'ouvre une vaste rade, dans le canal Viel qu'ils suivaient jusqu'à la Grande-Pioubine (autre chenal qui s'est beaucoup rétréci), et pénétraicnl dans l'Étang-de-la-Ville , qui baigne la partie méridionale d'Aigues-Mortes, et qui était alors très large, très profond, et formait le véritable port. Telle est l'opinion la plus accréditée. Ce fut probablement dans la rade qui existe en face du Grau- Louis, et où les pilotes viennent encore de nos jours chercher im abri, rade susceptible de recevoir une flotte nombreuse, que mouillèrent la plus grande partie des vaisseaux lors des deux immenses expéditions de saint Louis.

De ce que saint Louis s'est embarqué à Aigues-Mortes, et que cette ville se trouve à quatre kilomètres de la cote, (pielques autres écrivains ont conclu ({ue la mer a dû se retirer depuis lors de toute cette- distance. La raison n'est pas concluante. Bordeaux, Nantes, Rochefort, sont des ports de mer, et cependant sont assez éloignés de la côte.

Les remparts d'Aigues-Mortes ont été con- , struils sur le plan de ceux de Damictte, et

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sont d'une belle conservation. Bâtis en larges pierres taillées en bossage, ils ont environ onze mètres de hauteur. Ils sont à mâchicoulis et à créneaux, flanqués de quinze tours, dont les unes sont carrées, et servent seulement de passage d'un point à l'autre des murailles, pour lesquelles elles font office de support : les autres, doubles en hauteur, et rondes, renferment des chambres propres à recevoir des combattants. Au-dessous s'ouvrent de grandes portes en ogive, qui donnent entrée à la ville; ces portes se fermaient à coulisses. A l'intérieur de la ville est le château fort, et la grosse tour Constance, qui a environ trente mètres de hauteur sur vincrtdeux de diamètre. Sa plate-forme crénelée retenait les eaux pluviales, qui s'écoulaient dans une citerne pratiquée dans le mur; et de là s'élève une tourelle de douze mètres, qui soutenait un phare. La ville semble avoir contenu, dans les temps de sa prospérité, au moins 10,000 habitants; aujourd'hui elle en compte à peine 4,000. Avant l'établissement du chemin de fer qui relie Celte à Nîmes et à Montpellier, Aigues- Mortes était devenu le centre d'un mouvement d'atfaires assez important, et l'enlrcpnt des salines de Pcccais, qui occupent 2,000 ouvriers. Plus de six cents bâtiments caboteurs, sans parler d'un service régulier de bâtiments à vapeur, y apportaient tous les ans du sel, des vins, des blés, des épiceries, des planches, qu'on dirigeait ensuite principalement vers les Cévennes. Aujourd'hui, toute vie, toute activité commerciale a cessé à Aigues-Mortes. Les navires qui venaient y décharger des denrées se rendent à Cette, (jui, grâce à sa voie de fer, a accaparé tout le commerce de la ville de saint Louis.

L'origine de Montpellier ne remonte pas au delà du vu" siècle. Sur cette colline couverte alors de forêts, deux villages s'étaient peu à pou formés: l'un Mont-l'ollier, l'autiv Monl-IVUiéret. Deux sœurs à (pii ils appartenaient en firent donation à un évrcpie de Maguelonne, île ou presqu'île du grand étang de Thau. Aujourd'hui les forêts de la colline ont fait place à une grande ville d«^

00,000 âmes, une de nos villes savantes, qui par sa brillante faculté de médecine s'est acquis depuis le xm° siècle une grande célébrité.

La petite rivière du Lez coule au bas de la ville; des canaux souterrains reçoivent les immondices, qu'ils conduisent ensuite dans le Merdanson. D'autres eaux sont amenées à la promenade du Peyrou par un aqueduc qui traverse une vallée d'environ huit kilomètres de large; et, cette fois, ce bel aqueduc, qui est d'un effet si imposant dans cette riante campagne, n'est pas l'ouvrage des Piomains, comme vous pourriez le croire à la hardiesse de son double étage d'arcades. L'architecte Pitot l'a construit de 1753 à 1756.

Montpellier, qui n'est pas riche en monuments, s'est mis en frais pour orner sa promenade du Peyrou, et vraiment elle en a fait une merveille. Le mot Peyrou, dans le patois du pays, signifie pierreux; mais que ce nom de mauvais augure pour une promenade ne vous effraye pas. Suivez-moi : nous passons la porte du Peyrou, arc triomphal qui fut dédié à Louis XIV, et qui vous rappellera la porte Saint- Denis de Paris. Un escalier nous conduit à un vaste jardin en terrasse, oi!i nous nous promenons dans des allées ombragées que bordent des parterres. En face de nous se présente un gracieux château d'eau construit en rotonde, et alimenté par l'eau du magnifique aqueduc dont je vous ai parlé. Du point où nous sommes, nous découvrons la mer, et, si le ciel est pur, notre vue peut arriver jusqu'au mont Çanigou, l'un des sommets les plus élevés de la chaîne des Pyrénées. On prétend qu'on peut apercevoir en mémo temps la cime des Alpes à Taulre bout de l'horizon; mais je n'ai pu vérifier le fait. Cette magnifique l>romenade, commencée en I6S0 et achevée seulement en 17S5, a coûté 1,17;>,000 francs.

La citadelle, formée de quatre gros bastions, Icrinin»^ une autre promenade beaucoup moins agréable que le Peyrou, et cepenilant plus fréquentée. Elle s'appelle ri'splanade. ISne partie du terrain, celle qui longe le fossé de la citadelle, où l'on a établi la voie ferrée, est nue, et sert aux exer-

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